QUATORZIÈME LECTURE
12A0. On dirait que certains esprits enthousiastes, exagérateurs ofiicieux des doctrines du Gouvernement, , ont été contrariés de voir que M. le Vicomte de T Uruguay, au nom du traité d'Utrecht, leur fermait Tunique avenue de TAmazone, en leur fermant T Araguari.
12A1. On dirait qu'ils ont pensé tout bas ce que le maréchal d'Huxelles avait crié tout haut à la veille du traité d'Utrecht :
« Qu'il était inutile de tant rabâcher sur ces pauvres )) terres du Gap Nord ; que le point essentiel pour la » France était d'obtenir la libre entrée et la libre navi- » gation de l'Amazone. »
12A2. On dirait qu'ils ont fait aussitôt une ligue pour se débarrasser tout doucementdu traité d'Utrecht, et pour ramener la question à son point de départ, c'est-à-dire au point où elle se trouvait du temps
( /r20 ) 14*^ LECTURE S 1243
du marquis de Ferrolles , avant le traité provisionnel de 1700.
1243. Car les conférences de Paris étaient encore ouvertes, et déjà le Moniteur du 29 mai 1856, répandait cette proclamation de M. Emile Carrey^ ex-chancelier de M. le consul Eveillard :
«Par ses bateaux, 1* Amazone est là tout entière, elle » est là avec ses douze cents lieues de cours, sillonnant, » par elle-même ou par ses cent cinquante affluents, » cinq républiques, trois colonies européennes et un » empire ; charriant sans frais, sans périls , jusqu'ici , » aux portes de notre Guyane, tous les produits d'un » monde ; Tor de l'Equateur ou de la Nouvelle-Grenade, » le cuivre et l'argent du Pérou, le quinquina de la » Bolivie, les cotons et les cafés du Brésil, les cacaos » du Venezuela ; reprenant en échange nos fers, nos » étoffes, nos vins, etc.
I) Cette uha vient des sources de l'Amazone, près de » Lima, presque en vue du Pacifique ; elle m'apporte » de la coca, de l'or, de la vanille, des chapeaux de » Panama. Je vais la renvoyer, utilement chargée de » vins et de fusils de France, qui ont payé 50 pour 100 » de droits au Brésil. Cette autre arrive des sources du » Napo, auprès de Quito, portant vingt onces d'or et » du café; je l'ai achetée, avec sa cargaison et les )) Indiens qui la montaient, pour du poisson salé, de la )> farine de manioc et de l'huile d'andiroba. Cette » troisième, à moitié brisée, qui me sert aujourd'hui à » transporter de l'huile de tortue, a été faite en Bolivie, » près du lac de Titicaca, à quatre cents lieues de
s 1243 14* LECTURE ( /|21 )
» Vautre; c'est sur elle que R»aphaelo m'est venu avec » des peaux d'alpacas et de lamas, descendant T Auca- » yali et une partie de l'Amazone, quinze cents lieues j) de fleuves.
» Cette cgavitea a été faite sur les bords de l'Oré- » noque, dans le fond du Venezuela, à sept cents lieues » de la uba ; elle est arrivée par le Cassiquiare et le » Rio Negi*o avec des hamacs et des câbles de piassaba. » L'autre, que vous voyez à moitié disjointe, vient de » Bolivie ; chargée de sel et d'étoffes, elle a remonté » le Madeira et tout le Béni, jusque dans les pampas de » Santa-Rosa, en pleine Bolivie, au centre de l'Ame- » rique, où les chevaux se vendent deux piastres, dix )) francs. Elle m'est revenue avec des doublons d'Es- » pagne, des quinquinas et du tabac; elle va repartir )) pour l'autre extrémité du Brésil, pour Mato-Grosso, )> suivant le Madeira et le Guaporé jusqu'au pied des » montagnes où naissent les affluents de la Plata, à » huit cents lieues.
» Cette cobertn vient, par le Tocantins, du Sertao ou » 4e l'intérieur de la Bahia, du centre du Brésil ; je l'ai » achetée chargée de peaux pour soixante-dix arrobes » (mille cinquante kilogrammes) de caoutchouc, qui » valait, l'année dernière, 7 francs le kilogramme, et » dont je faisais alors deux cents kilogrammes par jour.
» J'ai fait construire la vlgilinga sur les bords (Ju )) Jary, sur les terres de notre Guyane ; car le cours » supérieur du Jary, qui est la grande pépinière du )) caoutchouc, traverse le territoire contesté.
» Ahisi de tous les bouts de ce vaste continent, de » ce monde qu'on nomme l'Amérique du Sud, l'Ama-
» zone qcii le sillonne apporte et remporte toutes choses » jusqu'ici, c'est-à-dire à quinze heures de Cayenne » et à vingt jours de cette France, qui oublie ce fleuve,
» son antique domaine Mais je m'égare, et, comme
» le dit un spirituel habitant de la Guyane, je rêve tant » à ce passé et à cet avenir, que ce n'est plus du sang, » c'est l'eau de l'Amazone qui circule dans mes veines ! »
1244. Quatre mois après la clôture des conférences, — le 29 octobre 1856 — , le Moniteur criait encore cette autre proclamation du même ex-chancelier du consulat de France au Para :
(( L'Amazone est le géant des fleuves Elle se
ï) déverse à la mer par deux grandes bouches que l'île » de Marajo ou Johannès, qui a 180 lieues de tour, » sépare l'une de l'autre. La plus grande de ces deux * » bouches, la seule et véritable entrée du fleuve, la » clef de toute l'Amérique du Sud, est la bouche nord )> ou de Macapa, qui jadis et pendant de longs jours » a appartenu à la France. C'est sur cette bouche, à » cinquante lieues en rivière, sur la rive gauche du 9) fleuve, qu'est située Macapa, la forteresse brésilienne » choisie et commencée par les Français. »
1246. Le 13 mars 1867, M. Tardy de Montravel, qui déjà en 1846, conmie nous l'avons vu, avait soutenu « que la rivière de Vincent-Pinçon ne pouvait être » que celled'Araouary sur la rive gauche du fleuve des » Amazones, si ce n était le Jleusfe des Amazones lui-
n même^ » lut devant l'Institut de France un nouveau moire destiné à établir a que la rivière de Vincenf
» Pinçon n^est autre que celle des Amazones »; et tm extrait de ce travail fut immédiatement publié dans les Comptes rendus des séances de V Académie des sciences.
1246. Les 1" mai, 15 mai et 5 juin 1857, M. D'Açezac, chargé par la Société de Géographie de Paris, depuis le 4 juillet 1856, de lui présenter un rapport sur le premier volume de YHis/oire générale du Brésil^ de mon illustre compatriote et ami M. de Vamhagen, composition éminente, où la science est renouvelée par la connaissance approfondie des véritables sources, s'arrêta tout particulièrement à un petit détail relatif aux limites, consigné dans une des premières pages de ce livre monumental, et construisit à son tour un livre soigné, dont le but essentiel est de revendiquer pour la France la rive guyanaise de l'Amazone ; et ce volumineux rapport occupa à lui seul le Bulletin de la Société de Géographie pendant les mois d'août, septembre et octobre 1857.
1247. En juillet 1858, M, E. Roy, secrétaire de M. le directeur des colonies, imprima dans la Ret^ue Coloniale que « la Guyane française s'étend du Maroni
à Y Amazone* »-
1248. Le 14 novembre 1858 , exhaussé pour la troisième fois sur les colonnes du Moniteur^ M. Emile Carrey fit retentir encore le manifeste suivant :
« La France a possédé jadis, par droit de primo occupanti^ la moitié de cette bouche et la rive gauche de l'Amazone, aussi bien qu'il lui a plu de la prendre.
( 424 ) 1A« LECTURE s ^248
» Le traité d*Utrecht, ce grand désastre national de » notre patrie, nous en a dépouillés
» Dans l'Europe ameutée sur notre César vaincu, il » ne fut ni souverain, ni princîpicule, qui n'en vint » arracher de nous quelques lambeaux. Il ne fut pas » jusqu'au roi de Lisbonne, qui nous prit tout ce qu'il » put de notre Guyane, et aujourd'hui, aujourd'hui » même encore, de par les partages de cette curée » européenne, l'héritier créole du Portugal, le Brésil, » nous conteste les lambeaux conservés de notice empire » sud-américain !
» Arguant d'une demi-similitude de noms facile à » expliquer, il empiète sourdement et pas à pas sur le » territoire contesté, qui sépare notre Guyane de son )) empire, — réclame ouvertement des terrains qu'il sait » nous appartenir de parles traités de 1815 eux-mêmes, )) — exploite les produits de toute la partie inférieure )) de notre territoire ; et enfin ferme l'Amazone aux )) peuples riverains et à la civilisation, qui s'efforcent » vainement d'ouwr cet admirable réseau fluvial.
» Avec sa longanimité ordinaire, la France n'a pas » encore repris ce qui lui appartient aussi clairement » que le reste de la Guyane. De fois à autres, depuis » 4815 jusqu'à nos jours, une discussion, puis des né- )) gociations qui ne mènent à rien, s'élèvent ; mais la » question se rendort bientôt du même sommeil )} léthargique.
» Aussi bien, mieux vaut laisser encore indécises )) nos limites sud-américaines que terminer le procès n au point de vne étroit et insignifiant de la contestation n actuelle. »
g§ 12A0-1'260 W LECTURE ( A25 )
12A9. Au mois de décembre 1858, la Reçue Coloniale (publication officielle) n'a pas hésité à partager la responsabilité du passage suivant, écrit h Cayenne, le 12 octobre 1857, par M. le lieutenant de vaisseau Carpentier^ au retour d'une exploration du littoral guyanais, depuis le Cachipour jusqu'au véritable Araguari, dont il avait été chargé par M. le ministre de la marine et des colonies :
« Ne serait-il pas possible au gouvernement de Sa » Majesté l'Empereur d'écarter des négociations le traité » d'Utrecht, imposé à la France dans des circonstances » malheureuses, de prendre pour base l'état de nos pos- » sessions en 160â, V Amazone au sud et les RiosNegro » et Branco à l'ouest?
» Si l'on ne pouvait se reporter à des dates aussi re- » culées, on pourrait se borner à réclamer l'exécution )).de Tarticle h du traité de Madrid, qui avait reçu un )> commencement d'exécution quand Victor Hugues , » gouverneur de la Guyane , envoya la goélette la » Musette pour explorer les terrains concédés à la » France jusqu'au Cavopanatuba
» Il serait bon, toutefois, de ne pas prendre pour » limite Sud celle fixée par le traité de Madrid, car alors M nos terres du sud se trouveraient privées des voies )) que présentent des rivières aussi considérables que » le Rio des Trompetas et le Rio Branco pour rejoindre » l'Amazone. »
1250. Enfin, le 29 juin 1859, M. Alexandre Bonneau a dit dans la Presse :
( i26 ) 1A« LECTURE S§ 4251-1255
«La France devrait avoir pour frontière, à l'Est et » au Sud, le Rio Branco, le Rio Negro et l'Amazone. » Un homme qui s'était livré, sur les lieux, à une étude » approfondie de la question, M. Eveillard, dont la fin » tragique a naguère ému si profondément l'Europe, » pensait même que la France n'est réellement engagée » ni par le traité d'Utrecht, ni par celui de 1815, con- » dus tous deux à une époque où le Brésil n'était en- » core qu'une colonie portugaise. »
1251. Mais M. Garrey, M. Roy et M. Carpentier, n'ont émis que la profession de foi d'un patriotisme fervent.
1252. L'honorable M. de Montravel n'a encore obtenu de l'Institut Impérial que la publication de quelques lignes.
1253. M. Bonneau n'a fait que résumer succmctement les idées de M. D'Avezac.
1254. Grâce à la Société de Géographie de Paris, M. D'Avezac est donc le seul, depuis Buacbe et M. Le Serrée, qui se présente à nous avec un système d'argumentation ; et cette argumentation, brillante d'érudition, de sagacité et d'élégance, fait de M. D'Avezac, pour tous les temps, le chevalier le plus accompli des convoiteurs de l'Amazone.
1255. M. D'Avezac mérite donc une discussion sérieuse.
11 y a même un plaisir ineffable à se mesurer avec un champion aussi fort.
SS 1260-1268 W LBGTURB ( 127 )
1256. Toutes les autres critiques du sévère censeur ont déjà été réfutées dignement par M« de Vamliagen, dans un beau travail que la Société de Géographie a publié en entier.
1257. Il ne reste à vider que la question de TOyapoc, dans laquelle je me trouvais publiquement engagé ^ depuis 1851, devant Tlnstitut Historique et Géographique du Brésil, et que, pour cette raison, mon savant compatriote a eu la délicatesse de me laisser intacte.
1258. Je vais donc avoir l'honneur de m'occuper de M. D'Avezac, un peu plus longuement qu'à la dixième lecture.
( 428 ) 14* LECTUHE s s 1269-i26S
1269. M. D*Avezac a été scandalisé de cette phrase de M. de Yarnhagen, relative au découvreur Vincent Pinçon : « Son nom est resté attaché, avec ou sans » raison, au fleuve Oyapoc, déclaré par divers traités » limite septentrionale du Brésil. »
1260. Au lieu de voir dans la réserve des mots avec ou sans raison le gage le plus rassurant de l'indépendance de Técrivain brésilien, M. D* Avezac a trouvé que l'assertion de M. de Yaiiihagen était « un men- » songe géographique, une énonnité ébahissante , » qu'une àéférence peut-éire forcée à des préjugés nan tionaux intraitables, ne saurait absoudre à ses yeux.»
i 261. M. D' Avezac croit fermement que a pour tout » esprit éclaire^ dégagé de préoccupations politiques » dans cette question, le nom du navigateur espagnol » Vincent 'Pinçon n'était resté attaché à aucune autre » rivière que celle où il avait jeté l'ancre dans les pre- » miers mois de l'année 1500», — c'est-à-dire à l'Amazone.
1262. Et 0 pour mettre en garde l'inattentive lé- » gèreté des compilateurs et des abréviateurs de nos » jours » , M. D' Avezac s'est fait un devoir religieux de considérer la question de l'Oyapoc « au point de vue » impartial de la science, en mettant à l'écart Varnère- » /?«/ijetf des intérêts politiques, sous l'influence desquels » l'esprit le plus droit semble n'avoir plus conscience » de la vérité ou ne plus être libre de la confesser. »
1268. Les allégations reconventionnelles de M. D'Avezac se classent en deux séries, dont voici le sommaire :
$\; l-2Câ-1271 W LEfiTURE ( 420 )
PrefHtère série,
1264. La véritable Rmèredes A ma zottes était primitivement la braDche orientale de ce fleuve, c'est-à-* dire la rivière du Para.
1265. Le véritable Cnp du Nord était primitivement la pointe nord de la rivière du Para, c'est-à-dire la pointe Maguari de TUe de Marajô; et avant de rester en propre à la pointe orientale de la Guyane, ce nom a été successivement transporté de la pointe Maguari à diverses auti*es pointes en dedans de TAmazone : à la pointe de Macapà, a la pointe Pedreira, à la pointe Jupati, à la pointe de TAraguari.
1266. La véritable Rmère de Fîncent Pinçon était primitivement la branche occidentale de FAmazone.
1267. Japoc^ Yapoc^ Oyapoc^ est un nom générique appartenant primitivement à divers cours d'eau en dedans de l'Amazone.
Seconde série.
1268. Quand l'Espagnol Vincent Pinçon mouilla dans l'Amazone en lôOO, l'Amazone était déjà découverte, depuis douze ans, par un Français.
1269. Un Français avait déjà exploré l'Amazone, quand l'Espagnol Orellanala descendit en 1542.
1270. Les Français fréquentaient l'Amazone en 1583, trente-deux ans avant que les Portugais songeassent à occuper le bord le plus voisin de Maragnan.
1271. « Le nom de Brest^ souvenir filial de la Bre- » tagne, persistait au temps de Jean de Laet sur une )> lie de l'Amazone, au confluent de TAnanirapucù, et » s'étendait également à la rivière même. »
( A30 ) W LEGTUBE S S 1272-1279
1272. De 1605 à 1664, les Français avaient reçu de leurs rois un grand nombre de lettres patentes leur octroyant le bord guyanais de T Amazone et même les deux bords du fleuve.
1273 . Le traité conclu à Tordesillas le 7 juin 149A, — qui était le seul titre du Portugal à ses possessions américaines — , excluait le Portugal des deux bords de l'Amazone.
127A. Encore en 1614, les Portugais eux-mêmes reconnsdssaient que la limite septentrionale du Brésil était à la baie actuelle de Maragnan, cent lieues environ à l'e^t de l'Amazone.
1275. Encore en 1663, les Portugais eux-mêmes, d'accord avec les auteurs de toutes les nations, reconnaissaient pour limite septentrionale du Brésil le bord droit de l'Ajuazone.
1 276. Les Portugais ne se sont hasardés sur le bord guyanais de l'Amazone qu'en 1686.
1277. Ces différents articles sont présentés par M. D' Ave^ac avec une conviction si chaleureuse, et dans un ordre si naïf, que le lecteur conclut forcément de la première série, — qu'il s'est opmmis dans le traité d'Utrecht une erreur énorme, en plaçant au nord de l'Amazone actuelle les terres du Cap du Nord^ situées entre la rivière des Amazones et celle de Japoe ou de Vincent Pinçon,
1278. Il conclut forcément de la seconde série, — qu'il est inique de rendre la France victime indégageable de l'erreur du traité d'Utrecht.
1270. Et il tire de lui-même, pour conclusion générale, — qu'il faut annuler le traité d'Utrecht
g s 1280-1281 U'iECTUiE ( A31 )
1280. Mais ces conclusions présupposent la vérité des prémisses.
1281. Or nous allons voir en détail que, richement pourvu de tous les dons de T esprit, mais privé de temps par ses fonctions de chef de bureau dans un ministère, M. D'Avezac n*a fait autre chose que de savantes erreurs.
( 432 ) là' LECTURE SS 1282-1286
Rhière des Amazones^
1282. Buache avait déjà dit : « Le golphe de Para, » que Ton a cru dans les premiers temps être Tembou-
» chure de la rivière des Amazones » « La bouche
» de l'Amazone qui a été connue la première, et qui » est proprement le golpbe de Para. »
1283. Mais Buache n'avait allégué aucune preuve.
1284. M. Le Serrée avait dit à son tour : « L'Ama-
» zone n'était autre que le fleuve du Para » « Ce
» n'est pas seulement dans les tems anciens que la » rivière du Para, qui n'a réellement que quelques ca- » naux étroits et détournés de communication avec 1) l'Amazone véritable, a été prise pour son principal » courant. »
1285. Mais M. Le Serrée ne s'était appuyé que sur de lâches inductions.
1286. Aussi tianchant que Buache et que M. Le Serrée, M. D'Avezac s'exprime avec cette assurance :
a Avant tout, il faut se mettre en garde contre une » confusion involontaire de la nomenclature actuelle )) avec la nomenclature ancienne ; il faut se souvenir u que le nom de rivière des Amazones avait jadis et a » conservé longtemps une application très différente
» de celle que nous lui donnons aujom*d'hui l'Ama-
» zone véritable, c'était la branche ou rivière de Para... » Pour ce qui est du bras occidental, c'était plutôt ï) une rivière distincte, en communication avec l'Ama- )> zone par plusieurs embranchements transversaux. »
SS 4287-1290 là' LECTURE ( ikSS )
1287. Mais plus sage que ses deux prédécesseurs, M. D'Avezac n'a pas voulu laisser en Fair la base de sa construction.
1268. n se flatte d'avoir découvert une pi^uve directe dans un livre d'une grande autorité, que M. Le Senrec avait déjà feuilleté vainement, — la relation de l'Amazone par le père Ghristoval de Acuna, imprimée à Madrid, en li)il, dans l'original espagnol, et publiée à Paris en 1682, dans la traduction posthume de Gomberville.
1289. M. D' Avezac présente en ces termes sa preuve triomphale :
« Le Père d'Acuila, qui prend soin d'avertir qu'il a » vu de ses yeux ce dont il parle, envoyé qu'il était n par un des grands rois de la chrétienté exprès pour » s'enquérir de toutes choses ; le Père d' Acuna ne » laisse prise à aucun doute, à aucune hésitation à cet » égard ; il a soin de désigner explicitement comme la » principale embouchure celle de Para : = On sait, - ajout8-t-il, qu'elle est sous la ligne, aux derniers » ccmfins du Brésil. »
1290. Et au bas de la page, M. D'Avezac transcrit, dans l'original espagnol, les paroles suivantes du n^ â& (non pas i3) du père Acuna : « Je ne traite pas ici de la n principale entrée de cette rivière par la mer Océane » sur la côte du grand Para, parce que celle-ci, que » l'on sait être située sous la ligne équinoxiale et aux )) derniers confins du Brésil, il y a longtemps qu'elle » est fréquentée et bien connue de tous ceux qui veu- )) lent naviguer vers ces parages. »
( 4&A ) 1A« ucToas $S 1291-1298
1201, Mais raisooDOii3.
1202. D*abord, eu 8iq;)po8Ut mèa» que ce passage du père Acuûa se rapporte à la branche du Para, il renferme une condamnation bien explicite de la conduâion que M« IVÀYezac en a tirée.
1293. Le père Acnâa ne dit point que FembcHichure dont il parle soit rentrée unique de T Amaaooe ; il déclare expressément que c'est l'entrée principale.
129A. M. D'Avezac ne peut donc nullement s'appuyer sur ce texte pour aouteiûr que l'Amazone ▼éri- * table s6 bornait primitivement à la seule branche du Para.
1295. En second lieu, -- même au point de lue historique, la branche du Para n'eat nullement Vembouchure principale de la rivière des AmasoMs.
1296. Le nom de rivière dee Ammaones n'a remplacé 1a nom indigène de Maragaw cpie par suite du voyage d'Orellana.
1297. Or, la relation détaillée de ce voyage, èerteà Cttbagua, dans l'année nièoiel6i2, parle pèreGupar de Garbajal,c<HQipagaon du découvreur, meotre claire* ment — qu'Orellana sortit de la grande rivière par la branche centrale de son embouchure, entre tae lias Caviana et Mexiana, — qu'il considéra camme bornas ex.trêmes de la totalité de cetle ^ibQuchere le oap Maguari et la pointe Jupati, — et qu'il n'eut.aaicnne connaissance de la branche du Pari.
1298. Oviedo confirme ces faits, dans sa lettre
gS 1299-1302 !&• LBGTURE ( m )
écrite au cardinal Beinbo le 20 janvier 15Aâ, et publiée par Ramusio en 1566.
1209. Et Herrera les confirme également dans sa sixième décade, imprimée en 1615, vingt-six ans avant Acufia.
1900. En troisième lieu, — au p#int de vue géographique, la rivière du Para est si peu la branche principale de l'Amazone, que M. Le Serrée lui-même, ainsi.que nous Tavons vu tantôt, déclare qu'elle « n'a » réellement que quelques canaux étroits et détournés
» de communication avec l'Amazone véritable. i>
ISOl. Nous avons vu également, dans cette même ' lecture, que pour H. Emile Carrey « la bouche Nord » ou de Macapa est la seule et véritable entrée du n fleuve* »
1302. Et La Gondamine, plus formel encore que ces messieurs, s'explique en ces termes :
« Ce n'est pas sans fondement que ses habitans [de n la Dtlle de Pùtd] sont fort éloignez de se croire suf le » bord de l'Amassone, dont il est vrai-semblable qu'une » seule goutte de baigne pas le pied des murailles de
» leur vHle Tagipuru ne peut que trës-impropre-
» ment être appelle un bras de l'Amazone puisqu'il
» n'a pas un cours constant. C'est un simple canal de 9 communication, où les marées entrent par les deux » bouts, où elles se rencontrent vers le milieu , se » refo<ulent mutuellement, & montent & descendent » alternativement. Tagipuru n'étant point un bras de » l'Amazone, à plus forte raison la rivière du Para, où )) Tagipuru communique ) ne peut^elle être ainsi appellée.
( Â36 ) l&o LECTURE SS 1303-1309
» Tout ceci ne sera, si l'on veut, qu'une question de » nom ; (k je ne laisserai pas , pour éviter les péri- » phrases & pour m'accommoder au langage reçu, de H donner quelquefois à la rivière du Para le nom d'em- » bouchûre Orientale de la rivière des Amazones ; il )) suffit d'avoir expliqué comment cela se doit entendre.»
1S03. D'apr^ ces témoignages irrécusables de trois Français connaissant parfaitement l'Amazone par IcUrs propres observations, il est impossible d'admettre que le pèi*c Acuùa ait voulu donner la branche du Paru pour la principale embouchure de l'Amazone.
1 30 A . Il connaissait lui-même trop bien l'Amazone , par ses propreë yeux et par les renseignements de Pedro Teixeira, pour débiter par ignorance une erreur si grossière.
i 305. £t il était un homme trop grave pour lancer exprès un paradoxe scandaleux.
1306. Il faut donc que le père Acana ait voulu dire autre chose que ce que lui attribue M. D'Avezac.
1307. Pour nous en éclaircir, allons à la source.
1308. Si l'on s'arrête à la traduction française de Gomberville, comme parait l'avoir fait M. d'Avezac, on croira, malgré nos réflexions, que le père Acufia entendait réellement par oiubouchurc principale de r Amazone la branche du Para.
1309. Car voici les paioles du père Acuiîa, d'après Gomberville :
Chapitre 10, consacré à Lope de Aguirre : « Estant )) entré dans l'Amazone, il n'en put vaincre le courant.
s ISIO 14* LECTURE ( 437 ) ^
» il fut contraint de se laisser aller jusqu'à Teuiboun chure d'une rivière qui est à plus de n)ille lieues du » lieu 011 il s* étoit embarqué, et fut porté dans ce grand )> Canal qui va an Cap de Nord, et c'étoit le même chc- » min qu'avoit pris Oreillane. En sortant de la rivière » des Amazones il vint à l'Isle de la Marguerite. »
Chapitre ÂA, consacré aux entrées de TAmazone : «Je ne diray rien de la principale embouchure de )) nostre Rivière en VOcean vers le coté de Para, car » elle est connue il y a long-temps de tous ceux qui la )) naviguent en ce nouveau monde; on sçait qu'elle » est sous la ligne aux derniei*s confins du Biezil ; je » ne parleray point aussi de l'embouchure de noslre » Rivière par laquelle le tiran Lopez d' Aguyere sortant )> de la Mer» ne vint aborder à l'Isle de la Trinité, parco » que je ne l'ay pas vue, et que ceux qui y ont esté » m'ont dit que l'on n'entre pas droit dans la Rivière » des Amazones par cette embouchure, qui est l'em* » bouchure d'une autre rivière qui a communication )} avec la Rivière des Amazones, par plusieurs bras qui » de distance en distance s'étendent loin d'elle , et » viennent se rendre à la Mer avec cette autre rivière. )> Ma seule intention est de montrer et de fûre entendre )) aux Habitans des païs conquis du Pérou les entrées » qu'ils ont chez eux pour passer à la Rivière des » Amazones, ou pour mieux dire les riuieres de chaque » Province qui viennent se rendre dans nostre grande » Rivière. »
1310. Acuâa distinguant positivement, dans le chapitre &&, l'embouchure du côté du Para d'avec celle pcir laquelle Aguirre était sorti dans la mer ; et Aguirre
{ 43^ ) 14* LECTuaE §§ 1311-1812
étant sorti dans la mer parlé canal qui va au Cnpde Nortl^ comme il est rapporté dans le chapitre 1 0 de Gomberville ; rien ne semble plus légitime que de conclure avec M, D'Avewic, que pour le père Acuna l'embouchure principale de TAmazone était la branche du Para.
1311. Mais en remontant à la véritable source, en consultant l'original espagnol, «sans rien négliger, nous verrons que Gomberville, prétentieusement infidèle, a corrompu le texte du père Acuna par d'intempestives améliorations.
. 1312. Car voici les paroles du. père Acuna, d'après lui-même :
N* 3, répondant au chapitre 10 de Gomberville: «Dieu n'a pas permis que le tyran Lope de Aguirre » trouvât l'embouchure principale par où l'Amasone » entre dans l'Océan (parce qu'il était incompatible avec » la fidélité espagnole qu'un tyran fit une découverte de » tant d'importance pour notre roi et maître). Égaré « dans certains embranchements du grand fleuve» U » vint débouchai' sur la côte en face de Vile de la Trinité^
n dans la terre ferme des Indes de Gastille. »
N"* A4. « Je ne traite pas ici de la principale entrée I» de cette rivière par la mer Océane sur les côtes du n grand Para ; parce que celle-ci, que l'on sait être tt située sous la ligne équinoxiale et aux derniers con- )) fins du Brésil, il y a longtemps qu'elle est fréquentée )) et bien connue de tous ceux qui veulent naWguer » vers ces parages. Je ne fais pas non plus mention de » rentrée par où le tyran Lope de Aguirre sortit en face » de la Ti'inité ; et c'est exprès, parce (|ue celle-là est
SS 1818-1849 W LKCTOKE ( 489 )
» transversale, et ne mène pas droit dans notre rivière : » elle appartient proprement à une rivière distincte, et » ne prête qu'un passage détourné, au moyen de cer- » tains embranchements qui font communiquer cette » autre rivière avec celle des Amazones. Ma seule in- » tention est de faire connaître avec la plus rigoureuse )) exactitude les entrées par où le grand fleuve est acces- » sible aux habitants du Pérou. »
1313. Le père Acuna ne fait donc pas sortir Aguirre de r Amazone en doublant le Cap dn Nord; il le fait déboucher dans la mer, <?/• face de Vile de la Trinité.
1814. Tout est là.
1816. Sans doute, c'est une grande erreur, chez Acuna, de donner au voyage d* Aguirre une pareille direction.
1816. Mais cette erreur, d'ailleurs commune à d'autres écrivains, est un trait de lumièfe qui nous révèle une vérité intéressante.
1317. C'est que la communication de F Amazone avec rOrénoque, au moyen du Rio Negro et du Ca$siquiare, bien qu'elle n'ait été nettement établie qu'en 1780, par les Brésiliens du Paré, était confusément coimue des Espagnols depuis longtemps.
1818. Et en effet, le ptee JFoseph de Acosta, dans
son (c Historia Natural y Moral de las Indias n , imprimée à Séville en 1500, avait donné à l'Amazone deux embouchures : Tune sous la ligne équinoxiale, l'antre en face de» iles de la Marguerite et de la Trinité»
1810. Pierre d'Avlty, dans don ouvrage intitulé « Le Monde », imprimé k Paris en 1637, avait répété
( AiO ) lA- LKCTuaB $$ 1820-1S26
avec le père Acosta, que la rivière des Amazones « se » va descharger dans la Mer da Nord presque à ti'aners » des Isles de Marguerite & de la Trinité. »
1320. EtHerrera, dans sa D^scnpHon def Indes Occidentales^ imprimée à Madrid en 1601, avait fait cette déclaration importante : « Quelques-uns prétendent » que rOrénoqueetIa rivière d'Orellana ne sont qu'une » seule et même rivicre ; en quoi ilsse trompent. »
1321. Le père Acuna n'était pas de ceux qui tombaient dans la méprise justement condanmée par Herrera ; il nous prévient expressément que la seconde embouchure de l'Amazone n'est pour lui qu'une entrée indirecte, appartenant en propre à une rivière distincte.
1322. Mais quelle est donc cette autre rivière, débouchant en face de l'Ile de la Trinité, et foui*nissant à l'Amazone une embouchure indirecte?
1323. Avec nos connaissances, peut*elle être autre chose que l'Orénoque?
132A. Il est vrai que dans son n"" 66, le père Acuna donne pour sûr que l'entrée indirecte de l'Amazone, celle par où il croyait que Lppe de Aguirre avait débouché dans la mer, n'est point l'Orénoque.
1325. Mais cette exclusion de l'Orénoque n'a pas pour but de faire penser à la branche occidentale de l'embouchure de l'Amazone.
1326/ Car, au n* 21, le père Acuna avait déjà dit : « L'endroit le plus resserré où se ramassent toutes les » eaux de l'Amazone, est d'un peu plus d'un quart de » lieue, par la latitude de deux degrés deux tiers. » En resserrant de la sorte cette mer douce, la Provi-
s s 1S27-18S4 14- LBCTtRE ( 441 )
» dence divine a voulu, sans doute, nous ménager le » moyen d'y élever une forteresse , pour couper la » marche à tonte escadre ennemie, quelque forte qu'elle n puisse être, — si elle entre par l'embouchure princi- » pale de cette grande riviëie : car, si elfe pénètre par » le Rio Negm^ c'est celui-ci qu'il faudra fortifier. »
1327. Ce que le père Acuna appelle une embouchure secondaire de F Amazone, communique donc avec l'Amazone par le Rio Negro.
1S28. Ce fait majeur nous donne le mot derénigme.
1 329. Le Rio Negro mène dans la mer, sans aucune mterruption, par le Cassiquiare et l'Orénoque.
1380. Avec la petite interruption d'un portage, il mène aussi dans la mer par le Rio Branco, le Tacutu, le Mahu, le Pirara, le Rupumiwini et l'Esséquèbe.
1831. 11 ne conduit dans la mer par aucune autre voie.
1832. L'Orénoque est donc réellement une embou* ehnre secondaire de l'Amazone.
1883. Mais le père Acuna excluant l'Orénoque nominativement, il s'ensuit, avec toute certitude, qu'il considérait comme une embouchure secondaire de l'Amazone l'Esséquèbe.
1884. 11 n'y a pas à en douter; car, dans le même n"* 65 où il exclut l'Orénoque, il ajoute, en parlant du Rio Negro : « Les Guaranaquazanas sont les premiers » Indiens qui habitent un bras de cette rivière par lequel, » à ce qu'on assure, on vient sortir an Rio Gmude^ dont » l'embouchure se trouve sur la mer du Nord et est » occupée par les Hollandais* »
( 442 ) 14* LBcnmE $$ 1S86-1340
1835. Donc, le père Acuna n'entend point par embouchure principale de FAmazone celle qui de troufe
du voté de la -oille du Para*
Il ne met point la branche du Para en opposition avec les deux antres branches de l'embouchure de TAmazone.
ISSd. Il parle de la totalité de Tembouchure de l'Amazone actuelle.
1337. Il déclare que cette embouchure est oom-
* prise tout entière dans la capitainerie brésilienne du
ginnd Para (renfermant, depuis 1637, la capitainerie secondaire du Cap du Nord) .
1888. Et il la met en opposition avec l'embouchure de l'Esséquèbe, fort éloignée du Brésil»
1389. Cette interprétation du paragraphe hh du père Acuna est pleinement confirmée par lui-même, dans son paragraphe 88, dont voici la teneur :
« A vingt-six lieues de l'Ile du Soleil, sous la ligne » équinoxiale, présentant la largeur de quatre-*vingt- » quatre lieues d'embouchure, et ayant du côté du sud » la pointe Zapararà [actuellement nommée Tigioea']^ )) et du côté opposé le Cap de Nord, débouche dans » l'Océan la plus grande masse d'eaux douces qui soit » au monde : le phénix des .fleuves, le vrai Maragnon, » si ardemment désiré des habitants du Pérou, et jamais )) découvert par eux ; l'ancien Orellana ; et pour tout » dire, la grande Rivière des Amazones. »
18A0. L'embouchure de l'Amazone véritable avait donc pour le père Acuôa %h lieues de largeur, —
84 lieues de 17 et demie au degré, c'est-à-dire 4 degrés et 48 minutes.
1341. Ce n'était donc point la branche dn Paré, qui n'a de largeur que 88 minutes,
1342. C'était, avec toute évidence, la totalité de Vemboucbure de l'Amazone actuelle, entre le continent du Paré et le continent de la Guyane.
1343. Et le père Acuna n'est pas le seul qui ait ainsi délimité l'embouchure de FAmasone avant le traité d'Utrecht.
1344* Depuis l'introduction du nom de Rmère des Amazones^ tous ceux qui ont employé ce nom, — tous, sans aucune exception — , ont toujours donné pour limite occidentale de l'embouchure amazonienne, le conti» nent de la Guyane.
1345. J'invoque, à l'appui de cette aflSrmation :
Sébastien Cabot, premier pilote royal d'Espagne, dans sa grande mappemonde, construite en 1644 et gravée en 1563 ;
Pedro de Médina, pilote espagnol, dans son Àrte de Nftifêgar^ imprimé en 1546.
André Homem, cosmographe portugids, dans son atlas manuscrit de 1659 ;
Guillaume Le Testu, pilote royal de France, dans sa mappemonde manuscrite de 1560;
Abraham Ortelius, dans les nombreuses éditions et traductions de son Theatrum otiis terrarum^ depuis l'édition originale de 1570 ;
Fernffo Vaz Dourado, cosmographe portugais, dans son atlas inédit de 1571 , dont la partie américaine vient d'être publiée par M. Kunstman ;
( àkh ) li*' LEGTuaE S 13 i5
André Thevet, cosmograpbe royal de France, dans sa Cosmographie universelle^ Paris, 1575 ;
La Popellinièi^ : Les Trois Mondes^ Paris, 1582;
Théodore de Bry, dans les cartes de son Amérique, en 1592, 1596 et 1509;
Pierre Plancius, dans sa mappemonde, gravée en
150Af jointe en 1590 au Voyage r/e Linschoten aux hides Orientales^ et reproduite dans les nombreuses éditions et traductions de cet ouvrage ;
Jan Huygen vas Linschoten, en 1596, etc., dans le texte de sa description de l'Amérique ;
Amoldus Florentins van Langren, dans sa carte de r Amérique, jointe en 1596 à la Description de VAuii^ riqiie de Linschoten, et reproduite dans toutes les édi« tions et traductions de ce travail ;
Walter Ralegb, Découverte de Vempu^e de Guiane^
Londres, 1596 ;
Comelis WytAiet, Descripilonis Ptolemaivœ j4ngMeti' tum^ 1597, etc. ;
Laurence Keyniis, Relation du second 7w)age ii la Guyane^ Londres, 1598;
JodocusHondius, cartes de 1598, 1602, 1606, 1600 ;
Levinus Hulsius, caite de 1599 ;
Antonio de Herrera, Description des Indes Occident iales^ Madiîd, 1601 ;
Robert Harcourt, relation de son voyage à la Guyane, Londres, 161S ;
Claude d'Abbeville, Histoire de la mission dn Mara-^ gnan^ Paris, 161& ;
Yves d'Evreux, Suite de V histoire de la mission du Maraguan^ Paris, 16 1 5 ;
Jean Mocquet, loyages en Afrique^ etr. , Paris,1617 :
s 13A5 W LECTURE ( iâS )
Jean de Laet, Nouas Orbis^ Leyde, 1626, 1630» 1633.1640;
Pedro Simon^ Nàticias Htsiofiaies, Cuenca, 1627 ;
Bergeron, Traité de la navigation^ Paris, 1629 ;
Marcos de Guadalaxara, Historia pontifical^ Barcelona, 1630 ;
Henri Hondius, cartes de 1680, 1636, 1662 ;
Tavemier, carte de 1 6A8 ;
Nicolas» Sanson, caries de 1660, 1661, 1656, 1657;
Pierre Duval, cartes de 165â, 1661, I66â, 1677, 1679;
Paul Boyer, Relation dn voyage de Bretigny^ Paris, 165Â;
Le comte de Pagan, Relation de la rivière des Aina* zones^ Paris, 1655 ;
Robert Dudley, Avcano del Mare^ Floi*ence, 1661 ;
Blaeuw, Théâtre dn Monde ^ Amsterdam, 1662;
SimSo de Vasconcellos, Chroniqne de la compagnie de Jésns dn Brésil^ Lisbonne, 1663 ;
Antoine Blet, ^ oyage de la France équinoxiale^ Paris^ 1664;
Lefebvre de La BaiTe, Description de la France équinoxiale^ Paris, 1666;
Relativn de la Gniane^ Paris, 1674 ;
Guillaume Sanson, cartes de 1679 et 1680;
Joseph Vicente del Olmo, Nueva description del Orbe^ Valencia, 1681 ;
Baudrand, Dictionnaire de Géographie^ Paris, 1682 ;
Manesson Mallet, Description de Vnnivers^ Paris, 1683;
Manuel Kodriguez, Maraiiony Amnzonas\ Madrid, 1684;
( a« ) li« LKrui §§ 13&6-13&7
Van Keulen, Flambeau de la Mtr^ Amsterdam, 1687, etc. ;
Le marquis de FerroUes, dans son fameux mémcûre de 1688;
Froger, Relation du voyage de M. de Gennei^ Paris, 1608 et 1699;
Guillaume Delisle, cartes de 1700 et 1703 ; Samuel Fritz, carte de T Amazone, Quito, 1707 ; Thomas ComeiUe, Dictionnaire uniçersei^ géograplUque et historique^ Paris, 1708.
13A6. Pour que je renonce à la convicliiin que m'impose cet accord unanime des cartes et des textes cbez toutes les nations, M. D'Avezac me permettra d'attendre qu'il m'ait désabusé.
i3A7. Je ne suis pas exigeant.
Il suffira que le docte critique produise une seule autmité, rien qu'une seule, antérieure au traité d'Ulrsdit, ou contemporaine de ce traité^ excluant positivemetU de
la riviàre des Amazones la branche guyanaise de son delta.
Sgl3i$-1353 li'LBoniHC { hh7 )
Cap du Nord.'
13i8. M. D'Avezac fait pour le Gap du Nord da même chose que pour riautfone*
13A0. U se plaît à perfectionner une inveniSon d'aatroi.
1850» U veut démontrer Tassertion de Buacht : qu'avant de rester en propre à la {XM&te orientale de la Guyane, le nom de Cap du Nùrd^ toujours relatif à
V embouchure de H Amazone^ avait appartenu à la pMIte méridionale de TAraguarî, àl^pcmite Jupaiti, àkpmnte Pedreira ; et tout d'abord à la pointe Maguari de l'Qe Marajô, hors de la Guyane.
1351. L'entreprise est aussi courageuse que pour l'Amazone.
1362. Car, de même que les cartes postérieures an traité d'Utrecht, les csrtea antérieures à ce traité portant le neai de Cap du Nord, rinsoiveBt toules,-^ toutes» sans ancime exciqrtieo» «^ à Testrémité eriea<^ tate de la Guyane.
1353. En voici les preuves :
Van Langren, en 1606, etc. ;
Wytfliet^ en 1667, etc. ;
JodocuB Hmdiw, en 1696, 1^06, ld09;
LaviHus Hukius, en 1609;
De Lael, %a 1626, i«30, l«3a^ 1«&0;
Jo2o Teixeira Albemaa^ en 1627 ;
L'autre Joto Tmeira, en lO&O;
Hrari Hoiidius, en IMO, 1«S6, 1662;
Tavemier, en t6A3 ;
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s s 1357-1361 W LECTURE ( àh9 )
pas Cabo do Aorte do Amazonas, mais bien Cabo do J>lorte DE GuiANA.
1357. Et quelle preuve plus décisive de la position guyanaise du Cap du Nord, que la dénomination de Cap du Nofd étendue à toute la Guyane , pendant le xvu» siècle !
1 858 . Quelles autorités incomparables M. D' Avezac a-t-il donc découvertes, pour annuler, encore ici, le témoignage universel ?
1350. A Fappui d'im Gap Nord guyanais plus méridional que la pointe orientale delà Guyane, M. D'Avezac allègue le texte suivant de l'ancien gouverneur cayennais La Barre :
(( La France Equinoctiale , appellée cy-deuant » Guyanne, à par les Espagnols El Domdo^ est cette » Coste de Terre ferme, qui commence sous la Ligne » à la po'mte du Nord de Temboucbure de la grande » Riuiere des Amazones. »
1360. Mais, si Thonorable M. D'Avezac avait pu compléter la lecture de ce même texte, il aurait vu que La Barre, après une virgule au mot Amazones^ continue en ces termes, sans la moindre interruption : « & court premièrement au Nord, quart de Nordest, » jusqu'au Cap de Nord, puis Nord Nordoiiest jus- » qu'au Cap d'Orange. »
1361. Et un peu plus loin, l'honorable M. D'Avezac aurait vu également cet autre passage : « La
( 460 ) 14- LECTURE gS 1362-1366
» Guyanne Indienne est vn Païs fort bas & inondé vers )) les Gostes Maritimes, (k depuis rembouchure des » Amazones jusqu'au Gap de Nord. »
1362. Â l'appui d'un Gap Nord extra-guyanais, qui aurait été le Gap Nord primitif, M. D'Avezac invoque une autorité portugaise réellement imposante.
1363. C'est le père Vieira, talent prodigieux, écrivant de la ville du Para, c'est-à-dire des bords de l'Amazone même, le 28 novembre 1659, et s' adressant à son roi, pour lui rendre compte des missions qu'il avait à sa charge.
1364. Voici le texte du grand Portugais :
« Jusqu'à ce jour, l'État de Haragnan se trouvait, » pour ainsi dire, assiégé par deux puissants ennemis, » qui le tenaient enveloppé et enfermé entre leurs )) bras, des deux côtés ; car, du côté du Searà, le blo- » quaient les Tobajaràs des montagnes, du côté du Gap » du Nord les Nheengaibas : et ce sont là les deux » extrémités de l'État. »
1365. M. D'Avezac ajoute à ce texte ce commentaire : (( Il est évident que si les Nheengahfbas, maîtres )) de la majeure partie de l'tle actuelle de Marajô, blo-^ » quaient l'État de Maragnan à son extrémité occideu- » taie, pela parte do Cabo do Norte^ c'est que ce Cabo » do Norte était en deçà et à l'est de ces mêmes Nheen- )) gahfbas assiégeants, c'est-à-dire encore une fois que )) ce Cabo do Noric n'était autre que celui qui s'appelle » aujourd'hui cap de Magoari. »
1366. Et ce commentaire de M. D'Avezac semble
s s 1S67-1S78 14* LECTURE ( 451 )
réellement fort juste, — tant que Ton ne prend en considération, dans la longue lettre de Vieira, que k seul passage dont T ingénieux critique a été frappé.
1867. Mais d'autres énoncés de cette lettre condamnent formellement l'interprétation de M. D'Avezac.
1868. Pour que T interprétation de M. D' Avczàc fût la seule admissible, il faudrait pouvoir l'appliquer également aux sauvages qui bloquaient l'état deMaragnan du côté de Geari. Il faudrait pouvoir dire : « Il est 0 évident que si les Tobajaras, maîtres des montagnes, » bloquaient l'État de Maragnan du côté de GearÂ, à » l'extrémité orientale de cet État, c'est que ces mêmes » Tobajaras assiégeants se trouvaient à l'est de Cearà, » au delà de l'État. »
1369. Mais, quelques li^es avant le passage allé* gué par M. D'Avezac, Vieira déclare que les montagnes occupées parles Tobajaras étaient celles d'IbiapAba.
1370. Or toutes les cartes placent la chaîne d'Ibiapàba à l'ouest de la ville de Cearà ; et l'amiral Roussiu , dans son Pilote du Brésil^ met entre ces deux points soixante-dix-huit lieues de distance.
1371. En 1669, Cearà, qui ensuite a été rattaché à Pemambuco, faisait encore partie de l'État de Maragnan. Vieira le déclare lui-même, au commencement de sa lettre.
1372. Donc, les Indiens Tobajaras assiégeant l'État de Maragnan à son extrémité sud-est, se trouvaient^ avec toute certitude, en dedans de cet État; entre Cearà et Maragnan.
1378. Donc, les Indiens Nheengahibas assiégeant le même Etat à son extrémité nord-ouest, pouvaient
bien se ti*ouver également en dedans, entre le Cap du Nord et Par&.
137i. Donc, le texte de Vieira allégué par M. D'Ave* zac ne prouve point que le grand Portugais donnât le nom de Cap du Nord à la pointe Maguari.
i 375. En ne lisant Vieira que dans la copie incorrecte de M. Accioli, comme M. D'Avexac avoue l'avoir fait, il est impossible de s'apercevoir qu'avant le passage qui nous occupe» Vieira avait déjà employé le nom de Ca/j du I\'ord dans un sens réfractaire à l'interprétation de M. D'Avezac.
1376. A sa page 317, M. Accioli fait dire à Vieira que « quelques tribus des Nheengabibas, à cause du » voisinage de leturs ports avec celles du qôté du Nord » [corn AS do LAiK) do Norie]^ commerçaient avec les » Hollandais, qui, chaque année, y chargeaient de i> lamentin plus de vingt navires. »
1377. Mais l'édition originale dit : at^ec ceux CAP du Nord [corn os do CABO do Norte\. .
1378. Or, les Hollandais n'ont jamais fréquenté l'île de Marajé. Ils n'allaient chercher le lamentin que sur la côte méridionale de fa Guyane^ comme le font encore de nos jours les habitants de Para et ceux de Gayenne.
1379. Donc, le Cap da Nord de Vieira n'était pas dans l'île de Marajô, mais bien dans la Guyane.
^ 380. Ou plutôt, ce Cap du Nord, ayant des ports de couimerce, n'était autre que la Guyane même.
1 381 . Vieira était d'autant plus autorisé àemployer ce mot dans son sens étendu, que la capitainerie brési*
g s 1382-1387 li* LECTURE ( A5S )
lienne de la Guyane, créée depuis douze ans, ne portait que le nom de capitainerie du Cap du Nord.
1382. Donc, dans le texte allégué par M. D' Avezac, remplaçons Cap du NoM par Guyane^ et nous aurons le sens que Vieira donnait à ses paroles.
1383. Mais M. D' Avezac n* avait pas besoin d'aller compulser dans les bibliothèques publiques l'édition originale des lettres de Vieira.
138A. Si l'honorable critique avait lu dans son entier la copie même de M. Accioli, qu'il avait dans les mains, il se serait convaincu que Vieira ne mettait pas le Gap du Nord dans l'Ile de Marajô.
1386. Gar, à la page 315 de M. Accioli, Vieira commence par ces mots son récit de la conquête des Nheengahibas : « Dans la grande embouchure de la » riviëi*e des Amazones, se trouve jetée en travers une » lie plus longue et plus large que tout le royaume de » Portugal, et habitée par plusieurs tribus d'Indiens » qui, à cause de la diversité et de la difficulté de leur }) langage, sont appelés du nom général de Nheenga-
» hibas. »
1386. Puisque Vieira place dans l'embouchure de l'Amazone la totalité de File immense de Marajo, il est évident qu'il ne réduit pas l'Amazone à la branche du
Paré.
1387. Et puisqu'il ne réduit pas l'Amazone à la branche du Para, il est évident qu'il ne donne pas à la pointe Nord de cette branche le nom de Cap du Nord de l'Amazone.
S iS88
1388. Nous pouvons donc» sans crainte poui* le traité dTtrecht, souscrire de bon cœur à cet arrêt de M. D'Avezac :
« La pointe Magoari fut le véritable Cap Nord tant )) que la rivière de Paré demeura la véritable rivière » des Amazones. »
gS 1389-1 SOS lA* lEGTUBB ( &65
JapoCn
1389. Mieux inspiré que le A juillet 183A, M. D*Avezac ne prétend plus qu'il existe auprès de VAmazone une petite rivière portant le nom de Japoc,
1390. L'honorable critique reconnaît que Japoc du traité d'Utrecht n'est* qu'une forme de Yapoc^ et que Yapoc est une variante d' Oyapoc,
1391. Mais, en revanche, M. D'Avezac assure, les documents à la main, qu'il existe en dedans de l'Amazone, non pas un, mais trois cours d'eau portant jadis, tout de bon, le même nom que la xiviëre du Gap d'Orange :
l*" L' Oyapoe de l'Ile de Marajô, se déversant dans le canal central de l'Amazone, en face de la pointe orientale de l'île Mexiana ;
2* Un Oyapoe « à cinq lieues au nord de Macapà, à » l'endroit où concourent à la fois, d'un c6té la petite » rivière Garapana-Tùba, de l'autre le canal qui passe » entre Marayô et Mexiana ; n
3° Un Oyapoe qui n'était autre que le canal même tracé entre ces deux lies.
1392. Mais voyons les documents justificatifs de ces trois Oyapoe amazoniens.
1 393. Ce sont :
Pour le premier, les levées de La Condamine et les cartes de D'An ville et de La Cruz ;
( i56 ) !&• LECTURE S S iSOi-iS^^>
Pour le second, les infoimations doonées au chevalier d*AudiiTrédy par des Indiens de la rive goyanaise de l'Amazone ;
Pour le troisième, « une carte manuscrite conservée » au Dépôt de la marine. »
130i. Mais Thonorable M. D' Avezac nous rappelle lui-même que le chevalier d' Audifii'édy exécutait son exploration en 1731 : que La Gondamine faisait ses levées en 17A3 et I7hh : que D'Anville et La Gruz gra-
vaient leurs cartes en 1748 et 1776 Et le traité
d'Utrecht a été conclu en 1713.
1396. La carte manuscrite conservée au Dépôt de la marine est d'une époque incertaine, puisque le scrupuleux M. D'Avezac, qui en donne le titre au long, ne mentionne pas la date de sa construction.
1306. Il nous est donc pennis.de croire que cette ancienne carte n'est pas plus vieille que le journal du chevalier d'Audiffrédy.
1397. Ce ne serait même pas trop hasarder que de réduire à un seul ces trois Oyapoc, où figure constamment le canal central de l'Amazone, et de n'y voir que des interprétations diverses, des informations données au chevalier d'Audiffrédy par ses Indiens.
1398. Bien différent des Oyapoc amazoniens de M. D' Avezac, l'Oyapoc extra-amazonien du traité d'Utrecht est d'une ancienneté incontestable et d'une irréfragable authenticité.
1399. Depuis l'introduction du nom de Rivière iVOyapoc^ en 1698, jusqu'au traité d'Utrecht, tous ceux qui ont indiqué cette rivièi^, tous sans aucune excep-
g g 1400-1402 14* LECTUBE ( 467 )
lion, l'ont toujours placée sur la côte océanique du continent de la Guyane, hors de FAmazone.
i 400. La liste en est longue et il est inutile de la donner complète.
4401. Il suffira de nommer :
Le texte de Keymis, en 1598 ;
La carte de Jodocus Hondius, en 1598 ;
La carte de Levinus Hulsius, en 1599;
Le texte de Harcourt, en 161 S ;
Le texte et les cartes de Jean de Laet, dans ses quatre éditions de 1625, 16S0, 163S, 1640 ;
Les cartes du grand géographe français Nicolas Sanson, en 1650, 1651, 1656, 1657 ;
Les cartes du grand géographe français Guillaume Delisle, en 1700 et 1703.
1402, Que peuvent donc contre le traité d'Utrecht les trois Oyapoc de M. D'Avezac ?
Rivière de Vincent Pinçon,
li03. La Gondamine avait avancé, en passant, que la rivière de Carapapori et la branche occidentale du canal de Maracà < sont la rivière et la Baie de Vincent Pinçon, à moins que lu fwièt'e de Pinçon ne soit te Ma^ ration même, »
lâOi. Buache avait eu la prétention de démontrer que la véritable rivière de Vincent Pinçon était le moderne Oyapoc de Tile amazonienne de Marajà. Des trois branches du delta de T Amazone, il aurait voula pour la France toute seule les deux principales.
Ii05. Procédant comme La Gondamine, M. de Montravel avait glissé dans son premier travail cette phrase : « La rivière de Vincent-Pinçon... n'est autre )) que la rivière Araouari, si ce h^est le fleuve des jêrna- » zones lui-même. »
1A06. M. Le Serrée enfin, par une démonstration nouvelle, avait mis le véritable Vincent Pinçon dans la branche centrale de F Amazone, partageant ainsi les entrées du grand fleuve : à la France, le bras occidental : au Brésil, le bras oriental : aux deux nations, le bras du milieu.
1407. Mais ces tentatives de 1749, 1797, 1845 et 1847, avaient été condamnées par M. le Baron de Butenval, comme n'étant que de pures excentricités.
1408. L'honorable plénipotentiaire de France avait dit, dans la conférence du 4 janvier 1856 : « Personne )) n'entend appeler l'Amazone du nom de Vincent » Pinson. »
SS lAOO-lAlS IV LEGTUBE ( A60 )
1409. M. D' Avezac, cependant, a osé braver Fanathème de M. de Butenval.
1410. Armé d'une troisième démonstration, autrement forte que celles de Buache et de M. Le Serrée» le savant critique soutient que le Vincent Pinçon véritable est le bras occidental deTAmaxone, celui qui est considéré par M. Le Serrée et par M. Garrey comme la clef de t Amérique du Sud; il réclamerait pour la France la rive guyanaise de ce bras, défendue par la forteresse de Macapà.
1 41 1 . Se fondant sur les témoignages authentiques du temps, M. D'Avezac pose d'abord en fait que Fan-* crage équatorial de Vincent Pinçon, dans les premiers mois de Tannée 1600, fut au bras ocddental de r Amazone, non devant l'Araguari, comme M. de Montra^ vel l'a supposé, mais devant le canal formé par FUe Caviana et le continent de la Guyane.
1412. Et il présente ensuite un texte portugais du XVI* siècle, où il croit trouver le nom de RMèra de FÏHcent Pinçon appliqué prédsément à ce même canal amazonien devant lequel Pinçon avait mouillé.
1413. Le mouillage de Vincent Pinçon devant le canal amaz<mien formé par l'tle Caviana et par le continent de la Guyane, est un fait incontestable.
Mais il s'ensuit seulement que ce canal aurait pu, aurait dû même, si l'on veut, porter le nom de Vincent Pinçon.
( A60 ) 1A« LECTURE S S lilA-l&48
lilA. C'est bien Christophe Colomb qui a découvert la quatrième partie du monde ; mais la quatrième partie du monde poi*te le nom d*Améric Vespuce.
1A15. Le nom du grand homme n'a même pu subsister sur les plages de Paria. Il n'apparaît dans le nouveau continent que sur un territoire et une ville des États-Unis, et, à la gloire du Brésil, dans le Colombo du sublime Porto-alegre, qui consacre à la plus héroïque des actions la plus poétique des épopées.
1A16* La preuve directe administrée msdntenant par M. D'Avezac, c'est l'autorité d'un recommandable Portugais qui, après avoir habité le Brésil pendant dix-sept ans, en a fait une description précieuse, datée de Madrid en 1587, mais préparée à Bahia.
Iil7. C'est Gabriel Soares de Souza, publié pour la première fois en 1825 par l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne, et à qui M. de Yaiiihagen a voué, en 18S0, les prémices de ses beaux travaux, et en 1851 une édition d'un grand prix.
Iil8. M. D'Avezac, faisant syncrétisme des deux éditions, adoptant une correction de M. de Vamhagen, et rétablissant une incise de l'Académie de Lisbonne, lit ainsi le chapitre troisième du Routier de Gabriel Soares:
«La côte du Brésil commence au delà âe la rivière )> des Amazones, du côté d'ouest, par la terre dite des n Caribes, depuis la rivière de Vincent Pinçon qui reste » sous la ligne. De cette rivière de Vincent Pinçon, à la » pointe de la rivière des Amazones qu'on appelle cap
SS lilO-li2S W LBGTURE ( Ml )
» Corso ^ laquelle pointe est sous la ligne équinoxiale» » il y a quinze lieues. De cette pointe <le la rivière » à l'autre pointe du côté de Test, il y a trente-six )> lieues, n
1A19. Déjà M. le Baron de Butenval, dans les conférences du 10 novembre 1856 et' du h janvier j856, avait opposé à M. le Vicomte de l'Uruguay ce même texte de Gabriel Soares.
1&20. Mais c'était poiu* conclure que « le Portu- » gais Soares, en 1587, indécis, comme il était permis )> de l'être alors, comme il est presque permis de l'être n encore aujourd'hui sur l'indication de la latitude, n'en » mentionne pas moins le Vincent Pinson comme le » cours d'eau le plus voisin de l'Amazone. » • li21. Plus rigide que M. de Butenval, M. D' Avezac ne veut pas que l'on touche aux indications astronomiques et odométriques du vieux colon portugais.
1422. Gabriel Soares situe sous la ligne la pointe occidentale de l'Amazone et l'embouchure du Vincent Pinçon, à quinze lieues portugaises l'une de l'autre; il donne à l'embouchure de l'Amazone trente-six lieues portugidses de largeur : il faut donc déterminer le Vincent Pinçon, en respectant religieusement ces données de Gabriel Soares.
1A23. Pour résoudre ce problème, M. D' Avezac prend la meilleure carte de l'Amazone qui existe, celle de M. de Montravel ; et il dit :
« Que de la pointe Tigioca on mesure trente-six )> Keues à Vouest-nord-ouest, jusqu'à un point qui puisse )) représenter le cap Corso, dans quelqu'une des bou- )) ches multiples de l'Amazone, ou mieux encore dans
» celle-là même que nos hydrographes décrivent comme » la plus hnportante, entre Tîle de Marajô et la série » des îles das Frexas, Mexiana et Caviana ; puis, que )) de là on poursuive droit à l'ouest les quinze lieues qui » doivent aboutir à la rivière de Vincent Pinçon : on se » trouvera précisément dans le bras occidental du grand » fleuve, où il est bien avéré, par les témoignages » authentiques du temps, que Vincent Pinçon était » venu en effet ancrer dans les premiers mois de » l'année 1600.
» La pointe de la Tigioca est déterminée par 0» 84' S. » et 60*lS'O. de Paris : de là 36 lieues portugaises » O.-N.-G. nous conduiraient rigoureusement à quelque » pointe dans TE. ou le N.-E. de l'île Caviana, et les » 15 lieues de surplus vers l'ouest aboutiraient aux » environs de la pointe Jupati ; mais en prenant par le » chenal entre les îles, on toucherait à la pointe Garidade, » pour aboutir au voisinage de la pointe Pedreira. »
1424. Certainement , il aurait été possible que Gabriel Soares donnât à la branche occidentale de Tembouchure de l'Amazone le nom de rmère ; puisque chez les Portugais, chez les Espagnols, et chez les Français eux-mêmes, le nom de rivière a été réellement appliqué à tout cours d'eau, soit rivière proprement dite» soit canal naturel.
1425. Gamôes donne le nom de rivière au canal qui sépare du continent de l'Afrique l'Ile de Mombaça.
Rio do MosquitOy Rio de S. Francisco^ R. de «S. Gonçalo^ dans les provinces brésiliennes de Maragnan, Sainte-Catherine et Rio Grande do Sul, sont le canal qui sépare du continent l'île de Maragnan, le canal qui
g§ ih2^ihU W LECTURE ( A63 )
sépare du continent TUe de S« Francisco, et le canal qui joint ensemble le lac dos Patos et le lac Merim.
Rio Sancti Pétri est le canal qui sépare du continent d'Espagne TUe de Cadix.
Rmère Salée est le canal qui sépare l'une de Tautre les lies de Guadeloupe et Grande-Terre.
1A26. Il est même incontestable, d'après le témoignage de Berredo, que, dans les premiers temps de l'occupation de l'Amazone par les Portugais, une importante portion de la branche occidentale de ce fleuve a porté chez eux le UQm distinctif de Rio de Filippe^ comme la branche orientale a porté et porte encore le nom distinctif de Rio do Para.
1A27. Mais cette même branche occidentale de l'Amazone a-t-elle jamais porté le nom de Rio de Ficente
Pinçon?
li28. Le texte de Gabriel Soares est bien loin de l'établir.
Premier motif de doute.
1429. Pour interpréter un écrivain de l'année 1587,
ne connaissant l'Amazone que par les cartes, M. D'Ave* zac a recours à une carte levée en 1 Sââ.
1&30. Cette carte donnant à l'Amazone assez de largeur pour y comprendre et l^maisone de Gabriel Soares, et sa rivière de Vincent Pinçon, et les quinze lieues portugaises qui les séparent, M. D'Avezac en déduit avec toute assurance, que le Vincent Pinçon de Gabriel Soares n'était autre chose que la branche occidentale de l'Amazone.
1 A31 . Mais les géographes du xvi* siècle ne connais-
( A6A ) lA* LECTURE. §S liS2-lA38
saieut pas F Amazone aussi bien que M. de Montravel et M. d'Avezac.
Ii32. Les uns, comme Cabot, exagéraient l'embouchure du grand fleuve jusqu'à lui donner la largeur de plus de qucttre degrés et demi.
lAâS. D'autres la rétrécissaient comme Gabriel Soares, et encore plus. ^
1A3&. Le grand Mercator ne lui donnait que deux degrés et quelques minutes, précisément comme Gabriel Soai'es; Thevet, Van Langren, Wytfliet, deux degrés seulement.
1&35. £t toutefois, Wytfliet, Van Langren, Thevet et Mercator, rejjt-èsenta ient Y emhonchure de l'Amazone comme Cabot, lui domiant pour bornes, dans leurs caries^ le continent du Para et le continent de la Guyane.
1A36. De ce que Gabriel Soares ne donne à l'embouchure de l'Amazone que la largeur de deux degrés et quelques minutes, ce n'est donc pas une raison pour en conclure qu'il excluait du grand fleuve sa branche occidentale.
Second motif de doute,
li37. Même sur la carte de M. de Montravel, d'où que l'on commence à tirer du bord droit de la branche occidentale de l'Amazone quinze lieues portugaises vers l'est, — que ce soit directement à l'est, ou au sud-est, ou au nord-est, ces quinze lieues (équivalant à 51 minutes) absorberont toujours la totalité du caual central de l'Amazone.
1A38. De sorte que, moitié pour le Vincent Pinçon,
SS 1439-1445 14* lecture ( 465 )
moitié pour Tintervâlle entre le Vincent Pinçon et l'Amazone, Gabriel Soares, dans l'opinion de M. D' Avezac, anrait soustrait au grand fleuve toute la masse d'eau qui constitue ses deux branches principales, et aurait réduit Tembouchure de l'Amazone à la branche incertaine du Para, et au terrain de l'île de Marajô.
Troisième motif (h doute»
1439. Dans la copie originale du manuscrit de Gabriel Soares, le nom de la pointe occidentale de l'Amazone se trouvait écrit d'une manière confuse, puisque les copies actuellement connues ne s'accordent pas entre elles sur ce nom,
• 1 440. La meilleure variante est celle de cap Corsô^ donnée par le manuscrit de Paris et adoptée par M. de Varnhagen et par M. D'Avezac.
1441. Elle est préférable aux autres, en ce que le nom de cap Corso se lit uniformément dans un autre chapitre de Gabriel Soares et se retrouve dans plusieurs anciefmes cartes.
1442. Mais dans toutes ces cartes et dans le chapitre 8 de Gabriel Soares, ce nom appartient exclusivement au voisinage du cap S. Roque, fort loin de l'Amazone.
1443. Aucune carte, aucun texte, à la seule exception de celui de Gabriel Soares, qui en estcause^ n'ont jamais donné à aucune pointe de l'Amazone le nom de cap Corso,
1444. La leçon préférée n' est donc pas satisfaisante , et il est permis de chercher mieux.
1445. Supposons que la copie originale écrivait le
( &66 .) lA' iEGTUitiB g§ .l&ia-dA6*2
nom distinctif de la poiote occidentale de TAmazone par une lettre minuscule, comme bien des gens le font encore pour toute espèce de nom propre, — et notamr ment M. Le Serrée, dans son travail lithographie de
1A&6. Ne serait-il pas alors probaj^le qu'cm ait lu cap corso pour cap raso?
\hhl. Il est bien fecile de confondre un petit r avec im petit c
liA8. Et chaque jour on a affaire à des a démembrés, qui ont l'air de rejirésenter deux lettres, dont la première serait un o; — à peu près comme sur les belles cartes de M. de Montravel, Tile amazonienne i^a/ Frexas est devenue das Frescas^ Dieu sai$ pour combien de temps.
t liA9. Or, Jean de Laet et Nicolas ^anson nous apprennent que les Espagnols donnaient au CapjNord continental, à la pointe orientale de la Guyane séparée de Vile de Maracà par le canal de Carapapori, le nom distinctif de Cabo Raso^ qui lui convient avec tant de justesse.
Quatrième motif de doute/\
1A50. Gabriel Soai-es dit expressément que la rivière de Vincent Pinçon est située dana le /wyv des Caribesi il le dit expressément deux fois, au chapitre troisième et au chapitre second.
1661. Cette déclaration positive contrarie de la
manière la plus embarrassante l'interprétation de M. D'Avezac.
1662. Aussi Thabile argumeotateur a-t«il.eu
^ lifiS-lftM lé' UBGTURfe . ( &67 )
soin de mettre aubasda la page cette note préventive : ttll.fiaut se garder de» croire que la désotnination de » terre de Caribe9 fût exdusivttiKMit coofinée à rAman 20Be actuelle : si ïon jette les yem sur le bel atlas » de Guillaume Le TEffru, daté du 5 avril 1S65 = en » la ville Françoyse^de-GrAce c=, et qui se conserve à » la' bibliothèque du Dépdt de la guerre, on y verra, » dans l'ouest du Brésil «t Umitropbe avec lui, com^ » spettpor sur la rive droite du Maragnan la légende » P4?1U£ UBS càmsAJUBS, co quia la même signification p ifM terre des Caribes* — Bobert Duinlky, dans son 4 J^wft0 dfil man^ carte xvi d'Amérique, annote sous » le non) de Psta^uar : le gente sono Garibi e cat- » tive. — On pourrait aussi remarquer sur la grande ^ carte manuscrite exécutée en 160i à Florence par le 1^ cosmograpbe toscan Maffeo Nehovi de Pesciola, et i> conservée au Département des cartes de la Biblio- » thèque impériale, un rio de Caribes entre le hic grande » w OfiiUiU9A et le aie BIaeanyon, mais plus près de ce » 4^rmer. »
'1A6S. Mais aucun de ces trois exemples ne répond à la thèse.
1&5A. Cardans le premier il n'est pas question de Caribês^ mais de Catùbales ; les êeax autres ne se rapportent pas au PATS des Caribes^ et c*est du pats dés Caribes que parle Gabriel Soares.
li&5, Qr, en l&i8, Oviedo situait le pays des Ca^ rAes {la tierra que Uaman de Caribes) vingt^quatre ou vingl-cinq lieues à Touest de TOrénoque.
1466. Et les Caribes ayant traversé rOrénoqué et eavâhi la Guyane» la Guyane prit le nom de Pays des
Cariies ou Caribana.
( A68 ) 14*i.ECTDRE S S 1457-4468
i4&7. C'était le sens de ce mot en 1587. 1468. Car la dénomination de Guyane {Guiana) n'a été introduite qu'en 1596, par Walter Ralegb.
1459. Gérard Mercator , m 1569 ; Ortelius, en 1570, 71, 72, 7S, 74, 79, 81, 84, 87, 92; De Bry, en 1592
^ et 1594 ; Plancius, en 1594 ; Michad Mercator, en 1595; Van Langren, en 1596, ne donnaient à la Guyane que le nom de Caribana.
1460. St encore après Ralegh, le nom de Caribana QMpays des Caribes^ a continué il être en usage pendant longtemps^ tantôt pour la totalité de la Guyane, tantôt pour sa partie septentrionale , tantôt pour sa partie méridionale, tantôt pour ses côtes seulement.
1461. En 1597, Comelis Wytfliet, représentant la Guyane sur sa carte n*" 8, ne la désignait que sous le nom de Caribana^ et dans le texte explicatif de cette carte, il disait : n La Garybana, pais naturel des » Carybes.»
1462. En 1617, un voyageur français donnsdt à l'une des divisions de son ouvrage le titre suivant, transcrit par M. D'Avezac lui-même : « Livre 2* des )> Voyages de Jean Mocquet, aux Indes Occidentales : 1) comme en la riuiere des Amazones, pays des Canpous n et Caribes, et autres Terres et Isles d'Occident, en » l'an 1604. » Et dans le courant de ce livre, on trouve ce passage : u Arriuans en cette terre de Yapoco, nous » laissions la riuiere des Amazones à main gauche, au » delà de laquelle vers le midy est le grand pays du n Brésil, & deçà vers le Nort sont les Garipous & tes
» Caribes, »
1463. En 1627, le eosmograpbe portugais JoSo Teixeira figura dans son atlas, sous le nom de Caribana^
s s 146ik-ia7l !*• LECTURE ( 469 )
la pai'tie méridionale de la Guyane, depuis l'Amazone jusqu'à rOyapoc.
146 A. En 1637, le Français D'Avity consacra un chapitre de son Monde au Pays des Caribes^ et il en parla en ces termes : « Apres le pays de Paria Ion trouve » celuy des Garibes tirant au Sud-Est, où il confine » avec celuy des Garipous. La riuiere de Gayenne passe » par ce pays. »
, 1465« En 1683» le Français Hanesson Mallet donna à une carte de la Guyane le titre de « Pays des Garibes » et Guiane. »
1466. En 1721» le Dictionnaire de Moreri^ composé par un Français et augmenté par des Français, porta cette phrase : u Le pays des Garibes est compris dans » la Guiane. »
1467. Et aujourd'hui encore, la Guyane elle-même conserve ses Caribes sous la forme de Galibis^ proprement GaUbeSm
Cinquième motif' de doute.
1468. Le père Acuna, dans son paragraphe 83, que nous avons vu tantôt intégralement, étend Tembouchure de l'Amazone jusqu'au Gap du Nord, et il la place pourtant tout entière sous la ligne équinoxicde.
1469. Il sîttiait donc sous la ligne le Gap du Nord ; et cela dans l'année 1641.
1470. Donc, Gabriel Soares pouvait bien en faire autant dans l'année 1687.
1471. Et comme il était du nombre de ceux qui mettaient la rivière de Vincent Pinçon auprès du Gap du Nord, il n'y aurait rien d'étrange à ce qu'il donnât à cette rivière la même latitude qu'à ce cap.
Sixième motif de doute»
1472. Un ancien écrivain portugais cité par M. D'Avezac lui-même, uous fournit pour le texte de Gabriel Soares un commentaire bien différent de celai de l'ingénieux critique.
1473. C'est le père Simâo de Vasconcellos, dans lé livre premier des Notices qui précèdent sa Chronique de la, Compaf^nie de Jésus du Brésil^ imprimée à Lisbonne en 1663.
1474. Ex-provincial de son ordre à Bahia, Vasconcellos écrivait dans la même ville où Gabriel Soares avait écrit
1476. D coonaissait parfaitement le manuscrit de l'ancien habitant de Bahia, et il l'estimait assez pour eu faire un des éléments constitutifs de son propre travail.
1476. Sa longue description du littoral du Brésil, sauf de rares exceptions, est un simple résumé du Routier de Gabriel Soares, quelquefois mot à mot.
1 477. £b bien, voici commeàt parle Vasconcellos de l'Amazone et du Vineent Pinçon :
N* 16. ii Le méridien de démarcation ^i sépare les » possessions de l'Am^ique, commence auprès de la » rivière des Amazones, à la petite rivière nommée de » Vincent Pinçon. »* ' '
N"" 21. « Cette région du Brésil conmience auprès de la » rivière des Amazones, ou Grand Para, par le pays 9 que l'on nomme des Caribes, du côté d'ouest, depuis » la petite rivière de Yinc^t Pinçon, qnd rekt?e sous la )i jyigjoe équinoxiàle. n
N** 20. (cLa.boucbç dèlariviàradesAnmeones, prt>-
§S 1478-4â8â 14* lecture ( 471 y
» portionnée à son corps, a 80 lieues de largneur, ou » davantage. Elle s'ouvre sous la ligne équinoxiale. »
N' 89. (( Cette côte spacieuse (d'après les calculs de >i nos cosmographes) compte les lieues et rhumbs sui- )y vanta. — De la petite rivière de Vincent Pinçon, où )) elle commence, à la pointe de la rivière du Grand » Para, ou des Amazones, du côté d'ouest, il y a quinze » lieues : et de* cette pointe à celle de Test, il y a les » lieues de la largeur de la rivière, qui, selon Topinron » la plus commune, sont 80. »
- 1478. Comme Gabriel Soares, Vascoûcellos place' donc sous la ligne, non-seulement la pointe occiden-' taie de l'Amazone, mais encore la rivière de Vincent- Pinçon, à quinze lieues Tune de l'autre.
1479. Mais, pour la largeur de Tembouchure de l'Amazone, il préfère Fautorité d'un écrivain qui connaissait cette rivière par lui-même et dont il cite l'ouvrage.
' 1480. Il donne à Fembouchure de TAmazone, non pas deux degrés de largeur comme Gabriel Soares, mais, comme le père Acuna, plus de quatre degrés et demi.
• 1481. Or, cette énorme largeur s'oppose invinciblement à la supputation de M. D'Avezac.
1482. Il est évident que Vasconcellos comprend dans l'embouchure de l'Amazone toutes les branches du grand fleuve.
Ii83. n^t évident qu'il étend cette embouchure, du côté d'ouest, jusqu'au continent de la Guyane. *
1 48S. Donc, bien qu'il conserve au Vincent Knçon là poMttOfi sous la Ëgne^ il place cette rivière hors de
( A72 ) lA* LECTURE §S Ii86-li92
FAmazone, sur la côte océanique du continent de la Guyane.
1A85. Et comme Yasconcellos, abréviateur de Gabriel Soares« n'indique le Vincent Pinçon que d'après son modèle, on est fondé à conclure que Gabriel Soares, malgré la latitude, situait la rivière de Vincent Pinçon sur la côte océanique du continent de la Guyane, et n'en faisait point un bras de l'Amazone.
liSO. L'honorable M. D'Avezac aurait senti luimême le poids de cette considération , si, au lieu de s'arrêter au paragraphe 21 de Vasconcellos, il avait consulté également les paragraphes 26 et 39.
Septième motif de doute*
1A87. Une ancienne carte portugaise, conservée à Paris même, au Dépôt géographique du Ministère des affaires étrangères, commente le texte de Gabriel Soares de la manière la plus décisive.
Ii88. C'est dansl'atlas manuscrit d'André Homem , daté de 1559, vingt-huit ans avant le travail de Gabriel Soares.
1&89. Les feuilles 7 et 8 de cet atlas renferment une carte intitulée Mundus not^us^ Quartapars mundi.
1A90. Ce Nouveau Monde, comme pour Améric Vespuce et pour quelques-uns des premiers cartographes du nouveau continent» n'est que l'Amérique méri* dionale.
1A91. Mais il offre chez le cosmographe portugais une singularité curieuse.
1 A92. Sans être complètement entouré d'eau, sans affecter décidément la fonne d'une Ile comme sur la
gS 1A9M501 lA'LEçriJiuù ( 473-)
carte de Petnis Apianus en 1522, et Bur celles des Grynaeus de 1532, 1537 et 1556, il s'arrête, du c6té du nord, à Téquateur.
1193. Il présente une large côte septentrionale, courant droit de l'est à l'ouest entre les deux océansi
toujours sous l*équatèun
ih9h. On voit sur cette cdte équatoriale rembou** chure de f Amazone, lai^ de plus de quatre degrés et demL
li95. On y remarque, entre T Amazone et le Pacifique, une grande quantité de noms, illisibles presque tous, à cause de la vétusté de Tencre.
Ii96. Hids on lit encore distinctement la princi«> pale partie du second de ces noms. «
1A07, Or ce prédeux fragment» posé dans le con« tinent de la Guyane, sous Véquateu9\ quelques lieues à l'ouest de la pointe guyanaise de TAmazone, placée ^alçment sous Véquatmr^ consiste dans 1^ xpota
Kieente ptzon»
1&98. n est extrêmement probable que Gabriel Soares se réglait sur une carte du genre de ceUe^i*
1A99. On peut le tenir pour sAr, quand on considère que cette même carte d'André Homem nous donne la clef d'un mystère de la vie de Gabriel Soaresi autrement inexplicable.
1 500. Nous savons, par Guadalaxara etpar Berredo, qu'après son retour de Madrid, entre les années 1590 et 1600, Gabriel Soares entreprit de pénétrer dans l'Amazone par la rivière de S. Francisco^ entre Bahia et Pemambuco.
1501. Gela parait aujourd'hui une idée extrwa^te.
fi7i) 1A« LECTURE S $ 1502-1505
1502. Mais ,eUç se trouve justifiée^ par André omem.
1503. Dans sa. carte du Nouveau Mondq, le cosmographe portugais faisait communiquer le S. Francisco avec TAmazone, et par quatre canaux naturels, qui étaient, prob?d)lement, les rivières Tocantins, Xîngu, Tapajôs et Madeira, complétées par T imagination.
1504. Mais oublions, si c'est possible» toutes ces graves réflexions ; admettons, que Cabrie} Soàres ait appliqué îndtibitablementle nom de Rivière de Vincent Pinçon au bras o'ccidetital de TAmazonê : cela prouverait-il que le traité d'IJtrecht sL eu tort de pîacei* le Vincent Pinçon hors de TAmazone, sut* k <5ôte 6céârliique du continent de là Guyane t
1505. ' Après avoir rappelé, k lai page S15, que \és Portugais M ïionstruîditent la forteresse de Hacapi (|u'en 1688, M. d'Avezac ajoute :
- (( Il n'est pad sani intérêt de remarquer, à ce pfopos, » que Macapà est précisément scrcfs Féquatéur, au b<3td )) de ce même brasr occidental de 1* Amazone que ùôus
» avons reconnu pour là rivière de Vîflcieilt Pînçdn, et » au delà duquel le» Portugais s'aventuraient alors » pour la première fois à prendre pied.
n C'était de leur part une tactique Habile, afin de » donner un point éf appui à des prétentièris plus éten* »* dues, longtemps couvées peut-être, mais éclosestout
» à coup en 1686 Ces prétentions consistaient èi
» reculer encore la ligne de démarcation, toltijour^ cén-yyûèt ihiMMe^ mal» MFCtjouH^ jpeu re!S]^ectée^ en dé-
g s 1606.1608 14* utCTOKE ( i76 )
» jdaçant la synonymie géographique éA h ri^èr» de 9 Vincent Pinçon. »
1 &Oft. M. ly Ayssac asKire donc, à la page 21 5^, cfuè le nom de Rivière de Vincent PinçtMci ne eesBa d^apfMN tenk en jNvpre aa braa ocxâdMtal de fembouohsrede r Amazone qu'à partir de l'année 1086, «d siècle aprt» Gabriel Soares, ''.'..
1507. Mais, cinq pages plus loin, l'honorable IL P'Avecae reconnaît lm-<-iii6me que la rivière^ Vincent Pinçon avait étô aitaèe hors de F Amajone, mxt I» cMe OQéaniqoe du continent de la Gvj^ne, parDikIky çsi 1661,. par Joto Teoeân ta I640t par'Wytfiet M )6»7, par Van I iBftrm en ISM, par MidMiel Mer* cator en 1505, par Rumoldus Mercaftor en 1667^ pair Ortettua en 1570, par CûM en iSAi*
1508. Et le. docte critique aurait piiajoiutér Par Alonso de Chaves en 1536,
... Par UDi.eDflpograi^ ixyyal d^ FTaoce mrs 15My
Par André Somem, en I5M»,
Fte €érard Mûrcalor en 1169^ . Pl«r Vaa DMradOien lfi71,.
Par GoiUiwne PoeteLM 1679^
Par André Thevet en 1675,
Par Théodona de* Br r ea i6M, »A et M,.
Par lOwciiia en i60&4 . Pa^ Linechoten dn IMft, -.' > ■
Par Mazza eMw ia7D et iU6^ . Par iMoebe Bon^s en IflAa,:
Par &ipia Eetaoik) daSilvrâa ett 163A^
Par Gaedalaxai-areQ 16M,
Par Vasconcellos en 166S.
( A7« ) li-LBGTUBË SS 1509-1518
1509. A part le texte de Gabriel Soares, qui est en cause^ personne n*a jamais donné le nom de rivière de Vincent Pinçon à une branche quelconque de l'embouchure de l'Amazone.
1510. Et on accorderais à Gabriel SQ9res plus de crédit qu'à tout le monde ?
1511. Mais à quel titre ?
1512. Serait-ce parce que Gabriel Soares était Portugais, et antérieur à l'année 1086?
1513. Mais Vasconcellos était Portugais ; et il &-tiiait la rivière de Vincent Pinçon hors de l'Amazone, sur la côte océanique du contineat de la Guyane, 23 ans avant 1686.
1514. Teixeira était Portugais ; et il ass^ait à la rivière de Vincent Pinçon cette mftme position, A6 ans avant 1086.
1515. SilveiraétaitPortugûs ; et ilmettaitàlamème place la rivière de Vincent Knçon, 02 ans avant iG80«
1510. Vaz Dourado était Portugais ; et il situait la rivière de Vincent Pinçon sur la côte océanique de la Guyane, 115 ans avant 1086, 10 ans avant Gabriel Soares.
1517. André Homem était Portugais ; et il plaçait déjà la rivière de Vincent Pinçon sur la côte océanique du continent de la Guyane, lors de l'Amazone, 127 ans avant 1080, 28 ans av»t Gabriel Sofires.
1518. Et avec cesPèrtugais se trouvaient d*accord les cartographes et les écrivains de toutes les autres nations, y compris les Espagnols, y compris les Français.
8g 1519^1524 !*• tECTiniE ( 477 )
1519. Serait-«e parée que Gabriel Soares a fait sur le Brésil un travail estimable ?
1 620. Mais Gabriel Soares était un simple amateur, doué d'un grand talent d'observation pour l-histoire naturelle et pour Fethriographie, misis nullement géographe.
1521. EtChaves, Cabot, André Homem, Gérard Hercator, Ortelius, Vaz Dourado, Rumoldus Mercator, Plancius, Michael Mercator, Van Langren, Teixeira, étaient des géographes de profession.
1 522. Serait-ce à Cause de la renommée de Gabriel Soares ?
1525. Mais l'œuvre de Gabriel Soares est restée enfouie jusqu'en 1826 : et avant 1686, la gravure et la presse avaient répandu à l'envi, souvent par des éditions multipliées, les travaux de (Cabot, de Gérard Mercator, d'Ortelius, de Postel, de Thevet, de Rumoldus Mercator, de Théodore de Bry, de Plancius, de Michael Mercator, de Linschoten, de Van Langren, de Wytfliet, de Mazza, de Hondius, de Silveira, de Guadalaxara, de Vasconcellos.
152i« Et quelques-uns de ces noms, comme ceux, de Gérard Mercator et Ortelius, jouissaient d'une réputation universelle et colossale.
imi
iA« iMTUiife SS 4»9&4SS0
1525. En opposition à des autorités si nombreuses, si icoinpéleDte$> «i éelalMtes, qui oserait produre le modeste Gabriel Soares, et le planter ep Achille ébvantrarmôe?
1520. Qui oserait,, r-*- qpaad bien Bsyftoio le texte de Gabriel Soares serait à fabri da toute conlestatiw 7
1527. Et quand il est indisputable que ce tezii
est douteux, qui MeF9 7
i 528. M. D' Aveeac, malgpré ^es efforts iiieryeil]|Biiix, ne justifie donc pas ses revendications géograpbiqufi|^ ni pour le Gap du Nord, ni pour la rivière de» An^azones, ni pour celle de Japoc ou de Yinceqt Pinpoiu . 1529. Le vaillant argumentateur sofUient-U mieux ses allégations historiques tendant à convaiacre le traité d'Utrecht d'une insupportable ini(|aité ?
1530. C'est ce que nous allons voir.
QUINZIÈME LEGTUjRE.
Découverte française de l'Amanotu,
1531. Dans un livre publié deux fois en 1582^ le Français La PopelUnière avait ainsi apprécié les découvertes .françaises :
a Comme Iç naturel de tous peuples, & du Françoi9 ^ mesmement, est d'imiter les desseings & «ctions d'au- » truy : le bruit de la descouuerte de tant de riches d » estranges pays par les Espagnols à. Portugais : n'eut .1) plutost couru pas Testendue de l'Europe, que toutes » nations maritimes & les François sur tous, se sentirent » piquez d'vne enuie de faire le semblable en quelques n endroicts où ceux-là n'auoient donné* atteinte. Car ne y> s' estimant rien moindres qu'eux, ny en la nauiga^^ » ny au fait des armes, ny .en autres vaccations : il§| ». se persuadoient qu'ils n'auroient pas tout descouuert.
( 480 ) 15* LECTURE SS ifi32-153i
» & que le monde estoit d'asser grande estendue pour » leur faire voir de iour & autre choses plus nouuelles » & estranges que les accoustumées« D'autres moins » paisibles se lidssâs posséder à vue certaine ialouzie, » qui dordinaire accompagne l'heureux succez des no- » tables entreprises : se persuadèrent que sans sehazar- » der à tant de périls qui suiuent ceux qui descouurent » & peuplent nouuelles terres, & tels que les Eipagnols » sur tous auoient pratiqué (des premiers desquels les » deux parts moururent misérablement devant queiouyr » en paix de ce qu'ils auoient trouvé) , qu'ils pouuoiët )) iustemêt donner es endroits par eux descouuerts
» comme payscômuns Ainsi plusieurs François fon-
» dans sur ces considérations leurs entreprinses de n descouurir nouueau Mode : aucuns singlerent à l'Oest » qui abordèrent en F Amérique, les autres donnèrent » vers le Nort. Nombre print la route d'Afrique & » d'Ethiopie, n
1582. Et dans ce même livre, ce même Français avsût dit, en parlant du fleuve des Amazones : n Les » Pinçons le descouurirent l'an mil cinq c?s. »
153S. * Mais en 16A3, un autre Français, le père Foumier/ s'en rapportant à la tradition hasarda ces deux dires :
((Les Normands, & Bretons maintiennent auoir » trouuë le Brasil auant Americ Yespuse, & Gapral. n
<i Enuiron l'an 152A, disent ceux de Diepe, les capi-* » taines Guerard & Roussel de Diepe, allèrent eu l'Ame- » rique, & découurirent le Maragnon auant qu'aucun )) Portuguais y eust esté, n
I53A. Et en 1785, un Normand appelé Des Har«
s 1634 16« LECTURE ( 481 )
qnetz, s'autorisant d'anciens manuscrits, articula sérieusement cette gigantesque prétention normande :
(( Cousin [à qui les armateurs de Dieppe avaient donné aie commandement d'un de leurs pins grands vais- » seaux, avec ordre d'élonger de plus en plus les côtes » d'Afrique , qui deuoient suiure celles d' Adra & de » Congo, pour lesquelles sa cargaison étoit destinée] » partit du port de Dieppe dans le commencement de » l'année 1488. Ce capitaine est le premier de l'uni- » vers qui ait su, d'après les leçons de Descaliers, » prendre hauteur au nnlieu des mers : aussi ne serra- » t-il plus les côtes, comme auoient fait ses prédéces- )) seurs. Dès qu'il fut sorti de la Manche, il s'élança » dans l'Océan, & se trouva arrêté au bout de deux î> mois par une terre inconnue, où il signala l'embou- » chure d'un grand Fleuve, qu'il nomma Maragnon^ & » que depuis on a nommé le Fleuve des Amazones. )) Cousin, sur» la hauteur prise de cette terre, comprit » qu'il falloit, pour gagner le dessus de la côte d'Adra, » faire route vers le pôle du Midi, en courant sur l'Est ; » à ce moyen il fit le premier la découverte de la pointe » d'Afrique : il donna le nom des Ai quilles à un banc » qu'il y observa. Ce jeune Capitaine ayant pris note » des lieux <k de leur position, revint aux côtes de » Congo (k d'Adra, où il fit des échanges de ses mar- » chandises, & arriva à Dieppe dans le courant de »là8Q.....
» Cousin lors de son rapport, s' étoit plaint des in- » quiétudes & des peines que son second Capitaine, » nommé Pinçon^ lui avoit données pendant son voyage. » Cet homme dur & jaloux de caractère, étoit, à la
( aSS ) 15« LECTtmc g§ iô3&-1638
n vérité^ plus anden marin que Cousin ; mais il igiKH- » mt, ainsi que ceux de son temps, l'Hydrogn^ihie, » acience que Descaliers reùoii de faire éclorre^ à. que » Gourin mettoit en pratique. Fincenî Pmcon n'avoit pu » voir la scienoe de ce dernier sans jalousie, à, pen- » dant la traversée^ il n'avoit manqué aucune occasion » de d(mner des marques de la passion qui le dévorait » Dès qu'il eut vu Cousin quitter les côtes pour voguer » au milieu des mers, il avoit tâché de faire révolter » l'équipage contre leur Capitaine
» L'Hôtel-de-Ville, qui faisoit alors le service que la % juridiction de l'Amirauté fait aujourd'hui, prit le » témoignage des Officiers subalternes <& des Mate- » lots de ce navire ; & tous les faits ayant été constatés, » il fut jugé que Fincent Pinçon. . • étoit déclaré inca- » pable d'être à l'avenir employé comme Officier sur les » navires de Dieppe.
» Furieux de ce jugement, Pinçon quitta cette ville, » & fut demander du service à Gènes. Il y a lieu de » penser qu'il eut par la suite occasion de oonnottre A Christophe Colomb, puisqu'il fut un des Capitaines » de la petite Escadre que commandait ce grand • homme pour la découverte de l'Amérique. »
1585. Sur la foi de Des Marquetz, cette version a été embrassée, en 1826 et en 1832, par un autre t€Lé. Normand, M. Estancelin.
1530. Et sans avoir l'excuse d'être né Normand, le docte M. D'Avezac, si habitué aux fortes études, se complaît, lui aussi, à propager le rapport de Des Marquetz.
g s 1587-1539 16- LECTURE ( 483 )
1537. Mais dans le même livre où Des Marquetz attribue aux Dieppois la découverte de T Amérique, il leur attribue également la découverte de Tlnde et la découverte des Moluques.....
1638. £t pour arracl^er à Colomb, à Gbsqa et à Mageilaa, leur gloire laborieuse, il se fo&de sur des documents privés que, M. Estancelin lui-même confesse n' avcHT pu retrouver
1539. Est-ce là de l'histoire ?
{ hSh ) |15*LEGT0RE SS1540-1641
Exploration française de V Amazone apant Orellana.
15A0. Cette exploration est attestée par un manuscrit original conservé à la Bibliothèque Impériale de Paris : — La Cosmographie du pilote français Jehan Allefonsce, Sainctongeois , datée de la Rochelle le 2& novembre 1546, à son retour du Canada, où il était allé de cette même ville le 16 avril 1542, pendant qu'Orellana descendait l'Amazone.
1541. Voici le texte de Jehan Allefonsce, d'après le déchiffrement qui en a été fait par M. Pierre Margry, et qui m'a été obligeamment communiqué par ce recommandable indagateur.
« La Rivière de Mareignan est par les sept degrez et » demy de la haulteur du polie antartique au su de la » Ligne... La dicte Rivière do Mareignan est grande » Rivière ensorte qu'elle a plus de quinze lieues de lar- » geur en son entier
» De la Rivière de Maragnan jusqu'à la mer Doulce » qui est une grande rivière n'y a que vingt et cinq » lieues. Ceste rivière doulce a soixante lieues de large » à son entrée. Et vient tant d'eaue de la d. rivière » doulce et court si très-fort qu'elle entre plus de vingt » lieues en la mer tellement que en les d. vingt lieues » ne se trouve point sallée pour Teaue la dicte mer. » Ceste largeur de lad. Rivière va bien vingt cinq lieues » en la terre. Et cecy faict deux Rivières ; l'une va vers » le suest et Taultre va au surouest. Et celle qui va au » suest est fort proffonde et a bien demy lieue de lar- » geur en sorte que une caraque y peult bien aller sans
s s 1642-4544 16- lecture ( 485 )
)) sonder... Et Teaue court si fort qu'il faut que ungna- » vire ayt bonnes amarres et bon ancre. Et la terre de » ceste rivière est une terre basse et platte belle terre, ») CBxfay esté bien cinquante lieues ou plus amont la » dite rivière sans que je ay peu avoir veu aulcunes » montaignes. Les gens de ce pays ont le visage perse » ainsi que ont ceulx du Brésil ensemble les ballesbres » de la bouche en quatre ou cinq parties. Et mettent » en jceulx pertuys des piarres d'aymerauldes vertes )) enchâssées en or et plusieurs aultres pierres. Et pen- » dent aussi de telles pierres à leurs aureilles. Nous leur » demandisraes s'il y avoit point d'or en la terre. Ilz » nous feirent seigne que allent hault à mont la rivière » jl y avoit une montaigne en laquelle y avoit force » d'or et que une partie d'jcelle estoit d'or et qu'ils » l'apportoyent de là et que quant ils en avoient aifaire » ilz y en alloient quérir »
1542. Rien ne parait plus décisif.
1543. Car Rio grande de Santa Maria de la Mar du/ce fut le nom que Vincent Pinçon donna à l'Amazone en 1500 ; encore en 1587, Gabriel Soares déclarait que l'Amazone portait aussi la dénomination de Mer douce; et Jehan AUefonsce, écrivant en 1545, et se rapportant à une époque nécessairement antérieure à l'année i542, affirme qu'il avait remonté la rivière de la mer Doulce : « J'a/ esté bien cinquante lieues ou plus » amont la dite Rivière » : « Nons leur demandismes » :
a Hz nous feirent seigne. »
1544. Et toutefois ce n'est qu'une imposture.
( 486 ) 15* LccruBi gg t5A5-15A7
16ik5. Jehan AUefonsce n'a fait que s'approprier, avec ses erreurs énormes, le texte suivant de la Sufna de geographia de Martin Femâdez de Ënciso, imprimée àSévillBenl519:
« Esta maranO al Oeste en siete grados y medio. es
ngriderio q tiene mas de qnze léguas de ancho
» Desde este rio Maranô fasta el rio a q dizen la Har » dulce ay veynte e cinco léguas, este rio tiene sesenta V l^uas de ancho enla boca y trae txta agua que entra » mas de yeynte léguas enla mar ^ no se buelue con » la salada. entra vdnte e dnco léguas enla tierra esta B anchura y despues se aparta en dos partes, la vna va 0 ai sueste. e la otra al Sudueste. la que va al sudueste 9 es muy hondable e de mocha agua : e tiene média » légua de ancho que vna carraca puede yr por el arriba 9 y viene ti furioso que las naos ha menester buenas » amarras. Esta ribera deste rio es Uana q fasta cin* » cuenta léguas que ha entmdo por el no han visto )) ningtmas sierras, loe indios que biuen enesta tierra » Uenen los labrios delà boca horadados por quatre 9 partes, y traen çarcilloe colgados dellos e delas orejas. 9 e preguntandolss que adcHide auian et oro dezian que 9 yendo por el rio arriba tantos soles que auia vnas » sierras adonde auia mucho dello y que de alla lo » trayâ elles quâdo lo querii. .... »
\ 5A6. Jehan Allefonsce ajoute bien à Enciso un détail.
Mais c'est celui-ci :
1547. « Geste Rivière [/ie Mareignan] descend d'un » grand lac qui est audedans de la terre du Brésil a » plus de trois cens lieues de la mer qui a quai'ante
g 15A8 15« L£CfUR£ ( A87 )
» ou cinquante lieues de longitude et de latitude Et » de luy descend une aultre Rivière laquelle Rivière » s'en va à Faustre midy et va descendre en la mer » Océane par les trente et cinq degrez de la baulteur » dn pôlle antartique et s'appella la Rivière de Prate » qui est appellée la Rivière d'ai^eu. Et toutes deux
» tont de tout le Brésil une isle et peult passer
)» navire de Tune à l'autre entre la terre du Brésil et la
» terre du Perbu et par elles ont passé deux navires
» de mon temps^ FuD qui estoit navire d'Espaigne entra » par la Rivière de Maragnan, et F autre qui estoit de B Portugal entra par la Rivière d'ai^nt, et tous deux )> entrèrent en ce grand lac que j*ay dict. b II!
15A8. Et Jehan Allefonsce a osé dédier son œuvre à son Roi.
( â88 ) 15* LECTURE gS 1549-1555
Fréquentation française de C Jmnzone en 1583.
1549. Pour le coup, ceci est vrai.
1550. Car Ralegh, dans sa publication de 1596, réimprimée par Hakluyt en 1600, rapporte qu'au mois de septembre 1584, rentrant à Falmouth de son premier voyage en Virginie, il parla au capitaine d'un navire français arrivé de l'Amazone : que dans cette même année il se trouvait à Helford un autre navire français, revenu également de l'Amazone, après y avoir été à l'ancre pendant quatorze mois : et que ces deux navires étaient richement chargés.
1551. Mais il ne faut pas en conclure, avec M. D'A^^ vezac, que « les Français avaient dès longtemps pré- 0 cédé les Portugais dans l'Amazone. 9
1552. Car il est également avéré que les Portugais fréquentaient l'Amazone bien avant 1583.
1553. Dans une lettre datée de Séville le 9 mai 1544, pendant qu'il se préparait à retounier à l'Amazone, Orellana écrivait à l'empereur Charles-Quint » qu'il voulait engager des pilotes portugais^ parce )> qu'ils étaient les seuls qui connaissaient bien le pays, » à cause (fJiUs y nai^iguaient continuellement. »
1554. Et l'intrusion des Français n'avait pas lieu sur la rive guyanaise de l'Amazone, mais bien sur la rive du Para, qu'on n'a point la prétention de contester au Brésil.
1555. Car Ralegh assurait, en 1596, que les Fran- * çais retiraient de l'Amazone beaucoup d'o/-. Et le père
g 1556 i6* LECTURE ( i89 )
Acuna, dans son paragraphe 82, transcrit par M. D'Avezac lui-même, déclarait en 16il que «du temps que » les Français fréquentaient le Tocantins [qui est le » grand affluent de la branche du Para] ils enlevaient » la terre des bords de cette rivière, et en chargeaient » leurs navires, pour venir la traiter dans leur pays et » Tenrichir. »
1566. Mais le père Acuna se trompe quand il ajoute que les richesses du Tocantins n'étaient connues que des Français; car en 16A0, dans Fatlas portugais de Teixeira, le Tocantins se trouve signalé sous le nom de Rio da pratn^ Rivière d'argent
( AM ) 1&* UCTOBI SS 1667^1M1
Bn$t amaMNMM,
1657. Dans aon texte latin de iôtS» Jera De Laet ajouta le paaaage sm?aiit à la description qu'il avait donnée de la branche guyanaiae de rAmaxone dans les texte hollandais de 1625 et 1030 : « Ad oram porro » Continentûk.. sequitnr CnlUpok^ & rocz Insula quœ » 9b amne amUtor qui ab occidente iUabitur in mfr* » gnom flumen» à, appellatur Brest; &paulo ultra Tau^ n ragm elix ahre tcorrens» cuî intra Gontinentem aasidei » pagus Taurege ; sequituT deinc^>6 ad eamdem ripaa » Okiarii amnis. »
1558. Et cette addition fut ainsi répétée en français dans le texte de 16&0 : « Plus outre à la coste de
» la Continente est Callepoke^ & peu après vne Isle
» laquelle est ceinte d'vne riniere qui descend dans la » grande de deuers FOuest, & est appellee Brest; & vn » peu plus outre le torrent de Taurege^ sur lequel est » situé au dedans de la terre ferme le village de Tau- » rege; suit après la mesme riue la riuiere d' Okiari. »
1559. Mais ni en 1638 ni en 16i0, pas plus qu'en 1625 et 1630, Jean De Laet n'inscrivit sur ses cartes le nom de Brest.
1560. Il représenta seulement, sur la carte de
Guaîana, les rivières Callepoca^ Malepoca^ Tatirege^
Ocquaiariy — la première sous la ligne, la dernière à moins de 30 minutes sud.
1561. Le premier, à ma connaissance, qui ait introduit dans une carte le Brest amazonien, ce fut Pierre
§§ 1 562-4 56ft 15» LECTURE ( 4M )
du Val cTAbbcvilIe, géographe du Roi, dans sa carte de La Guaiane^ gravée à Paris en 1654.
1562. Lisant dans le texte de Jean De Laet que Brest se trouvait entre les rivières CaUepoke et Taurege , et voyant sur la carte du même auteur, entre les rivières Callepoca et Taurege, une rivière Malepoea^ dont le texte ne pariait point : il en conclut que cette rivière Malepoca n'était autre chose que Brest, et il inscrivit dans sa carte, sous l'équateur, Brest H. ou Mallepoca,
1563. La partie essentielle de cette interprétatioD fut adoptée en 1656 par Nicolas Sanson tfAbberwlle, dans sa carte de Guiane et Carèbane. Il figura près de l'équateur, un peu plus au sud que Duval, une grande rivière coulant d'ouest à Test dans le continent de la Guiane, et portant ce nom - Mallepoeo Rio ah [alias] Brest.
1564. Et en 1679, Guillaume Sanson d' AM>evine re* produisit fidèlement les indications de son illustre p6re.
1565. M. de Saint-Quantin, dans son travail de 1851, a donné un extrait de la carte de Guillaume Sansou, et il n'a pas manqué de faire ressortir que « On y )> remarque un affluent important de TAmazone qui » porte le nom de Riîfière de Breêt. n
1566. Mais, n'ayant pas connaissance du livre de Jean De Laet, et se réglant uniquement sur l'étendue attribuée par Sanson à ce cour» d'eau, l'honorable écrivain se demande si ce ne serait pas le Yari^ tandis que De Laet fait entendre bien clairement que Brest est au nord de la rivière de Cayan\ qui est elle-même au nord de celle de laW, située par 1* 14' sud.
( &92 ) 15« LECTURE g S 1567-1573
1567. M. D'Avezac maintient à sa véritable place, par la latitude de dix minutes sud, la rivière de Brest de Guillaume Sanson, et il pense ({ue c'était T Anauirapucû de D'Ânville.
1568. Mais» interprétant le texte de Jean De Laet d'une manière toute nouvelle, l'honorable critique soutient que le nom de Brest appartenait primitivement à c( une lie de l'Amazone , au confluent de l'Anauirapucù. »
1569. Ile ou rivière, le Brest amazonien serait incontestablement « un souvenir filial de la Bretagne » , comme l'assure M. D'Avezac, — s'il était permis de lui supposer une origine française.
1570. Mais le chapitre dans lequel Jean De Laet prononce le nom de Brest, porte ce titre-ci : « Descrip- » tion de la grande riuiere des Amazones selon les » obseruations des Anglais et des Belges » , ne faisant aucune mention des Français, et mettant en première
Ugne les Anglais»
1571. Dans ce même chapitre, la rivière Oeayan se trouve écrite Okiari^ qui est évidemment une orthographe anglaise.
1572. Les Anglais occupèrent la branche guyanaise de l'Amazone depuis le mois de juin 1620 jusqu'au mois de juillet 1632 [%% &&-52); et c'est précisément en 1633 que Jean De Laet, décrivant l'Amazone selon les Anglais, se montre informé du nom de Brest ^ qu'il ignorait encore, en 1630, quand il ne faisait sa description que d'après les Hollandais.
1573. Oh I ce nom de Brest est anglais.
s g 167&«-1581 16* LECTURE ( &98 )
157 A. Ouvrons les dictionnaires anglais.
1575. Nous y trouvons que Brest était Tandenne orthographe de Breast, orthographe qui persiste encore dans un certain sens du mot.
1576. Le nom anglais Brest ^ comme aujourd'hui Breast, signifiait sein, au propre et au figuré.
1577. Ce furent les Anglais, sans doute, qui donnèrent à la meilleure rade de France le nom de Brest : car sur le plan du port et de la ville de Brest publié en 1855 par M. Magado, on voit que la rivière qui divise cette ville en deux parties, porte le vieux nom anglais de penfeld, champ clos.
1578. Le texte de Jean De Laet, soit en latin, soit en français, se prête parfaitement à la .signification anglaise du mot Brest. « Insula quœ ab amne ambitur qui ab occidente illabitur in magnum flumen, & appellatur Brest, n « Vue Isle laquelle est ceinte d'vne riuiere qui descend dans la grande de deuers l'Ouest, & est appellee Brest. »
1579. En admettant, avec M. D'Avezac, que la phrase finale puisse se rapporter à i/e, il est incontestable que, soit dans un texte, soit dans l'autre, elle peut se rapporter également, et beaucoup mieux, à ripière^ comme l'ont entendu les trois géographes d'Abbeville.
1580. Or les Anglais, qui ont communiqué à De Laet les informations qu'il nous a transmises, donnaient au mot rivière l'extension que nous avons déjà remarquée chez les Portugais, chez les Espagnols et chez les Français.
1581. Car Laurent Keymis, en 1596 et Robert Harcourt, en 1611, appliquaient à YArapoco le nom
( *M ) i6« LfiOTURB %$ l&82'-i68a
de rivière (/û^r), UM eo reeDnaaissaal; expressément que c'élait une braacbe de T Amazone, ou plutôt la portion fiepteotrionale de la branche oocideotate.
1582. Et Jean De Laet UjuHEDêoie, daas ce uàme ofaapilra <rà il parle de Brest, avait déjà dit : a Ceux de
» nostre nation marquent un canal ou petite rivière
qu'ils nomment Tockes KUie » ; ce qui indique Men clairement quelque portion très étroite ide la brandie occidenUJfi de rAmaswmei puisqu'en hollandais togt signifie ventco^ilù et lui signifie canal.
i583« Et pourquoi Jean De Laet, décrivant l'Amazone, tout émaillée d'tles iomienses, anrait-il attiré l'attention de ses lecteurs sur une ite insignifiante, cachée dans les repjîs d'un afilue»it du, grand fleuve?
1684. Dans ce même parage où IL D'Avezac ajj^dique le nom do Brest & un petit affluent de rAmaaoœ et à une petite tle de son delta, il existe .qpielque chose d'admirable* qui a dû frapper nécessairement les Anglais et mériter de leur part le ncxn
distinctif de Bf^t.
i686. On le voit assez sur la seconde carte de M. D'Avezac biinnême, malgré ses petites dimensions; mais on l'ajpprécie beaucoup mieux sur les belles cartes de IL deMontravel.
1586. C'est, un peu au sud de Macapà, dans cette branche oocîdentale de l'Amazone que MM. Le Serrée et Emilie Carrey dédarent être la clef de l'Amérique Mâidiûoale, une rade magnifique, de vingt-six milles marins de long sur huit de large, close par des iles, dont la principale porte le nom ^*ile du Para et doit être celle que De Laet distingue.
§S 1587-15M 16* te<5TUiiE ( /M )
1587. Dans son complément du Pilote du Brésil^ M. de Montravel nous apprend que cette portion de r Amazone est celle qu*un grand navire devra suivre de préférence.
1688. Et les Anglais sefilîrent bien l'importance de cette posilioii.
1589. Le fort anglais île Cumnû défendait redirée septentrionale de la rade de Brest ; le fort anglais de Taure ge^ l'entrée méridionale; le fort anglais de Pkâippcy le centre même de la rade.
1600. Le Bfiest amazonien n'est donc pas un sou» venir breton, maïs britannique.
( i9a ) 16« uGTTOE S S i&^i-i&dS
Concessions de VJmazone par les Rois de France*
1591. Henri IV, par lettres-patentes du mois de juillet 1606, constitua le sieur de la Ravardiëre Daniel de la Touche son lieutenant général « es contrées de » l'Amérique depuis la rivière des Amazones jnsques à » risle de la Trinité. »
1592. LouisXlII, le 27 novembre 162A, constitua dans la même forme les sieurs de la Ravardière et de
Loudrières ses lieutenants généraux « es pays de » l'Amérique depuis la rivière des Amazones jusques à » risle delà Trinité » ; et le 26 mai 16A0, il concéda à Jacob Bontemps et ses associés « la Terre Ferme du » Gap de Nord en l'Amérique, depuis la Riuiere des » Amazones, icelle comprise, iusques à la Riuiere » d'Orenoque, icelle pareillement comprise. »
1593. Louis XIV, au mois de septembre 1651, accorda aux sieurs de Marivault et de Royville et leurs associés <r les terres et rivières contenues dans l'enclos » des bornes et limites portées par la concession du A 26 mai 16A0 » : au mois de juillet 1655, il constitua le duc d'Amp ville en la dignité et titre de vice-roi, représentant sa personne, dans toute la Guyane et dans les terres a qui débordent de part et d'autre les » Rivières des Amazones et Oréuoc» :en octobre 166S, il concéda à une nouvelle compagnie la totalité de la Guyane, depuis l'Amazone jusqu'à TOrénoque : le 28 mai 166i, il créa la compagnie générale des Indes occidentales, en lui concédant, entre bien d'autres
s g 1594-16Ô0 16- LECTURE ( 497 )
territoires, la totalité de la Guyane, « depuis la » Rivière des Amazones jusqu'à celle d'Orenoque. »
1594. Tout cela est authentique, vraiment.
1595. Mais nous y avons déjà répondu dans nos deux premières lectui-es (§ § 86-99, 106-107, 163-165).
1596. Et nous renforcerons maintenant notre réponse par deux nouvelles considérations.
Première considération,
1597. Ce n'étaient pas les rois de France seulement qui s'arrogeaient le droit de disposer de la Guyane.
1598. Le 25 mars 1584, vingt et un ans avant les premières lettres-patentes françaises» la reine Elisabeth d'Angleterre avait concédé à Walter Ralegh et à ses descendants toutes les terres non habitées par des chrétiens dont il s'emparerait.
1599. Ce fut. en vertu de cet octi'oi que Ralegh, n'ayant pas trouvé de l'or dans ses quatre voyages à la Virginie, en 1584, 85, 86 et 90, s'élança en 1595 sur la Guyane, attiré par la renommée naissante du fabuleux EI'Doratlo^ et fit faire en 1596 et 1597, par Laurence Keymis et par Léonard Berrie, deux auti*es explorations dn littoral guyanais.
i600. Le 22 mai 1604, treize mois avant les premières lettres-patentes françaises, Charles Leigh prit possession de la rive gauche de l'Oyapoc au nom du roi d'Angleterre, et établit à l'embouchure du fleuve, au mont Lucas, appelé par les indigènes Caribote^ une colonie anglaise de soixante-seize hommes, qui dora jusqu*au 31 mai 1606. De sorte que, loi*sque Henri IV
( A98 ) 15- LECTURE s g l<^01-iô02
concéda à La Ravardiëre, en juillet 1605, toute la Guyane, la rive gauche de FOyapoc était occupée par l'Angleterre.
1601. Du 17 mai 1608 à la fin d'août 161 1 , la rive gauche de l'Oyapoc fut occupée par une seconde colonie anglaise, composée de soixante hommes aux ordres de Robert Harcourt, et établie, comme la première, au mont Lucas. Voulant renouveler avec plus de solennité la cérémonie déjà faite par son prédécesseur, — Harcourt, accompagné de tous ses Anglais et de tous les Indiens de l'endroit, se rendit, le lA août 1608, à la pointe N.-O. de la baie d'Oyapoc, nommée aujourd'hui Montagne d'j^rgent^ mais connue 2)endant long- ^ temps sous le nom indigène de Comnn'bo. II commença par y prendre possession, pour l'Angleterre, «de SI tout le continent de la Guyane gisant entre le fleuve
» des Amazones et celui de l'Orénoque. » Puis, faisant avancer un Indien baptisé sous le nom à' jénthony Canabre^ qu'il avait amené avec lui, et qui avait habité l'Angleterre pendant quatorze ans, il lui fit donation perpétuelle de la montagne Comaribo, pour qu'il en jouit en toute propriété, lui et ses héritiers, à ces deux conditions : qu'ils se recounaltraient sujets de 8. M. le roi Jacques I*' et de tous ses hoirs et successeurs, et qu'ils payeraient annuellement à la couronne britannique, si on l'exigeait, la dlme de tout le tabac, coton, indigo et autres productions que la montagne pourrait fournir.
1602. Entre les années 4508 et 1613, le môme Robert Harcourt « obtint du roi d'Angleterre des lettres- » patentes portant autorisation de mettre en culture et
$$ l60S*l60i 16' LECTURE ( A«ft )
)> de peupler la partie du continent mnéricaîn située n eptre le fleuve des Amazones et l'Essequibo* » Et ce fut en vertu de cet octroi que les Anglais s'établirent* sur la rive gauche du delta de l'Amazone depuis 1620 jusqu'en 16S2. De sorte que, à la date des secondes lettres-patentes françaises, signées par Louis XIII le 27 novembre 162/i, et concédant h La Ravardiëre et à Loudriëres la totalité de la Guyane depuis l'Amazone usqu'à la Trinité, la rive gauche de l'Amazone se trouvait occupée par l'Angleterre,
1603. Le 3 juin 162i , dans Tédit de création de la compagnie hollandaise des Indes occidentales, les États- Généraux accordèrent à cette compagnie le privilège de faire des établissements sur les côtes non habitées de l'Amérique, depuis l'extrémité méridionale de Terre-Neuve jusqu'au détroit de Lemah*e, ce qui com^ prenait la Guyane. En vertu de ce privilège, la chambre de Zélande, de la compagnie des Indes occidentales, conclut un contrat avec Claude Prevo, le 9 décembre 1 626, pour la colonisation du littoral guyanais ; et par suite de ce contrat, Jan vanRyen mouilla dans l'Oyapoc le 5 mars 1627 avec cent onze colons, et fonda un établissement hoUan^s sur la nve gauche de ce fleuve, au même endi'cât où les Français élevèrent un siècle plUiS tard le fort Saint-Louis.
160A. La compagnie des Indes occidentales ayant été di€isoute en 167&, les États de Hollande et Frise occidentale arrêtèrent, le 20 juillet 1676, de faire coloniser pour leur compte la rive gauche de l'Oyapoc. Et en vertu de cette résolution, trois cent cinquante Hollandais, commandés par Apricius, mouillèrent dans le
(bm) 15- LECTURE S S 1605-1610
fleuve du Cap d'Orange le h mars 1677, et fondèrent, sur le même emplacement de 1627, la ville fortifiée d'Omttge^ dont le plan nous a été donné en 1679 par Gerardus de Mijst (g 103).
1605. Encore le 7 janvier 1689, quand les Portugais avaient déjà sur la rive guyanaise du delta de l'Amazone les foits de Macapâ et d* Araguari, les États- Généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas concédèrent à Jan Reeps et ses associés le privilège de coloniser la partie méridionale de la Guyane, depuis la rive occidentale de r Amazone jusqu'au Cap d'Orange. Mais cette fois la concession resta sans effet, par suite, probablement, des représentations qu*a dû faire le ministre de Portugal à la Haye.
1606. En dirigeant sur la Guyane l'activité de leurs sujets, les rois de France faisaient donc comme les rois d'AngleteiTe et comme les États-Généraux des Pays- Bas.
1607. Ils voulaient tout bonnement avoir leur part aux dépouilles de l'Espagne, en se créant, par la conquête, un droit de possession.
Seconde considération.
1608. L'ambition des lettres-patentes des rois de France est condamnée de la manière la plus explicite par une grande autorité cayennaise.
1609. C'est Y Âl/nanach de la Gitane Française^ pour TAnde Grâce M. DCCC. XXIL Cayenne, Dellmprimerie du Roi. »
1610. A la page 66 de cette publication officielle, dans un article intitulé : « Notes historiques des Ëta-
blissements entrepris à Cayenne par les Français » , on lit en beaux caractères le passage suivant :
(( 11 se forma une compagnie avec des lettres pa- » tentes de Louis XIII, qui désignaient les bornes de » fat Colonie, entre TAmazone et TOrénoque ; ce qui x> prouve que la cour ne coi)naissait pas bien ses droits M de propriété dans ces vastes contrées. »
( 502 ) Ift- LECTURE g§ 1(511-1617
OéMàfvatfon de TottlesiUcs,
1611. Un des chapitres les plus intéressants du beau travail de M. I^Ayezac c'est celui où il discute la Téritable position de la ligioe stipulée à Tordesillas le 7 juin 1494.
1612. Le savant critique conclut que « dans les » conditions actuelles de la science, la véritable solu- » tion du problème si longtemps agité » est que « les » 370 lieues du traité de Tordesillas équivalent à 20* 36\ » ce qui détermine le méridien de démarcation par » 48" 21' à r ouest de Paris, c'est-à-dire à cinquante » lieues dans Test de Para , entre Gurupy et le » Turyuaçu. »
1613. Ce résultat a été combattu par M. de Varnhagen victorieusement.
1614. Mais, à notre point de vue, il nous suffit de cette autre réponse.
1616. Les choses ne se réglaient pas au seizième siècle par les conditions actuelles de la science.
1610. Or, depuis la découverte de T Amazone, alors appelé Mavagnon^ le Portugal soutenait que le traité de Tordesillas lui avait adjugé à "l'avance les deux bords de l'embouchure du grand fleuve.
1617. En 1524, au congrès cosmographique de Badajoz et Elvas, réuni tout exprès pour interpréter le
traité de Tordesillas, « les Procureurs de Portugal
» firent leurs Caries en posant la ligne de partage vers
s g 1(HS-1«2d 15' LEcrum- ( 503 )
» la partie Occidentale qui passe par la bouche de la » rivière Maraûon, àL laissant toute la bouche à la par- » tie Orientale. »
1618. C'est un fait rapporté par Thistorien espagnol Herrera, dans sa troisième décade, imprimée à Madrid en 1601 , et traduite en français en 1671 par Nicolas delà Goste.
1619. Il est vrai qu Herrera, égaré par le double sens du nom espagnol Maranon et du nom portugais Maranhao^ prend pour le Maranon de 1624 la baie actuelle de Maranhao.
1620. Et M. D'Avezac s'autorise du texte d'Enciso transcrit dans cette lecture (g 1545), pour soutenir que déjà en 1519 les Espagnols entendaient par Maranon le Maranhao actuel.
1621. Mais l'interprétation d'Encisopar M. D'Ave* zac se trouve condamnée depuis plus de deux siècles et demi.
1622. Car le docte Hakluyt, tome III, page 699, donnant, en 1600, la traduction anglaise du texte d'Enciso, la fait précéder de ce titre : « A short des- » cription of tbe riuer of Mnmnnon or Amazones i> , — Briëve description de la rivière de Maragnon ou Amazones.
J 623. Et il est incontestable qu'en 152A les cosmographes de Badajoz et Elvas entendaient par Maraàon l'Amazone actuelle, avec son bord guyanaisi
162A. Nous en avons la preuve danë l'admirable mappemonde de Diogo Ribeiro, construite en 1529.
1625. Oviedo nous apprend que Ribeiro était Por* tugais de nation^ au service de Charles-^Quint*
1626. Nous savons par Navarrete qu'il avait été nommé le 10 juillet 1523, cosmograpfae et ingénieur d'instruments de navigation de l'empereur.
1 627. Et Alexandre de Humboldt, Examen critique^ tome 111, page ISA, s'exprime sur son compte en ces termes : « Diego Ribero. . . n'est point allé en Amérique, » mais appelé avec le second fils de l'Amiral, Ferdinand » Colomb, avec Sébastien Cabot et Jean Vespnce» neveu » d'Améric, au célèbre congrès du Pont de Gaya, entre » Yelves etBadajoz, pour discuter sur l'application des » degrés de longitude qui devaient limiter les décou- » vertes espagnoles et portugaises, il avait à sa disposi- » tion, par la nature de son emploi, tous les matériaux » que renfermait le grand et bel établissement de la » Casa de contractntion, fondée à Séville en 1503, et le » dépôt des cartes du Pilota mayot\ chargé depuis 1608 » d'étendre et rectifier d'année en année le Padron Real^ » c'est-à-dire le recueil de positions « des terres fermes » et ties ultra-marines. La mappemonde de Diego Ri- » bero, construite en 1 529 , et conservée aujourd'hui » dans la bibliothèque publique de Weiroar, prouve n combien les matériaux que j'indique ont été nombreux » et importants. La partie des Antilles, du Mexique et » des côtes septentrionales et orientales de l'Amérique » du Sud ressemblent, pour la configuration générale, j) sans en excepter même le littoral de la mer du Sud, » des 12" N. aux IG'S. tellement à nos cartes modernes, » qu'on est émerveillé des progrès qu'avait faits la géoa graphie depuis la fin du quinzième siècle. »
1628. Ribeiro réunissait donc toutes les conditions désirables pour savoir au juste ce que c'était que le
§§ 1629-ldSA 16* LEGT0BE ( 605 )
Maragnon des Espagnols et des Portugais au congrès de 152A.
1629. Eh bien , dans sa mappemonde de 1529, Ribeiro présente sous le nom de Maraflon t Amazone \ et, qui plus est, en loyal Portugais, il fait passer à r ouest de la pointe guyanaise de F Amazone le méridien deTordesillas.
1680. Ne tenant compte <pie de la latitude trop méridionale du Maranon de Ribeiro, M* D'Avezac veut que ce soit le Maranhno actuel et nullement l'Amazone.
1631. Mais d'abord, si la latitude du Maranon de Ribeiro est trop méridionale pour l'Amazone, elle est trop septentrionale pour la bsûe de Maranhao, car ce cosmographe situe la pointe orientale du Maraâon à 1* AO' sud, et la pointe occidentale à 1^ juste ; tandis que la pointe orientale de la baie de Maranhao (Morro Alegre) est à 2<' 20' 21\ et la pointe occidentale (Morro Itacolomi) à 2* 9' 14".
1632. Et quand bien même les latitudes assignées par Ribeiro aux deux pointes du MaraAon auraient été aussi méridionales que celles de la baie de MaranhSo, cela n'autoriserait pas à conclure que ce n'est pas intentionnellement l'Amazone.
1683. Car en 15&5, seize ans après Ribeiro, le cosmographe espagnol Médina, dans sa Carta de nai^e^ f:nf\ figurait la pointe occidentale de R, (le las Ama^ zonas par trois degrés sud, et la pointe orientale par QUATRE degrés.
1634. Les latitudes du xvi* siècle ne peuvent rien
contre une marque imprimée par Ribeiro à son Maranon.
1635. Ce sont les mots Costa de pancnra inscrits à la pointe occidentale cle ce fleuve.
1636. Cette marque caractérise la grande découverte de Vincent Pinçon aussi distinctement qu'aurait pu le faire le nom d'Amaione.
1637. Car Vincent Pinçon lui-même, dans sa déposition du 21 mars 1513, publiée par NavaiTete, tome 111, p. 5A7, place \dk proi>ince de Paricura immédiatement au nord-ouest, de la Mer douce^ cest-à-dire de r Amazone.
1(338. Manuel de Valdovinos, compagnon de Vincent Pinçon, dans sa déposition du 1 0 septembre 1515, publiée égalemeut par Navarrete, page 552, donne même le nom de Paricura comme celui que Vincent Pinçon aurait imposé à l'Amazone.
1639. Et M. D' Avesac lui-même dit à la page 163 de son travail de 1857 : « Le nom de PaHcnm figure » déjà comme dénomination de pays dans la déposi- » tion de Pinçon, aussi bien que. dans le texte de Pierre » Martyr avec la fornie Paricàra^ et s'il tious fallait » absolument lui trouver une synonymie actuelle, nous » préférerions y reconnaître simplement le nom des » Indiens Paitcourg^ habitants de cette région sur les n marges orientales de la Guyane, en ces terres noyées n auxquelles se rapporte en eflet l'indication de Pinçon. »
16A0. Et Diogo Rii)eiro n'est ni le premier ni le dernier qui ait appliqué à l'Amazone le nom de
Mo ra gnon,
1641 . La première fois que ce nom se trouve pro-
gS iÔl^lGAA tÔ« LECTtJBË ( 507 )
nonce c'est le 18 décembre 1518, — cinq atis avant Encîso —, dans la lettre 532 de Pierre Martyr d'Anghiera; et il y désigne F Amazone : <( Le nom indigène » de cette rivière est Mnmgnon (Fluminis est nomen 9 patrium Maragnonus). La plupart des marins situent » son embouchure sous la ligne équinoxiale, mais » d'autres au sud de la ligne. »
1GA2. A la fin de 151A, dans le livre u* de sa se^ conde décade, le même Anghiera, décrivant l'Amazone de la manière la plus reconnaissable, disait encore : n Les indigènes appellent ce fleuve Maragnon [Mata- » gnomim appellant hune fluvium incolis) ; et ils don- » nent aux terres adjacentes les noms de Mariatamlnt, » Canuimoro^ et Paricora, » Et ces trois derniers noms avaient déjà été consignés par Anghiera dans le livre ix* de la première décade pour indiquer les environs immédiats du grand fleuve découvert par Vincent Pinçon*
16A8. Dans son livre De la natuml àjrstoria.de las JnJins^ composé en 1525, et achevé d'imprimer à Tolède le 15 février 1526, Oviedo, qui depuis le premier retour de Christophe Colomb n'avidt jamais cessé de s'occuper des nouvelles découvertes, s'exprime
ainsi : u Le fleuve Maranon présente à son embou-
» cbure, en entrant dans la mer, quarante lieues, et à )> une plus grande distance en mer on puise de l'eau » douce de ce fleuve. C'est ce que j'ai souvent.entendu » dire au pilote Vicente Yanez Pinçon, qui a été le » premier chrétien qui ait vu ce fleuve Maranon. »
16âA. En 15&8, dans le livre xxiv de son Histona gênerai y nattivalde las Incitas^ le même Oviedo répétait
encore : « Le premier qui découvrit le fleuve Maranon
( 508 ) 16« LECTURK gS ieA5-16A9
» ce. fut le pilote Vincente Yanez Pinzon...;. Je IVi
» connu et pratiqué Il m'a racconté lui-même qu'il
» était entré dans ce fleuve Tan 1500. »
16AÔ. Oviedo avait déjà dit au livre xxi, en parlant de rembouchin'e du Maranon : a Cette embouchure M a porté (Quelque temps le nom de Mer douce. » Et cepen- ' dant, dans ce même livre xxr, le même Oviedo place les deux pointes de rembouchure du Maranon par la latitude de deux degrés et demi sud, plus méridionale que celle de Ribeiro.
16A6. En 1569, Mercator, tout en donnant à l'em* bouchure du Maranon les latitudes trop méridionales de 3 degrés et 2 degrés 15 minutes, inscrivait devant ce fleuve cette légende : « Le fleuve Maranon a été dé- » couvert par Vincent Yanez Pinçon en 1499, et en » 15A2 il a été parcouru par François Oregliana pen- » dant 1660 lieues, »
1647. Herrera lui-même, en 1601, décade 1", livre IV, chapitre 6, rendant compte des découvertes de Vincent Pinçon, sans se préoccuper pour lors du méridien de Tordesillas, s'exprime en ces termes : « Ils » rencontrèi*ent en mer une si grande abondance d'eau » douce qu'ils en remplirent leurs tonneaux... et vou- » lant éclaircir ce secret, ils s'approchèrent de terre. ... * » Cette eau sortait du fameux fleuve Maranon. n
1048. Enfm, encore en 1750 et 1777, dans les deux traités de limites américaines entre le Portugal et l'Espagne, on ajoute constamment au nom d'/Zw^zot:€^ comme synonyme, celui de Maranon.
1 649. Quand les cosmographes portugais, en 1 524 «
SS 1650-1^66 15' tËCTUAE ( 509 )
traçaient le méridien de Tûrdesillas à l'ouest de Tem* bouchure du Maragnûn, il est donc certain qu'ils entendaient par Maragnon l'Amazone.
1650.- C'était donc aussi l'Amazone que Hartim Affonso de Souza avait en vue le 28 décembre 1530, lorsque, faisant route de Lisbonne pour le Brésil, et rencontrant aux lies du Gap Vert deux navires espagnols qui allaient au fleuve de Maragnon^ il leur enjoignit de renoncer à ce voyage, u attendu que ce fleuve » appartenait au roi son maître, et se trouvait en dedans » de sa démarcation. »
1651. Gela est si vrai, que deux lettres écrites de Séville, en date du 3 octobre et du 20 novembre 15&A, constatent qu'aussitôt après le retour d'Orellana en Europe, le roi de Portugal fit préparer une escadre pour prendre possession de la rivière des Amazones.
1(552. Et c'est en parfaite conformité avec ces antécédents que Gabriel Soares en - 1 587 et Silveira en 162& donnèrent expressément au Brésil, en vertu du traité de Tordesillas, les deux bords de Y Amazone et une portion de la Guyane.
1653. Mais, quand bien même tout cela serait faux ; quand bien même il serait démontré que le Maragnon de 1524, de 1520 et de 1530, n'était pas l'Amazone, mais bien le Maragnan d'aujourd'hui : que s'ensuivrait-il en faveur de la France ? •
1661. Ge n'est pas avec la France que le Portugal a signé le traité de Tordesillas*
1655. C'est avec FEspagnè.
1656. Or Philippe IV, roi d'Espagne et de Pbrtu-
( 6iO ) 16« LECTURE S 1657
gai) a modifié le traité de Tordesillas à Favantage du Brésil le là juin 1637, en créant dans la Guyane une capitainerie brésilienne, et en déclarant expressément que la limite septentrionale de cette capitainerie était de trente-cinq à quarante lieues portugaises au nord du Cap du Nord (S 8 67-71).
1057. Depuis plus de deux cents ans, le titre fondamental du Brésil, dans la question de l'Amazone comme dans celle de l'Oyaposo, n'est plus le traité de Tordesillas ; c'est l'acte du 4 & juin 1637, qui lui assure, delà manière la plus nette et la plus légitime, lesdeux bords de l'Amazone et une portion considérable du continent de la Guyane.
S§ iaS8-1663 15* UGiUA£ ( 511 )
Limite du Brésil à la baie de Mamgiikan.
1658. Le 13 décembre 161i, écrivant défi bords du Mony, affluent oriental de la baie actuelle de Maragnan, Jérôme d* Albuquerque se disait campé « sur la » rivière Maranon, qui sépare le Pérou du Brésil, du » côté du Nord, »
1659. Cette déclaration, alléguée par M. D' Avezac, a paru si décisive à M. Alexandre Bonneau, que l'honorable rédacteur de la Ptvsse Ta prise pour point de départ dans son article du 29 juin 18Ô9.
1660. Et MM. D'Avezac et Bonneau auraient pu mettre à profit une autre autorité encore plus imposante.
1661: C'est la Rasâo do Kstado do Brasil^ manuscrit rédigé à Lisbonne, en 1613, parle Major de l'État du Brésil Diogo de Campos Moreno, sous la direction de Dom Diogo de Menezes, gouvenieur général du môme État depuis 1607 jusqu'en 1612.
1662. Voici les preoûères paroles de cette précieuse composition, publiées à Lisbonne en 1839, par M. de Vamhagen, dans la même Collecçâo de fioticias UUra^ minas qui avait donné, en 1812, la lettre d'Albuquerque :
(( L'État du Brésil (province de Santa Cruz) est une » partie orientale du Pérou.... La côte de son district » s'étend depuis la rivière Meari ou Maranhâo jusqu'à » l'embouchure de la rivière de la Plata. »
1663. Or le Meari est l'affluent occidental de la baie actuelle de Maragnan.
( 512 ) 15« LEGTDR£ g g iMik-1670
166A. Hais en 1613 et 161A, il y avaitSSet 3& ans que le Brésil, entraîné dans la chute du Portugal, subissait le joug de l'Espagne.
1605. Bien que Portugais, Menezes, Moreno et Albuquerque étaient fonctionnaires du roi d'Espagne.
1666. L'écrit de Menezes et Moreno était destiné à être présenté au roi espagnol, leur maître.
1667. La lettre d' Albuquerque était adressée à l'ambassadeur d'Espagne en France.
1668. Les illustres auteurs de ces deux documents n'étaient donc pas libres d'indiquer à la manière portugaise les limites du Brésil encloué dans les possessions espagnoles.
1660. Leur témoignage ne prouve qu'une chose : 1670. C'est que, — jusqu'à ce que les Hollandais^ les Anglais et les Français l'eussent forcé à étendre le Brésil, d'abord jusqu'à l'Amazone, et ensuite jusqu'à l'Oyapoc, — le roi d'Espagne et de Portugal, exploi* tant le double sens du nom espagnol Marahon et du nom portugais Maranhao^ abusait de son pouvoir pour fixer la limite septentrionale du Brésil au point où la plaçait l'interprétation la plus antiportugaise du traité de Tordesillas.
gS 1671-1677 16- LECTURE ( 513 )
Limite du Brésil au bord dyoit de l^ Amazone.
1671. M. D'Avezac assure qne Vasconcellos» en 1663, reconnaissait pour limite septentrionale du Brésil le bord droit de la branche du Para.
1672. Mais le texte intégral de Vasconcellos (S S li'^^) iious a déjà montré qae ce Portugais, se réglant sur Gabriel Soares, qui s'était réglé luimême, en 1587, sur l'interprétation portugaise du traité de Tordesillas, mettait la limite septentrionale du Brésil dans le continent de la Guyane, à quinze lieues portugaises de la rive guyanaise de l'Amazone.
1 673. C'est avec plus d'exactitude que l'honorable critique invoque le passage suivant de Mocquet, imprimé en 1617 : « Tout le pays qai est à main gauche » en entrant dans la riuiere des Amazones, est comprins » souz la grande prouince du Brésil. »
1674. Et M. D'Avezac aurait pu ajouter à ce témoignage plusieurs autres tout aussi explicites : par exemple, La Popellinière en 1582, De Bry eu 162i, D'Avity en 1637, Dudley en 1661, Olmo en 1681.
1675. Mais, si l'honorable critique avait lu l'ouvrage de Mocquet intégralement^ il se serait convaincu que ce voyageur, ainsi que tous les autres écrivains qui ont donné pour home septentrionale du Brésil la rive droite de l'Amazone , n'indiquait pas la limite politique^ mais la limite naturelle.
1676. Car voici ces textes, dans leur intégrité :
1677. Mocquet : « Le Brésil a pour limites vers le
( 51& ) là' LECTUBE SS i<^78'-l68i
» Nort la grande riuiere des Amazones, & vers le Sud
» celle de la Plate ou d^argent, m
1678. La Popellinière : a Le pays des Canibales, » audelà desquels sont les Bresilians entre les plus D grands fleuves du monde Orglan & Paramagacut au- » trement Rio de plata, u
1679. De Bry : « Brasilia inter duos fluvios sita » est, Maragnon et de la Plata. »
1680. D'Avity : « Brasil. — Il a pour confins du » costé du Nord ; la riuiere des Amazones. . . du Sud la » riuiere de la Plata, »
1681. Dudley : « Gon Tistesso fiume [Amazones] » fmiscono l'indie Occidentali del Re Gattolico, e co«- » mincia la Brasiglia de' Portughesi sin*al rio délia » Plata. »
1682. Olmo : a El Brasil. . . esta situado entre los » RiosMaranon, y de la Plata. »
1683. Encore en 1780, Raynal délimitait ainsi le Brésil : <( C'est un continent iimnense, borné au N. » par la rivière des Amazones ; au Sud, par la rivière » de la Plata. »
168A. Et cet usage de donner pour bornes au Bré* sil les deux grandes rivières de l'Amérique du Sud, est tellement naturel, que José Bonifacio de Andrada e Silva, le vénérable patriarche de l'indépendance du Brésil, disait lui-même en 1820, s adressant au roi Jean VI :
« Teu he inteiro»
u Ù9^6 0 longo Para ao largo Prata, » Este immenso paii, mimo do Céo ! »
g$ 1(585-1687 lô^* LECTURE ( 515 )
1685. M. Ferdinand Denis, dont aucun Brésilien ni aucun Portugais ne saurait prononcer le nom sans un hommage de reconnaissance» avait déjà proclamé, en 1837, la vérité que M. D'Avezac méconnaît aujourd'hui.
1686. Il dit dans le texte de son bel ouvrage du Brènl : « Nulle contrée au monde n'a reçu de Isl nature » des bornes plus magnifiques : au nord, c'est l'Ama-
n zone Au sud, c'est encore un grand fleuve, c'est
» le Rio de la Plata. »
1 687. Et le savant écrivain ajoute en note : « On » sait que la politique a changé ces limites. »
( &16 ) lô* LEGTUBE g§ 1688-1 69S
BrésilUns à la rive guyanaise de l^ Amazone.
1688. M. D* Avezac affirme que ce n'est qu'en 1686 que les Portugais du Brésil se sont hasardés sur la rive guyanaise de rAoaazone.
1689. Mais en 1666, La Barre, gouverneur de la Guyane Française, imprimait ceci : a Les Aricarets )) Occidentaux, sont quelques Familles qui se sont se- » parées des Orientaux, pour quelque démeslé qu'ils » ont eus avec les Portugais, qui habitent le Fbrt de » Stierro, assis à la bande du Nord de la RiuMre des » Amazones. »
1690. En 1657, Nicolas Sanson, géographe ordinaire du Roi de France, imprimait ceci : « Les Portu- » gais tenans des-ja Para du costé du Brésil, <k du n costé de Guiane Estero »
1691. En 16A1, l'Espagnol Acuna, se basant sur son inspection personnelle du mois d'octobre 1639, imprimait ceci : « La rivière de Ginipape coule du côté » du Nord et débouche dans l'Amazone soixante lieues
» plus bas que celle de Carapanatùba A six lieues
» de l'embouchure du Ginipape, en remontant l'Ama- )) zone, il se trouve un fort Portugsûs, nçmmé du Des- » tierro, avec trente soldats et quelques pièces de » canon. »
1692. Et nous savons, par les Annales de Berredo, confirmées par De Laet :
1693. Que le 9 juillet 1632, Feliciano Coelho de Cai*valho, Portugais du Para, avait enlevé aux Anglais le fort guyanaLs de Cumaù ;
8 s 1Ô94-.1702 15* LECTURE ( 517 )
169&. Que le 1~ mars 16S1, Jacome Raimundo de Noronha, Portugais du Paré, avait enlevé aux Anglais le fort guyanais de Philippe ;
1695. Que le 24 octobre 16"29, Pedro Teixeira, Poitugais du Para, avait enlevé aux Anglais le fort guyanais de Taurege.
1696. Tout en admettant que ces tiois derniers forts étaient situés sur la branche guyanaise du delta de r Amazone, M. D' Avezac assure que ce n'était point sur le bord conf inenta/ ^ mais bien sur le bord insulaire^ sur \m groupe portant alors le nom collectif d*île des Tncnfûs,
1697. M. D' Avezac semble s'appuyer pour cela sur les paragraphes 581 et 614 de Berredo.
1698. Mais ces deux passages confus du chroniste de Para s'éclaircissent de la manière la plus nette par les témoignages les plus authentiques.
\ 699. Le n" 77 du père Acuna et la carte de Fritz montrent que l'île des Tacujûsne portait ce nom que parce qu'elle avoisinait les teires des Tucujùs, placées dans le continent de la Guyane.
1700. En 16-26, 1630, 1683 et 1640, en 1654, en 1656, en 1661, en 1707, De Laet, Duval, Nicolas Sanson, Dudley, Fritz, inscrivaient le nom de Taurege sur le continent de la Guyane.
1701. Le 24 février 1686, le Roi de Portugal ordonnait au gouverneur de Para de faire bâtir un fort « sur la terre Jerme^ à l'endroit appelé. Torrego^ où les » Anglais en avaient eu un. »
1702. En 170'', le père Fritz figurait sur le continent de la Guvane le fort de Comaià,
( 51« ) 15'LECTURi: SJ5 I70S-1707
1703. L'article 1" du tiaité de 1700 et Tarticle 9 du traité d'Utrecht identifient le fort de Cnmaû avec celui de Mncnpà^ dont la position continentale, à toutes les époques, est de notoriété publique.
170 A. Le nom de MacapA rappelle une erreur longtemps en crédit, qui a été mise en circulation par BeUin.
1705. Ce travailleur effaré, qui transportait dans la Guyane une rivière de Tile de Marajô (§ % &;)1-A&6) , articula aussi en 1763, comme nous l'avons déjà vu (S ^^^)9 i'^^dsertion suivante : <( La même année 1688, » ils [les Portugais] vinrent s'établir à Macapa, sur les » ruines d*un Fort que les François avoient abandonné, » <k où ils avoient laissé quatre pièces de canon, plu- )i sieurs boulets <k des balles de mousquet. »
1706. Et sur la foi de Bellui, ingénieur hydrographe au Dépôt des cartes de la Marine, cette assertion a été répétée avec toute assurance, en 1797, en 183i et en 18A7, par MM. Louis Priidhomme, Warden^ et Le Serrée.
1707. M. de Saint-Quantin et M. D'Avezac ont eu le bon esprit de préférer à T autorité tardive de Bellin celle du Meivure Galant du mois d'avril 1706, qui, dans un article nécrologique consacré au marquis de Ferrolles, s'exprime en ces termes : « Il exécuta avec » beaucoup de valeur k peu de troupes, les ordres qu'il » reçut de la Cour, d'aller chasser les Portugais, des
» trois forts au ils estaient veuns construire sur la rive
» septentrionale de la rivière des Amazones, vers son » embouchure. 11 n'avoit que quatre-vingt-dix hommes ; » il en chassa deux cens Portugais, soutenu de six cens
l 1708-1709 16- LECTURK ( 610 )
» Indiens, rasa deux de leurs Forts, laissa garnison )) dans le troisième, iiouuné Makapa. »
1708. Mais, comme M. Emile (iarrey, ainsi que nous Tavons vu, répète encore aujourd'hui, et dans le Moniteur , que « la forteresse brésilienne de Macapa a été choisie et commencée par les Français » , il convient d'appuyer le Mercure Galant par ces deux autres témoigi^ës.
1700. Mercure Historique du mois de décembre 1607 : « On apprit il y a quelque temps par une Fre- » gâte légère arrivée le 6 de Novembre à Rochefort, » que M. de FerroHes, Gouverneur de la Cayenne avoit Tt pris sur les Portugais le fort de }HSkCakpdi, bâti par eux ^ sur la rivière des Amazones. Mais les lettres par lesn quelles ce Commandant en donnoit avis à la Cour » portoient en même temps, qu'au préjudice de la Capi* » tulacion qui fut signée de part <k d'autre, lorsqu'il » s'en rendit maître, les Portugais étant venus forts de » six cens hommes, tant Nègres qu'autresavoient assiégé j> ce Fort, k contraint la Garnison qui n'étoit que de » quinze hommes à se rendre prisonnière de guerre* » On prétend que les Portugais ne sont pas en droit de n bâtir sur le côté septentrional de cette Rivière, & » (juiLs ont bâti celui là sur les dépendances de France )) contre l'accord qui règle les limites entre les deux n Nations, attirez par les Mines d'or & d'argent dont » cette contrée abonde. On ajoute à cela que la Cour » de Portugal a diverses fois éludé de donner les satis- » factions requises sur les remontrances faites à ce sujet » par l'Ambassadeur de France. Quoi qu'il en soitM.de » Ferrolles demande du secours pour en chasser les
( 520 ) 15« LECTURE. s s 1710-1718
» Portugais :^à on apprend d'un autre côté que l'Am* » bassadeur de Portugal a donné un Mémoire à la Cour » pour justifier ce qui s'est passé en cette occasion, à » pour faire voir que les Portugais ont eu droit de bâtir » des Forts sur la rive septentrionale des Amazones, & » que par conséquent le Gouverneur de la Cayenne n'a » pas été fondé dans les bosttlitez qu'il a commises & » qu'on a été contraint de repousser. »
171 0. Traité provisionnel du h mars 1700, préambule : (( S'etant meu depuis quelques années en ça » dans l'État du Maragnan quelques contestations et » différents entre les sujets du Roy très Chrétien et » ceux du Roy de Portugal au sujet de l'vsage, et de la » possession des Terres du Cap de Nord...., et y ayant ' » eu aussy de nouueaux sujets de discorde à l'occasion » des forts d'Araguary et de Cumau ou Macapa es/euez » et rétablis par les Portugais dans les dites terres....»
1711. Il est bien vrai que les Portugais n'avaient fait que rétablir Macapà, primitivement bâti par d'autres.
1712. Mais les fondateurs de ce fort n'étaient pas les Français ; c'étaient /«j Anglais^ comme nous l'avons vu (SS 46, 52).
1713. C'est ainsi que La Condamine, oubliant le témoignage personnel du père Acuna en 1641, avait dit erronément en 1745 : « Nous laissâmes le canal princi- » pal de l'Amazone, vis-à-vis du Fort de Pnru situé sur le » bord septentrional et nouvellement rebâti parlesPor- » tiigais, sur les mines d'un vieux Fort que les Hollnn*
s 1713 15« LECTURE ( 521 )
» dois y ont eu » ; et que T honorable M. de Montravel, par un faux souvenir de ce passage, a imprimé ce qui suit» dans la Revue coloniale d'août 18&i : « Almeirim » [à Tembonchure du Paru] est, de totites les parties » du fleuve [des Amazones], le point où il serait le plus » facile d'établir des relations avec les Guyanes fran- » çaise et hollandaise ; et, sans doute, les Français qui, » à Tépoque de Toccupation de la rive gauche de » l'Amazone, y avaient élevé un fort dont les restes sub- » sistent, avaient compris tous les avantages de cette » position. »
( 622 ) 15« LECTDRE §§ 171M72I
4714. Nous pourrions en rester là, puisqu'il demeure démonti'é que M. D*Avezac n'a pas réussi à ébranler le traité d'Utrecbt, malgré toutes les ressources de son jugement, de sa mémoire, et de son imagination.
1715. Mais nous ferons encore au savant critique une réponse générale, qui épargnera peut-être leur peine aux Buache futurs.
1716. 11 est avéré, par les archives de Séville, que le 9 mai lôAA, l'Espagnol Orellana voulait des pilotes portugais pour le conduire à TAmazone.
1717. Il est avéré, par les .tnnales de Berredo, ex-gouveineur et chroniste du Para, qu au mois de janvier 1616, les Portugais du Maragnan étaient établis sur la branche orientale du délia de T Amazone, depuis la pointe de Tigioca jusqu'à la rivière de Guaraà.
17 J 8. Il est avéré, par Berredo, qu'au mois de juillet 1623, les Portugais du Para s'étaient rendus maîtres de la totalité de la branche orientale du delta de r Amazone, et y avaient élevé le fort actuel de Gurupîi.
1719. Il est avéré, par Berredo, qu'au mois de juin 1623, ils avaient remonté dans sa totalité la branche centrale du delta de l'Amazone.
1720. 11 est avéré, par Berredo et par Jean de Laet, qu'en juillet 1623, en mai 1626, en octobre 1629, en mars 1631, en juillet 1632, ils avaient paicouni en vainqueurs la branche guyanaise du delta de l'Amazone.
1721. Il est avéré, par le père Acuna, que dans
Sg 1722-1727 15« lecture ( 52â )
Tannée 1639 ils étaient mattres de la totalité de Tembouchure de l'Amazone, depuis la pointe Tigioca jusqu'au delà du Cap Nord.
1722. Il est avéré, par Antonio Carneiro, ministre portugais sous Philippe IV, qu'avant Tannée 1628, conduits par le pilote Antonio Vicente Gochado, ils avaient remonté T Amazone pendant quatre cents lieues portugaises.
1723. 11 est avéré, par le père Acuna , que du 28 octobre 1637 au 12 décembre 1 639, sous les ordres de Pedro Teixeiraet d( s Brésiliens Oliveiraet Favella, ils avaient exploré les deux bords de T Amazone pendant six cents lieues portugaises, et avaient pénéti'é dans la Nouvelle-Grenade en remontant le Napo, affluent septentrional de T Amazone.
1724. 11 est avéré, par Don Antonio de Ulloa, que du 8 juillet au 18 octobre 1601, sous les ordres du Brésilien Antonio de Miranda, ils avaient remonté TAmazone jusqu'au Javari ; et qu'à leur retour ils avaient remonté le Japurà, affluent septentrional de TAmazone, entre le Napo et le Rio Negro.
1726. 11 est avéré, par Berredo, par Ulloa, par La Condamine, qu'ils fréquentaient depuis 16A6 les deux bords du Rio Negro, limite occidentale de la Guyane, à 256 lieues portugaises du Cap Nord.
172H. Il est avéré, par Berredo, qu'ils fréquentaient depuis 165& les bords du Jari, affluent guyanais du delta de TAmazone.
1727. Il est avéré, par Acuna et par La Barre, que dans les années 1639 et 1665 ils occupaient le fort de Desterro, à Terabouchure du Paru, affluent guya-
( 524 ) 15- LECTUBE S S 4728-17SA
nais du tronc de rAmazftne, près de sa bifurcation.
1728. Il est avéré, par le général Gomes Freire, gouverneur du Para en 1685, que longtemps avant cette époque ils avaient eu une fortification à Tembouchure de FAraguari, afihient guyanais du delta de TAoïazone, tout près du Gap Nord.
1729. II est avéré, par une lettre oflScielle du marquis de Ferrolles, qu'au mois de juin 1688, ils occupaient, sur la rive guyanaise du delta de rAmazone, le foit de MacapA et un nouveau fort d' Araguari.
1730. Il est avéré, par la carte publiée par Fritz en 1707 et par un mémoire inséré en 1717 dans les Lettres édi/iatUes^ qu'en 1600 ils occupaient déjà un fort à l'embouchure du Rio Negro, à l'extrémité la plus reculée de la rive guyanaise de l'Amazone.
1731. 11 est avéré, par le traité provisionnel du A mars 1700, que les deux forts de Macapà et Araguari, sur la rive guyanaise du delta de l'Amazone, étaient encore occupés à cette époque par les Portugais du Para.
17S2. Et il est avéré, d'autre part, avec la même authenticité, que jusqu'au traité d'Utrecht, et encore plus tard, les Français ne connaissaient pointl' Amazone.
1783. Ils avaient ignoré quelque temps l' EXISTENCE MÊME de Pj^ ma zone.
173A. Car sur la» Mappemonde peinte en parchemin par ordre de Henri II Roi de France » , c'est-àdire, entre les années \hkl et 1559, on voit la baie de Marigftnn^ recevant les trois rivières Wr»//, Tapiront^
SS 1736-1741 15' LECTUHÈ ( 525 )
Ptnare {îAonU Itapicuru, Pindaré); mais rien, absolument rien, qui puisse indiquer l'Amazone.
1735. Rien n'indique non plus l'Amazone dans le beau portulan de Guillaume Le Testu, achevé le 6 avril 155.5. La riuUre de Mnn'^nen qui s'y trouve deux fois, a pour affluent le Pinaré, et n'est autre que l'actuel Meary.
1736. Ils ignoraient l'intérieur de l' Amazone»
1737. Car le grand géographe français Nicolas Sanson d'Abbeville, en 1666 et en 1657 ; le gouverneur cayennais FerroUes, en 1688 ; et encore en 1700, l'illustre géographe français Guillaume Delisle : mettaient sur la rive ^anche de l'Amazone la forteresse brésilienne de Gurupà, qui, depuis sa fondation jusqu'à aujourd'hui, n'a jamais bougé de la rive droite.
1788. Ils ignoraient r embouchure de V Amazone.
1739. Car ils ont légué à la postérité les textes suivants :
17A0. * En 1617, Jean Mocquet, compagnon de La Ravardière dans le voyage qu'il fit à la Guyane en 160A : (t Nous ne peusmes les aller voir comme nous » desirions [les Amazones^ dans une île à trente oli » quarante lieues en dedans du fleuve] , à cause que les I) courans y sont trop violens pour les vaisseaux, <k » mesme pour nostre nauire <k patache qui tiroient desia )> assez d'eau : Car là les courans portent vers lacoste, » <k n'y peut-on aller qu'auec vn batteau à rames, ou » auec des canoës d'Indiës, qui ne tirent pas t^n pied » d*eau, »
1 741. En 1666, La Ban*e, gouverneur de Cayenne .
( 526 ) 16« LECTURE s s 1742-1744
« La Guy aune Indienne est vn Psas fort bas & inondé
)) vers la Coste Maritime, <k depuis i' embouchure des » Amazones jusqu'au Cap de Nord, qui est presque
» inconnu aux François. »
1742. En 1694, le marquis de Ferrolles, gouver* neur de Cayenne : a La rivière des Amazones est éloi- » gnée de l'île de Cayenne de soixante-dix lieues. Son i) embouchure est remplie d'i/oh- où les Indiens sont
)) habitués. Le plus grand est nommé Oyapok L'en-
)) trée pour des vaisseaux n^y est encore cotvme que du » côté (lu Brésil : du nôtre il semble que ce ne soit que » des bancs de sable. »
1743. Encore en 1722, neuf ans après le traité d'Utrecht, le missionnaire français Anne de la Neuville, qui yenait de passer trois années à Cayenne : « L'^m-
» bouchure de cette riçière est presqu impraticable ^ à » cause des islets & des rochers dont elle est semée;
)) de manière que si vn vaisseau venoit à s'y embar- » rasser, il auroit peine à s'en retirer. Nous faillimes » y donner en allant à Cayenne, & j'en sçais un qui y » a péri. Si donc on vouloit naviguer dans ce fleuve, >) pour aller au Pérou, ce qui abregeroit le voyage de
9 plus des deux tiers, il faudrait n ^ avoir que des canots^ V ou tout au plus des Pirogues : encore la navigation » seroit~eUe dangereuse à cause des sauts ou des chutes » d'eau. »
1744. Convenons que Ton aurait mauvaise grâce de venir encore reprocher au traité d'Utrecht l'adjudi* cation qu'il a faite au Brésil des ^eux bords de l'Amazone.
s s 1746-1761 16- LECTUHE ( 527 )
17&&. Mais M. D*Avezac pourvoit à tout.
1766. Conjointement avec son système de prédilection, qui est celui de Buache, il a. soin de ne pas négliger tout à fait le vieux système de Milhau.
1767. Dans son travail de 1867, et puis encore dans une longue réplique à M. de Varnhagen, présentée à la Société de Géographie de Paris le IG juillet 1868 et insérée dans son Bulletin de septembre et octobre de la même année» le docte critique rend à l'interprétation française du traité d'Utrecht des services d'ime grande valeur, que nous ne tarderons pas à discuter.
17A8. 11 fait des efforts inimaginables pour ruiner l'acte du 14 juin 1(537, qui est le titre fondamental du Brésil à la rive droite de TOyapoc. Il révoque même en doute la réalité de cet acte.
1749. Il présente des considérations ingénieuseSt pour établir Vexistence d'une rivière Yapoc tout près de l'Amazone.
1750. Il produit deux cartes importantes situant la rivière de Vincent Pinçon tout près de l'Amazone :
La mappemonde de Sébastien Cabot, datée de 1644 ; Une carte brésilienne manuscrite, sans date, mais dessinée assurément en 1823.
1751. il s'appuie sur deux autres cartes importantes, — celle de Van Langren en 1596, et celle de Wytfliet en 1597 — , pour soutenir que, lorsque le Vincent Pinçon n'était pas situé tout près de l'Amazone, on ne le retrouvait qu'au Maroni, bien loin de l'Oyapoc.
( 528 ) 15* LECTURE s s 1762-1768
1762. n allègue deux textes importants, pour établir la dissimilitude du Vincent Pinçon et de TOyapoc :
Une relation de l'anglais Wilson, imprimée en 1025, dans la collection de Purchas ;
Un mémoire du Brésilien Alexandre Rodrigues Ferreira^ daté du Para le 2& avril 1792.
1763. Cette conduite est prudente.
176A. Bien auti*ement soutenable que la prétention à r Amazone, la prétention au Garapapori repose sur des bases admirablement spécieuses.
1756. Les raisons justificatives de l'interprétation française du traité d'Utrecht paraissent même si résolument décisives, qu'aujourd'hui encore, malgré le traité de 1816, malgré la convention de 1817, malgré la lettre officielle écrite par M. Guizot le 6 juillet 18A1, malgré les conférences qui ont eu lieu à Paris du 30 août 1866 au 1" juillet 1866, la France continue à retenir une portion de la rive droite de FOyapoc.
1756. Le beau livre de la Mission de Cayenne^ publié en 1867 par le Révérend Père deMontézon, nous apprend que la rive droite de TOyapoc est occupée par la France dans une étendue de quatre lieues françaises, depuis le Poste Malouet^ à quatorze lieues du Cap d'Orange, jusqu'à la première chute du fleuve, au pied de laquelle s'élève une tour.
1767« La Reloue coloniale de juillet 1868 porte un dessin représentant le « Poste Malouetsurl'Oyapock » , ombragé du drapeau français.
1768. La même Reifue coloniale^ dans son numéro d'août 1868, porte une précieuse carte de M. de Saint-
s 1759 15- LECTURE ( 529 )
Quantin marquant sur la rive droite de TOyapoc le Poste Malouet^ avec la date de sa fondation en 1838, et an pied de la cascade le Fort Casfesoca, avec la date de sa fondation en 1837.
1759. Sur quoi, cependant, le respectable père de Montézon n'hésite pas à émettre la réflexion suivante :
(( Par le fait, la possession d'une large lisière du » rivage droit de FOyapock est restée et reste paisible )) et incontestée entre les mains de la France. Mais si » Ton admet le principe qui a fait abandonner Mapa^ » il semble que tout ce côté de TOyapock serait » contestable. »