‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 77 sur 81 · DOUZIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LECTURE

1102. La République Française de i8&8 présenta, sur notre question, un événement dont les causes remontent plus haut, et dont les suites durent encore.

1103. Vers la fin de 1810. dans la première année du règne effectif de Sa Majesté l'Empereur du Brésil, le cabinet de Rio de Janeiro, avait fondé sur la rive gauche de l'Araguari la colonie militaire de Pedro II, à plus de soixante lieues de l'embouchure de icette rivière, entre ses deux affluents Maporemaet Tracajatuba.

llOi. En même temps, le Gouvernement Brésilien avait fait promettre par le président de Para au gouverneur de Gayenne, que « le poste de Mapà, évacué n par les Français, ne serait point occupé par des forces » brésiliennes, etquel'oùy maintiendrait le statu ({no. »

llOô. Et faisantallusion à cette promesse, M. Guizot avait dit à M. le baron Rouen, dans sa note du 5 juillet

Sg 1106-1100 12* LECTURE ( 280 )

18il : (( En tout état de cause, il doit être bien entendu » que le statu quo actuel, en ce qui concerne Tinoccu- » pation du poste de Mapà, sera» strictement maintenu » jusqu^à ce que Ton soit parvenu à se concilier sur n Tobjet principal du litige, et vous voudrez bien le » déclarer expressément au cabinet Brésilien, en pro- » testant contre tout ce qui, de sa part ou de celle de ses » agents, porterait atteinte à ce même état de choses. »

1106. Or, plusieurs sujets brésiliens, la plupart déserteurs, s'étaient ciussitôt réfugiés dans le quartier de Mapà, non sur File où avait existé le poste français, mais sur les bords du lac, à la place où une intéressante famille brésilienne avait donné l'hospitalité à M. Penaud en 1836.

1107. Les nouveaux habitants de Mapà vécurent paisiblement dans leur retraite pendant neuf ans.

1 1 08. Mais le Gouvernement Brésilien ayant rendu , le 29 septembre 1SA0, un décret d'amnistie en faveur de ceux de ces individus qui en auraient besoin, — à condition qu'ik continueraient à résider à Mapà; et cette mesure ayant coïncidé avec des préparatifs dans la station et l'arsenal du Para, pour une expédition et un armement : on s'imagina à Gayenne, que ces préparatifs avaient pour but d'établir également à Mapà une colonie militaire, tandis qu'ils étaient réellement destinés à la réparation du fort de Macapà, dont le délabrement avait tant frappé M. Le Sen*ec.

1100. Dans sa fausse croyance, le gouverneur de Cayenne lit stationner iumiédiatement à l'embouchure • de la rivière de Mapà un bàtiuient de guerre, qui exer^^

( 290 ) 12* LIGTUIIE SS illO-1111

çait la sui'veillance la plus active sur les pirogues bré-* siliennes allant commercer dans le lac. On les visitaitt on fouillait leurs papiers, et on les faisait suivre jusqu'à une certiUne distance par des chaloupes armées.

1110. Cela produisit, entre le président du Para et le gouvenieur de Cayeune, une correspondance courtoise^ mais très ferme de part et d* autre, qui dura du 10 janvier au 80 mai 1850; 6t dans laquelle M* 3eto* nymo Frandisco Cœ/ho 4 Brésilien recommandable , eut à combattre cette assertion émise par M. Patiseï le 1" avril :

K En parcourant les traités, on n'en trouve qu'un seul » où l'on ait arrêté quelque chose de précis sur la con^ » testation provenant de l'interprétation de l'article 8 du )) traité d'Utrecht; c'est celui d'Amiens, du 25 et » 27 mars 1802.

» Ce traité donne pour limite au territoire frunçals, )) sans aucune ambiguïté, l'Arawari ou Araguari.

» 11 est donc naturel, bien que les traités postérieurs » aient mis en doute la justice de la solution adoptée » en 1802, que nous ne puissions pas accepter» sur le «) territoire contesté^.des limites plus étroites que celles » qui ont été admises à cette époque comme définitives.

» C'est là ce que la France soutient ; et c'est évidem^ )) ment dans ce sens qu'a été rédigée la note de M. Guliot )du 6 juillet 4811.»

1111. Mais le Gouvernement Brésilien fit faire ses réclamations auprès du Gouvernement Fratiçais ; et le

. 2i août 1850, M. José Maria do Amatol^ alors Chargé d'Affaires à Paris, annonça au pi-^ident du Pari, «< que

g§ Hll 12« LËCÏLKE ( 291 )

)) le Ministre des Affaires Étrangères de la Répiiblique n lui avait donilë Tassui'ance que les ci-oiseurs fran- )) çais s'étaient déjà retirés de rcnibonchure de Mapâ, » et lui avait garanti que le italn qno serait fidèlement » observé. >»

{ 292 ) J2« LECTunE S S 1H2-1120

1112. Ce qui menait de se passer donna cependant l'éveil au Gouvernement de la République sur l'importance de la question de FOyapoc.

1113. En recevant l'ordre de respecter le statu qno^ le gouverneur de Cayenne fut chargé d'envoyer au département de la marine et des colonies un travail approfondi sur cette question abstruse.

lllA. La composition de ce travail fut confiée par le gouverneur à M. Alfred de Sain t-Quan tin ^ chef de bataillon du génie, alors chargé h Cayenne du double sservicc du génie et des ponts et chaussées.

1115. Et pour la première fois, après tant d'ani\ées, la question de l'Oyapoc fut réellement traitée à fond. I 1116. Bucoche et M. Le Serrée s'étaient fourvoyés dans l'Amazone.

1117. M. de Montravel s'était attaché à l'Araguari amazonien.

1118. Nul n'avait essayé une démonstration des droits de la France au Carapapori^ — à la rivière qui, de l'aveu de M. Le Serrée, est le nec plus ultra des prétentions que le traité d'Utrecht puisse permettre à la France.

1119. A part les deux arguments solitaires que Li Condamine et M. Le Serrée avaient produits, on n'avait jamais allégué en faveur du Carapapori que de pures assertions, parfois bien éti*anges, comme le Yapoc de M. de Lai'ue, comme les deux degrés de latitude de M. le duc de Valmy.

1 1 20. M. de Saint- Quan tin eut lu sagesse de prendre

s s 1121-H25 12- LECTURE ( 298 )

pour thème le Carapoporî ; et il fournit au Gouvernement Françaif^ une œuvre de beaucoup de science et beaucoup de conscience, et d'autant plus remarqtiable qu'elle fut accomplie en peu de mois.

1121. Son travail était termina le 1" novembre 1860; et il fut adressé en 1851 au département de la marine et des colonies sous ce titre : Hecherc/ies sur

la fixation des limites de la Guyane Française et du Brésil^ et sui' quelques questions qui s^ y rattachent,

1122. Ainsi que MM. de Montravel et Le Seri'ec, M. de Saint-Quantin proclame qu'il importe beaucoup k la France de repousser rinterprétâtion brésilienne du traité d'Utrecht.

1123. Mais il s'y prend autrement.

112i. 11 fait observer : que n le littoral sur lequel » la France doit faire valoir ses justes droits de souve-- )> raineté embrasse tout l'espace compris entre l'em- » bouchure de rOyapock etcelledeTAraouari, en con- )) sidérant toutefois comme une bouche septentrionale » de ce deniier fleuve la rivière Vincent-Pinçon, qui se » jette dans la baie ou plutôt le canal du même nom ;

Que « Ton ne compte pas moins de cinquante lieues » entre TOyapock et le Vincent-Pinçon ;

Et que, dans son développement vers l'intérieur, la surface du temtoire en litige « peut être évaluée au » cinquième de celle de la France. »

1125, Il rappelle que « cette contrée se divise » comme presque toute la Guyane en trois zones dis- » tinctes : 1" les alluvions récentes, et les savanes

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)) noxées qui les suivent ; 2" les plaines découvertes ou » siwanes sèches; â** les terres boisées qui commencent n au pied des montagnes plus ou moins élevées, qui )) finissent par former un massif ou grande chaîne dans » l'intérieur ;

Que K la sone intermédiaire du territoire contesté )) offre de vastes pâturages, supérieurs par leur qualité » et leur étendue à tout ce qu'on rencontre dans les )) autres parties de la Guyane ;

Et que (des lacs poissonneux du littoral et les lisières » boisées qui les entourent peuvent donner asile aux » populations de l'Amazone qui voudraient chercher » sur les terres françaises une véritable liberté. »

1126. Il s'attache tout spécialement à faire ressortir, en ces termes, une idée conçue par I^blond en 1814 :

K (.'on a sans doute toujoui*s donné des raisons » excellentes pour expliquer l'insuccès des tentatives » périodiques d'introduction de populations agricoles » de race blanche dans les contrées basses et maréca- » geuses de l'Amérique intertropicale ; mais, totft en A conservant )e dé^ir qu& C98 nombreuses expériences n ne prouvent rieq, on ne saurait :nQn plqs citer mène i) une demi-réiissitç pour atténuer les conséquences » fâcheuses ({ue l'on est tenté de déduire de Vissue in- }) variablement fatale qu'ont eue toutes pes entreprises.

)) Il pst terpps de placef la question de la Guyane à » un point de vue nouveau^ qui conduira peut-être à la )) création si désirée d'une cplonie français^ largement » organisée dans l'Amériqiie intertropicale.

)) Nous voulons parler de la région monlagnense de

8 1127 la» LECTURE ( 295 )

» rintérieur dont la partie la plus étendue, et proba- » blement la plus élevée, se trouve coipprise dans le » territoire contesté.

» Ici la question de colonisation est vierge d'essais, » et l'on peut légitimement concevoir des espérances de » réussite, parce que les exemples de succès ne man- » quent pas dans les conditions analogues.

» La région montagneuse, riche peut-être en miné^ » raux précieux, Vest certainement par de vastes forêts » naturelles de cacaoyers et la production spontanée de » substances qui pourraient être avantageusement » exploitées.

n Tout indique que Ton y rencontrera des plateaux » élevés dont le oliipat frais et salubre permettra Véta- » blifiseinent et F accroissement d'une colonie d'Euro- » péens.

» Cette colonie n'aura pas ^ lutter topt d'abQrd contre » les difficultés décourageantes que présente un pays » entièrement désert, car ces régions sont encore oAu- )> vertes de nombreuses peuplades indigènes.

» Si Ton réfléchit aux avantages incalculables qui » résultent pour une colonisation de la présence et du » concours d'une population indigène, on comprendra » quon ne doit, à aucun prix ^ laisser passer aux mains )> des Brésiliens celles qui nous restent encore après » leui's dévastations sur le littoral. »

1127. Mais M. de Saint-Quantin donne toutefois à cet autre motif une valeur prédominante :

«Un intérêt plus sérieux s'attache à la possession de » cette contrée comme position militaire et commer- » ciale, car elle nous rapproche de VAmazone et nous

( 296 ) 12' LECTUBE s 1127

j> met en contact avec ses populations. 11 n'est pas besoin » de développer les avantages qui découlent de cette » considération, nous dirons seulement que la baie de » Vincent-Pinçon et la rivière de Mapà , malgré les • courants violents qui s'y font sentir» ne sont pas sujets » au prororoca qui désole les terres du Cap Nord, et » peuvent devenir entre les mains d'une nation indus- » trieuse une bonne rade et un excellent port.

)) La rivière des Amazones et le réseau de ses » affluents canalisent une région au moins ^ale en » surface à la moitié de celle de l'Europe. Au nord, » elle communique directement avec TOrénoque ; au n sud, ses grands affluents trouvent leurs sources près

» de celles du Rio de la Plata, à plus de lô<» de leurs » embouchures. L'Amazone remplira donc un jom%par » rapport à l'Amérique du Sud, le rôle de la Méditer- » ranée par rapport à l'ancien monde, et la possession D d'un territoire qui touche à ses bouches ne saurait » 6tre sans importance. »

8S ^128 12* LEfTURE ( 207 )

1128. Pour démontrer les droits de la France à ce précieux territoire, M. de Saint-Quantin accumule de nombreux arguments, qui ne perdront certainement pas à être cooixlonnés comme il suit :

i(L'ai*Ucle 8 du traité d'Utrecht présente pow élé* ments de détermination le nom de Ten-es du Cap^u*

Nondf et celui de Rii^ière fie Japoc ou de Vincent Pinçon^

» Le premier de ces éléments n'a rien de douteux.

» Il est notoire que le Cap Nord est l'extrémité Nord-Est de la petite péninsule circonscrite par l'Amazone, la branche méridionale du canal de Maracà, le darapapori et l'Araguari.

» Donc les Tetres du Cap^lu-Nord ne peuvent être que cette petite péninsule caractérisée par le Cap Nord.

» Le bon sens suffit pour réfuter l'idée que, sous la » désignation de Terres du cap Nord^ on a compris » aussi les terres du cap d'Orange.

» Il ne serait pas moins étrange de dire que, sous » le nom de terres du cap Finistère, il faudrait com- » prendre en France le cap de la Hougne et le dépar- » tement de la Manche.

n Donc, les bornes septentrionale et occidentale des Terres du Cap Nord étant constituées par la branche méridionale du canal de Maracà et par la rivière de Carapapori, il est évident que cette branche du canal et cette rivière sont le commeucement de la limite maritime stipulée dans le traité d'Utrecht.

( ses ) 12« LECTliRlî §1128

)) Jnpoc\ irréductible en Oyapoc^ ressemblerait plutôt au nom de fVmr/joco^ appliqué par Van Keulen au Mayacaré, ou encore mieux à lix^aripoco^ qui est le nom donné par Keymia, en 1596^ à. la totalité du canal de Maracà.

» Mais dans le fait, c'est un nom inconnu, ne répondant à rien.

)) D'ailleurs, les négociateurs du traité d'liti*eplit «'attachaient à ce nom qu'une faible importance. . n Car dans les demandes du Roi de Portugal, préaentées au congrès en 1712, on ne trouve ni Japoc^ ni rien qui y ressemble, mais seulement ii/V/^r« de l^inwtH Pinçon,

» Et dans le traité même, Jopoe ne figure qu'une seule fois, et encore accolé au nom de Vincent Pinçon ; tandis que le nom de Hivière de Vincent Pinçon y paf'Qtt à deux reprises.

» C'est donc surtout le nom de Vincent Pinçon qui caractérise la riviërB limite^

M Donc, attachonsrrnous à rechercher ifuelle pst la rivière qui doit porter légitimement le nom dd n'^çç^i Pinçon,

» L'on ne peut produira aucune carte, ai^cun d(icu- 0 ment antérieur à 171S, ayant date oert^ina, qpi » donne à aucun des aoui's d'eau qui découpent la cAie » de la Guyane le nom de Vincent Pinçon.

u II y a près du c»p Nord ime baie qui portait » incontestablement avant 1718 le nom de Vincent- » Pinçon, ot qur l'a conservé jusqu'à nos jours.

g 1128 12« UCTUBE ( 2e9 )

. » Il est (donc) naturel de chercher daiis la baie de

)) yincent Pinçon la rivière f/e FiiecetU Pinçon,

» Ur, 1^ rivière principale qui se jette dans la baie de Vincent Pinçon, c'est-à-dire dans le canal de Maracâ, appelé également canal de (larapapori, c'est le Carapapoii,

)> Donc, la véritable rivière de Vincent Pinçon ne peut titre qne le Campnpon,

» Et en effet, A>///i/>, marin anglais, qui^ en 1506, explora la côte de la Guyane depuis TAraguaiî dp rAmazoné jusque la rivière de Corentyn, donne à la suite de son récit une liste des rivières de cette con-^ trée et des peuples qui les habitaient, en marquant, pour chaque rivière, Timportance de son volui^e.

)i Or, voici le commencement de cette listé :

)) 1" Jroivan\ grande rivière;

n 2* ftvaripfico^ très grande rivière, habitéft par les Mapurwanas ; - » 3" Maipan\ grande rivière;

» 4" Caipurogh^ grande rivière ;

» hi* 4vçQ0fty grande rivière ;

)) (>'' fViapoco^ grande rivière;

)) 7" JV(inan\ grande rivière;

» 8" Capnnv({ck(u grwde Vivière,

n fmin'puço ^ pftrt, il est évident que le^ autres rivières do cette liste sont VAraguari, le M^y^carcé, le CaohipQpr, le Ouassa, VOyapoc, le On^nari et TApprpuague.

» Quelle peut donc être la rivière Iwmpoco^ sityée entre TAr^giifiri et le Mayacaré, li.ibjiép parleslndippsj

( 800 ) 12- LECTURE g iV2S

Mnptmvanas^ et plus grande que TAraguarf, que rOyapoc, que TAppronague?

» Ce ne peut être que le canal de Maracà, pris pour la double embouchure d'une rivière dont le Ciarapapori serait le cours principal.

» Car ce n*est qu ainsi que Yfwaripoco devient la plus grande rivière de cette r^ion.

)i On reconnaîtra, d'ailleurs, facilement dans les » Indiens Maptuwanas qui habitaient l'Iwaripoco la » tribu qui a laissé son nom au grand lac Mapmaeme » situé sur les terres du cap Nord et dont le trop plein » se déverse encoi*e aujourd'hui dans ce qui' resté de » la rivière de Garapapouri •

')) Or, à la suite de la liste de rivières donnée par Keymis, on remarque cette phrase importante : « C'est » aux environs d'Iwaripoco que Vincent Pinçon trouva )) quantité d'émeraudes.

)) Donc, le canal de Garapapori, le canal où se jette la rivière de Carapapori, fut découvert dans le voyage de Vincent Pinçon, voyage dont Keymis avait évidemment une pai faite connaissance»

» Donc, le Carapapori mérite légitimement le nom de Rivière de Vincent Pinçon^

» Mus voici un témoignage décisif :

» De 1718 à 1722, le gouvernement de Maragnan » et Gram Para fut confié à un officier actif et instruit, )) nommé Bemardo Pereira de Berredo, Pendant le M temps de son administration, il voulut acquérir une » parfaite connaissance du pays, et recueillit les élé- » ments du grand travail qu'il a publié sous le titre

s 1128 12* LECTURE ( 301 )

» d*u4nnates historiques de C Ktat de Maragnoti. Rem- » placé par le capitaine général Joâo de Maïa de Garoa, » il l'installa dans ses fonctions au Para, en octo- » bre 1722. Puis, rentrant dans la vie privée, il prolongea >i d'une année son séjour dans cette ville, afin d'y corn- » pléter ses recherches dans les archives locales.

» Pendant ce temps, son successeur s'occupait de » faire retrouver les anciennes bornes de marbre qui, » par ordre de Charles-Quint, avaient été érigées aux » limites des possessions du Portugal et de l'Espagne » en Amérique. Le capitaine J. Paes do Amaral fut )) chargé de la recherche de celle qui avait été placée » sur la côte. Il la retrouva en effet, et le constata proi> bablement par un procès-verbal qu'il dut produire à » son retour au Para, en décembre 1728.

)) Or, voici ce que dit Berredo au sujet de la limite, » dans ses Annales historiques^ publiées à Lisbonne » en 1749 :

- La côte se prolongeant de l'Est à l'Ouest pendant «- la longue distance de hbb lieues, l'Etat de Maragnon --se termine, ainsi que les possessions portugaises en

- Amérique, à la rivière de Vincent Pinçon, que les «Français appellent Wiapoc, 1* SO' au Nord de

- l'équateur.

-* lia même riviëi*e sert aussi de limite aux posses^ -«sions espagnoles par une borne de marbre que fit -* ériger en un lieu élevé, près de son embouchure,

- l'empereur Charles-Quint, selon le rapport de Simon -Ëustache de Silveira, cité pai* frère Marcos de «Guadalaxara.

- Cette borne n'était connue depuis plus d'un siècle

-que parles traditions anciennes successivement trans-

- mises. Elle a été découverte, en 1723, par JoaO Paes "do Amaral, capitaine d'une des compagnies d'infan-

- terie de la garnisoti du Para.

^ Les Français ne parvinrent à s établir dans Tilé

- de C4ayenne que par la force des armes, sous le comte -d'Estrées, le 19 décembre 1679; comme il y avait -déjà soixante-un ans que la nation pdi*ttigaise peu- -plaît tranquillement le grand pays de Maragnon, il « résulte clairement de l'existence de cette bonie d6 »• Charles-Quint, que la rivière de Vincent Pinçon était -la véritable limite de cette nouvelle colonie française,

- au Nord de la capitainerie du Gram Para. -

n La latitude indiquée pour Fembouchure de la ri- «vière de Fittcent Pinçon la placerait précisément à » l'endroit où la carte de de Tlsle (1708) place la baie n de Vincent Pinçon », — c'est-à-dire à Fendroit du

Carapapori,

f) Il est tellement incontestable que le Carapàpôri est la véritale limite stipulée par. le traité dXHrecht, que « il paraîtrait que les Poitugais s'engagëi^nt vei*s » 1736 ^u 1736 à renoncer à leurs envahissements. » Ce désistement des Portugais en 1786 est for- » mellement indiqué dans une notice historique fort n bien faîte, insérée dans \ Àlmnuack ite /n Gnynne )) éfelSSl.»

» Il est tellement incontestable que la limite d'Utrech est bien le Carapapori, que les Portugais ne réclamèrent pas contre l'occupation de la rive gauche de cette

j; 1128 12*I.ECTuttE ( ftOft y

rivière, ou de ses environs, pendant près de quinze années consécutives, de 1777 à 1792.

» Mais le Carapapori communique, ou du tiioins communiquait avec l'Araguan.

» Si l'on peut actuellement révoquer en doute cette eonjtnunication, son existence dans les tem})s anciens, et encore bien longtemps après le traité d'Utrecht, est un fait incontestable, prouvé par le témoignage de nombreux individus qui avaient pénétré du Carapai)ori dans TAraguari sans quitter leurs pirogues.

» La Barre en 1666, Nicolas Sanson en 1679, Delisle en 1703, figuraient l'Araguari comme une espèce de canal, débouchant, non-seulement dans TAmaBone, au sud du Gap Nord,, mais encore au nord de ce Cftp, à l'endroit où se jette le Carapapori.

» fit même Duval en 166A, Blaeuw en 1600, ne faisaient déboucher TAraguari qu'au nord du Gap Nord, vers la place du Carapapori.

)) Donc, anciennement, si ce n'est de nos jours, l'Araguari était une rivière à dooble embouchure, embrassant dans son delta les terres immédiatement adjacentes au Cap Nord, et ayant pour branche Noi'd le Carapapori, qui était môme sa bouche principale.

» Mais M. de Montravel a démontré que le lieu pi-écift du mouillage amazonien de Fincent Pinçon^ de soit niouillage le plus remarquable, fut à l'embouchure dé l'Amazone^ devant YjéraguavL

u L'Araguari mérite donc à bon droit le nom d€ Rivière de Fincent Pinçon^

( soi ) 12« LEGTUIIK S ^^^S

» Donc, le nom de Fincent Pinçon appaitieiit légili* mement à la rivière de Carapapori^ qui était une seconde bouche de l'Araguari, et même sa bouche principale.

» Donc, dans sa totalité* la véritable limite maritime déterminée par l'article 8 du traité d*Utrecht est incon* testablement celle-ci : la branche méridionale du canal de Carapapori, la rivière de Carapapori, et TAraguari.

» Mais, en bonne conscience, on ne doit pas s'attarcber à la lettre de Tarticle 8 du traité d'Utrecht; puisque le. nom de Japoc n'appartient à rien, et que le nom de rincent Pinçon est, en vérité, celui d'une baie, et non pas d'une rivière,

» Étudions donc l'esprit du ti'iûté d'Utrecht, en comparant l'ensemble de ce traité avec les stipulations antérieures.

» Et nous connaîtrons avec certitude, non-seulement la limite maritime, mais encoi-e les limites intérieures déterminées à Utrecht.

» QûeUes étaient les stipulations que modifiait le » trûté d'Utrecht et celles du traité provisionnel du » h mars 1700, en vertu duquel le Portugal avait enfin » reconnu l'Amazone et le Rio-Negro pour nos limites?»

n Avant 171S nous possédions, en vertu d'un traité » consenti par le Portugal, la rive gauche de l'Amazone » jusqu'au Rio Negro, et le di*oit de naviguer sur ce » fleuve, n

n Le traité d'Utrecht a eu pour butprini^ipal, et même » pour but unique, de Laisser au Portugal la iK)ssessiou » exclusive de ce droit de navigation, n

s H28 12* LECTURE ( 805 )

» On a dû prendre, par conséquent, pour limite (ma- » ritime) le premier grand cours d'eau hors de Tem- ». bouchure du fleuve des Amazones. »

» Ce cours d'eau est justement la branche méridionale du canal de Carapapori et la rivière de Carapapori.

)) Et comme il reste démontré que le Carapapori était alors une branche nord de TAraguari, il en résulte la confiimation la plus solide de notre conclusion précédente : Que la véritable limite maritime d'Utrecht est constituée par la branche méridionale du canal de Carapapori, la rivière de Carapapori et TAraguari.

a Le texte [du traité d'IItrecht] ne désigne aucune » délimitation àllntérieur, ce qui implique que rien^ n'a » été changé de ce côté aux limites antérieurement » stipulées ou admises.

» Il est tout à fait impossible d'admettre qu'un traité » sans stipulation expresse implique l'abandon de plus )) de soixante lieues de côtes maritimes et des trois » quarts de la superficie de notre ancienne colonie.

» Donc, quoique la position de nos limites à Tinté- » rieur ne soit pas définie, il résulte de l'esprit du traité » d'Utrecht que notre droit sur toutes les terres qui ne » forment pas la rive du fleuve des Amazones n'en est » pas moins resté intact et certain : que nous avons » conservé la propriété de tout le territoire où les » affluents du Rio Negro et de l'Amazone cessent d'être » navigables, et que ce principe doit s'appliquer même » à l'Araguari ; car on ne saurait soutenir avec quelque )> raison qu'en renonçant au droit de navigation sur

n l'AmazoDe et à la sonveraineté de sa rive gauche, » nous avons aliéné tout le territoire baigné par ses )> affluents, même au delà des points où ces affluents » cessent d'être accessibles à la navigation. »

il29. Après cette double argumentation, M. de

Saint-Quantin s' occupe <ics limites à/jroposeraii Brésil.

H30. Il conseille de « proposer au Brésil d'aban- ») donner la lettre du traité d'Utrecht, qui est inintelli- » gible, pour ne s'attacher qu'à rester dans son esptit. »

1131. Il trouve que « la ligné de limites la plus )> équitable [pour la France] serait celle qui, partant » de l'embouchure du Caraponatuba ou de YYan\ sui- » vrait toujours autant que possible l'équateur jusqu'à » sa rencontre avec le Rio Branco. »

H3"i. Mais, par bienveillance envers le Brésil, il s'arrête à cette conclusion : <( En restreignant autant » que possible nos prétentions , on doit considérer » comme indiquant le minimum de notre territoire m- » contestable^ une ligne qui, contournant le littoral de » l'Amazone et du Rio Negro, passerait par tous les » points où les affluents de ces fleuves cessent d'être » navigables. »

1133. Et, conformément à cette conclusion ro/ialiatrice^ M. de Saint-Quantin marque de cette manière, sur deux cartes, qui rappellent celles de M. Lescallièr en 1791 et de M. Ternaux en 1843, les limites du territoire contesté :

Le milieu de la branche méridionale du canal de Cai-apapori ;

Le milieu de la rivière de Carâpapori ;

Le milieu de la crique Carâpapori ;

Le milieu du lac Maproenne ;

Le milieu du Rio Tnpado ;

Le milieu de TAraguari, depuis Hio l^opa (h jusque sa première chute ;

Une ligne brisée, parlant de la première chute de TAraguari, — contournant, à des distances variables, l'Amazone, le Rio Negro, et le Rio Branco, jusqu'à un afiluent de cette dernière rivière par la latitude de près de deux degrés nord, — et portant cette légende : « Ligne à tracer en passant par les points où les cours d'eau cessent d'être navigables ; »

La chaîne Acaray et Tumucumaque ;

Et rOyapoc.

113A. Mais cela serait encore un avantage immense accordé au Brésil ; car M. de Saint-Quantin ajoute : «Je n'ai comprjs la rive gauche du Rio Negro, » dans le territoire contesté, que jusqu'au Rio Branco ; » mais si l'on s'en ti/snt au texte précis du traité » d'Utrecht, il n'y aurait aucune raison pour ne pas » suivre ce dernier fleuve jusqu'aux limites colom- » biennesi »

1135. Et à la fin, emporté par la fougue dé ses raisonnements, M. de Saint-Quantin lance au Brésil cette menace : « Si nos adversaires ne consentent pas » un traité nouveau formulé clairement, et basé sur des » concessions équitables et réciproques , on jugera » peut-être que le moment est venu où, rappelant enfin

( 308 ) i^' LECTURE SS 1136-1140

» ses droits trop longtemps négligés, la France devra )) sommer le Brésil d'évacuer la rive gauche du Rio » Branco et du Rio Neçro, et prendre des mesures » sérieuses pour arriver à leur occupation. »

1136. Heureusement pour le Brésil, les bases de l'argumentation de M. de Saint-Quantin ne sont pas aussi solides que le ferait croire le ton qu'il prend,

1137. M. de Saint-Quantin adopte l'ancienne idée de M. de Charanville sur le sens restreint du mot Cap Nonly et il bafoue ceux qui étendent les terres du Cap Nord jusqu'au Cap d'Orange.

1138. Mais, — sans qu'il soit besoin de livres qui ne se trouvent pas dans la Guyane Française, — M. de Saint-Quantin cite lui-même, dans la table des ouvrages

• qu'il a consultés, celui que Z?/>^ publia en 166à sous le titre de « Voyage de la France Equinoxiale^ en P/sle de Cayenne, »

1139. Et Biet a dit dans sa préface : « Toute la » France a esté dans l'attente du succez de la généreuse » entreprise d'une Colonie Françoise ^ans cette partie » de l'Amérique, que l'on appelle Cap-dc-Nord^ en l'Isle » de Cayenne, située au quatrième degré deux tiers de » l'Equateur. »

IIAO. Et il a mis cet en-tête à chacun des trois livres dont se compose son ouvrage : o Récit véritable » de ce qui s'est passé au voyage entrepris pai' les » François en la partie de l' Amérique Méridionale appel-

g g 1141-1146 12* LECTURE ( SO0 )

1) lée Cajy-de^Nord, en Tlsle de'Càyenne, Tan 1652. »

1141. Et les premiers mots de son livre troisième sont ceux-ci : « Personne n'a iamais parlé jusqu'à pre- » sent auec certitude , ny auec la pure vérité , de » cette partie de l'Amérique qui est appellée (Jap-dc- )> Nord^ & que nous appelions France Equinoxiale.., \f

1142. M. de Saint-Quairtin nie la possibilité de réduire à Oyapoc le mot Japoc; il trouverait même plus faisable de le réduire à '^f'affpoco^ ou bien encore

Ya'ar/poco.

1143. Mais nous avons vu que le traité d'Utrecbt fut rédigé par les plénipoleutiaires de Portugal (262- 298) : que Japoc était la forme portugaise de Yapoc (290-306) : et qu'avant le traité d'Utrecht, Vapoc avait été plus souvent employé (fj! Oyapoc y pour désigner exclusivement la rivière du Gap d'Orange (310- 314).

1144. Nous avons appuyé ce dernier fait d'un grand nombre de bonnes autorités françaises.

1145. Et M. de Saint-Qiiantin lui-même, dans une liste qu'il donne des variations du nom indien de la rivière du Cap d'Orange antérieurement à 1713, n'exhibe qu'une seule fois Oyapoc (dans Froger, en 1699), tandis qu'il donne deux fois Yapoco : l'une sur la carte de Delislede 1703, l'autre che;î un grave écrivain qu'il nous fait connaître le premier et qui est Pierre d' yî/f/'/j, dans son grand ouvrage publié en 1637 sous le titre de Le Monde.

1146. M. de Saint-Quantin se fait un argument de

ce que le nom indien de la rivière limite n*a pas figuré en 1712 dans les Demandes du Roi de Portugal, et qu'il n'a paru qu'une seule fois dans le traité d'Utrecht, et encore accolé à celui de Vincent Pinçon.

1IA7. Mais c'est que les demandes du Portugal furent rédigées par tin Portugais, et le traité d'Utrecbt par deux Portugais; et qu'en Portugal, comme en Espagne, on n'appelait la rivière du (^ap d'Orange que du nom du découvreur espagnol.

Hà8. M. de Saint-Quantin assure que « Ton ne » peut produire aucune carte, aucun document antén rieur à 1713, ayant date certaine, qui donne à aucun » des cours d'eau qui découpent la côte de la Guyane, » le nom de Vincent Pinçon, n

11A9. Mais déjà Buachc avait dit en 1797 : « Nous » ne dissimulerons pas que les cartes anciennes, qui » ont représenté presque toutes la rivière de Vincent » Pinson, ne s'accordent pas' sur la position qu'elles » assignent à cette rivière, et que plusieurs même, dont » les auteurs sont généralement estimés, la placent au » milieu de la côte de la Guyane, w

1150. Et Buache avait raison.

1151. Car un grand nombre de géographes d'une réputation universelle, — dans des cartes portant des dates certaines, — ont placé sur la côte de la Guyane, loin du Cap Nord, un grand cours d'eau sous le nom

de Rivière fie Vincent i^incon,

1152. Ce sont, pour le moins :

L'illustre Gérard Mercator, en 1569, dans sa grande carte marine, malheureusement trop peu connue ; .

s s 1163*1155 12« LECTURE ( 311 )

L'illustre Ortelius, en 1570, 15714572, 1573, 1574, 1679, 1581, 1587, 1592, etc.;

Thevet, cosmographe du Roi de France, en 1575;

Rumoldus Mercator, en 1587 ;

De Bry, en 1592 et 1596;

Plancius, en 169A ;

Micbael Mercator, en 1595;

Van Langren, en 1596, 1598, 1599, 1610;

Wytfliet, en 1597, 1598, 1603, 1611 ;

Judocus Hondius, en 1602.

1153. Le nom de yincent Pinçon^ appliqué à une grande rivière du littoral océanique de la Guyane, n'a conuuencé à disparaître de la géographie qu'au XVII* siècle, après que les précieux recueils de Hakluyt et Purchas, et de leur traducteur De Bry, eurent répandu les relations de Raleigh, Keymis, Masbam, Leigh, Wilson, et Harcourt, qui rendirent aux rivières de la Guyane leurs noms indiens.

11 5A, M. de Saint-Quantin invoque le témoignage de Keymis, pour montrer que le canal de Carapapori, nommé Jwaripoco par l'explorateur anglais, avait été visité par Vincent Pinçon, — si bien que Vincent Pinçon y avait trouvé quantité d'émeraudes.

1155. Ces émeraudes que M. de Saint-Quantin n'a vues chez aucun autre écrivain que Keymis, et l'assu*' rance avec laquelle Keymis afTirme qu'elles furent trouvées par Vincent Pinçon sur le canal de Carapapori, ont donné à M. de Saint-Quantin la conviction que l'explorateur anglais avait évidemment une parfaite connaissance du voyage du découvreur espagnol.

( 812 ) 12- LECTURE S g H5Ô-'1161

1156.- Mais, pour ce qui est de la découverte de ces prétendues émeraudes (qui, ainsi que M. de Saint- Quantin en fait la remarque, « étaient des morceaux de jade fort estimés des Indiens, et que les premiers explorateurs prirent pour des pierres précieuses»), Keymis en était tout bonnement infonné par le recueil très répandu de Grynœus, qui avait reproduit le récit du voyage de Vincent Pinçon par Anghiera.

H57. Pour ce qui est de l'assurance de Keymis, quand il dit que ce fut sur le canal de Carapapori que Vincent Pinçon trouva ces émeraudes, M. de Saint- Quantin avoue lui-même que « à défaut de la relation »> originale publiée à Londres en 1596 et réimprimée » en 1599 dans la collection de Hackluyt, il fut con- » traint de se servir de la traduction qui se trouve à » la suite dès voyages de Corréal. »

1158. Or cette traduction française est infidèle, plus infidèle même que la mauvaise traductien latine de De Bry, sur laquelle elle fut faite.

1159. Keymis n'a point afGrmé ; il n'a émis qu'une supposition.

1160. Car son texte anglais, dans une note à la nifière» livaripoco^ est celui-ci : « Hère it was as it » seemeth, that Vincent Pinçon the Spaniard had his » Emeralds» ; «ce fut ici, à ce qu'il semble^ que TEspa- » gnol Vincent Pinçon se procura ses émeraudes. »

1161. Et si Ton recherche le fondement de la supposition de Keymis, on trouve que ce n'est autre chose qu'une fausse interprétation des principales cartes qui marquent sur la côte de la Guyane la rivière de Vincent Pinçon.

s s 1162-1169 12* LECTURE ( 818 )

1162. Ne connaissant aucune de ces cartes, M. de Saint-Quantin ne pouvait se rendre compte du dire de Keymis.

1163. Nous sommes donc ramenés à l'argument de La Condamine, que nous avons promis d'examiner dans la quatrième partie de ce travail.

116A. M. de Saint-Quantin croit à un, désistement des Portugais vers Tannée 1736; et il se fonde sur TAlmanach de la Guyane de 1821.

1165. Mais M. de Saint-Quantin lui-même, avec la bonne foi qui le distingue, avoue que a malhem*euse- » ment l'auteur, contre son habitude, n'a point indiqué » la source où il a puisé ce fait sur lequel on n'a pu » se procurer à Cayenne aucun éclaircissement. »

1166. Et la source où a puisé l'Almanach de la Guyane ne peut être que cette assertion de Buache, à propos du traité de 1797 : « Les Portugais renoncent 0 aujourd'hui formellement à une partie de cette pos* )) session, qu'ils étaient convenus d'abandonner dès » 1736. »

1167. Et Buache n'a pu puiser à une autre source que la lettre écrite par un gouverneur du Para à un gouverneur de Cayenne le 15 octobre 1732, dont nous avons déjà vu les détails (368-373).

1168. Mais nous avons vu aussi (374) que, mieux informé, le gouverneur portugais retira sa lettre le 2 novembre 1733.

1169. M. de Saint-Quantin se prévaut du silence du Portugal pendant la longue existence des postes

( Sia ) 12» LECTURE S g H70-1174

établis par M. Malouet et par le baron de Bessner au voisinage de l'Amazone.

1470. Mais nous avons déjà vu (489. ÔA2-646) que, si le Portugal, tarda à protester contre cette occupation du territoire au sud de rOyapoc, c'est qu'elle fut faite à son insu, dans des parages déserts jusqu'alors, et pendant que son attention était sérieusement attirée, tantôt vers le sud du Brésil, tantôt vers l'ouest.

IITI, M. de Saint-Quantin assure qu'anciennement, si ce n'est de nos jours, Y j^rnguari était une rivière à double embouchure, embrassant dans son delta les terres immédiatement adjacentes au Cap Nord, et ayant pour branche Nord le Carapnpori, qui était même d'abord sa bouche principale.

1172. M de Saint-Quantin se fonde sur ce double fait :

1** Que les anciennes cartes figuraient l'Araguari/

tantôt comme un canal joignant l'Amazone à la baie de

Carapopori, tantôt comme une rivière ne débouchant

que dans la baie de Garapapori ;

2* Qu'autrefois, si ce n'est de nos jours, le Carapa-

* pori. communiquait réellement avec l'Araguarl.

1173. Et il en conclut que la vraie limite maritime stipulée à Utrecht doit être formée par la branche méridionale du canal de Garapapori, la rivière de Garapapori, et l'Araguari.

1174. Mais nous avons déjà vu (395-416), que la configuration de l'Araguari comme une rivière à double embouchure, embrassant dans son delta les terres immédiatement adjacentes au Cap Nord, fut in-

gS H75-1176 12* LECTURE ( 816 )

ventée par La Condamine en 17A5, sur la combinaison cle la véritable rivière d'Araguari, dont il venait d'apprendi^ le cours, avec un faux canal d*Araguari admis depuis longtemps par tous les géographes : que ce canal d'Araguari fut inventé par DeLaet en 1630, sur la combinaison du véritable Araguari amazonien» dont il ne connaissait que Tembouchure, avec un faux Araguari extra-amazonien : que cet Araguari extra-amazonien fut inventé par De Bry en 1699, sur une fausse interprétation du texte de Keymis. et maintenue ensuite sur une fausse interprétation du texte de Harcourt : et que ces fausses interprétations consistaient à croire que, en plaçant T Araguari sur la mer, les deux explorateurs anglais le plaçaient au nord du Cap Nord.

1175. Et nous allons voir maintenant, par l'étude des textes de Keymis et Harcourt, que celte croyance était réellement fausse.

1176. Kefniïs, qui atterrit devant Tembouchure de TAraguari en 1596, nous fournit les données suivantes, que Ton trouve dans Hakluyt, volume 111, pages 672-673 :

« Le 12 mars nous sondâmes à minuit nous an-

)) crames L? 14, vers la nuit, à environ six lieues

)) de la côte, nous aperçûmes une terre basse au fond

d'une baie

» Le premier endroit où nous ancrâmes fut à Tembou- » chure de Y //nfnvnn\ belle et grande rivière, par la )) latitude d'un degré quarante minutes... Quand nous » arrivâmes à la pointe nord de cette baie (que nous » appelâmes (fi/j Ccrjl) nous vîmes deux hautes mon-

( SI6 ) 12* LECTURE Sg 1177-1182

» tagnes, ressemblant à deux ties, mais appartenant n réellement à la terre ferme. Dans cet espace, qui est » d'environ 60 lieues au N. N. O. , il se jette dans la » mer plusieurs grandes rivières/ qui sont jérrowari^ » Iwaripoco, Maipari, Goanawini, Gaipurogh. .. Cette » seconde baie s*étend environ trente lieues vers l'ouest, » et renferme les rivières Arcooa, AViapoco, Wanary, » Caparwacka, Gawo, Caian, Wia, Macuria, Gawroor, » Gurassawini. »

1177. Non-seulement Keymis fait explicitement déboucher l'Aragaari dans la meiy et non dans l'Amazone ; mais on dirait même qu'il le place dans sa première baie, c'est-à-dire entre le Gap Nord et le Gap d'Orange, par lui appelé Gap Gecyl ; car il ne nomme r Araguari qu'en parlant de cette baie.

1178. Mais Keymis, qui faisait son exploration du sud au nord, déclare qu'il ne i*encontra cette grande •baie que le lA vers la nuit, et qu'il avait déjà ancré dans la nuit du 12 au 13.

1 179. C'est donc à ce mouillage de la nuit du 12 au 13 mai*s que se rapportent ces paroles ultérieures de Keymis, glissées par le bon marin dans une place indue : « Le premier endroit où nous ancrâmes fut à l'embou- » chure de V Jn-owaH. »

1180. L'Araguarî de Keymis était donc au sud de sa première baie.

1181. Donc, il était au sud du Gap Nord.

1182. Ha/vourt rapporte qu'il atterrit, le xi mai 1608, à l'est de la pointe extrême du bord guyanais de

TA mazone.

s s H83-H85 12« LECTURE ( 317 )

1183. Il ajoute : « La branche occidentale de la » rivière des Amazones» qui se jette dans la mcr^ est appelée Arrapoco.., Au ijord d'Arrapoco est la rivière Arrawariy qui est une belle rivière. »

118A. Et il répète plus loin : « Entre la rivière des » Amazones et la baie de Wiapoco, il se jette dans ta » mer les rivières suivantes : Arrapoco, qui est une » branche de TAmazone, Arrawary^ Micary, Gona- » wini, Gassipurogh. »

1185. Mais ensuite, en rendant compte d'une grande exploration du cours de TAraguari, faite par son frère Michael Harcourt et par le capitaine Harvey, restés à TOyapoc après son départ de la colonie qu'il y avait fondée, Robert Harcourt nous fournit lui-même ces deux passages, qui se trouvent dans Purchas, tome IV, page 1278 :

(( En y allant, ils coururent des dangers horribles, à » cause des brisants de la mer sur les bancs et les bas* » fonds, particulièrement devant le grand cap qui est » au nord de \ Arva%vaijy et que, pour cette raison, ils » nommèrent Pointe Périlleuse.

» A leur retour, arrivés à certaines îles appe- » lées Carripapoory ^ et voulant à toute force passer » entr'elles et la terre ferme, malgré l'opposition des » Indiens, qui, connaissant les dangers de ce parage, » les en dissuadaient, plutôt par intérêt pour le salut » des nôtres que pouf le leur propre (car ce sont d'excel- » lents nageurs) , ils rencontrèrent une telle barre )i (comme disent les marins) , une telle violence de deux » courants opposés, — semblables à deux béliers ou à » deux taureaux en courroux, se précipitant l'un sm*

» Tautre, reculant souvent pour s'assaillir avec plus de » fureur, jusqu'à ce que l'un ait terrassé l'autre, — que, » si (après Dieu) les efforts des Indiens ne les eussent » sauvés, ils y auraient tous été détruits, w

1186. On ne saurait mieux caractériser le Cap Nord continental et le canal de Carapapori.

1187. Donc, les premiers explorateurs qui nous ont fait connaître F Araguari, ne lui connaissaient qu'une seule bouche, laquelle se trouve, comme aujourd'hui, au sud du canal de Carapapori, et au sud du Cap Nord continental.

1188. Donc, l'Araguari extra-amazonien, la prétendue branche Nord de l'Araguari, est une création des cartographes, qui n'ont pas considéré que pour Keymis et pour Harcourt le bord guyanais de l'Amamazone finissait à Ponta Gmssa^ c'est-à-dire à l'extrémité septentrionale de la branche occidentale de l'Amazone, formée pai' le groupe des îles Bailique et par le continent, et alors nommée par les Indiens Arrapocoi ou plutôt Jmpvco.

1180. Ni Keymis ni Harcourt n'ont eu connaissance de la twière de Carapapori.

Vhvanpoco de Keymis n'était que le canal de Carapapori.

Keymis, qui n'entra pas dans ce canal, le prit pour une rivière.

Mais Harcourt, qui savait ce qu'il en était, supprima dans toutes ses listes de rivières la prétendue rivière d'Iwaripoco*

s g 1190-1197 12* LECTURE ( 319 )

1190. La rivière de Garapapori existait cependant.

1191. Et, quoique les explorations d* Abreu en 1 791 , de M. Penaud en 1836, et de M. Peyron en 1867, mettent hors de doute que, depuis longtemps, le Garapapori ne communique plus avec TAraguari, il est incontestable que ces deux rivières étaient liées autrefois, non-seulement par une, mais par deux communi-» cations. Gar cela est positivement attesté par Abreu, officier brésilien, comme existant encore vers Tannée

119%. L'une de ces communications se faisait par la crique Garapapori, le lac MaproeDne, et la crique Urubu, totalement obstruée dès avant 1791 , et connue depuis lors sous le nom portugais de Ih'o Inpmloy c'està-dire rivière bouchée.

1)93. L'autre communication, qui était la plus éloignée de la mer, avait lieu par la Manaye» la crique Araguari, également obstruée dès avant 1791, le lac Onçapoyenne (ou lagod'ElRet)^ etlac7/<y//cMayacaré, qu'il ne faut pas confondre avec la rivière du même nom.

119 A. IMUds il ne suffit pas que le Garapapori et r Araguari aient communiqué ensemble.

1 195. Le point essentiel est ici le comment.

1196. Pour faire du Garapapori une branche de r Araguari, il faudrait prouver que la crique Urubu et la crique Mayacaré couLiient, et coulaient constamment, de r Araguari vers le Garapapori.

1197* Si ces deux criques n'étaient que des //tam

gots^ allant et venant au gré des vents, ce serait assez pour que le Carapapoii dût être considéré comme distinct de l'Araguari.

1198, Mais comment constater la direction des eaux de la crique Urubu, totalement bouchée depuis plus de 80 ans 7

1199. Par l'analogie de la crique Mayacaré ; et encore par l'analogie de la crique Piratuba, tout près du Cap Nord.

12Q0. Lacrique Mayacaré coule du lacOnçapoyenne dans la rivière d'Araguari.

1201. Car Abreu, qui, en avril 1791, explora en détail les deux bords de l'Araguari jusqu'à sa première chute, et qui pénétra dans Je lac Onçapoyenne par la crique Mayacaré, a consigné dans son journal ces deux faits :

« 18 avril. Nous paitlmes de l'embouchure de cette » crique à huit heures du matin, et nous mîmes toute » la journée et toute la nuit à nous rendre au lac. »

« 23 avril. Nous partîmes du lac à six heures du » matin, et nous étions de retour à l'embouchure delà » crique à neuf heures du soir, dans moins de temps » qu'en y allant, parce (/ne le courant qui sort i/ti lacfavo' » rise beaucoup le -voya^i^'e. »

1202. La petite rivière Piratuha répond exactement à la crique Mayacaré et àl' ancienne crique Urubu :

elle joint l'Amazone à un lac central, qu'une autie crique rattache, à son tour, au canal de Carapapori.

1203. Eh bien, Abi'eu a exploré aussi le Piratuba; et en allant de l'Amazone vers le lac, il dit qu'il remonte

gS 1204-1209 12* LECTURE ( 321 )

le IHratuba; et en retournant du lac à I* Amazone, il dit qu'il descend le Piratuba.

1204. Or, puisque la crique Mayacaré et le Piratuba coulent du nord au sud, on doit inférer qu'il en était de même du Rio Tapado^ leur congénère.

1205. Nous avions donc raison d'affirmer (g 573) que les anciennes communications du Garapapori avec l'Araguari ne se faisaient point par le déversement des eaux de l' Araguari dans le Garapapori ; que chacune de ces communications avait un point de partage, qui était au lac : et que chacun de ces lacs se déchargeait dans ces deux rivières par deux dégorgeoirs opposés, l'un coulant vers le nord, l'autre coulant vers le sud.

1206. Nous avions donc raison d'affirmer (g 674) que, malgré leur double communication, l'Araguari et le Vincent Pinçon de La Gondamine étaient plus indépendants entre eux que la rivière d'Oyac et la rivière de Gayenne, que l'Orénoque et le Rio Negro.

1207. Donc , quand bien même le Garapapori se trouverait être le Vincent Pinçon du traité d'Utrecht, toujours serait^il impossible de lui donner pour continuation l'Araguari.

1208. Renfenuée dans le cercle du licite, la pré-> tention française sur le littoral doit donc avoir pour maximum la Mannye^ qui est la seule continuation du Garapapori.

1209. Passons au grand argument de M. de Saint-

( 322 ) 12< LEGTUAE S S 1210-1211

Quantin, à celui qu'il base sur X esprit du traité d'Utrecht.

1210. Ce grand argument est le perfectionnement raffiné d'une idée émise en 1780 par l'abbé Raynal, et déjà exploitée en 1707 par M. Lescallier et en 18AS par M. le baron Rouen.

1211. Raynal avait dit : « L'Amazone fut autrefois » incontestablement labome des possessions Françoises, » puisque» par une convention du h mars 1700, lesPortu- I) gais s'obligèrent à démolir les forts qu'ils avoient élevés » sur la rive gauche de cette rivière. A la paix d' Utrecbtt » la France qui recevoit la loi, fut forcée de céder la na- » vigation de ce fleuve avec les terres qui s'étendent » jusqu'à la rivière de Vincent Pinçon, ou de l'Oya- )) pock. Lorsque le tems fut venu d'exécuter le traité, » il se trouva que ces deux noms employés comme sy* » nonymes, désignoient dans le pays, ainsi que sur les » anciennes cartes, deux rivières Soignées l'une de » l'autre de trente lieues. Chacune des deux cours vou- » lut tourner cette erreur à son avantage ; celle de » Lisbonne s'étendre jusqu'à l'Oyapock, et celle de i> Versailles jusqu'à Vincent Pinçon. On ne put convenir » de rien; et les ierres contestées sont restées désertes » depuis cette époque assez reculée. — On n'aura pas la n prétention de s'ériger en juge de ce grand procès. » L'unique observation qu'on se permettra de faire , » c'est que le but de la cession exigée par le Portugal, )> a été de lui assurer la navigation exclusive de l' Ama- » zone. Or les sujets de cette couronne jouiront paisi- » blement de cet avantage, en éloignant les limites des » possessions Françoises de vingt lieues seulement et

S8 1212-1218 12« i*CTOBE ( 828 )

» jusqu'à la rivière de Vincent Pinçon, sans qu'il soit w nécessaire ^ les reculer de cinquante jusqu'à royale pock. »

1 21 2. Appliquant le principe de Ray nal aux limites intérieures, M. Lescallier avait dit : a 11 faut savoir » qu'avant le traité d'Utrecht qui est de 1713, les pos- » sessions françaises daps Ja Guiane s'étendoient juft- » qu'au fleuve des Amazones, qui leur servoit de bornes » dans la partie dn sud ; qu'en vertu d'un traité anté- » rieur, conclu à Lisbonne le k mars 1700, les Portu- » gais avoient été obligés de démolir les Forts qu'ils » avaient construits à la rive gauche de ce fleuve. — La » France ayant cédé la navigation exclusive et les deux » bords de ce fleuve ; ayant cédé positivement les terres » du cap de Nord (qui sont des îles noyées, situées an 1) nord de l'embouchure de ce grand fleuve, et.qui s'é- » tendent jusqu'au 2'' degré de latitude nord), et fixé » les limites réciproques à T embouchure de la rivière » de Vincent Pinçon, il est clair qu'elle n'a pas cédé n autre chose que ce qui est nommé dans le traité ; que » tout ce qui n'y est point désigné de ces précédentes » possessions et prétentions ne doit pas cesser de lui ji appartenir. Par conséquent, toutes les terres de Finn térieur de la Guiane (sauf la libre navigation des » Amazones et le rivage septentrional de ce fleuve, cé- » dés au Portugal) continuent bien d'être j^otre pro- » priété, jusqu'à Rio Negro. »

1213. Se bornant à la limite maritime, M. le baron Rouen avait dit, avec plus de rigueur que Raynal : «Que Y esprit du traité d'Utrecht étant manifestement » de laisser à la couronne portugaise la navigation ex-

» clasive de l'Amazone, et que pour cela il n'était point » nécessaire d'étendre la frontière du Brésil au nord de » Y Ai\t*^uari; que c'était là, à ses yeux, la rivière qui » devait servir de limite, conformément à X intention du » traité d'Utrecht. »

1214. Et M. de Sîdnt-Quantin, abondant dans le sens de M. Lescallier, mais avec une certaine retenue, aiBrme que l'intention du traité d'Utrecht a été simplement de céder au Portugal, pour mieux lui assurer la navigation exclusive de l'Amazone, la partie nnvigabtedes affluents guyanais de ce fleuve, et également la partie navigable du premier grand cours d'eau hors de son embouchure ; u parce que le traité du 4 mars » 1700, qui régissait la matière avant le traité d'U- » trecht , reconnaissait à la France la souveraineté de » toutes les terres situées sur la rive gauche de la ri-

• vière des Amazones. »

1215. Mais M. de Saint-Quantin n'a pas lu le traité fondamental du 4 mars 1700, qui, cependant, se trouvait publié par M. le vicomte de Santarem depuis 1844.

1210. U a cru sur parole M. de Larue, qui avait dit en 1821 : 4 Qu'avant le traité d'Utrecht, le fleuve )) des Amazones formoit la véritable ligne de démarca- » tion en vertu d'une convention conclue à Lisbonne » le 4 ma^ 1700 ; »

1217. Et M. Gouvray de Beauregard, qui avait répété en 1824 : t Un traité provisionnel fut conclu à Lis-

> bonne le 4 mars 1700, et le cours de TAmazone

> fut reconnu comme limite des possessions des deux

• puissances; >

1218. Et M. Warden, qui avait, redit en 18Si : € Par le traité provisioonel conclu à Lisbonne le I k mars 1700, le cours de l'Amazone ou Maranham » fut reconnu pour limite des possessions respectives de » la France et du Portugal. »

1210. Mids les assertions de ces trois messieurs sont démenties par le document qu'ils allèguent avec tant d'assurance.

1220. Car voici le texte français des stipulations essentielles du traité provisionnel conclu à Lisbonne le à mars 1700 :

Préandbule. c S'etant meu depuis quelques années » en ça dans l'Ëtat du Maragnan quelques contestations » et différents entre les sujets du Roy très Gbretien et i> ceux du Roy de Portugal au sujet de l'vsage, et de » la possession des Terres du Cap de Nord situées

» entre Cayenne et la riuiere des Amazones , le

n S.' Rouillé Président du grand Conseil de Sa Ma.^ » T. Ch. et son ambassadeur en cette Cour, ayant de- » mandé des conférences qui luy ont esté accordées, I on y a discuté et examiné les raisons de justice de » part et d'autre, et l'on y a veu les autheurs et les » Cartes concernant l'acquisition, et la diuision des » dites Terres, et comme il a paru que pour paruenir » à la fin et conclusion d'vne affaire si jmportante, jl » falloit de part et d'autre des pouuoirs spéciaux de A leurs Majestés, Le Roy T. Ch. a enuoyé le sien à son » dit ambassadeur le S.' Rouillé, et sa Ma.'* Portugaise

» a donné le sien à D. Nuno Aluares Pereira , Roque

» Monteiro Paim , Gomes Freire de Andrade ,

( 820 ) i2« LECTURE S 1220

» et à Mendo de Foyos Pereira Et ayant fait appa-

» roir de part et d'autre leurs dits pouuoirs, recotinns » poar suffisants et valables à l'effet de conférer et con» n uenir d'vn Traité sur la possession desdites Terres f> du Gap de Nord situées entre Cayenne et la ritJere » des Amazones, les Conférences ont esté continuées n sans en venir à vne dernière décision, lesdits Corn- » missaires ne voulant point de part et d'autre se de- » pcartir du droit qu'ils soutenoient, et comme il a paru » qii'jl estoit nécessaire de chercher encore de nouuaax » titres, et Enseignements outre ceux qui auoient deaja » esté produits et examinez, jl a esté proposé vn pro- » jet de Traitté prouisionel et de suspension pour auoir » lieu jusques a la décision du droit des deux Couron- » nés , et empescher jusques la toutes les occasions » qui pouuoient troubler, et mettre la discorde entre

0 les sujets de l'vne et de Vautre Couronne , et

» on a arrêté et Ton est conuenu des articles suiuans. « Article 1.*' Le Roy de Portugal fera euacuer et » démolir les forts de Araguary et de Cumau, autre^ » ment dit Macapa, retirer les garnisons et generale- I) ment tout ce qu'il y a dedans, aussy bien que les ha- » bitations d'Indiens qui sont proches desdits forts, et » sèment a leur vsage, et ce dans le terme de six mois » du jour de l'eschange des Ratifications du présent » Traitté, et en cas qu'il y ait d'autres forts dans l'es- » tendue des Terres, depuis lesdits forts jusques a la I) riuiere des Amazones vers le Gap de Nord, et le long » de la coste de la mer jusqu'à la riuiere â'Oyapoc » dite de Vincent Pinson, ils seront pareillement de- » molis comme ceux d' Araguary et de Cumau ou Ma*

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» capa dont la démolition est conuenQe en termes ex- » prés. »

«Art, 2.* Les François et Portugais ne pourront >i dans la suite occuper lesdits forts ny en esleuer de » nouuaux dans les mesmes endroits ny en quelqu'au- » tre que ce soit, dans l'estendûe des terres marquées » dans l'article précèdent, dont la possession demeure » indécise entre les deux Couronnes; les vus ni les au- » très ne pourront non plus y faire aucune habitation » ny establir aucun Comptoir de quelque qualité que » ce soit, jusques a ce qu'il soit décidé entre les deux » Roys, a qui demeurera de justice et de droit la pos-

> session desdites Terres. »

«Art. A."" Les François pourront s'estendre dans » lesdites Terres dont par les articles !••' et 2.* du » présent Traitté la possession demeure indécise, jus-

> qu'a la riuiere des Amazones, depuis la situation des-

> dits forts de Araguary et de Cumau ou Macapa vers

> le Cap de Nord et coste de la mer, et les Portugais » pourront faire de mesme jusques a la riuiere d'Oya-

> poc ou Vincent Pinson vers la coste de la Mer, dans n lesquelles terres les François ne pourront entrer que » par celles qui sont du costé de Cayenne, et les Por*

> tugais par celles qui sont le long de la riuiere des » AmazoneSf et non autrement, et tant les vus que les » autres se contiendront respectivement entre lesdites » riuieres cy dessus marquées et exprimées qui font les

> bornes, les lignes et les limites des Terres qui demeu- « rent jndecises entre les deux Couronnes. »

« Art. 9.« De la part de l'vne et de l'autre Couronne » on recherchera, et on fera venir jusques a la fin de

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» l'année prochaine 1701. tous les Titres et Enseigne* » ments aleguez dans les Conférences, pour seruir a » l'entier éclaircissement de la possession qui par le 1 présent Tr^itté demeure indécise entre les deux Cou- » ronnes, et les pouuoirs donnez par les deux Roys de« » meurent en leur force, pour dans ledit temps et jus- » ques a la fin de l'année 1 701 le différent dont est » question estre terminé dermitivement. 9

«Art. 10.* Et comme ce Traitté est seulement pro-

> uisionel, et suspensif, Iceluy ny aucune des Clauses,

> Conditions et expressions y contenues ne donneront » aucun droit de part ny d'autre pour la jouissance et

> la propriété desdites Terres qui par ledit traitté de- » meurent en suspend, et en quelque temps que ce » soit on ne pourra se preualoir de part ny d'autre de » ce qu'il contient pour la décision du différend. »

1221. Que reste-t-il donc du beau travail de M. de Saint-Quantin?

Il ne reste que l'autorité de Berredo, déjà produite par M. Le Serrée, et que nous réservons pour la quatrième partie de nos lectures, avec l'argument séculaire de La Condamine, méconnu par M. de Sainte Quantin, au grand préjudice de sa cause.

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