‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 78 sur 81 · TREIZIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LECTURE

1222. Le 18 juillet 186S, par l'intermédiaire de sa légation à Rio de Janeiro, le Gouvernement Impérial de France proposa au Gouvernement Brésilien la repriâé de la négociation interrompue depuis le mois de décembre 18&&.

122S. Le Gouvernement Brésilien s'empressa d'adhérer à cette proposition, par une note du 12 août 185S.

122 A. Après une longue indécision sur le choix du lieu, on convint encore de Paris.

1225. Le 10 février 1855, les pleins pouvoirs de Sa Majesté l'Empereur du Brésil, « pour stipuler, con- » dure et signer un Traité qui fixât définitivement les )) limites entre le Brésil et la Guyane Française » , furent confiés à Monsieur Pauline José Soares de Souza, Vicomte de l'Uruguay • Conseiller d'État , Sénateur

{ SSO ) 13* LECTURE S g 1226-122»

de l'Empire, et ancien Ministre des Affaires Étrangères.

1226. Et M. le Vicomte de l'Uruguay se présenta au Gouvernement Français en juin 1865.

1227. Le Gouvernement de Sa Majesté l'Empereur des Français ne fit pas comme celui de Louis-Philippe, qui, après avoir provoqué la discussion, s'étudia à l'éluder.

1228. A un Mémoire très ferme, remis le 15 juin par Son Excellence M. le Vicomte de F Uruguay, Son Excellence Monsieur le Comte Walewski, Ministre des Affaires Étrangères, opposa tout d'abord une Réponse préliminaire d'une égale fenneté.

1229. Et dans quinze conférences, qui se prolongèrent du 30 août 1855 au !•' juillet 1856, ThonorabJe Plénipotentiaire Brésilien trouva un digne aniagoniate dans Monsieur le Baron His de Butenval, ancien Ministre à la cour du Brésil, et Conseiller d'État en service ordinaire.

s 1280 18* MCTUBi ( 881 )

1S80. Dans son Mémorandum, M. le Vicomte de r Uruguay exposa en ces termes ses idées principales :

« Il s'agit de fixer, comme s'exprime l'article 107 » du Traité de Vienne, le sens précis de l'article 8* de celui d'Utrecht.

» Or, par l'article 8« du Traité d'Utrecht, S. M. T* » G. se désistait pour toujours, dans les termes les plus )) forts et les plus authentiques, etc. , etc. , de tous droits » et prétentions qu'elle peut et pourra prétendre sur » la propriété des terres appelées du Cap du Nord, et n situées entre la rivière des Amazones et celle de lapoc to ou Vincent-Pinson.

» Ainsi la rivière de lapoc ou Vincent-Pinson était n établie comme limite entre le Brésil et la Guyane » Française.

» Mais quelle est cette rivière lapoc ou Vincent-Pin- » son du Traité d' Utrecht ?

» Voilà toute la question, qu'il faut poser ainsi pour » la rendre plus claire :

» Qu'est-ce que les négociateurs d'Utrecht enten* » daient ou pouvaient entendre par rivière lapoc ou

» yincent^ Pinson?

» Et sans doute, parce qu'il est de la nature de l'in- » terprétation de donner seulement au point à inter- » prêter l'intelligence que ses auteurs pouvaient lui n donner, et non pas une antre. Il faut se reporter aux » idées des temps où ils ont pensé sur ce qu'ils fai- » saient.

( 332 ) 13« LECTURE s 1230

» Ainsi c'est seulement par les notions géograpbi- » ques qui existaient au temps où le Traité d'Utrecht a fut signé, que nous pouvons aujourd'hui Tinter* n prêter.

« » Les géographes les plus , accrédités au temps où le

» Traité d'Utrecht fut célébré^ comme Amoldus Flo-

» rentius à Langren (1508); Gérard Mercator (éditions

n de 1607 et 1036); Ortelius (1612); Jean Janssonias,

n Nouvel Atlas ou Théâtre du monde, dans sa carte

» aAmericœ pars meridionalis » ; Sanson d'Abbeville

» (1668) ; le Père Samuel Fritz, dans sa carte intitulée

» Cours du fleui^e Maragnon^ autrement dit des ^ma-

» zones ^ gravée à Quito en 1707, réimprimée à Paris en

» 1717, et à Madrid en 1767, et qui a été faite en 1600 ;

» Jean Van-Keulen, éditions de 1680 et 1696 ; et Gail-

» laume Delisle, dans sa carte de la Terre-Ferme, du

» Pérou, du Brésil et du pays des Amazones, dressée

» sur les descriptions d'Herrera, de Laet, des PP.

» d'Acuùa et M. Rodriguez, et sur plusieurs relations

» et observations postérieures (Paris, 1703), n'mdi-

» quent aucune rivière du nom de Vincent-Pinson près

» //fi Cap du Nord.

» Au contraire, Langren, Gérard Mercator, Ortelius u et le Père Samuel Fritz, donnent à la rivière qui se » trouve près du Cap d'Orange^ et la plus considérable, }) le nom de rivière de Vincent-Pinson.

» Sanson d'Abbeville lui donne le nom de Wiapoco, » Janssonius le nom de Wiapoca, Jean Van - Keulen » celui de Tapoca et Tapoco, Guillaume Delisle celui » de Yapoco.

$ i230 13* LECTURE ( 333 )

» Il est, en conséquence, évident que la rivière qui )> débouche au Cap d'Orange^ et qui est connue au- » jourd'huîsous ]e nom d! Ojr^ipock^ avait avant le Traité » d'Utrecht, qui est de 1713, le nom de Vincent-Rnson 9 selon quelques géographes, et celui de Wiapoco, » ^iapoca, Tapoco, Tapoca ou Yapoco, selon d'autres.

» Ce point, — si au temps du Traité d'Utrecht TOya- » pock et la rivière de Vincent-Pinson étaient consi-* » dérés comme une même rivière, — est d'ailleurs chose » jugée.

» C'est un point qui avait été discuté avant le Traité » d'Utrecht et résolu par un autre Traité.

» Dans l'année 1699, une discussion s'engagea à » Lisbonne entre M. Rouillé, ambassadeur de France, v et Roque Monteiro Paim, dans laquelle celui-ci dé* » montra que la Rivière de Vincent-Pinson et celle » d'Oyapock étiâent la même rivière.

» La lettre écrite à M. Rouillé par Roque Monteiro » Paim, en date du 30 juillet 1699, se trouve à la Ri- >} bliothèque d'Evora, en Portugal, et à la Ribliothèque » publique de Lisbonne, dans le tome second (manu- *> scrit) des Memorias pertencentes à paz d'Utrecht^ por n D. I.uiz Caetano de Lima.

» Cette discussion précéda le Traité provisionnel du » h mars 1700, entre Louis XIV, roi de France, et le » roi Dom Pedro II, de Portugal, sur les terres appe- » lées du Gap du Nord, situées entre Cayenne et la )> rivière des Amazones, et qui fut signé à Lisbonne par » M. de Rouillé, plénipotentiaire français, et le duc de » Cadaval, plénipotentiaire portugais.

» Dans ce même Traité, la rivière d'Oyapock est dé-

( i&h ) 13* L^GTHKE g 1230

n sign^ de la manière suivante ; Riuière Oyapoc ou » Vinceni^Pifison^

» Si, après avoir discuté, en 1609, si la Rivière Il d'Oyapock ou Vincent-Pinson était la même, on est )) venu, en 1700, à la désigner cumulativement par » ces deux noms, c'est certainement parce que ron a » reconnu que ces deux noms désignaient la même ri- }> vière.

0 Le Traité d'Utrecht, qui avait trait au provisionnel » de 1700, reproduit, treize ans après, ces deux noms 9 cumulativement Yapoo ou Fincent-P in$on^ On ne » pouvait marquer là deux rivières différentes par leur % latitude et leur longitude, comme limite, et, consé- )> quemment , il est évident (pie la conjonction ou » indique l'alternative, non de deux rivières, mais celle n de ieux noms , desquels l'un pourrait substituer » l'autre. Cette alternative est très naturelle, d'après » ce qui vient d'être exposé dans ce Mémoire.

» Comme cette Rivière était, connue par deux noms; • comme quelques géographes lui en donnaient un, et » d'autres un autre, on les a réunis, potir écarter alors n des discussions que cette même réunion a depuis fait » naître.

» La circonstance de ce que le Traité d'Utrecht se » sert du nom lapoc^ et non d'Qyapock, ne peut avoir » aucune influence. Ce nom Oyapock, comme tous les » noms indien&qui n'ont pas d'orthographe fixe, et que » cfaacim écrivait d'après le son, a souffert beaucoup » d'altérations jusqu'en 1775.

» Il paraît que les négociateurs d'Utrecht ont 4onné

s 1230 13* LECTTOE ( 836 )

n la préférence à la manière par laquelle la carte de » Delisle, alors récemment publiée^ écrit ce nom » « Yapoco », en lui tirant la dernière lettre. Le Yapoco, u qui» sur cette carte, débouche sous le Cap d'Orange, n est évidemment l'Oyapock.

» Avant le Traité d'Utrecht, les navigateurs portu- » gais donnaient à la Rivière de l'Oyapock cumulatif )> vement les noms d'Oyapock ou de Vincent-Pinson. » On trouve à la Bibliothèque publique de Rio de Ja- D ndro et à celle de Lisbonne, une édition de 1712 » (antérieure au Traité d'Utrecht), de l'Art de naviguer^ n du cosmographe portugais Manuel Pimentel, dans la-

» quelle on lit, page 209 ; Bivière Vyapoc ou f^incent'n Pinson, 4' 6' N. latit., 32Ô* 47' longit

» Ceux qui indiquent rexistenee d'une rivière de » Vincent-Pinson près du Cap du Nord ne sont pas » d'accord sur sa position, et ne peuvent l'être, » parce qu'il n'a jamais existé là une rivière de ce » nom.

)) La Condamine (1744) appelle rivière de Vincent- » Pinson une nouvelle bouche de YJratvari, aujour- » d'hui fermée par les sables, à moins (comme il dit) » que la rivière Pinson ne soit l'Amazone.

» Simon Mentelle (1778) , dans sa carte de la Guyane, » donne le nom de Vincent-Pinson au Mayacaré, en » conservant toutefois ce dernier nom.

»Le baron de Walkenaer, dans son « Mémoire sur les » nouvelles découvertes géographiques faites dans la )) Guyane Française )> , dit : <( La rivière de Vincent-

( 386 ) 13* LECTURE s 1230

» Pinson est donc bien connue ; c'est celle que les Bré- » siliens nomment a'ujourd'hui ùfrapa/fouiy-.

M Le Traité du 10 août 1797 entre la France et le » Portugal, dit a que la riyière Calsoene est celle qui est » appelée par les Français Vincent-Pinson. »

(( C'est ainsi qu'après le Traité d'Utrecht on a cher- » ché contradictoirement une rivière de Vincent-Pinson » près du Cap Nord.

» Or si, après que ces côtes ont été explorées, après » que les sciences géographiques ont fait tant de pro- » grès, on ne peut s'entendre sur la position d'une sem- » blable rivière de Vincent-Pinson /?/è* du Cap du Nord^ » comment pourrait-on prétendre que les négociateurs » d'Utrecht, qui vivaient dans un temps où ces explo- )} rations n'étaient pas faites, eussent donné le nom de » Vincent-Pinson à une bouche de T Arawari , aujour- » d'hui fermée par les sables, an Mayacaré, au Carapa- » poris, et au Calsoene, qui sont des rivièices différentes?

n Les terrains contestés sont des terres d'alluvion, i> sujettes à des inondations périodiques, qui changent » fréquemment l'embouchure et la direction des ri- » vières.

» Delisle, D'Anville, et d'autres géographes, dési- » gnent ces terrains avec les noms de — pays noyés, » — côtes inondées.

» Mentelle, dans les remarques qui sont sur sa carte, » dit : (c Les côtes de la Guyane sont assez générale- » ment plates, bordées en grande partie de palétuviers, » et dans quelques endroits par des anses de sable, » l'un et l'autre sujets à des changements qui semblent » périodiques, etc. »

s 1230 ia« LECTDRB l 337 )

)> La Mai*tiuiëi'e| dans son Grand Dictionnaire geo- » grctphiqae (1768), parle de la partie comprise entre » rOyapock et l'Amazone, qu'il appelle "Guyane In- » dienne, dans les termes suivants : « Le pays est fort » bas et inondé vers les côtes maritimes ; depuis Tem* » bouchtire de la rivière des Amazones jusqu'au Cap » du Nord il est très-peu connu des Français. Quoique » celui qui est depuis le Cap du Nord jusqu'au Cap » d'Orange soit de même natpre, et que l'on ne voie 0 sur les rivages aucune terre élevée, mais seulement » des arbres comme plantés dans la mer, et diverses » coupures de ruisseaux et de rivières qui, pom* tout » aspect, donnent celui d'un pays noyé, etc. La mer » monte en barre de 7, 8 et 9 brasses, etc., etc., et p les bâtiments qui s'y trouvent sont dans un grand » danger, etc. , etc. »

» La Condamine a trouvé, en 17iâ, une des bouches » de l'Arawari, qu'il appelle Vincent-Pinson, fermée » par les sables.

» Le Baron Walckenaer dit que le Carapaporîs, qu'il » appelle Vincent-Pinson, était, en 178â, un fleuve ini- » posant. En 1836 il l'a trouvé ainsi : « La rivière n'est » plus qu'un cours d'eau intérieur, sans issue dans M la mer; l'embouchure a été obstinée, etc.; c'est ce » qui arrive souvent dans ce pays, où les eaux sont » constamment en mouvement, et les courants d'une » effroyable rapidité. »

» 11 résulte de ce qui vient d'être exposé que l'état » de ces terrains et de ces rivières ne peut être, et n'est » pas le même qu'il était à l'époque du Traité d' IJ trecht. » Et en outre :

» Que les négociateurs d'Utrecbt ne pouvaient se » référer à des rivières dont l'existence et la^ position » étaient incertaines, le sont encore dans les temps » modernes, et le seront toujours, à moins de grandes » révolutions dans le .globe , qui fitssent disparaître » les causes naturelles de ees phénomènes ;

» Qu'il est plus naturel qu'ils se référassent à la riu vlère la plus considérable, la plus connue {YOyupâck u eu Vincent-Pinson), qui n'était, et n'est pas sujette tt à de semblables changements.

a De tout ce qui vient d'être dit il résulte, comme tt conclusion, que le lapoc ou f^îHceut^Nmson du Traité n d'Utrecht eçt Y Oyapock situé entre le 4* et le (* degré » de latitude septentrionale, et que c'est cette rivière » qui a été établie comme limite entre le Brésil el la tt Guyane Française. C'est le . vrai sens du Traité tt d'Utrecht.

tt La rivière de l'OyapoclL se divise ou reçoit des » affhients considérables, et selon la caite de Simon » Mentelle, qui a poussé le plus loin dans rintériem* tt ses explorations, elle trouve sa source au milieu de tt terrains trèfr-montagn^ux et peu connus.

» On peut mettre en doute lequel de ces embi-anche* » ments conserve le nom d'Oyapock jusqu'à sa source. » De là il peut naître des difficultés et de nouvelle^» tt questions de limites dans l'avenir qu'il convient tt d'éviter à temps.

» Ainsi, il conviendrait d'établir par un nouveau » Traité que la limite enti-e le Brésil et la Guyane Fran-

g 12S0 ia« LKCTURE ( SSO )

D g«Û8e passera le long de la rivière Oyapock, située u entr^ le 4« et le 5* degré de latitude septenti'ionale. tt A l'endroit où cette rivière se divisera, ladite limite » passera par son embranchement ou affluent le plus » considérable par le volume de ses eaux en temps sec, » jusqu'à la source de cet embranchement ou affluent.

» Le Traité d'Utreclit n'a rien stipulé sur la limite » qui, de TEst à TOuest, doit séparer la Guyane Fraiin çaise du Brésil.

î) Le Traité du 28 août 1817 établit provisoirement )> cette limite par le pai*allèle de 2 degrés 21 minutes »> de latitude septentrionale.

» Cette délimitation est provisoire et défectueuse. Il » convient d*en établir une autre déîînitive, et sujette )) à moins d'inconvénients.

)) Cette ligne astronomique, passant par des terrains » fortement accidentés, devra couper des rivières, des » chaînes de montagnes» et cette délimitation n'aura » aucun rapport sensible, dans une immense extension » de déserts, avec les rivières, les chaînes de monta- )> gnes, les partages d'eau, qui sont des signes pérma- » nentSi sensibles et irrécusables d'une délimitation.

» L'espace qu'une ligne quelconque de déliixiitatioii » aurait à parcourir est absolument inconnu et désert. » Il serait presque impossible de l'explorer, ou cela ne » vaudrait pas la j^eine aujourd'hui.

» Toutefois pour établir une règle sûre eti^rmanente )> de délimitation, pour éviter des contestations dans » l'avenir, il serait convenable de stipuler que la limite

)) entre le Brésil et la Guyane Française, de l'Est à M rOnest, continuerait de la source de l'affluent ou » embranchement de l'Oyapock, dont il est parlé dans » la première partie de ce Mémoire, parles Cordillières, » chaînes de montagnes, ou terrains plus élevés, qui » forment le partage entre les eaux qui vont à la rivière » des Amazones et celles qui vont à la Guyane Fran- » raise et à l'Océan. »

1231. La Réponse préliminaire s'attacha à faire ressortir, de la manière suivante, deux points omis par M. le Vicomte de l'Uruguay, — à savoir Y intention de l'ensemble du traité d'Utrecht, et l'élément Cap Nord de l'article 8,

« Les terres cédées ou abandonnées par la France, )} en 1713, à la couronne de Portugal, sont dites tenv^f D du Cap du Nord^ et elles sont cédées à l'effet, plu- » sieurs fois rappelé dans les articles suivants du Traité, n de mettre un certain espace entre les possessions j françaises de la Guyane et la rive septentrionale ou » rive gauche de l'Amazone, dont nous avons reconnu, j> par le même Trailé» que la navigation nous était in- » terdite. La Rivière d'Yapoc ou Vincent-Pinson, des- )) tinée à former la limite, sera donc dans les environs » immédiats du Cap du Nord; et tout cours d'eau qui » se trouvera dans les parages de ce cap, pourra être » considéré , avec une grande probabilité, comme lu

s 12S1-12S2 IS* LECTURE ( 3/|l )

» rivière que les négocîateui's -du Traité d'Utrecht ont » entendue par T Yapoc ou Vincent-Pinson, dont la dou- M ble dénomination n'appartient légitimement à aucune 9 autre sur ce littoral.

• Le sens qu'il y a lieu de donner aux (erres du Cap » du Nord est un élément considérable de la décision n qui devra terminer ce litige. Si on laissait cet éléj» ment de côté, on supposerait que les négociateurs » français du Traité d'Utrecht ont été ou très-légers ou * très- ignorants, puisque, pour assurer au Portugal la \ souveraineté de la rive gauche de l'Amazone, ils auraient consenti à reculer la frontière, non jusqu'au » Cap du Nord, mais jusqu'au Cap d'Orange. Ce serait » à peu près cooime si, dans un traité avec TEspagne, » on fixait la limite des deux pays à la Loire, pour » garantir au premier la navigation exclusive de la » Bidassoa. >

1232. Par suite de ces remai'ques du Département des Affaires Étrangères, M. le Vicomte de l'Uruguay, aussitôt que les conférences furent ouvertes, s'empressa d'ajouter à son Mémoire les observations complémentaires que voici : '

n Les bases sur lesquelles repose tout le raisonne-

» ment du Mémoire préliminaire ne me paraissent pas )) solides,

» 11 y est dit que les terres cédées par la France, en » 1713, à la couronne du Portugal, sont dites ten-es Jn )) Cap du Nord^ et sont cédées à l'effet, plusieurs fois » rappelé dans le Traité, de mettre un certain espace » entre les possessions françaises de la Guyane et la )) rive septentrionale de TAmazone, dont la navigation » était interdite à la France. Donc, tout coure d*eau » qui se trouvera dans les parages du Cap du Nord » pourra être considéré, avec une grande probabilité, )) comme la rivière que les négociateurs du Traité » d'Utrecht ont entendue par TOyapock ou Vincent- )) Pinson.

» En admettant comme véritable 1* intention qu*a- » valent les négociateurs portugais, et cette intention » transpii^e dans tout le Tmité, un cours d*eau qui se » trouverait dans les parages du (lap du Nord ne la u satisferait d'aucune manière.

» Il est reconnu, par des explorations faites dans ces » parages, qu'il y a (principalement dans la saison des » pluies) nue très-facile communication par eau des » rivières qui sont au nord du Cap du Nord, avec l'A- » i*aguai*j' et avec l'embouchure de T Amazone, par une » succession de lacs et d'inondations fbrmées par le » débordement des rivières. Ainsi, une limite posée sur » une des rivières qui sont pi^ès du Cap du Noi'd au- » rait ouvert pour le moins à de grands bateaux une » navigation ({ue le Traité voulait fenuer. C'est seu- » lement TOvapock qui pouvait remplir les vues des » négociateurs d'Utrecljt.

s 1282 18* Lecture ( 848 )

f On doit tirer la conséquence contraire à celle qu'a )) tirée le Mémoire préliminaire, et cette conséquence )) e!it entièrement favorable à la t)rél&ntion du Bi'ésil

.» Une rivière près du Gap du Nrtrd ne remplissait pas » la M que le Portugal avait eh vue, n'éloignait pas » sufflsaintnent, selon l'intention avouée de ses négo- )) dateurs^ les possessions françaises de la rive gauche )) des Amazones. Au contraire, elle les rapprochait, en n buvrant des communications très-fticiles par eau, qui » multipliaient les collisions et les empiétements que » les deux gouvernements se proposaient d'éviter.

» Le sens qu'il y a lieu de dbnner aux terrés du Cap » du Nord est, en Vérité, comme dit le Mémoire préli- '•)s tninalre, un élément considérable de la décision qui ij doit terminer le litige. Mais cet élément est favorable » aux prétentions du Brésil.

» Il ne faut pas donner aux terres du Cap du Nord, î) pour interpréter le Traité d'Utrëcht^ le sens tpi'on » leur donne aujourd'hui, de terrés immédiatement ad- » jacentes au Gap du Nurd.

» Le Traité provisionnel du 4 mars 1700, relatif à T) ces terres, conclu entre le Portugal et la France, ap- » pelle terres du Cap du Nord, celles qui sont situées M entre Cayenne et la rivière des Amazones. Voilà le » sens officiel établi par un Traité, des mots tthvsdn Cap w rfn Mord; et OU ne peut pas lui en donner un autre. » Le traité d'Utrecht résolut définitivement la queé- » lion des terres du Cap du Noiil , en suspens par )) le Traité provisionnel de 1700^ et ohiploya (Inns le )) même sens, les mêmes paroles.-

( 844 ) 1S« LECTUBE S 12S2

» (Vest le sens qu'on leur donnait avant le Traité » d'IItrecht.

j» Dans le 17' siècle, une Compagnie s*organisa à 0 Rouen sous le titre de Compagnie du Cap du Nord, D Ses lettres patentes lui concédaient tout le pays com- >pris entre TOrénoque et la rivière des Amazones,

> pour y former des établissements et le peupler. Cette » dénomination comprenait Cayenne.

» On voit de plusieurs relations de voyages publiées » au 17*. siècle, comme de celui de Brétigny, par de » Petit-Puy, Paris 1654, et de d'Aigremont, Relation j du voyage des Français fait au Cap du Nord en Amé- » rique^ et d'autres, que la dénomination de Terres du ) Cap du A'b/r/ comprenait jusqu'à Cayenne.

> Ce sont les seules notions que les négociateurs ïd'Utrecht pouvaient avoir, et qui ont été consignées

> dans le Traité provisionnel de 1700,

» C'est même à cause de la généralité de ces » expressions — terres du Cap Nord, — que le Traité

> du 4 mare 1700 ne se contentait pas de dire— terres

> du Cap Nord, situées enti'e Cayenne et la rivière des

> Amazones ; — mais il ajoutait — situées entre la ri- » vière des Amazones et le Cap Nord , et entre le Cap » Nord, sur la côte de la mer, et la rivière Oyapock ou

> Vincent-Pinson.

» C'est aussi pour limiter la généralité de ces ex-

> pressions que le Traité d'Utrecht ne se contentait pas

> de dire — terres du Cap Nord, — mais il ajoutait — » situées entre la rivière des Amazones et celle de

> lapoc ou Vincent-Pinson, »

1233. L'argumentation de M. de Y Uruguay se trouvant ainsi au complet, M. de Butenval y répondit en détail par cette autre argumentation, dans laquelle, se reposant probablement sur la notoriété établie par les cartes depuis La Condamine, et sur le travail de M. de SainUQuantin, Fhonorable plénipotentiûre de France considéra constamment YAraguari comme le tronc du Carapapori^ sans croire nécessaire d'en donner la preuve.

< Ce n'est pas le sens de l'article 8 seulement, comme » on a coutume de' le répéter, mais bien le sens et » l'esprit du Traité d'Utrecht tout entier que les pléni-

> potentiaires sont chargés d'interpréter.

» 11 serait impossible de laisser sans protestation » l'assertion qui tendrait à présenter comme objet con-

> senti par les plénipotentiaires français, dans les né- >gociations d'Utrecht, la fixation des limites entre les

> possessions respectives des deux couronnes de France

> et de Portugal , à un cours d'eau placé de telle sorte

> qu'un bassin tout entier eût dû marquer l'intervalle

> entre le point primitivement occupé par la France et » celui auquel elle consentait à se réduire.

> Le véritable objet du Traité d'Utrecht a été l'acqui- » sition, par le Portugal, l'abandon, par la France, de >Ia rive gauche de l'Amazone, rive sur laquelle, par

n un Traité précédent et bien voisin, le Portugal avait » consenti à démolir ses forteresses. Ce résultat acquis )> au Poitugal , jamais un plénipotentiaire français n*a » pu accepter d'autres limites que le cours d'eau le plus » Immédiatement voisin de la rive cédée.

» Cela est si vrai que, par l'article là du Traité A d*Utrecht, on a pourvu au cas où, par suite de ces >s cfiiês d*eaa dout ft parié ^honorable plénipotentiaire » brésilien, une communicnihn hccideritelte viendrait i » s* établir entm le Vîncent-Piugott et TÀmaxone; etque » cet ai*tlcle 1 2 porte : » Que les habitants de Cayenue » he pourront entreprendre de f^ire le contmerce dans » le Maragnon et dans l'embouchure de la rivière des » Amazones, et qu'il leur sera absolument défendu de » passer la rivière de Vincent-Pinson.

» Ou l'article 12 n'a aucun Bens, ou il se rapporte au » cas de communications accidentelles entre le fleuve i> limite et l' Amaeone. -^ Donc, on a pris pour limite, à » Utrecht, un fleuve qui a nécessité l'insertion de Tar- M ticle 12» — Donci le fleuve limite est, aux termes » mêmes du Traité d'Utrechti en communication pos- ») siUeaifecVAmazoite, — DonCf c'est, etc« nepeni être » que Y ^raûuatit

)) Comme le plénipotentiaire du Brésili le plénipo- » tentiaire français est convaincu que ces mots gêné- » raux -^ teri-es du Cnp Aord^ — n'ont pu passer dans n un Traité solennel sans un autre terme qui les limitât.

» Comme lui, il i^connatt que la limite an Nord e<^t n rOyapoc ou A^incent-Pinson.

» Ost lorsque M. le plénipotentiaire du Brésil vent

s us» ISJ* ucTURt ( 817 )

» conclure directement de ce qui précède, que cet Oyart pocou Vincent-Pinson, que ce fleuve limite des terres » du Gap Nord au Nord, est par le quatrième degrêde » latitude et non par le deuxième, — qu*il devient ab- » solument impossible au plénipotentiaire français de » le suivre dans son raisonnement, car la conclusion » lui semble ici sans rapport quelconque avec les pré- » misses,

» La véritable limite Nord de la portion des terres du Cap Noitl cédée au Portugal, se trouve clairement indiquée par un document officiel, par le Traité du 18 juin 1701.

)) L'article 6 de ce Traité déclare expressément que le traité initial du A mars 1700 avait pour objet h possession des tenues au Vnp du Nord r.ONPtNANt à ta rivière dés Amazones.

» On voit qtie, dès 1700, il n'était question qtte d^ là portion de la Guyane contiguê à ^Amazone, et que, dans le traité final d'ttrecht, il n'a pu être question d'autre chose.

» La partie des terres du Cap du Aord (teri'es que » rhonorable plénipotentiaire brésilien a dit lui-même » s'étendre de T Amazone à l'Orénoque), adjugée au » Portugal, c'est-à-dire ce/le qui confine à l^Jiûazônc » (pour me servir des termes explicatifs du Traité de » 1701, Traité destiné à donner Un caractère perpétuel )) aux stipulations suspensives et provisionnelles de » 1700), — celle qui confine à l'Amazone, et dont le w Vincent-Pinson est la limite, demeure bien et dïie- » ment au Portugal, aujourd'hui an Brésil; mais la » France retrouve la part qiiî lui revient, c'esl-à-dîrfe

( us ) IS' LECTURE S ^^S'

» /a portion tie ces mêmes terres du Cap tin Nord qui » s^ étend du f^incent^Pinson^ de rÀretouari^ au Ma}wu\

« Oyapoc^ ou Yapoc^ est incontestablement un nom générique, signifiant un grand cours d^eau, » Remarquons bien ici les termes du Traité de 1700 :

» — La rmère Oyapoc DITE de Vincent Pinson ; — en » d'autres termes, — celui de tous les Oyapoco^ lapoco^ » JVatipoco ^ c'est-à-dire entre tous les grands cours » ^/Vtfw, celui— auquel Vincent Pinson a laissé son nom.

» Le nom capital ici, c'est celui de F incent- Pinson; » c'est celui qui particularise; l'autre n'indique qu'une » espèce : un grand cours d^eau^

» Cette multiplicité des lapocs ou Oyâpocs au » XV u« siècle est un fait hors de doute.

» Or, si le fleuve choisi pour limite, à Lisbonne et <^ » Utrecht, n'a pu être qu'un cours d'eau considérable;

» Qu'il soit impossible, non pas même de prouver, » mais d'admettre que ce soit TOyapoc du quatrième » degré ;

» 11 demeure évident que ce fleuve est YJraouar/^

> Car tous les cours d'eau intermédiaires sont sans » importance et n'offrent pas les conditions requises » pour une frontière.

» Les positions astronomiques de Y Oyapoc et du

» Cap d'Orange^ du Fincent- Pinson et du Cap Nord^

» n'ont jamais été au xvi* et au xvir siècle , l'objet » d'une équivoque.

) Les Traités de Lisbonne et d' Utrecht présentent • cette singularité, — inouïe jusque-là et sans ana-

s 1233 13- LECTURE ( 349 )

» logue depuis dans Thisloire diplomatique —, que le » fleuve choisi pour limite nest pas désigné par sa lati- » iude,

i> Ce n'est donc pasTOyapoc, qui était, lui, astrono-

> iniquement relevé et parfaitement connu ; c'est donc » un fleuve qu'on n'avait pas relevé, c(u'6n ne pouvait » relever çp! approximatiifement.

» Or, par suite de la prororoca, YJraouan\ l'iapoc » de Vincent Pinson se trouve dans ces conditions, » qu'encore* à l'heure qu'il est, on ne sait pas exacte-

» MENT sa latitude.

» L'Oyapoc, le Vincent -Pinson de Lisbonne et

» d'Utrecht, est donc forcément le fleuve à /afitnde in-

9 décise^ et non pas le fleuve à latitude déterminée

> et certaine,

» Le silence des deux Traités de Lisbonne et » d'Utrecht sur ce point principal est là pour l'attester.

» Le plénipotentiaire français a pris connaissance J> officieuse du Mémoire ou projet de Mémoire rédigé par y> M. Roque Monteiro Paim, en 1699, et il'n'a pu trou- » ver dans le passage de ce Mémoire relatif à la synot nymie, pour un même cours d'eau, des deux ndnis » d'Oyapock ou Vincent' Pin son, la preuve que l'hono- » rable plénipotentiaire brésilien a semblé en vouloir » faire ressortir ; à savoir , que les plénipotentiafres *» d'Utrecht, en 1713, étaient tombés d'accord sur un » point dnement débattu h Lisbonne en 1700, la position

> géographique /lu f^incent^ Pinson,

1» Ni dans ce projet de Mémoire, ni dans les Mémoires

> effectivement remis à l'ambassadeur de France, les

» piéQÎpotentiaires ponugi^is n'ont indiqué la sUêHiêêon » astmnomiqm de remboucbnre du Vincent-Pingeu par » quatre degrés et demi; et cette indication seule, ai ji elle eût é,té conforme aux prétentionai présentes de la » cour de Rio de Janeiro, pourrait être utilement invo- B quée par son honorable plénipotentiaire.

» Le plénipotentiaire français n'a jiu^ais entendu )» nier ;

. 1 Ni que le Traité d*Utrecl)t ait été un r^^taur sui' le li Traité provisionnel de 1700, retour tout au profit du )^ Portugal,

» Ni que le territoire contesté en 1700 n'ait été» eu » I7IS9 abandonné par la Franee,

» Ni que la limite, refusée par elle, ep 4700, du % f^imt^eHhPinsoHi n'ait été pai* elle, en 171 S, fot*aielle- M inent acceptj6e.

» Ce que le plénipotentiaire français nie aujourd'hui, » cowme tous les i*eprésentants de la France l'ont fait » antérieurement et chaque fois qu'.une telle assertion )» a'o^t produite, o*wtfiwle^Hi»eqHel€plémfiQi€H(mù^ » t^^Uien dé^tgêiewJ^onvi'huicommeh yincenh^imim^ » (kU éiii soie en 1700, soit en 1713, çoimn e( ^ecef^tc j» ami me teL

I l«e qu'il nie, c'est que jamaia, avant 4815» aucun i document oflSciel ait présenté la latitu^ Muiete du » fleuve limite, telle que dans \acte de. Vienne h v^i^ » sentant du i^rtugal l*a p^^éciséepaHr h première J^'4i » c'est-à-dire entre les quatrième et cinquième degfti de latitude septentrionale* iVest cette dénégation mèfù» que ton honorable

> collègue devrait détruire par quelque preuve péremp- » toire, pour éoarter Tobjection de fait la plus considét rable au thènie qu'il est chargé de soutenir.

» Ce n*est pas le Traité de 1700, qm ue /^aêiafms Je n laêiiude, à Taîde duquel le plénipotentiaire du Brésil » a pu prouver celle qu il attribue au Vincent-^Pinsou,

» I4' édition omG|P(Ai,v de Pimetitel (1699) n'indicjue, » à 1^ table des latUud^Si flucMnç poftitioq ^m N(xrd de » r Amazone,

» On n'a pas à Paris l'édition de 1712, dont parle » M, de l'Uruguay.

)) Ce serait, en tous cas, à douze ans du traité de Lis-- » honney que le géographe de la cour de Portugal in- » diquerait^ pour la première fois, à la science étonnée, » le Vincent-Pinson par le travers du quatrième degré » et à la place même de notre Oyapoc.

» Le plénipotentiaire français confesse à son hono- » rable collègue qu'aucun témoignage ne lui senible- )> rait mieux autoriser certains soupçons que cette » latitude nouvelle indiquée , à la veille du traité )) d'Utrecht^ par un auteur à la solde de la cour de )> Lisbonne»

n De tous les auteuls invoqués par l^ionOi'Able pléui- » potentiaire du Brésil , deux seulement ont effecti- » vement pfacé le nom de Vincent-Pinson par delà le » cap d'Orange ; mais l'un, le jésuite Fritz^ l'a écrit à la « hauteur de TAprouague ; l'autre,' La/igrcu^ l'a écrit » à rOuest, et à deux cents lieues de Cayenne^au hui< » tièmë degré de latitude nord.

» Mercatov et Orteliiu ont indiqué au Nord du Cap » du Nord, comme le pmnier cours d'eau après VAma- » zone^ le Vincent-Pinson.

» Et ils ont confirmé cette indication par celle de » la latitude.

)> Orielifts^ dans son édition de 1670 et dans lessni- )) vantes, place le Cap du Nord environ à deux degrés » et écrit à côté : — Rio de Finceut-Pinsou.

)) DansTadasdeGérard M^rca^o/* (Amsterdam, 1606), » les deux cartes /émeiica et À men'ca mer/diona lis don- )) nent toutes deux le Cap du Nord en bonne latitude, » et immédiatement au-dessus : — Pinis B, , abrévia- » tion de Pinsonis.

» Une édition de 1613 donne les mêmes cartes ; et une » édition postérieure faite par Michel Mercator pré- )) sente, sur la carte Orbfs terrer description en bonne » latitude au Cap Blancoou Nord, /?. de yincent-Piuson.

)) Voyons maintenant ce que nous dira un savait du )) xvr siècle, un savant qui était, comme souvent alors, )) à la fois imprimeur, graveur et libraire, c'est-à-dire » dont les travaux nous offrent la double sécurité » du î^voir et de la perfection d'exécution : Théodore

» de Bry,

» La cai'te de De Bry, — Americœ pars tertia, 1592, » — porte une échelle de quatre millimètres par degré, » et met le Vincent-Pinson par deux degrés nord.

s 1233 13* LECTURE ( 353 )

» La carte — Americœ pars quarta^ 169A, — a une » échelle plus grande encore, celle d'un centimètre par » degré ; elle met le Vincent Pinson à la hauteur du » deuxième degrés et non pas au quatrième, •

» La carte — Americœ pars sexta^ — est àTéchelle » de ti'ois millimètres par degré ; elle donne au premier » cours d'eau après l'Amazone, au deuxième degré nord» . » le nom de Vincent Pinson,

» La carte — Americœ pars octava^ 1626, — dressée » selon la projection stéréographique et bien graduée, » donne le Vincent Pinson à deux degrés»

» Enfin, le texte de la douzième partie, — Americœ n pars duodecima^ — donne (page 71) l'opinion de » De Bry sur les limites du Brésil à cette époque : —

» Brasilia inter duos Jlui^ios sita est^ Maragnon et de la » Plata^ — y est-il dit.

» Jetons un coup d'œil, en passant, sur un document » manuscrit, mais d'une autorité particulière ;

» Sur une mappemonde originale (in-folio vélin) que » le ]'oi de France Henri II fit dresser pour son fils le » Dauphin, vers 1560.

» Au nord de l'équateur, à la position du Cap Nord, » on lit — Biuière de Vincent,

» Ouvrons encore un des plus beaux monuments » de la science et de la typographie au xvu* siècle ;

» VArcano rfeZ-S/fl/c de Robert Dudley, duc de Nor- » thumberland.

» Ces cartes (publiées pour la première fois à Flon rence en 1637) ont été dressées d'après les documents

( 36i ) 13* LECTURE § i23S

tt les plus accrédités alors, et sur les notions recueiUies » pendant deux explorations successives de la Guyane : » celle de Fauteur, le duc de Northumberland, en 1595, » et celle exécutée en 1608, par ordre et aux frais du » grand-duc de Toscane Ferdinand !•% par le capitaine » anglais Robert Thomton.

» La carte n"" lA, du volume II, nous donne au qua'^ n trième degré de latitude nord, — la baie et la rmèt^e » de ff^iapogo, -—

)) La carte de la Guyane, n* 16, au-dessus du Cap » Nord et le touchant presque, — la baie et la rii^ière » de Vincent Pinson. -^

Pesons maintenant le témoignage de Joao Teixeira^ cosmographe de la couronne de Portugal, auteur officiel, dans son Atlas manuscrit, daté de 16i0, et ayant pour titre : — Descripçdo de todo o maritimo da Tenu de Santa CtnZy ckamada vulgarmente o BrasiL

• La carte n» 1 de son Atlas porte, à sa base, une » échelle de latitude parfaitement graduée : — chaque » degré occupe un centimètre. Le Cap du Nord y est » indiqué à deux degrés ; le Vincent Pinson à deujc de- » grés et quelques minutes,

» La carte n° 32 ne répète pas l'échelle des latitudes, n mais elle porte l'indication de la ligne équinoxiale, et on » y lit d'ailleurs en toutes lettres : Cabo do Norteem altui^a » de dons grdos de Nvrte, Cap du Nord à la hauteur de » deux degrés au norû ; puis au-dessus, à quelques mi- )) nutes du Cap Nord, se trouve une rivière sur la rive )) droite et méridionale de laquelle est dessinée une tour

s 123S 18« LECTURE ( 355 )

» de garde. La légende porte textuellement : Rio de

» Ficente Pinson^ por donde passa a Unha de demarcaçdo » das diias conquistai^ rivière de Vincent Pinson, par )> où passe la ligne de démarcation des deux conquêtes. » L'original de T Atlas de Teixeira existe à la Biblio- » thèque Impériale de Paris, et une copie authentique » de cet Atlas, vérifiée et certifiée par le savant M. Jo- )) mard, a été remise, sur sa demande, à l'ancien mi- » nistre plénipotentiaire de S. M. Brésilienne, à Paris, » M. de Araujo Ribeiro, copie qui existe à la Biblio- » thèque Impériale de Rio de Janeiro.

» Arrêtons-nous après ces grandes autorités géogra- » phiques des Ortelius, des Mercator, des de Bry, des » Dudley, des Teixeira; et consultons maintenant, non » plus des cartes, mais des textes historiques de même )> date.

» Ouvrons la Historia Pontifical^ de Marcos de Gua- » dalaxara, imprimée à Barcelone en 1630. » Nous y lisons (page 258) :

- Il y a près de quatre cents lieues de littoral depuis

- Cearâ, qui se trouve à trois degrés et un tiers du côté •- du sud, si Ton ne se trompe pas, jusqu'à la dernière

- borne du Brésil à deux degrés du coté du Nord^ —

- jusqu'à la rivière de Vicente Fartez Pinzon, où l'on

- assure qu'il y a d'un côté un pilier de marbre aux « armes du Portugal, et de l'autre côté un autre aux

- armes de Castille, planté par l'ordre de l'Empereur

- Charles-Quint* -

» Et qui a cité le premier ce fait des bornes limites » et de leur emplacement ?

)> Silveira, un auteur portugais.

» Passons à un manuscrit de 1587, imprimé à » Lisbonne en 1825, Noiicia do Brasil^ par Gabriel » Soares.

» Après avoir consacré un chapitre au Traité de Tor- » desillas, du 7 juin 1&9&, entre l'Espagne et le Portu- » gai, l'auteur dit, chapitre III :

- D'après l'article précédent, il est clairement dé-

- montré que la côte du Brésil commence au delà de la

- rivière des Amazones, du côté de l'ouest, par la terre -» dite des Caribes^ depuis la rivière de Vincent Pinçon,

- qui reste sous la ligne. De cette rivière de Vincent

- Pinçon, à la pointe de la rivière des Amazones qu'on » appelle Cap Corso, laquelle pointe est sous la ligne

- équinoxiale, il y a quinze lieues. -

I) Que demander de plus positif que ces deux passages » de Guadalaxara et de Soares I

» Le premier met au deuxième degré la limite entre » les possessions espagnoles et portugaises.

)) Le second donne le nom de Vincent-Pinson au cours

)) d*eau le plus voisin de V Amazone.

» Examinons maintenant quels témoignages vont » nous apporter les monuments historiques ou géo- » graphiques contemporains des Traités de Lisbonne et » d'Utrecht.

s 1233 13* LECTURE ( 367 )

» Deux précieux documents s'offrent d'abord à » nous.

» L'un n'est autre que la carte authentique sur la- » quelle la délimitation entre l'Espagne et le Portugal » pour leurs possessions d'Amérique a été arrêtée en » 1749.

» L'autre est un livre dont la valeur n'est pas contes- » tée : c'est l'ouvrage dans lequel un des plus remar- » quables gouverneurs qu'ait eus le Maragnan, B^nard » ele Berredoj a consigné les détails de son administra- I) tion et de ses savantes recherches.

» Une copie légalisée de la carte manuscrite por- » tugaise de 17A9, qui a servi au Traité de limites » des possessions espagnoles et portugaises en Amé- » rique, signée à Madrid le 12 juillet 1751 (carte qui » porte les signatures originales des plénipotentiaires » des deux pays, Joseph de Carvajal y Lancaster pour » l'Espagne, et Tomas da Silva Telles pour le Portugal) , » nomme la branche nord de l'Araouari, riçlère de » f^incent Pinzon.

» Ouvrons les Armaet historicos do Estado do il/a-

0 ranhoo^ par Bernardo Pereira de Berredo.

0 Nous y lisons, au éiujet des limites de la capitai- 9 nerie générale de Maragnan, page 7 :

- L'État de Maragnan se termine, ûnsi que les pos- - sessions portugaises en Amérique, à la rivière de » yicente Pinzon^ que les Français appellent Wiapot\ ^wi degré h^ente minutes au nord de l'équateur, »

» La même rivière sert aussi de limites aux Indes du

( 868 ) * 18« LBoruliE $ 12S3

A royaume de Castille, par nnô borne de marbre que » fit ériger en un lieu élevé, près de son emboucbarei » l'empereur Ciharles-Quint, selon le rapport de Simâo » Estacio da Silveira, cité par frère Marcos de Guada-> » laxara. Cette borne n'était connue depuis plus d'un » siècle que par les traditions anciennes successivement )) transmises; mais elle a été découverte, en 1723, par )> Joâo Paes de Amaral, capitaine d'une des compagnies M d'iofanterie de la garnison du Para.

» U résulte clairement de l'existence de cette

» borne de Charles-Quint, que la rivière de Ficeute » Pinzon est la véritable limite dé la nouvelle colonie » française , au nord de la capitainerie du Grâo M Par&.

) La latitude indiquée par Berredo pour l'embou- » chure de la rivière de Fincent^Pinson la place préci- » sèment à l'endroit où la carte de Delisle (i70S) place » Y Araouari et la baie de Fincenl* Pinson^

n Berredo est Portugais d'abord, savant et lettré en- » suite; et, enfin, fonctionnaire considérable de son » pays, gouverneur d'une des plus, importantes pro- » vinces d'outi*e-mer; il a gouverné le Maragnon penn dant quatre ans ; après son gouvem^nent, il est resté » deux ans encore dans la contrée, pour y contrôler et » y compléter les notions recueillies durant son admi- » nistration ; il n'a publié ses AnnaUs ItUtotiques sur k n Maragnon qu'après six années de résidence ou d'ex- » ploration de ces latitudes.

» Finissons notre examen par les Dodumenis pôs^s Heure ei étrangers n Uîrecht%

s 1233 18* LECTURE ( 359 )

» Nous ne voulons invoquer, ni d'Anville, ni Buache, » ni Vaugondy père et fils, ni Menlelle ;

> Nous ne les invoquerons pas, parce qu'ils sont Ftan* )) cais;

» Nous nous contenterons de constater, comme une * u sorte de jugement de la science, les témoignages » d'auteurs pris, deux chez les Anglais, deux chez les » Allemands, deux chez les Américains, et enân deux » chez les Brésiliens eux-mêmes

» Corogfxtphia Paraense^ par Ignacio jéccioli de Cern queira e Silva, Bahia, 183S.

» L'auteur dit à la page 198 : — VOyapok^ véritable » limite du Brésil, se trouve à la latitude septentrio- » nale de h degrés 1 1 minutes, et le Fincente Pinçon à » 2 degrés 10 minutes.

)) Ensaio CorOjo;raphico sobre a provincia do Pard^ » par A. L. Monteiro Baena^ Para, 1839.

» L'auteur, à la page A92, donne Titinéraire de » Macapâ à notre Oyapoc, et constate que celui-ci se » trouve à trente-six lieues et demie au nord du Fin- )> cent'Pinson^ soit à cinquante lieues de France (de » vingt-cinq au degré, au lieu de dix -sept et demie), » c'est-à-dire à deux degrés^ comme le dit de son côté » M. Accioli.

» Puisque nous sommes forcés de parler si long- » temps de la riçière île Finùent Pinson^ pourrons- » nous dire quelques mots de Fincent Pinson lui-même, » du voyage pendant lequel il découvrit, en janvier

» 1500, la côte du Brésil, l'embouchure des Amazones » et la rivière qui porte encore aujourd'hui son nom ; » de celui de Keymis^ qui suivit ses traces à un siècle » de distance ? Nous permettrart-on de rappeler qu'il » résulte des notions accréditées sur les excursions de » ces deux illustres explorateurs, rapprochées et éclai- » rées Tune par l'autre ;

n Qu'ils avaient reconnu au nord de l'Amazone et » près du Gap Nord un grand cours d'eau;

» Que ce cours d'eau avait deux embouchures;

» Qu'il s'appelait alors indifféremment et simulta- » nément, Araonari^ livaripoco^ Carapapouri, Wari- » poco, lapoco^ Oyapoco ;

» Et que> des circonstances particulières au voyage » de Vincent Pinson, résulte une probabilité bien voi- » sine de l'évidence, et indépendante même des monu* » ments géographiques , que c'est à ce gi^nd cours » dUau que le compagnon de Colomb a laissé son nom, » de telle sorte que depuis on l'a appelé le Waripoco, » r Araouari, l'Iapoco^ l' Oyapoco de Vincent Pinson. »

Procès'^'verbal de la huitième séance.

17 novembre i 855.

et Qu'ajouter de plus?

et Qu ajouter de plus ?

» Une preuve matérielle^ en quelque sorte, de la légii> tîmité de nos droits ?

s 123S 1.V LECTURE ( 361 )

» Eh bien ! nous allons la donner ; tnais comme notre » droit pouvait, à notre avis, s'établir par la tiémonstra- }rtion seule^ nous avons voulu la développer tout en- » tière, avant de produire un document qui l'eût ren- » due inutile. »

0 La séance demeure un instant suspendue, et, sur » l'invitation de M. le baron de Butenval, le secrétaire » de la conférence se rend au dépôt des Archives du 0 département des Affaires Étrangères, d'où il rapporte » bientôt deux volumes manuscrits, n""* ii et ^h^ in- » folio, reliés en maroquin rouge, aux armes de M. de » Torcy et portant le millésime de 1099 et 1700.

n Le plénipotentiaire français présente ces volumes, » qui contiennent la correspondance originale de M. le » président Rouillé avec les annexes, à H. le plénipo- » tentiaire du Brésil. Il l'invite à porter son attention A sur deux pièces émanées de la chancellerie portugaise » et à bien constater lui-même l'identité de papier, » d'écriture, etc. L'une de ces pièces est signée des » plénipotentiaires portugais (c'est la Minute du Traité «provisionnel de 1700); l'autre, comme Mémoire » annexé, ne porte pas de signature.

» M. le vicomte de l'Uruguay, après avoir examiné » l'état matériel des deux documents, dit qu'il n'enten- » drait nullement nier leur authenticité, même alors » que l'assertion du plénipotentidre français en serait » la seule garantie.

» M. de Butenval reprend alors la parole et donne » lecture à son honorable collègue des deux passages » suivants du Mémoire remis par le cabinet de S. M. Très- » Fidèle à M. de Rouillé au mois de janvier 1609.

( 802 ) 18' LBCTDRB S 12S8

« Réponse au Mémoire présenté par le Très Excel.

- Seigneur Ambassadeur du Roi Très-Chrestien tou-

- chant le droit que la France prétend avoir sur les « terres occidentales de la rivière des Amazones. Jan* = vier 1699. -

» Folio 296 de la traduction. • On voit encore plus

- clairement le peu de force qu'ont les Lettres (Lettres

- patentes de Louis XIII) pour^ établir le droit de la

- France, en ce que, bien loin d'y comprendre les terres

- du Gap Nord jusqu'à la rivière Vincent-Pinson, au

- contraire on les excepte tacitement , et le Roi Très-- « Chrétien, comme le cardinal, reconnaissent que ces « pays appartenaient aux Portugais, parce qu'ils dét- clarent expressément que ceux qui obtiennent ces «- Lettres pourront négocier avec les Indiens du pays «• depuis le troisième degré et trois quarts de hauteur m jusqu'au quatrième degré trois quarts inclusivement, «^ et comme le Cap du Nord est situé à peine à deux de^

- grés^ et la rivière de f^incent'Pînson à peine à trois

- degrés , il s'en suit évidemment qu'on a excepté ^ ces pays du Cap du Nord jusqu'à ladite rivière de « Vincent-Pinson ou de Oyapoc. -

» Fol. nos verso de la traduction, - Quand la nation » française voudra faire des découvertes pour acquérir ^ de nouveaux vassaux et de nouvelles provinces à la i» couronne de France, la riuière d' Oyapoc ou de Fin^ •- cent Pinson se trouve située à deux degrés cinquante

- minutes du côté du Nord , et de là à Cayenne il

- y a environ soixante lieues de côtes avec quelques -ports. Il y a, outre cela, un pays infini en en- « trant dans les terres. C'est de quoi employer son

s 123S 13' LECTURE { 86S }

» industrie et sa valeur pendant nombre d'années. »

» Cette lecture terminée, M. le plénipotentiairô de )) France termine en ces termes :

» L'honorable plénipotentiaire du Brésil, dans une » séance précédente, disait :

*- 11 est vrai que je ne puis pas citer un document *- ofllciel qui donne exactement la latitude du Vincent^ « Pinson d'Utrecht par le quatrième degré et demi; -^ *• ce <fui tenninet^U la difficulté; •— mais la France ne - le peut pas davantage. «

» L'honorable plénipotentiaire du Brésil était mal n informé. Nous possédions la latitude du Yincent-Pin- » son de Lisbonne et d'Utrecht exacUmeni indiquée .1 dans un document officiel et portugais,

n La loyauté du gouvernement brésilien et celle de ^ son noble représentant nous assurent que la difficulté » est terminée^ ou bien près de l'être. »

( S6& ) ii* LECTURE . S HH

1234. M. le Vicomte de l'Uruguay répliqua :

«Une limite établie où F honorable plénipotenn tiaire français veut la mettre, n'atteindrait pas le » but du Traité d'Utrecht. Elle ouvrirait par des inon- » dations, par une infinité de canaux qu'il est impos- » sible de surveiller, une communication clandestine » avec la rivière des Amazones, préjudiciable aux deux » pays, source intarissable de désagréments, et qui ne » pourrait être régularisée. Il serait impossible d'éviter » la contrebande, la fuite des criminels et des déser- » teurs des deux pays, et des esclaves du Brésil. i Ces inconvénients, qui peuvent exister aujourd'hui 9 sur un petite échelle, se produiraient sur une très n grande.

» La défense faite, par l'article 12 du Traité d'Utrecht, » aux Français de passer la rivière de Vincent Pinçon n pour aller commercer au Maragnan et aux terres du » C^ du Nord, et aux Portugais d'aller commercer à » Cayenne, ne peut être invoquée comme sufSsante, » pour éviter les inconvénients qui viennent d'être » exposés sur des frontières sur lesquelles l'autorité des » deux pays ne peut étendre son action» et sa vigilance, n Une sinqple défense sans sanction pénale, écrite dans » un Traité, relative à un pays désert, très éloigné des » autorités qui pourraient la faire observer, ne pouvait » remplir le but du Traité. 11 fallait en outre mettre » entre les points défendus un espacé suffisant pour » rendre, dans l'état où étaient alors , et sont encore

s 1234 13* LECTURE ( 366 )

)) ces parages déserts, la violation de la défense pour » le moins très difficile. »

c Le texte du Traité de 1700 prouve que la déno- » mination de ten-es du Cap du Nord était alors très » large, et comprenait le territoire qui s'étend de ce » cap jusqu'à TOyapock. Son article premier s'ex- » prime ainsi : - Terres qui s'étendent depuis lesdits

- forts vers le Cap du Nord et sur la côte de la mer -jusqu'à l'embouchure de la rivière Oyapock ou de

- Vincent Pinson. - L'article suppose donc un espace D considérable entre le Cap du Nord, sur la côte de la » mer, et la rivière d'Oyapoc ou Vincent Pinson. Il or- » donnait de démolir non-seulement les forts qui se » trouvaient entre Araguary, Camau ou Macapà et le » Cap du Nord, mais aussi ceux qui pourraient se trou- » ver entre le Cap du Nord, sur la côte de la mer, jus- » qu'à la rivière Oyapock ou Vincent Pinson.

)r A l'époque du Traité d'Utrecbt, la question était » exactement sur le même terradn où l'avait posée le N Traité provisionnel de 1700, c'est-à-dire il s'agissait » de décider à qui appartiendraient définitivement les » terres litigieuses qui s'étendaient depuis l'Araguary, » Macapà ou Camau, jusqu'au Cap du Nord, et du Cap )) du Nord, sur la côte de la mer, jusqu'à la rivière » Oyapock ou Vincent Pinson.

» Le Traité d'Utrecbt résolut définitivement la ques* » tion ; il la prit dans les termes où l'avait posée le » Traité provisionnel de 1700, et il la résolut dans les » mêmes termes.

» Le Traité d'Utrecbt s'intitule officiellement : Traité

( S66 ) 18* LECTURE . § i2U

» de paix et d'amitié entre Louis XIV, roi de France, et )) Jean V, roi de Portugal, portant cession et renoncia- » tion, de la part de Sa Majesté Très -Chrétienne, — h » toutes les terres appelées Cap du Nord, à toutes celles » des deux côtes de la rivière des Amazones, à la nan vîgation et commerce de cette rivière.

)> Dans Varticle 8*, il stipula la renonciation, non » simplement aux terres du Cap du Nord, mais à celles » appelées (alors) du Cap du Nord, situées entre la ri- » vière des Amazones et celle d'Iapoc ou Vincent Pinson.

» L'article ©•, qui cite le Traité provisionnel de 1700, » est une simple conséquence du précédent, faculté » de faire rebâtir les forts démolis d'Araguary, Camau » ou Macapâ; entre ce dernier et le Cap du Nord ; » faculté de faire rebâtir les forts qui auraient pu être » démolis entre le Cap du Nord, sur la côte de la mer, » jusqu'à la rivière Oyapock ou Vincent Pinson.

» L'article 10* contient la reconnaissance du droit de » la couronne de Portugal aux deux bords de la rivière » des Amazones.

» L'article 11* contient la promesse que se font réci- » proquement les deux couronnes de ne pas permettre )) que leurs sujets aillent négocier sur le territoire ») voisin.

» Les stipulations des articles 8% 10* et 11* sont dif- )) férentes, quoiqu'elles aient toutes rapport â TaiTan- » gcment du litige défini par Iç Traité provisionne! de » 1700.

» Ainsi, les afticles 10* et 11" ne peuvent pas limiter » l'article 8*. Ils en sont des conséquences, et non des » restrictions.

s 1234 IS'UBCTURE ( 367 )

» On ne peut pas restreindre la limite établie dans » l'article lO*. L'article 8* parle des terres du Cap du » Nord situées entre la rivière des Amazones, depuis » FAraguary, Çamau ou Macapà, jusqu'à la rivière » Oyapock ou Vincent Pinson ; l'article 10% des deux » bords de la rivière des Amazones, tant le méridional » que le septentrional. Ce sont choses diverses.

» Le Traité d'Utrecht résolut définitivement la ques- » tion, et il la résolut en posant la limite à la même » rivière lapoc (Oyapock) ou Vincent Pinson, et en se » servant, comme le Traité de 1700, cumulativement » de ces deux noms, avec la conjonction alternative ou, » qui certainement n'indique pas Taltemative de deux » rivières, mais celle de deux noms qui alors désignaient » la même rivière.

» Ainsi le Traité d'Utrecht s'explique parfaitement )) par ses antécédents et par d'autres Traités antérieurs. » Cette explication officielle est complètement d'accord » avec les géographes antérieurs au même Traité, qui » donnaient, les uns, à la rivière d* Oyapock, le nom de » lapoc, Wiapoc, et d'autres celui de Vincent Pinson. » Si l'intention des négociateurs d'Utrecht avait été » de céder seulement au Portugal le bord septentrional » de la rivière des Amazones jusqu'au Cap du Nord, H )) aurait suffi de déclarer dans l'article 10" que Sa Ma- » jesté Très-Chrétienne reconnaissait que les deux bords » de l'Amazone, le méridional comme le septentrional » jusqu'au Cap du Nord, appartenaient à la couronne » du Portugal. L'article 8° serait inutile, et il serait » inutile de parler des terres du Cap du Nord. Mais » comme la France prétendait non-seulement les terres

( 308 ) 13« LECTURE S 12Si

/> du Cap du Nord, mais faisait valoir aussi des droits » aux deux bords de la rivières des Amazones, on se » vit dans la nécessité de mettre deux articles dans le » Traité, chacun relatif à chacune de ces prétentions. » On mit ainsi le Traité définitif d'Utrecht en parfait » rapport avec le provisionnel de 1700, quant aux tetres

» ilu Cap du Nord*

» En prenant ces paroles — Terres du Cap Nord — » dans leur sens le plus restrictif, ce point est un point » clair par lui-même.

» Le Cap du Nord, selon l'observation de La Con- » damine, est à 1 degré 51 minutes. L'expression — » Teires. du Gap Nord, — dans son sens naturel et le » plus restrictif, veut dire terres immédiatement adja- I) centes au Cap Nord, terres situées sous la même lati- » tude, c'est-à-dire à 1 degré 51 minutes.

» L'honorable plénipotentiaire français prétend in- » terpréter le Traité d'Utrecht, en établissant la limite » à \ Araguary*

» Or, l'Araguary se trouve à 1 degré un tiers de la- » titude septentrionale. Cette latitude a été reconnue » et fixée par deux Traités, ceux de Badajoz et d'Amiens* » Ce qu'il y a de certain, c'est que cette rivière se » trouve à 1 degré 20 minutes environ.

» La conséquence de cette délimitation, de cette in- » terprétatiou, serait que les terres situées sous lalati- » tude du Cap Nord, c'est-à-dire à 1 degré 51 minutes^ » viendraient à appartenir à la France. Ainsi l'inter- » prétation du point douteux du Traité d'Utrecht détrui- » rait le texte lui-même d'un point fort clair du Traité-*

s 123 A i3« LEGTURL ( 360 )

» Et, qu 011 ne s'y trompe pas, la branche nord de » rAraguary, à laquelle Thonorable plénipotentiaire ». français prétend donner le nom de rivière de Vjncent- » Pinson, ne serait pas la limite entre le Brésil et la » France, car cette rivière séparerait à peine, selon les » cartes, un territoire appartenant à la France, de Tile » de Maracâ, ou ile du Cap Nord, qui lui appartiendi*ait ')) aussi. Elle ne séparerait pas un territoire français » d'un territoire brésilien. Elle donnerait à la France » toutes les terres du Cap Nord sans aucune exception. » La vraie, la seule limite serait TAraguary, qui n'a » jamais été appelé Vincent-Pinson, ni lapoc, et au- 0 quel toutes les cartes anciennes donnent le nom » unique d' Araguarj.

)) Les traités de 1700 et d'Utrecht se servent de deux » noms, rivière Oyapoc dite de Fi ncent- Pinson^ rivière » lapoc ou f^incent- Pinson,

» Ce sont deux noms pris cumulativement pour » indiquer la même rivière.

» Il y a autant de raison pour prendre comme base » d'interprétation du Traité d'Utrecht la dénomination » lapoc qu*il contient, que celle de y'incent- Pinson^ qu'il » contient aussi.

» L'honorable plénipotentiaire français s'est attaché » exclusivement à la dénomination Fïncent- Pinson.

» C'est elle justement qui apporte tant de confusion » dans ce débat. C'est la dénomination à interpréter, » et l'on prétend l'interpréter par elle-même exclusive* » ment.

» Pourquoi ne pas chercher dans l'autre dénomina-

» tion Oyapoc^ lapoc^ la lumière qui dissipe tous les » doutes, et qui simplifie la question, comme le pléni- )) poientiaire brésilien avait cherché à la simplifier dans » son Mémoire 7

» Pour écarter cette manière de résoudre la ques- » tion, l'honorable plénipotentiaire français a cherché » à interpréter les dénominations Oyapoco, lapoco, » Waripoco, et, par conséquent lapoc, Oyapoc, Oya- » pock, de la manière suivante :

» Il prétend que Oyapoco, lapoco, Waripoco, et, » par conséquent lapoc, Oyapock, est un nom appel- » latif, un nom conunun, c'est-à-dire qui convient à » toute une espèce. Il veut dire im grand cours d'eau.

» Si cette parole veut dire un grand cours d'eau^ il » es^ plus probable que les géographes l'aient exclu- » sivement appliquée au cours d'eau le plus considé- » rable, connu de tous les temps, sur les côtes de la » Guyane, c'est-àrdire à l' Oyapock, entre le 4* et le » 5* degré, et non à des rivières non connues alors, et » dont les embouchures et le cours ont toujours été » variables.

» Mais supposons que la dénomination Oyapoc du » Traité d'Utrecht veuille dire grand cours d'eau,

» Alors les paroles Rivière Oyapoc dite de Vincent- » Pinson, du Traité de 1700, et Rivière lapoc ou Vin- » ceiit-Pinson, du Traité d'Utrecht, voudraient dire :

» Rivière grand cours d'eau ou Vincent-Pinson.

» Il y aurait là une redondance vicieuse, un pléo- » nasme, qui n'échapperait pas aux négociateurs de 1)1700 et d'Utrecht.

s 1234 13« LECTURE ( 371 )

» Presque toutes les cartes anciennes portent au » Cap Orange Rivière Wayapoco, rivière Wiapoco, » lapoco, Oyapoc, ce qui équivaudrait à rivière grand » cours d'eau^ et ne signifierait rien.

» WiapocoJ "Wayapoco, lapoco, lapoc, Oyapoc, etc., » n'est donc pas un nom appellatif . C'est un nom pro-- » pre qui ne convient qu à une rivière, celle qui dé-^ » bouche au Cap Orange entre le &* et le 5* degré.

)> Il faudrait que la France indiquât sur le littoral, » entre le Cap d'Orange et le Cap du Nord, une rivière » à laquelle on eût donné, avant le Traité. d'Utrecht^ » cumulativement ou séparément en différentes cartes, 0 les noms d'Oyapock ou de Vincent*Pinson. Elle ne » peut l'indiquer.

» 11 n'est pas prouvé que Vincent-Pinson découvrit » une rivière au nord du Cap Nord, appelé alors indif- » féremment ou simultanément Arawari, Iwaripoco,

» lapoco et Oy apock.

» Une assertion si extraordinaire, qui ne peut qu'é- » tonner le plénipotentiaire brésilien, qui l'entend pour )) la première fois, doit être appuyée sur des preuves » trèà positives.

0 11 est même invraisemblable que Pinson, qui ve- » nait de découvrir le grand fleuve des Amazones, et )) qui se dirigeait vers l'ouest, longeant la côte, ayant ;) à peine fsdt &0 où 50 lieues, fût débarquer sur une i> côte inondée, qui ne permet pas l'accès à de grands

)) bâtiments, et où le phénomène de la pororoca met- » trait les siens dans le plus grand péril.

( S72 ) IS'^ LECTURE S l2Si

») Il est même avéré que Pinson ne découvrit et ne » donna son nom à aucune rivière sur la côte de la » Guyane.

» Il semble que les vraies notions sur le voyage de » Vincent-Pinson s'obscurcirent. Les géographes qui se » suivirent commencèrent à mettre la rivière de Vin- » cent-Pinson, que Ribero avait mise au sud de l'Ama- » zone, au nord; et il résulta une telle confusion, que n chacun commença à la mettre où bon lui semblait.

» Il n'est pas surprenant que quelques géographes » l'aient mise à l'Oyapock. C'était la rivière la plus » considérable qu'on mettait sur toutes les cartes, et » il était naturel qu'on penchât à croire (dans le doule) » que Vincent-Pinson avait découvert la rivière la plus » considérable, qui aurait offert un port à ses vais- » seaux, et y aurait débarqué.

» Le plénipotentiaire brésilien croit que rédition i> qu'il a citée du comosgraphe portugais Pimentel a » toute valeur historique. Quoiqu'elle ait été publiée )) en 1712, la permission pour sa publication, qui se » trouve en tête, est de 1709.

» Pimentel n'a pas énoncé une opinion particulière » et d'occasion ; il a énoncé une opinion arrêtée depuis » 1699, fixée par le Traité de 1700, et à laquelle la » France, par ce Traité, avait donné son assentiment. » Il a énoncé une opinion débattue en 1<599, entre » M. de Rouillé et M. Roque Monteiro Paim, tous deu^c » plénipotentiaires dans le Traité du h mars 1700. Il » n'est donc pas surprenant que Pimentel n'ait pa » mentionné l'Oyapock ou le Vincent-Pinson dans son

$ nu 13* LECTURE (373)

» édition de 1699, car ce forent les discussions qui » s'élevèrent vers la fin de cette année qui éveillèrent » plus Tattention sur cet objet.

» Le plénipotentiaire brésilien a cité la C9.rte d'Ar- » noldus Florentins à Langres, intitulée Delineatio » omnium terrarum tolius partis Americœ^ etc. , qui porte

» la date de 1598, et dont on trouve deux éditions, une » hollandaise et une autre anglaise, dans les bibliothè^ » qoes de Rio de Janeiro et de Lisbonne, et un exem- » plaire à la Bibliothèque impériale, à Paris. Cette » carte, d'après son échelle, qui est très petite, met la » rivière de Vincent-Pinson dans une . position qui ne » peut être autre que celle de l'Oyapock, qu'elle ne » nomme pas.

» La carte citée par son honorable collègue le plé- )) nipotentiaire français, d'après son énoncé, et parce » qu'elle ne poite pas de date, est différente. Toute- » fois elle met la rivière de Vincent-Pinson au nord )) de différentes rivières qui se trouvent au nord du » Cap Nord. Ce Vincent-Pinson est donc l'Oyapock» » qui n'est pas nommé.

» Le plénipotentiaire brésilien n'a pas cité la carte » duVère Samuel Fritz pour prétendre, fondé sur cette » carte, que le Portugal ait eu, et le Brésil ait aujour- )> d'hui, un droit quelconque à quelque portion de ter- » ritoire au nord de l'Oyapock, mais seulement pour » prouver que, dans les temps antérieurs au Traité » d'Utrecht, on donnait le nom de Vincent-Pinson à )) une rivière située au nord du Cap d'Orange, et non » près du Cap du Nord.

\ 874 ) 48* LECTURE s 428*

» Il a cité les cartes de Gértml Mercator des éditions » de 1607 et 1635. Les éditions que cite son honorable » collègue le plénipotentiaire français sont différentes. yi Ces cartes mettent la Rivière de Vincent-Pinson à 1) l'endroit de l'Oyapock {qu'elles ne nomment pas) » selon leur échelle et au-dessus du Gap Blanco, lequel n certainement n*est pas le Gap Nord, car dans ces )> temps-là le Gap Nord était déjà connu sous le nom » de Cap Nord.

» Mercator, dans ces cartes, corrigea celle de 1003, » que cite T honorable plénipotentiaire français. Il omit » le Pynis B.» qui ne veut pas dire Pinson, et au lieu to de Wabejo et Awaripoco, qu'on pourrait prétendre » être Wiapoca ou Oyapock , il mit = Rivière de ï) Vincent-Pinson =, dans un endroit beaucoup plus » rapproché du Cap d'Orange que de celui du Nord.

» H a cité l'ouvrage S Abraham Orielius^ de Tédi- » tîon de 1012, qui contient une carte intitulée : Àme- » ricœ 9we noifi orins description et dans laquelle on » trouve la Rivière de Vincent-Pinson à l'endroit de » l'Oyapock, selon son échelle. Elle n'indique pas le » Cap du Nord, elle mentionne seulement le Cap » Blanco, ce qui est différent. Cette carte, qui est de » 1012, est plus rapprochée des temps d'Utrecht, est )) plus parfaite que celles que cite l'honorable plénipo- » tentiaire français, qui sont de 1670, 1001 et 1003.

» Le plénipotentiaire brésilien croit que la citation » de Théodore de Biy lui est plus avantageuse qu'à » son honorable collègue.

s 1234 13- LECTURE ( 076 )

» Dans VÀmericœ pars tertia de Théodore de Bry » (1092), on trouve la carte intitulée : Corographià

» nobilis et opttlentœ Peruanœ Provinciœ^ atque Brasi^

» //«?, etc., 1592. Cette carte met le Rio S.-Vicente- » Pinson à A degrés de Téquateur. Son échelle est très » petite, et l'espace qui se trouve entre l'équateur et » la pointe de terre (très mal figurée) ou débouche le » Vincent-Pinson, a assurément à degrés selon son » échelle.

» Dans Vjimericœ pars quart a du même TbéodorO » de Bry, on trouve une carte intitulée : Occidentalis ii Americœ partis^ etc., 159 A. Cette carte porte une » rivière avec le nom de Rio de S. Vicente Pinson, près » de â degrés au nord de l'équateur, d'après ses pro- » portions. Elle n'a pas d'échelle pour la latitude» et » elle est très petite.

» Dans YJmericœ pars sexia du même Théodore de » Bry , on trouve une mappemonde en très petite » échelle, intitulée : America siue No\fus Orbis respecta > Europœnrum inferior globi terrestris pars^ 1696. Elle

» porte Rio de S.-Vicente-Pinson. La distance entre 0 l'équateur et l'embouchure de cette rivière répond à » h degrés, selon son échelle.

)) Le plénipotentiaire brésilien ne mettra pas en » doute l'importance, sous d'autres rapports, de la » carte que le roi Henri II fit dresser pour son fils » le Dauphin, en 1550.

» Il croit, toutefois, qu'elle n'est pas une autorité » sur le point du débat.

» Le célèbre Juan de la Cosa, dans sa carte du nou-

( 376 ) 13* LECTURE s 1284

n veau coDtinent, faite au port de Santa-Maria , en » 1500, le premier qui mentionne les . découvertes de » Pinson, ne met sur sa carte aucune baie ou rivière » de Pinson.

» Diego Ribeiro, dans sa mappemondç de 1529, » mettait la rivière de Vincent-Pinson au sud de celle » des Arôa2ones.

» L'opinion qui prévalait alors était que Vincent- » Pinson avait débarqué au sud de ja rivière des » Amazones.

» Les autres cartes, qui ont mis la rivière de Vin- » cent-Pinson en d'autres parages, n'avaient pas encore » paru.

)> On ne songeait pas alors aux questions de limites » qui depuis se sont suscitées entre la France et le » Portugal. On ne fit des explorations exprès sur les » côtes inondées de la Guyane pour construire cette » mappemonde. D'où fut donc tirée cette rivière de » Fincent, nom auquel on n'ajoute pas celui de Pinson?

» 11 est donc évident que ce sont de ces noms écrits » sur les cartes à l'endroit où l'on suppose qu'ils peu- » vent être, pour donner une idée.

» Ce n'est pas d'après de semblables indications )) qu'on peut régler des limites. L'esprit éclairé de » l'honorable plénipotentiaire français eu conviendra » sûrement.

M Delisle, qui a fait de si profondes études sur la » géographie, a sans doute connu cette carte. Pour- )) quoi n'a-t-il pas mis sur la sienne cette rivière de » Vincent?

s lââA 1S« UCTURE ( 377 )

» Les mêmes observations sont applicables à YAr- » cano del mare^ de Dudley,

» L'honorable plénipotentiaire français cite la carte » manuscrite qui a servi au Traité de limites des pos- » sessions espagnoles et portugaises en Amérique, » signée à Madrid le 12 juillet 1761.

}> Le traité de limites des possessions espagnoles et » portugaises est du 13 janvier 17ô0. 11 n'a aucun » trait, et ne pouvait l'avoir, au territoire de la Guyane. » 11 établit les limites des deux pays jusqu'à la ren- » contre du haut de la chaîne de montagnes qui se » trouve entre la rivière d'Orénoqtie et celle de Mara- » gnon ou des Amazones, et en continuant par le som- » met de ces montagnes vers l'Est, tant que s'étendra

» le domaine de chacune des deux monarchies (art. IX).

» Cette délimitation s'arrêtait donc à l'endroit où ») commençait la délimitation avec la Guyane.

» L'autorité de la carte, faite selon ce Traité, ne 0 peut aller plus loin. On y aura figuré la Guyane » pour compléter et arrondir la carte, en copiant une » autre quelconque, et sans conséquence.

» j4ccioli [Corographia Paraense] cité par l'honorable » plénipotentiaire français, met le Vincent-Pinson à » 2° 10' Nord; et Baena^ par un simple itinéraire, met » rOyapock à trente-six. lieues du Vincent-Pinson. Ils )) ne citent aucune carte, ni la source où ils ont puisé » ces notions.

» Ces opinions paiticuliëres de ceux qui publient » des livres, comme Accioli et Baena, ne sont pas.

l 378 ) là* LECTUBB S *2S4

» dans l'opinion du plénipotentiaire brésilien, des élé- » ments qui puissent servir à résoudre des questions )> entre gouvernements.

» D'ailleurs, cela s'explique parfaitement. Il y a des' » cartes qui mettent le Calsoène entre deux degrés et » deux degrés trois quarts. Après que le Traité dn » 10 août 1797 déclara que le Calsoène était le Vin- » cent-Pinson des Français, quelques écrivains et quel- » ques cartes portugaises commencèrent à appeler le » Calsoène, Rio-Cahoène ou Ftncent^ Pinson,

» L'honorable plénipotentiaire français permettra à » son collègue de ne pas donner de poids à l'autorité

% de Frey Marcos de Guadalaxara^ dans son Histoire

n pontificale. Ce n'était pas un gépgraphe, et il n'a » parlé de la rivière Pinson que d'une manière très » incidente. D'ailleurs, les paroles desquelles il se sert, » donde afirman^ font clairement voir qu'il écrit ce » qu'on lui a dit, et non ce qu'il a examiné. Il le met » lui-même en doute en ajoutant, si né se recibe e/i- «> gano^ si l'on ne se trompe pas.

» Gabriel Soares de Souza, cité par Thonorable plé- » nipotentiaire français, dans sa Aoticia do Bmsi/y met » le Vincent-Pinson sous l'équateur, et la distance de » 16 lieues entre cette rivière et la pointe de celle des i Amazones, appelée Cap Cortosi^o,

» Cette autorité pourrait être invoquée par Thono- » rable plénipotentiaire français, s'il avait la prétention, » qu'il n'a pas, de mettre la rivière de Vincent-Pinson • sous la ligne équinoxiale.

s VIU 18« LEGTUB£ ( 879 )

» GabrieL Soares n'était pas un géographe. II aura » entendu parler des notions d'après lesquelles fut » faite la carte de IMego Ribeiro, et qui n^auraient pas » encore entièrement disparu. On voit, par son style » embarrassé et par ses descriptions incomplètes et » inexactes, que c'était un de ces hommes d'une in- )) struction ordinaire et de quelque intelligence, qui » écrivent sur tout un pays, en partie d'après leurs » observations personnelles et très limitées, et en plus » grande partie par des ouï-dire.

» Quoique par l'irrégularité de la carte de Teixeira^ » qui ne garde pas les proportions et n'a pas » d'échelle, on ne puisse former une idée exacte des 9) latitudes, il est beaucoup plus soutenable que son n Vincent-Pinson soit à l'endroit de TOyapock qu'autre » part.

» !• Parce que cela est plus conforme aux proporj> tions de la carte, qui est petite ;

)) 2» Parce que, si cette rivière n'était pas l'Oyais pock, la rivière près du Gap d'Orange ne serait pas » nommée sur cette carte : or, cette rivière, comme la » plus considérable, a toujours été la plus connue, et » elle est mentionnée sur toutes les cartes anciennes » et modernes ;

» 8" Parce que, selon les notions géographiques )) alors accréditées par la cour d'Espagne et de Porn tugal, le Vincent-Pinson était à AO lieues du Gap du » Nord, c'est-à-dire était l'Oyapock d'aujourd'hui.

)) Gela se prouve par un document émané d'un roi » d'Espagne.

I) Philippe le quatrième (le Portugal éta^t alors réuni » à la couronne d'Espagne) fit donation, le lA juin 1637, » à Bento Maciel Parente des terres du Gap du Nord, • avec les rivières qu'elles contenaient, et qui avaient » (ce sont les expressions des Lettres patentes), sur la » côte de la mer 35 à àO lieues, comptées depuis le » Cap du Nord jusqu'à la rivière de Vincent^Pin^on, » où commençait le territoire des Indes du royaume de » Gastille.

» Or, les lieues espagnoles étaient alors de 17 1/2 » au degré ; et ainsi il est démontré que la Rivière » de Vincent-Pinson, que Philippe le quatriètne d'Es- » pagne considérait comme la limite des possessions » espagnoles et portugaises, était justement TOyapock, » et que TOyapock avait alors le nom de Vincent- » Pinson.

)) Ce document, qui a été enregistré peu après son » expédition, dans le livre second de la Proi^tdorin tin » Para, et imprimé dans une ancienne édition des

» Annales historiques dn Ma ra*;;tunn^^dx Berredo, porte » la date du 1& juin 1637. La carte de Jo^o Teixeira, » qui vient d'être citée, est de 16A0. Ainsi, il est évi- » dent qu'elle ne pouvait poser, et elle ne pose pas, » d'après son échelle, la limite entre les possessions » portugaises et espagnoles (aujourd'hui françaises), I) c'est-à-dire la Rivière de Vincent-Pinson, près du » Gap du Nord.

» Ce Joâo Teixeira n'était pas un simple géographe, » il était cosmographe du roi ; il était géographe offidel.

» Il est sans doute certain que Berredo^ dans ses

% 1234 13- LECïUHK ( 381 )

» Annales historiques de Ma rognant^ met le Vinccnt-

» Pinson à 1" 30' au nord de l'équateur, et que Berredo » était gouverneur du Maranham.

» Mais il s'est contenté de se référer à Marcos de » Guadalaxara, cité par Simon Estacio da Silveira, et il » ne peut avoir plus d'autorité que ce Frey Marcos de » Guadalaxara, qui est le premier à mettre en doute ce » qu'il dit.

)) Eh bien ! La Barre, qui était aussi gouvenieur, et » gouverneur de la Guyane, qui a écrit en 1666 un » ouvrage estimé, Description fie li France équinoxiale^ » y dit, que la Guyane Française, proprement France » équinoxiale , comprenait à peu près 80 lieues, et

» commençait au Cap (VOinnge; et il dit cela de sa

» propre autorité.

» L'honorable plénipotentiaire français a terminé » Favànt-dernière conférence en produisant un docu- » ment qu'il prétend être une preuve matérielle de la î) légitimité des droits de la France au territoire con- » testé.

» Cette preuve consiste en un Mémoire ou Memo- » randum intitulé : Réponse au Mémoii^e présenté par le » très^excellent seigneur ambassadeur du rvi Très^Chré" » tien^ touchant le droit que la France prétend aifoir sur I) les terres occidentales de la rwière des Amazones.

» Ce Mémoire n'est ni daté, ni signé.

» Le plénipotentiaire brésilien ne met pas en doute » l'authenticité de ce Mémoire, c'est-à-dire que ce ne » soit pas un papier donné à Lisbonne à M. de Rouillé, » et qu'il n'ait pas été remis dans le temps par cet am- » bassadeur à son gouvernement.

( 382 ) 13* LECTURE s 123i

» Mais il croit que ce Mémoire non daté, non signé, » n'est pas une pièce suffisante pour décider la ques* )) tion. Il pourrait avoir élé présenté au comiuencement » de la négociation, on pourrait être revenu sur les . » notions qu'il contient, il pourrait être l'œuvre d'un » tiers, et ne {)as être complètement autorisé par le » gouvernement portugais.

» Dans le cours des négociations on se communique » quelquefois des mémoires, des notes, dont toutes les » parties ne peuvent pas toujours servir pour expliquer » et interpréter la négociation après qu'elle est ter- 0 minée.

» La présente négociation en fournit un exemple. A » son début, le plénipotentiaii-e brésilien eut l'honneur » de recevoir du gouvernement français un Mémoire » préliminaire non signé, non daté, en réponse à un » autre qu'il avait présenté.

» Ce Mémoire préliminaire déclare positivement que : » — la géographie ne connaît aucun cours d'eau qui » porte exactement le nom de lapoc, ou celui de Vin- » cent-Pinson. 11 cherche à suppléer par le raisonne- )) ment ^u manque de données également positives sur » r Yapoc ou Vincent-Pinson.

» L'honorable plénipotentiaire français, dans tout le )) cours de cette discussion, a toujours cherché à prou- » ver le contraire, c*est-àr-dire — que la géographie » connaissait un cours d'eau sur le littoral de la Guyane, » près du Cap du Nord, qui était le Vincent-Pinson, et » avait le nom d'Oyapock , et qu'elle fournissait des » données positives sur ces deux noms.

» Lorsque, au commencement de la discussion, le n plénipotentiaire brésilien a voulu se prévaloir du

s 123i 13* LECTURE ( 383 )

» Mémoire, Thonorable plénipotentiaire français ne Ta » pas considéré comme une pièce entièrement officielle, » et le plénipotentiaire brésilien s'est abstenu de s'y » référer de nouveau.

)) D'ailleurs, même dans le cas où le document der- )> nièrement produit serait une preuve suffisante, il )).n'en serait pas une du droit que T honorable plénipo- » tentiaire français prétend avoir.

» Ce document met la rivière de Vincent-Pinson à » peine à 3 degrés, c'est-à-dire à 2 degrés 50 mi- » nutes, et partant au nord du Calsoëne.

» L'honorable plénipotentiaire français veut mettre » la limite à 2 degrés 1/2, c'est-à-dire à 2 degré$ )) 30 minutes, 20 minutes, un tiers de degré plus au » sud.

» Il prétend que Y Araguary est le Vincent-Pinson » d'Utrecht.

» Or, selon la carte de Delisle, l'embouchure nord » de l'Araguary serait à 2 degrés 5 minutes. Le point » où se réunissent les deux embouchures de l'Araguary, )) selon la carte de La Condamine et de Mentelle, est » à 1^42' au nord de l'équateur.

» Gomment un document qui n^ettrait la rivière de » Vincent-Pinçon au nord du Calsoène , pourrait-il )> prouver que la rivière de Vincent-Pinson est à 2° 5' » et à l"" &2' au nord de l'équateur?

» L'honorable plénipotentiaire français a dit qu'il » possédait la latitude du Vincent-Pinson de Lisbonne » et d'Utrecht, exactement indiquée dans un document )) officiel et portugais.

» Ce document, dans le cas où il serait suffisant,

( S8A ) lâ'LEGruHE $ 123 A

» prouverait donc que la latitude exacte du Vincent-

> PinçoD, de Lisbonne et d'Utrecht, éta-ît à près de

> 3 degrés, ou à 2 degrés 50 minutes, c'est-à-dire que » cette rivière serait au nord du Calsoène, car la carte » de Mentelle met le Calsoène à 2 degrés 30 minutes, » et la carte réduite des côtes de la Guyane de 1817, » déjà citée et officielle, le met à 2 degrés 35 minutes.

» Ainsi, le Vincent-Pinson du document cité serait » à 20 ou à 15 minutes (un tiers de degré) au nord du » Calsoène, à 55 minutes (près d'un degi'é) de l'émît bouchure nord deYJrn^rufiry^ que l'honorable plé- » nipotentiaire français a prétendu être aussi le Vincent- » Pinson d'Utrecht, et à 1 degré 5 minutes du point où

> se réunissent les deux embouchures de Wlragiiaty^ » par lequel l'honorable plénipotentiaire français a pré-

> tendu faire passer la limite.

> Le plénipotentiaire brésilien en appelle à la loyauté

> et à l'esprit éclairé de son honorable collègue. Peut- » il admettre un semblable document, et surtout pour

> fonder des prétentions qui sont évidemment contraires :b à la prétendue preuve.

» Le gouvernement brésilien désire sincèrement ter-

> miner le seul différend (et il espère n'en pas avoir » d'autre) qu'il a eu jusqu'aujourd'hui, par héritage, » avec le gouvernement français ; mais il ne peut aban- » donner des droits qu'il a jusqu'aujourd'hui cru et » croit encore bien fondés, sans des raisons et des

> preuves qui puissent le convaincre et justifier cet » abandon. »

s i 235 I S* LECTURE ( »85 )

§ 1235. (( Procès-7Jerbal de la douzième séance.

(22 janvier 1856.)

n Cette discussion étant ainsi terminée, M. le vicomte » de r Uruguay dit alors qu'avant de poursuivre cette » partie de la négociation, il désire savoir quelles sont » les intentions et T opinion de son honorable collègue n sur la seconde partie de son Mémoire, c'est-à-dire » sur la ligne divisoire qui doit séparer, en allant de » l'Est à l'Ouest, les territoires des deux pays*

» Le plénipotentiaire français répond qu'à son avis, . » le point de départ de toute limite étant la limite ma^ » ritime, celle du point de la côte où débouchera le » cours d'eau, commun aux deux États, il lui semble » impossible de s'occuper de la limite intérieure avant » d'avoir arrêté ce point de départ, c'est-à-dire avant )i d'avoir résolu la difficulté créée parla diversité d'in- » terprétation du Traité d'Utrecht par la France et par » le Brésil.

» Le plénipotentiaire du Brésil déclare partager cette » appréciation. — 11 s'occupera donc de la limite » maritime.

» Conformément au contenu de son Mémorandum

» préliminaire et à la teneur de sa discussion posté-

» rieure, le plénipotentiaire du Brésil propose, encore

, » une fois, à son collègue de prendre XOjapoe pour

» limite.

» Le plénipotentiaire français refuse cette proposi-

» tion, qu'il déclare absolument inadmissible.

» Le plénipotentiaire du Brésil annonce que, sans être

» convaincu des droits actuels de la France sur la rive » gauche de TOyapock, toutefois, pour en finir avec » une question qui dure depuis près d'un siècle et » demi, et pour donner une preuve de l'esprit de con- 9 ciliation qui l'anime, il offre, par voie de transiu^tjon, » de prendre pour ligne de partage la crête des terres n les plus élevées qui déterminent la division des eam n entre l'Oyapock et le Gassipoure, de manière que la » rive droite de l'Oyapock et les rivières qui y déboq- « cbmt, viennent à appartenir à la France.

» Le plénipotentiaire françms^ répond qu'à part les » raisons générales qui lui interdisent d'accepter cette » ouverture, il doit faire remarquer à son honorable « collègue que cette limite presque idéale, — entre » des terres en partie noyées et peu connues, serait » sujette à toutes les difficultés d'application, à tous les » différends de voisinage qu'il importe aux deux gou- » vernements d'écarter : et il rappelle à son honorable » collègue que, quel que soit d'ailleurs le cours d'eau » choisi pour limite, — il faut que ce 'soit un fleuve » qui serve de première indication au partage.

» Le plénipotentiaire du Brésil déclare que pour sa- » tisfaire aux vues de son honorable collègue et prouver » les dispositions conciliantes dont il est l'interprète, » il prend sur lui d'offrir de porter la limite à la rive N gauche du Gassipoure,

)i Le plénipotentiaire français^ après 'avoir rendu

» hommage à l'intention qui a dicté la nouvelle pro- «position de son honorable collègue, exprime son » regret de ne pouvoir l'accepter.

» Le Gassipoure ne saurait constituer une frontière.

s 12S6 iS- LECTURE ( 887 )

*} C'est un cours d'eau à peine encaissé et que l'œil » perd à quelques lieues dans l'intérieur des terres.

)> Le plénipotentiaire français ne pourrait donc re- )i connaître dans cette ouverture, au suget du Gassi* » poure, les éléments d'une transaction sérieuse.

» Le plénipotentiaire du Brésil demande alors au n plénipotentiaire de France quelle contre-proposition » il entend faire à celles qui précèdent,

M Le plénipotentiaire de France répond qu'il ne peut

» proposer que la branche Nord de l' Araouari (le Cara^ Il papouri) . Il rappelle rapidement les différentes rai- )) sons de droit et de politique qui concourent, à son D avis, pour imposer l'adoption de cette limite aux » négociateurs.'

» Le plénipotentiaire du Brésil réplique que l'Ara- » guary est impossible, en vue des termes du Traité » d'Utrecht, et que, comme plénipotentiaire, il ne » saurait jamais accéder à cette proposition.

» L^ plénipotentiaire français fait alors remarquer à » son honorable collègue que si les termes du Traité » d'Utrecht faisaient seuls obstacle à l'accession du 1^ Brésil, et qu'il convînt à Sa Majesté Brésilienne de }> reconnaître h la France la possession de la rive » gauche de l'Araouari par un Traité incfépendant^ — » sans être, dès aujourd'hui, en mesure d'adopter for- )> mellement une telle modification des données primi- » tives de la présente négociation, il n'a cependant » pas lieu de penser qu'un tel mode de procéder fijt » repoussé par le gouvernement de S. M. l'Empereur, » — le point important pour l'avenir des deux pays » étant l'adoption d'une bonne frontière, comme celle

)) de TAraouari, et non pas la voie à Taîde de laquelle » cette adoption serait obtenue.

» Le plénipotentiaire du Brésil réplique que, même » indépendamment du Traité d'Utrecht, il ne se croit » pas autorisé à consentir à cette proposition de l'Ara- » guary, qu'il persiste à regarder comme inadmissible;

)) mais que, ne voulant pas prendre sur lui la respon- » sabilité de rompre la négociation, il suspendra, de » sa part, les conférences jusqu'à ce qu'il ait reçu de sa » cour les instructions générales qu'il va lui demander, » en vue de l'état actuel de la question. Toutefois il » se tiendra à la disposition de son honorable collègue, » pour écouter toutes propositions nouvelles qu'il » pourrait lui présenter.

» Le plénipotentiaire français déclare alors à son » honorable collègue, qu'afin de reconnaître les dispo- » sitions conciliantes du plénipotentiaire du Brésil et » d'y correspondre, autant qu'il est en lui, il portera à » la connaissance du gouvernement de l'Empereur les » diflFérents incidents de la présente conférence, et » qu'il sollicitera les derniers ordres de Sa Majesté.

» 1) offre, en conséquence, à son honorable collègue » de se réunir encore une fois avant le prochain dé- » part du paquebot du Brésil.

» Le plénipotentiaire du Brésil accepte cette invita- » tion, et MM. les plénipotentiaires conviennent que la » première conférence aura lieu le vendredi !•' février n prochain, b

s 12S6 13- LECTURE ( 389 )

§ 1236. u Procès^ verbal de la treizième séance.

» Aujourd'hui, 19 février 1856, MM. les plénipoten- » tiaires de France et du Brésil se sont réunis à 1* hôtel » des Affaires Étrangères, à Paris, à l'effet de continuer » leurs travaux.

» A l'ouverture de la séance, MM. les pténipoten- » tiaires font donner lecture par le secrétaire du procès- » verbal de la séance du 22 janvier dernier.

» Le procès-verbal est adopté et signé par MM. les » membres de la conférence.

» M, le baron de Butenval prend la parole, et, après » avoir exprimé à M. le plénipotentiaire du Brésil » son regret de n'avoir pu provoquer plutôt la confé- » rence (qui avait d'abord été fixée au premier du pré- » sent mois), il annonce à son honorable collègue » que l'Empereur, en son Conseil, a examiné la ques- » tiou qui depuis six mois occupe la conférence ; qu'il » a pris connaissance des propositions successives faites » par l'honorable plénipotentiaire du Brésil et de la » contre-proposition que le plénipotentiaire français » avait cru devoir présenter à son tour, et qu'après » mûre délibération, il a été décidé que la France ne )> saurait, tant en raison des droits qu'elle tient du » Traité d'Utrecht, qu'en vue de l'établissement d'une » bonne et véritable frontière entre sa colonie de la » Guyane et l'empire du Brésil, accepter ni reconnaître » d'autre limite, du côté de la mer, que le fleuçe de » yiiwent'Pinçon^ c'est-à-dire le cours d'eau qui se » jette dans la baie de ce nom, à moins de deux degi^s

» au nord de Téquateur, et qui est aujourd'hui connu

» sous le nom de Carapapoun ou de branche Nord de » VAraouari^ la navigation de cette branche devant, » désormais, être commune aux deux nations et la rive » gauche devant appartenir à la France.

)) M. le vicomte de r Uruguay répond à son collègue » qu'ayant déjà rendu compte à son gouvernement de » l'état de la négociation et demandé de nouvelles in- » structions, îlnepouvait que se borner, dans cemoment, » à rapporter à sa cour ce qu'il venait d'entendre, et » qu'attendre ses ordres. Il ajoute que si une déclara- )) tion aussi catégorique lui eût été faite avant d'écrire » à son gouvernement et que s'il eût perdu tout espoir » d'un autre arrangement, il se fût cru obligé alors, en » vue de ses instructions et de ses convictions, de con- » sidérer la négociation comme terminée et sans résul- » tat; mais qu'ayant remis la solution de l'affaire à » son gouvernement, il croyait devoir attendre sa dé- » cision, qu'il espérait pouvoir recevoir dans le courant » du mois d'avril prochain.

» Le plénipotentiaire de France réplique qu'il s'em- » pressera de porter à la connaissance du gouverne- » ment de l'Empereur la réponse qu'il vient d'entendre, » et qu'il espère que le litige se terminera d'une ma- » nière conforme aux liens d'amitié qui unissent les » deux couronnes. »

5 4237 !*• LKCTUHE ( 8M )

S 1287. H Ptoces'^verhal ae la quatorzième séancem

» Aujôarffhlii, 27 mai 1866, MM. les plénipoteû- » tiaires de France et du Brésil, se sont réunis à Vh(^ n tel des Affaires Étrangères, à Paris, à l'effet de centifr Huer leurs travaux.

w A l'ouverture de la séance, M. le vicomte de VVftx* » guay prend la parole et s'exprime en ces tenflês s

» Le plénipntentiaive brésilien déclare qu'il a re^u de » son gouvernement les instructions cpi'il lui avait ti demandées et qu'il est à même de poursuivre la pfé-*» n sente négociation pour y mettre un terme.

» Le gouvernement de 8a Majesté l'Empereiir du w Brésil a examiné avec 1» plus scrupuleuse attention » la discussion consignée dans les treize protocoles pré* » cédents, et tout en approuvant les dispositions conrk ciliatrices de son plénipotentiaire fet les efforts qu'il rt a faits pour terminer la question par une transaction » admissible, il persiste dans la conviction du droit » qu'il a Soutenu. C'est seulement cette conviction qui » pouvait r empêcher d'accéder aux propositions faites » par l'honorableplénipotentiaire français, et démettre » tout de suite un terme au seul différend que le Brén gil a en jusqu'aujourd'hui avec la France. Il ne peut » céder, sans des raisons convaincantes, un droit sur )i lequel le Portugal a insisté pendant près d'un siècle » et demi* malheureusement sans chercher à l'éclaircir » et à le démontrer, comme il l'est aujourd'hui. Dans » de semblables questions on peut transiger pour en » finir, pour conserver des relations d'amitié qu'on

( 392 ) 13* LECTURE s 1237

» apprécie, pour ne pas donner lieu à des mésintellin, gences pour des objets qui n'en valent pas la peine ; » mais il n'est pas juste qu'une des parties, qui a prouvé » son droit, le cède tout entier aux prétentions de n l'autre.

» Le plénipotentiaire brésilien ne reviendra plus sur » les arguments qu'il a produits et sur ceux de son » habile adversaire. La discussion est fermée, elle a » été très-longue, et il faut en finir.

» Toutefois il demande à son honorable collègue de » lui permettre de prouver, le plus brièvement possible, » que la limite qu'il a proposée est inexécutable, et » qu'elle donnerait lieu, surtout en vue des protocoles, » à des incertitudes et à des discussions semblables à » celles qui se sont élevées sur la limite établie pp le » Traité d'Utrecht.

» L'honorable plénipotentiaire français a dit, dans le » 7* protocole, «que certaines cartes font de l'Araguary » une rivière à double embouchure, embrassant danâ » son delta les terres du Gap du Nord..

» Que Belisle, dans sa carte de 1703 (qui suppose » ce delta), nomme le Carapaporis Araguary, à l'extré- » mité Sud, et Vincent-Pinson à l'extrémité Nord.

» Que la branche aujourd'hui libre de l'Araguary, i> la branche Nord, le Carapaporis, est bien l'Araguary, » rOyapock de Vincent-Pinson.

» Que le Carapaporis est le Vincent-Pinson.

» Que la carte manuscrite portugaise de 1749, qui » a servi au Traité de limites des possessions por- » tugaises et espagnoles, appelle Vincent-Pinson la » branche Nord de l'Araguary. »

s 1237 13* L£CTURE ( 393 )

9 L'honorable plénipotentiaire français conclut que » la limite est la branche Nord de l'Araguary, le Gara- » paporis.

» Et sous quelle latitude à peu près ? Il faut songer » à la latitude, car c'est de ce manque d'une latitude, ». au moins approximativement désignée, que sont nées » les contestations séculaires que nous cherchons à » terminer.

n L'honorable plénipotentiaire français Ta reconnu. » Il a indiqué lui-même, à plusieurs reprises, la lati* D tude de cette branche Nord de l' Araguary qu'il prend ' » poiu* limite, et qu'il appelle Garapaporis.

» Il dit dans le 6* protocole :

« Plusieurs géographes antérieurs à Utrecht (et le » plénipotentiaire français se réserve d'en citer de nou- » veaux) ont formellement indiqué un Vincent-Pinson » par le deuxième degré et demi.

» L'embouchure du fleuve limite est le deuxième » degré et demi de latitude Nord.

» ?• protocole. — Ortelius» Mercator et Delisle in* » diquent formellement le Vincent-Pinson au Nord du x> Gap Nord. »

) Dans le 8* protocole, l'honorable plénipotentiaire » français met de nouveçiu, comme dans le 7*, le Vin- » cent-Pinson à deux degrés et demi.

» n présente comme preuve la réponse donnée, en » 1794, par le GonseU de guerre de Gayenne à la som- ) mation d'un officier portugais. Ge conseil répond :

> — c qu'en vertu des articles 9, 10, 11 et 12 du Traité ) d' Utrecht, la frontière de la France est fixée au Gap

> du Nord, à la Baie de Vincent Pinson et au deuxième

> degré et demi de latitude. »

( 39i ) 19« LECTURE s i2S7

n Et Thonorâble plénipotentiaire français ajoute : (( tant à cette époque, et sur les lieux mêmes, la flta- ) tion de notre frontière est peu l'objet d'un doute, I tant elle est connue de tous(. »

* Il ajoute encore :

c Nous avons cherché la sitnatiou astfonotuique dd j Vincent-Pinson sur les cartes.

) Et les grandes autorités géographiques des Ifl*, 17*, 1 18* et 19^ siècles nous Font unanimement désignée » au deuxîètne degré et demi de latitude Nord ;

i Nous ôVons relu les Traités, repayé leur histmre,

> nous avons examiné si leUr objet était rempli par le

> choix d'un cours d'eau plaôé sfous cette* latîtndcî;

» Et nous avons dû conclure que celui-là seul (à part 9 son nom même) satisfaisait aux vuels des négocia- »teurs. >

» L'honorable plénipotentiaire français a prétendu

> ajouter une preuve matérielle de la légitimité des droits 1 de la France, en produisant un document portugais I qui met le Vincent-Pinson à deux degrés et dnquante > minutes. Et il ajoute, en se référant ft ce docd- 1 ment :

« Nous possédions la latitude du Vincent-Pînson de 1 Lisbonne exactement indiquée^ daùs un doctttUMt ) officiel et portugais. »

> Ainsi, la limite d'Utrccht, seloti la latitude indi- ) quée par l'honorable plénipotentiaire français, serait ) la branche Nord de F Araguary, le Garapaporis, en ) latitude de deux degrés cinquante minutes. C'est ce » qui résulte des protocoles.

) C'est justement la latitude donnée au Calsoènê, ) déclaré être le Vincent-Pinson des Françaia par le

s 1237 ll« LECTURE ( 395 )

» Traité du 23 Thermidor 1797, entre la France et le n Portugal. Ce Traité dit :

€ Article 7". — Les limites entre les deux Guyanes,

> française et portugaise, seront déterminées par la f rivière appelée par les Portugais Calmène (Calsoène), » et par les Français, Vincent- Pinson, qui se jette danâ

> r Océan au-dessus du Cap Nord, environ à deux de- 1 grés et demi de latitude septentrionale. »

» Supposons, pour un moment, qu'une branche de iTAragaary, Carapaporis, formant un delta, était 1» reconnue comme limite, et qu'il s'agissait de la mettre f en exécution.

I Quelques cartes anciennes, celle de Mentelle, paf ) exemple, donnent & TAraguary deux embouchures » qui forment un delta avec les terres du Cap Nord et

> rile de Maracâ.

f> Mais il faut une limite exécutable, une limite applîv cable à l'endroit où l'on veut la mettre.

> Les parages dont il s'agit ne se prêtent pas à une » semblable limite, non d'après d'anciennes cartes qui 1 ne sont pas basées sur des explorations régulières, I mais d'après des scientifiques et très-récentes faites » sur les lieux, notamment par des explorateurs fran* % çais.

> Selon l'honorable plénipotentiaire français, c'est la > branche libre de FAraguary, la branche Nord, le ) Carapaporis, qui est la limite.

» Nous verrons que le Carapaporis n'est qu'on cours

> d'eau intérieur sans issue dans la mer.

» Les travaux les plus complets, les plus récents et » vraiment scientifiques, faits sur les lieux, à une très

» grande échelle, sont ceux de M. Tardy de Montravel » et d'autres officiers de la marine française, consignés n dans la carte intitulée : « Carte réduite des côtes des » Guy ânes, depuis l'tle de Maracà jusqu'à la rivière » Demerari, levée et dressée en 18ii, par MM. Tardy » de Montravel, lieutenant de vaisseau, commandant n la Bouloniiaise , Dujardin, lieutenant de vaisseau , » Le Serrée, Fleuriot de Langle et Desmoulins, ensei* » gnes de vaisseau, publiée par ordre du roi, sous le » ministère de M. le baron de Mackau,etc. » au Dépôt » général de la marine, en 1846.

» Le Garapaporis est décrit sur cette carte. Il coule i> du Sud au Nord et a son embouchure à un degré » cinquante minutes de latitude Nord, avec un cours de » vingt milles à peu près. Il a sa source dans le lac » Maprouenne. Il n'a aucune communication avec l'Aratt guary. C'est un cours d'eau entièrement distinct et » séparé. La Condamine et le baron Walckenaër l'ont » appelé Vincent-Pinson. Ce n'est plus une rivière.

» Selon les travaux de M. Tardy de Montravel et » d'autres officiers de la marine française , qui ont tt examiné, sondé toute la côte, et déterminé la position » de chacune de ses parties, l'tle de Maracà est à deux » degrés dix minutes. L'Araguary a son embouchure à » un degré et vingt minutes environ. Il n'a pas d'autre » embouchure plus au Nord. Il ne peut y avoir là de » delta formé par l' Araguary et l'Ile de Maracà.

» Ce sont des erreurs de Delisle et d'autres qui n'ont » pas été sur les lieux, car, comme observe de Hum- » boldt, lorsque les géographes ont inventé et donné » un fleuve, il se répète pendant des siècles dans les

s 1287 18^ LECTURE ( 597 )

» cartes qui sont calquées sur le même type. Un esprit » conservateur se plait à perpétuer les erreurs des temps » passés.

» Les explorations faites par les Portugais, en 1808, » par ordre du gouverneur et capitaine général du Para, n et d'autres postérieures, sont entièrement d'accord » sur ces points avec celles de M. de Montravel et » d'autres olBciers de la marine française.

» Elles constatent, sans que l'examen de ce point ait ») été indiqué, que l'Araguary n'a qu'une seule embou- 9 chure située & un degré vingt minutes environ.

» II a, en outre, un grand canal creusé par les tor- » rents (appelé Furo do Araguary) qui se dirige vers le » Sud, et débouche dans le fleuve des Amazones, k un » degré Nord à peu près. On pourrait considérer ce » canal comme une seconde embouchure, s'il n'était » obstrué par la vase et des troncs d'arbres charriés » par les eaux des inondations.

» Une information donnée récemment par un des » présidents les plus distingués qu'ait eus la province » du Para, M. Jeronymo Goelho, confirme ce qui vient » d'être dit. Une exploration faite, en 1851, par le » capitaine de frégate au service du Brésil, Martinus » Anibal Boldt, le confirme aussi.

» Une rivière à deux degrés et demi, ou même entre )) deux degrés et deux degrés et demi (avec le nom de D Garapaporis ou Vincent-Pinson), ne pourrait être une » embouchure de l'Araguary, qui se trouve à un degré » vingt minutes environ.

» En suivant la côte du Sud au Nord , on trouve après » l'Araguary :

( 598 ) *$• WÇTUEE s *287

» La rivière Piratuba, qui tombe dam la mer près du » Cap Nord.

» Le Carapaporis, tel qu'il est décrit par la carte de » H. de MoDtravel, et qui a sa source à peu de distance » de la côte dans le lac Maprouenne» saps commuui-r n cation avec TAraguary,

» La rivière Mapà ou Amapà, qui débouche vifi-à-vi9 » de rtle Maracâ, à deux degrés dix minutes, très courte, n et qui est à peine un canal qui fait écouler les eaux » du lac du même nom. La carte de M. de Montravel n la décrit parfaitement.

» La rivière Mayacaré, la première au Nord de Tlle » de Maracà.

)) La rivière Galsoène, appelée par les Français, Vin- » cent-Pinson, à deux degrés et demi environ.

» Toutes ces rivières, qui débouchent sur la côte, »Bans former aucun delta, existent entre un degré ji vingt minutes (position de l' Araguary), et deux degrés » et demi.

I Gomment pourrait une rivière située à deux degrés I et demi (et même à deux degrés) , être Tembouchure » d'une autre à un degré et vingt minutes, et de la- » quelle elle est séparée par tant de rivières intermé- » diaires, qui toutes débouchent aussi sur la même côte 7

» Ainsi» il est avéré que la prétendue embouchure > Nord de TAraguary, à laquelle on veut donner les I noms de Carapaporis et de Vincent-Pinson, à deux I degrés et demi, et formant là un delta, n'existe pa^.

:» Elle n'a existé que dans les erreurs des^ autorités, > d'ailleurs très respectables, sur lesquelles rhQpo- » rable plénipotentiaire français s'est fondé.

s 4237 13- LEGTUBE ( 399 )

> Il y a là là vraie embouchure de T Araguary, à un » degré vingt minutes environ.

I Un canal (Furo do Araguary) qui coule vers le

> Sud, ayant son embouchure dans le fleuve des Ama-

> zones, à un degré Nord à peu près,

» Dans le cas supposé que, par un Traité entre le » grésil et la France, une embouchure Nord de l'Ara-

> guary, déclarée Carapaporis et Vincent-Pinson, serait 9 établie comme limite, ferait-on mention de la latitude 9 ou non?

I Si Ton déclarait en même temps, au moins ap- 9 proximafivement, la latitude indiquée par T honorable I plénipotentiaire français, deux degrés et demi, la 9 limite serait inexécutable, car on ne trouverait pas

> d'embouchure de F Araguary dans cette latitude. Un

> semblable Traité serait une nouvelle source de dis-

> eussions, et de difficultés. Une des parties se fonde* 9 rait sur la dénomination < embouchure de T Araguary» , » pour mettre sa limite où elle trouverait cette embou- » chure, l'autre sur 1^ latitude, pour mettre la limite 9 où cette latitude existe.

» Ce serait la question de TOyapock et du Vincent- 9 Pinson sous une autre face.

9 Supposons qu'on ne déclarât pas 1» latitude, et

> que l'on posât la limite simplement à V embouchure ) Nord de l' Aragiiary, en lui donnant le nom de Cara- 9 paporis et de Vincent-Pinson.

» Une fois à l'œuvre, on mettrait la limite là où l'on

> trouverait sur les lieux une embouchure Nord de 9 FAraguary. Le Furo de l'Aragnaij serait Tembou-

> chure Sud, et la vraie embouchure 4 un degré et vingt

» minutes environ, Tembouchure Nord. Il n'y aurait » aucune limite à deux degrés et demi. La lettre du » Traité, la nécessité de Te^iécuter et la configuration

> de lacftte l'emporteraient naturellement sur des dires » de protocole, non consignés dans le Traité, qui serait

> exécuté de la manière possible.

) L'article 8« du Traité d'Utrecht dit : t Sa Ma-

ijesté Très-Chrétienne se désistera pour toujours, » comme elle se désiste dès à présent par ce Traité,

> dans les termes les plus forts et les plus authentiques, ) et avec toutes les clauses requises, comme si elles » étaient insérées ici, tant en son nom qu'en celui de ) ses hoirs, successeurs et héritiers, de tous droits et

> prétentions qu'elle peut et pourra prétendre sur la

1 propriété des terres appelées du Cap du Nord^ et

> situées entre la rivière des Amazones et celle de lapoe h ou de Vincent» Pinson^ sans se réserver ou retenir au- » cune portion desdites terres, afin qu'elles soient désor- » mais possédées par Sa Majesté Portugaise, etc. »

> Selon l'honorable plénipotentiaire français, le Vin*

> cent-Pinson a son embouchure à deux degrés et demi. » Donc, la côte qui se trouve entre la rivière des Ama- » zones et deux degrés et demi, forme ce que le Traité » appelle terres du Cap du Nord, et qu'il a cédées au » Portugal.

» Ainsi, une limite posée à l'embouchure de l'Ara- » guary, à tin degré vingt minutes, emporterait cette ) partie des Terres du Cap du Nord, définies selon » l'honorable plénipotentiaire français.

1 Mais le Traité dit : « sans se réserver ou sans rete» ji nir aucune portion desdites terrées. »

§1237 13«i.ECïUHE ( 401 )

» Tout cela résulte de* ce que Tbonorable plénipo- » tentiaire français met la rivière de ViucentrPinson » dans xm endroit, où, d'après d'antres indications, la » litoite ne serait pas, si on la mettait en exécution. Si » TAraguaryn'a aucune embouchure au delà d'un degré 9 vingt minutes ; si le Garapaporis n'est pas une em- »bouchure de TAraguary, il est incontestable qu'il » n'existe aucune rivière de Vincent-Pinson dans les » parages du Cap Nord, et que la base, le fondement » de toute l'argumentation et des prétentions de Tho- » norable plénipotentiaire français sont détruits corn- » plétement.

9 Car l'honorable plénipotentiaire français a exclu » absolument tonte rivière de Vincent-Pmson qui ne n serait pas le Garapaporis, qui ne serait pas une em- » bouchure de l'Araguary, qui ne serait pas à deux » degrés et demi et même à deux degrés.

» La carte jointe au Mémoire, daté de 1837, du baron » Walckenaër, sur les nouvelles découvertes géogra- » phiques faites dans la Guyane française, et qui dé- » crit les lacs Macari et Mapà à deux degrés et dix mi* n nutes, contient l'Ile de Maracâ qui se trouve sous » cette latitude et n'indique là aucune embouchure de n l'Araguary. Ce savant géographe appelle, dans le » Mémoire cité, Vincent-Pinson le Garapaporis qu'il n considère, non comme une embouchure de l'Araguary , » mais comme un cours d'eau entièrement distinct et » séparé.

» Le baron Walckenaër dit dans ce Mémoire : -D'à- - près le Traité d'Utrecht, la Guyane avait pour limite -dans le Sud-Est, la rivière de Vincent*Pinson, con-

( A02 ) 1S« i£GTtnuB g 1237

- nue des naturels sons le imm de lapook. L'embou- "-chure de cette rivière fui longtemps inconnue f mais, i- en 178At le baron deBedsner, gouverneur de Cayenne^

- voulant fixer une limite» conformément aux Traités, >-* envoya M. Mentelle, ingénieur-géographe, explorer

- le littoral du continent depuis le Cap Nord jusqu'au

- Gap Orange. On reconnut, on fixa positivement le -cours de la rivière de Vincent'^Pinson, et le gouver- » neur fit élever à son embouchure un petit fortin. »... -qui ne fut jamais occupé, et aujourd'hui même on

- n'en reconnaît plus remplacement -

-La rivière de Vincent -Pin son est donc bien connue» -c'est celle que les Brésiliens appellent aujourd'hui le

- Carapaporis; en 178A, c'était un fleuve imposant et

- présentant à son embouchure un mouillage excellent

- pour les grands bâtiments du roi. Aujourd'hui, tout -est changé*.»., ce n'est plus qu'un cours d*eau sans

- issue dans la mer^ l'embouchure a été obstruée par des msab/eSy etc% ^

)) Or, les Brésiliens n'ont jamais appelé Carapaporis n une rivière qui n'existe pas, une embouchure de » TAraguary, au-slessus de deux degrés. Ils appellent ») Carapaporis une rivière obstruée, au-dessus du Cap M Nord, entièrement distincte et séparée deFAraguary, n dont elle n'est pas une embouchure. C'est exactement » le Carapaporis de la carte de M. Tardy de Montravel, » et il n'existe pas d'autre Carapaporis.

» C'est par ces raisons, outre celles que le plénipo- » tentiaire brésilien a déjà exposées dans les confé- » rences précédentes, et qu'il ne répétera pas, que le n gouvernement de Sa Majesté l'Empereur du Brésil

s 12$7 IS* LBGttnti ( A03 )

» ne poumdt Jamais accepter la limite proposée par nThotiorable plénipotentiaire français,** la branche % Nord de T A^guary, ^laquelle ne sentit pas même le n Vincent^Pinson auquel il prétend.

N Cette question dure depuis près d'un siècle et demi. Il Le gouvernement français a bien établi dans un Traité » que le Calsoène était le Vincent-Pinson ; des géo- » graphes firançais ont bien prétendu que le Hayacaré, » le Carapaporis étaient le Vincent«Pinson \ mais c'est » la première fois que le nom d'Araguary est prononcé » comme étant la limite d'Utrecht. Le Tndté de Badau jos a, il est vrai» établi la limite à TAraguary \ mais » comme Thonorable plénipotentiaire fhmçais Ta re- » connu dans le 0* protocole, la France n'entendait pas » retrouver là le Vincent^Pinson d'Utrecht.

» Quand le gouvernement firançais fit établir un poste, » en 1836, sur le territoire contesté, il ne désigna pas Il sa Ifanite, il se contenta simplement d'ordonner la » fondation d'un poste militaire provisoire au delà de » rOyapock.

» Le plénipotentiaire brésiUen empruntera au Mé- » moire sur les nouvelles découvertes géographiques » faites dans la Guyane, publié, en 18S0, par le baron » Walckenaèr, dont l'autorité ne peut être suspecte pour » l'honorable plénipotentiaire français, quelques notions n historiques sur cet établissement»

*- Plusieurs fois, dit-il, les Indiens du Para s' étant -• révoltés, le gouvernement donna Tordre à dlITérents -> gouverneurs de la Guyane de s'emparer de nos limites •-et d'y fonder un poste militaire; mais le ministre •* n'ayant jamais dit s'il prenait pour base le Traité

{ àOÛ ) 13- LECTURE «^1237

^d'Amiens ou celui d'Utrechti, aucun gouverneur ne

- voulut s'exposer à des représailles de la part du Bréâl» ^ et probablement à des récriminations ou à des repro- " ches de la part du ministère français*

« Les choses en restèrent là jusqu'en 1836. AJors, le

- ministère français, voyant toute la province du Para -aux mains des Indiens révoltés, donna l'ordre de -prendre possession militairement de nos limites; ^rnais, suivant son usage, il ne disait point là où devait -s'arrêter la Guyane française, et laissait ainsi une

- question fort grave à décider au gouverneur.

•» Le prédécesseur de M. de Choisy fit explorer la

- côte, mais ne prit aucun parti. En arrivant, M. de -Choisy envoya de nouveaux explorateurs et leur

- ordonna de désigner tous les endroits susceptibles de

- recevoir un établissement militaire, à partir de l'em- -bouchure de l'Araguary, limite (/n Traité iV Amiens.

- M. de Choisy désirait se fixer dans l'Amazone même. .. -Ensuite, il lui paraissait naturel, n'ayant pas d'ordre -contraire, de prendre pour limites celles qui nous >" étaient plus avantageuses. Les explorateurs revinrent, -et le gouverneur fut obligé, sur leur rapport, de

- renoncer à prendre position sur l'Amazone. La rivière

- d' Araguary, pendant trente lieues, a ses bords cou-

- verts par les eaux de la mer à une grande hauteur et -deux fois par jour, etc... Toute la côte jusqu'à la

- rivière de Vincent-Pinson étant inondée périodique-

- ment de la même manière , il était impossible d'y

- fonder un établissement sans éprouvei* de grandes

- entraves et sans faire des dépenses énormes. Le gou-

- verneur aurait désiré alors se fixer à l'embouchure du

s 1237 iS* LBCTCBK ( A06 )

- Carapaporis ou rivière de Vincent-Pinson, mais là ri-

- vière n'est plus qu'un cours d'eau intérieur, etc.

-Le ministère, toujours laconique dans ses ordres,

- avait ordonné simplement de fonder un poste mili^-

- taàve au delà de l'Oyapock, ce qui laissait au gouver-

- neur une grande latitude. Mais les événements du

- Para» la défaite totale des Indiens révoltés firent con- -* cevoir au gouverneur un projet d'établissement sur de

- plus larges bases. 11 se doutait bien que les Indiens,

- traqués par leurs vainqueurs, viendraient chercher -un asile sur nos terres, et il arrêta le projet de former

- tout à la fois un poste militaire sur le bord de la mer " pour protéger la marine, et un établissement agri-

- cole pour servir de centre à la nouvelle colonie. Il

- désigna donc un emplacement sur la pointe de l'tle

- du Cap Nord (lie Maraci à deux degrés dix minutes) , -pour y élever une batterie qui devait protéger im

- trè^bon mouillage ; il fixa le poste principal sur le -grand flot du lac (Mapà), etc. -

» Ainsi, les gouverneurs de la Guyane française j» cherchaient une limite où elle leur paraissait plus » convenable, sans aucune idée arrêtée, quant au droit.

n Le gouvernement français ne pouvait soutenir cet 0 injuste procédé. Il fit droit aux réclamations du Brésil, B et le fit cesser.

p II ne déclara p^ aux gouverneurs de la Guyane » quelles étaient ses limites. Il ne les déclara pas non » plus au gouvernement brésilien. Il donna alors comme » motif de l'établissement d'un poste provisoire à Map&, » l'état de conflagration dans lequel se trouvait la pro- » vince brésilienne du Paré, et la nécessité de préser-

( 40« ) 18* LBcnmB S *2r

» ver lea possessions françuses des conséquences de cet » ét^t révolutionnaire. Il allégua des droits au territoire » occupé, sans les étendre à l'embonchure > Nord de u r Araguary« et sans préciser la limite. . » Ce nom d*Araguary a été prononcé pour la pre- » mière fois dans la présente négociation.

» Si la seule interprétation d<mnée par l'honorable » plénipotentiaire français au Traité d'Utreeht, ai la » limite qu'il a indiquée est impossible, parce qu'elle » est inapplicable à la côte, la conséquence à tirer du » long débat qui a eu lieu devrait être que c'est la » limite indiquée par le plénipotentiaire brésilien « » rOyapock, qui doit prévaloir.

» Toutefois, le gouvernement de Sa Majesté l'Empe- 0 reur du Brésil , pour donner une preuve du désir » qu'il nourrit de mettre, à Tamiable, un terme à cette » ancienne question, et de maintenir, sans le moindre » trouble, les relations de bonne amitié que le Brésil a » toujours eues avec la France, a déjà fait une conces- M ûonlpi'il offire de nouveau.

» Il s'agit seulement à présent de fixer le pmnt de » départ de la limite sur la côte.

» Le Gassipoure est une rivière connue, dont l'emfi boucbure est détenninée. Elle est portée sur toutes » les cartes anciennes et modernes. Elle est la rivière » la plus considérable de la côte après TOyapock et » r Araguary* Elle n'est sujette à aucun doute ou con- » testation. Elle s'étend asaei dans l'intérieur. Quoique » son embouchure soit à trois degrés quarante-huit mi- » nutes; ses sources sont plus au Sud, et la Franee » acquiert par cette limite le cOté droit de rOyiq[>oc, et

S- 1237 «• LECTUKE ( 40^ )

» un territoire assez considérable entre les deux rivières. » Le Brésil fait ainsi une concession de près de deux i> tiers de degré de côte.

a Le plén/poientiaire/hançaisTépoTiànL en très-peu de* » mots à la communication qui vient d'être faite par » l'honorable plénipotentiaire du Brésil et aux considé- » rations génétales qui l'ont précédée.

» Au pdnt où la présente négociation est arrivée, le » plénipotentiaire français croiraitaussi inutile qu'inop^ » portun de rentrer dans le fond même du débat. Il ne » discutera donc ni la valeur du Mémoire de M. Walc-»' w kenaôr cité, ni les assertions reproduites par l'hono^ » rable plénipotentiaire du Brésil. 11 ne peut que s'en » référer à son argumentation antérieure, consignée » dans la série des protocoles de la conférence. La réo futation de ce qui vient d'être dit par l'honorable plé- » nipotentiaire du Brésil ressort, surabondamment, à » son avis, de leur ensemble.

» Le plénipotentiaire français se bornera à faire re- D marquer à son honorable collègue que, d'une part, * si la France n'avait pas eu occasion, jusqu'ici, de » s'expliquer diplomatiquement sur le point précis où » elle se tenait en droit de porter la limite au Sud, du » moins, l'avait-elle militairement bien nettement indi* a quée ; ca^ le fort occupé par les Français de 1777 à

» 1702, — sans que le Portugal ait réclamé^ — le fort » de y ineent^ Pinson était précisément situe à l^embou-^ » chure de CAraouary et à l'extrémité de cette même rufe » gauche du fleuve^ que l'honorable plénipotentiaire du D Brésil croit, à tort, réclamée pour la première fois;

» Et que, de l'autre, à supposer (et le plénipoten-

» tiaire français Ta constaté lui-même à plusieurs re- » prises) que la latitude de l'Araouari ait été inexacte* » ment calculée et indiquée, rien ne serait plus facile» » dans un Traité nouveau, que d'éviter les embarras » que veut prévoir 1* honorable plénipotentiaire du Bré- » sil. U suffirait, pour cela, d'une délimitation astro- » nomique précise, accompagnée d'une escplicaiion for- B melle (déclaration en vertu de laquelle il serait bien » entendu que, quelle que soit la latitude de la branche » Nord de l'Araouari , — les terres du Cap du Kord » demeurent à la couronne du Brésil]^ une commission » mixte expliquerait sur les lieux la délimitation dîplo- » matiquement adoptée et les deux couronnes de France » et du Brésil se trouveraient ainsi à la fois en posses- » sion des parts que leur a faites le Traité d'Utrecht, »> dont les difficultés seraient à jamais résolues, — et )> délimitées par une vraie frontière , par un bras de » fleuve.

D Le plénipotentiaire de France répète encore une » fois que cette limite de l'Araouari, — la seule vraie 1^ en droite est encore la seule vraie en fait : sauf » TAràouari, de l'Amazone à l'Oyapoc,— on ne compte » que des cours d'eau insuffisants pour déterminer » une limite acceptable.

» LepIénipotentiaii*e français reconnaît sapsdifficidté qu'il a souvent, dans la pi*emière partie de la discus- )) sion, — lorsqu'il s'agissait de prouver « que le Hn- )) cent' Pinson n^ était pas et ne pouifait pas être par le )> travers du quatrième et du cinquième degrés » cité, in-

)) voqué des documents qui plaçaient le Vincent-Pinson » au deuxième degré et demi ; mais l'honorable pléni-

s 4SS7 iS* i^ËcrraE ( 409 )

» potentkûre du Brésil reconnaîtra aans doute^aTec une » égale loyauté, — que dans la seconde moitié du débat, » — quand notre Oyapoc a été en quelque sorte mis » hors de cause* — quand il a fallu chercher la latitude » exacte du f^incent^Pinson^ du Carapapouri, d£ la » branche Nord deVAraouari^ non*seulenient le pléni«- » potentiaire français a reconnu qu'elle n'avait jamais » été qHappivximati\femeftt indiquée^ mais il a fait de » ces indications approximatives y de ces en^urs de lati* M tàde u qui embrassent l'espace de près d'un degré, » )> un des arguments les plus décisifs en faveur de .sa » cause. Ici le plénipotentiaire français prend la liberté » de renvoyer son honorable collègue à la deuxième » partie du protocole cle la onzième conférence.

» Le plénipotentiaire français a toujours réclamé » comme la limite (et cela indépendamment de toute » détermination de latitude, indépendamment de toute » appellation actuelle d'Araouari, Carapaporis, etc.),

» le premier grand cours d*eau après T Amazone f^ù re-

» montant vers le Nord. — Son langage n'a pas varié un » moment sur ce point décisif, depuis la première réu* » nion des plénipotentiaires jusqu'à la dernière.

n Le plénipotentiaire français a cru devoir faire pré* » céder de ces courtes observations le refus réitéré et > absolu qu'il est forcé de faire de l'oiTrç renouvelée » par M. le plénipotentiaire du Brésil, de la ligne du

» Cassiponre,

» Le plénipotentiaire brésilien réplique que, désirant 0 ne pas laisser sans résultat une négociation si longue, 0 et cela, pour quelques lieues d'une c6te inondée, » il oflfnra à son honorable collègue de mettre la

( â«ô ) !«• LE<mmE S '***

Illimité à l'embonchure du Coiiani on Coânani, à » deux degrés cinquante minutes environ. It Mi obser» » ver qfue cette limite est justifiée par le propre docu* il ment présenté par Tbonorable plénipotentiaire fran- » çais dans la 8* conférence, pour prouver le droit de » la France, et intitulé : « SatiafacçSo ao Mémorial offe* » recido pelo Ex^^ Sr. Embaixador de França, etc, » b Ce document prouverait que la limite du Traité de » 1700, et de celui d'Utrecht, était à deux degrés cin-»n quante minutes {tresgrâos escassos) et c'est la rivière )) Gonani ou Goanani qui se trouve dans cette latitude. )) Le plénipotentiaire du Brésil acceptera cette latitude » pour transaction, et pour en finir.

» Le plénipotentiaire de France répond qu'il a le rei» gfet de ne pouvoir didcuter cette proposition nivelle » et que les ordres qu'il a reçus, aussi bien que l'en- H semble du débat, lui imposent le devoir de la repous- ») ser formellement.

)) L& plénipotentiaire brésilien dit al<M% qu'itfera la 1) dernière concession possible, et qui est la preuve la T> plus convaincante, que le gouvernement de Sa Majesté » l'Empereur du Brésil pourrait donner des efforts faits Y> de sa part pour terminer la question par la présente » n^ociatioD.

)) Le plénipotentiaire brésilien propose à son hono** » rable collègue de prendre pour limite le Calaoène » deux degrés trente minutes environ.

» Cest justement la latitude où Thonorable pléntpo- » tentiaire français a posé la limite dans les protocoles, m comme cela vient d'être prouvé.

' ' » Cest justement la latitude sous laquelle le docu*

s 1237 i*«LBCtïftiE ( 441 )

fl ment le phis solofinel qu'on puisse invoqiàer, un Traité , » le Traité entre )e Portugal et la France du 23 ther^ » iiiidorl707, «recoiinu une rivière de Vincent-Pinson, D en disant que le Calsoène à deux degrés trente mi^ •» nutes était le Vincent-Pinson des Français.

» Le CUsoène remplit les <ïonditions requises ^w «une frontière. ^ • • »

m Son embouchure admet l'entrée de canots et d% » petites goélettes. Il n'est pas avéré quelle Be-trouvift « obstruée. Elle a un cours assez lôâg dans Tintérieiir % des terres et différentes chutes dans sa partie supé^ «rieure.

» Entre TOyapock et le Cap du Nord, elle est, après 0 le Cassipoure, la rivière la plus connue, la plus con- » sidérable et la plus propre pour une limite.

» C'est la plus considérable et la dernière concession » que le plénipotentiaire brésUien peut faire, et il la » fait pour ne pas rendre la question interminable.

» L'honorable plénipotentiaire français a déclaré la » limite de FOyapock impossible. Celle de TAraguary » l'est aussi.

)> Le seul moyen de terminer la question est une » transaction.

» Le plénipotentiaire brésilien a déjà fait trois con- » cessions qui ont été refusées. Il en fait une quatrième » et il ne peut en faire d'autre.

)> Il offre la même latitude où l'honorable plénipoten- » tiaire français a lui-même mis la limite. Il offre une » rivière que la France, dans un Traité, a déjà reconnue » comme étant la rivière de Vincent-Pinson.

» Le plénipotentiaire de France exprime de nouveau

(Ail) iS* LECTVU $1237

» son regret que ses instructions, qui lui enjoignent de 9 décliner tout arrangement qui n'aonût pas pour base » l'adoption de la rive gauche de T Araouari, comme ligne » de démarcation, — ne lui permettent pas de discuter » cette nouvelle proposition, contre laquelle les objec- )> Uons topographiques abondent 11 ne saurait donc ni » l'accepter, — ni laisser concevoir à son honorable col- » lègue la pensée qu'elle puisse être accu^Uie par sa n cour. — Mais il fera parvenir à la connaissance de » Sa Majesté et d^jses ministres les incidents de la pré- » sente conférence, et, lors de la réunion prochaine que » rendront nécessaire la lecture et la signature du pro- » tocûle de celle-ci, il aura l'honneur de faire savoir à » son honorable collègue s'il a quelque . chose à ajouter » à ses précédentes communications. »

s i258 13« LEOTUHE ( j&lS )

1238t P^vcès^verbal de la quinzième séauce.

((Aujourd'hui, J*' juillet 1856, MM. les plénipoten- » tiaires de France et du Brésil se sont réunis à ThMei » des Affaire? Étrangères à Paris, à l'effet de continuer 9 leurs travaux.

» A l'ouverture de la séance, MM. les plénipoten- » tiaires font donner lectu]:e par le secrétaire du pro«i> cès-verbal de la dernière conférence du 27 mai derj>nien

» Le procès-verbal est adopté et çigné par MM. les » membres de la conférence.

» Le plénipotentiaire français prend la parole et s'ex- » iHrime en ces termes ;

9 Son Excellence le mmistre des Affaires Étrangères )> a porté à la connaissance de Sa Majesté Impériale les » résultats de la dernière conférence, aussi bien que » les observations verbales qui lui ont été présentées, » dans un entretien confidentiel, par l'honorable pléni- » potentiaire du Brésil : — et, en conséquence des )) ordres de Sa Majesté, le plénipotentiaire de France a » été autorisé à faire à son honorable collègue la com- » munication suivante :

9 Le gouvernement de l'Empereur ne saurait, en )# présence des Trsdtés et des différents documents pro- » duits dans le cours de la négociation, accepter ni re- » connaître, conune conforme à ces Traités et à ces » documents, une autre limite que la rive gauche de la » branche Nord du fleuve Araouari^ — mais, désireux » de manifester à son tour la sincérité des dispositions

( ut ) !»• LECTÔltE S 1238

» conciliantes et particulièrement amicales qui l'ani- » ment à l'égard dti Brésil, et aiissi de satisfaire à » certaines objections dévdoppées par l'honorable plé- » nipotentiaire de Sa Majesté Brésilienne, — legouver- » nement de l'Empereur est disposé à adopter unarranu gement qui puisse, même au pri^ d'un sacrifice » de sa part, concilier dans une mesure récîproque- » ment acceptable, les intérêts et les droits de chacune » des deux hautes parties contractantes.

» L'honorable plénipotentiaire du Brésil a manifesté » quelques appréhensions relatives à l'état môme de la » branche Nord du Beuve Araùuati; — 11 a parlé d'in- )) formations récentes qui présentent cette branche » comme obstruée et ses bords comme confondus dans » un ensemble de terres noyées. Il a manifesté cette )) crainte*- que si le nom d'JraonaH figurait dans le •* Traité comme celui du fleuve limite, la seule branche

- aujourd'hui libre de ce fleuve se trouvant au Sud du

- Ctip du Nord^ — le Cap du Nord et les terres y adja- «• centes, assurées à la coumnne de Portugal par le «-Traité d'Utrechti ne se trouvassent ainsi, de fait,

- adjugées à la Frafice. «-

» La gouvernemmt de rfimpereur^ pour écarter, à » cet égard, toute chance d'équivoque, consent \

Non-seulement à ce qu^un article du Traité à idter- A venir rappelle d'une manière expresse et formelle, «•que les terres adjacentes au Cap du Nord appar- •I* tiennent définitivement . et à toujours à Sa Majesté

- Brésilienne ; -

/ » Mais encore (et ici l'honorable plénipotentiaire du m: Brésil apprteiera la vakiur de la concession qui lui

s 1SS8 iS« LBcïmffi ( AÏS )

» est offerte) , à ce que la limite Aiture soit ainsi indi- » qnée dans le Traité à intervenir t

* Le canal de Caraps^oris, séparant Tlle de Maraoi - des terres adjacentes au Cap du Nord» — puis la •branche Nord du fleuve Araounri^ si cette branche •«est libre, ou, dans le cas où cette branche serait au- -- jourd'hui obstruée, le premier cours d'eau suivant, • en remontant vers le Nord et se jettant, sous le nom -« de Mannaie ou rivière de Garapaporis, dans le canal -*de Garapaporis» à un degré quarante-cinq minutes » environ de latitude Nord. •

» La limite, partant de la côte suivrait le cours du » fleuve su8*indiqué jusqu'à sa source, puis se pro* » longerait à égale distance de la rive gauche de » TAmazone jusqu'à ce qu'eUe rencontrât la limite » Ouest du Rio Branco.

» Le plénipotantiùre français s'estime heureux d'être » auprès de son honorable collègue l'intermédiaire » d'une proposition qui semble de nature à clore équi- » tablement et heureusement la négociation poursuivie » depuis plus d'une année*

» Si la branche Nord del'Araouari, du Fincent-^Pin" » son^ est libre, en l'adoptant définitivement comme i> frontière, les bautes parties contractantes ne feront » qu'exécuter le Traité d'Utrecht.

0 Si, au contraire, elle est obstruée, loin de se pré»* n valoir de ce que la limite d'Utrecht aura, en quelque » sorte, été abolie par les éléments, — ;la France con** » sept à reculer jusqu'au cours d'eau te plus voisin, » en remontant vers le Nord. Cette concession est le » témoignage des sentiments qui inspirent le gouverh

( Aie ) 13« ucTOAE S 1238

n nement de l'Empereur, mm c'est aussi le dernier » effort qu'il lui soi( permis de feire vei's l'aGGord défi- » nitif qu'il a tant à cœur de voir s'établir.

» Le plénipotentiaire brésilien répond à son honorable » collègue qu'il a épuisé toutes les concessions qu'il » pouvait faire, afin de terminer la question par une t transaction, mettant le droit de côté, en proposant le » Galsoène comme limite» Il a déjà déclaré que c'était la » dernière concession qu'il pouvait faire. Il ne peut doue » accepter la proposition faite par son honorable col- » lègue, comme résultat de la présente n^odation. Il ) croit même ne pouvoir la discuter et l'éclaircir, et

> ne le pouvant pas, il préfère ne pas la repoussa: di-

> rectement et définitivement au nom de son gouveme- » ment qui n'en a pas eu connaissance. Cette proposi- 0 tion sera écrite dans le protocole, et elle sera portée, » avec ce protocole, à la connaissance de son gouvpr- » nement

>Tous les points sur lasquels un accord pourrait » avoir lieu, dans la présente négociation, ont été com-

> plétement discutés ; les propositions faites des deux

> côtés n'ont pu ètie acceptées : le plénipotentiiûre » brésilien ne peut conclure un arrangement différent

> de celui qu'il a dernièrement proposé. Il est donc de >son devoir de con^dérer la présente n^ociation ) comme terminée, et de retourner auprès de sa cour,

> pour en rendre compte à son souverain, comme il lui » est ordonné : sans toutefois perdre l'espérance de ce f que l'on puisse trouver le moyen de terminer la ques- » tion à l'amiable entre deux pays qui ont des relations i Commerciales assez importantes, que le temps et la

s 1238 J 3" LECTURt ( 417 )

» bonne intelligence accroîtront, et qui n*ont des motifs » que pour sympathiser Fun avec l'autre.

» L'esprit de conciliation, et le désir de terminer la » question de la part du gouvemement de Sa Majesté » l'Empereur du Brésil, est prouvé avec évidence par » les différentes et importantes concessions qu'il s'est » montré disposé à faire pour en finir par une transac- » tion, avec sacrifice de ses droits.

» Le plénipotentiaire brésilien ajoute que ce qu'il » vient de dire se réfère à la limite de la côte, car» )> quant à celle de l'Est à l'Oiiest, il s'abstiendra de la » discuter et d'émettre sur elle une opinion, non-seule- » ment parce qu'elle est indiquée très-vaguement, et » comme une conséquence d'une ligne de côte qui n'est » pas acceptée et fixée, mais aussi parce qu'il a été >) convenu dans le protocole de la douzième conférence, » qu'il n'était pas possible de s'occuper de la limite »> intérieure avant d'avoir arrêté le point de départ, » c'est-à-dire avant d'avoir arrêté la limite de la côte.

» Les deux plénipotentiaires du Brésil et de France » croient de leur devoir, avant de clore le présent pro- » tocole , d'y consigner le témoignage de la bonne » entente et de la cordialité réciproques qui ont présidé » à leurs travaux, et aussi l'expression de l'espoir » qu'ils conservent de voir une solution prochaine ter- » miner d'une façon satisfaisante pour les deux cours » impériales le différend auquel elles ont un égal désir » de mettre fin. »

( âl8 ) 13« LECTUBE S 1239

1239. La question de FOyapoc est donc rentrée dans le domaine de la science.

Il est donc permis d'ajouter encore quelque chose à la grave réplique de M. le Vicomte de l'Uruguay •

C'est ce qui sera fait dans la quatrième partie de ces lectures.

Et tout comme il reste démontré que le Japoc ou /^//icent-Pinson du trsdté d'Utrechtne peut pas être TAraguari, de même deviendra-t-il incontestable que ce ne peut être que ï Oyapoc.

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