LES ACTES
indices de la Nature qui cepeDdant, dès l'origine , nous invitait tous, déjà par nos illusions optiques, à un travail de rectification permanent. Les hommes de notre espèce, une fois égarés dès le début, ont fini par se créer eux-mêmes un livre à part, X Histoire. Ce livre, bien différent du livre de la Nature, n'a servi et ne sert encore qu'à enregistrer les aberrations de notre humanité dévoyée.
Voyons d'abord comment il a ^pu se produire entre l'ordre physique et l'ordre moral un divorce complet, et combien ce divorce — véritable péché originel — a entraîné de terribles expiations.
Une question, inconnue aux anciens, même de nom, la question Anprogrès *, est venue, de nos jours, se poser tout à coup pour réveiller les hommes endormis dans une sentimentale oisiveté.
Aujourd'hui, après tant de siècles parcourus, nous pouvons encore hardiment nier le progrès dans l'ordre moral, tandis que cela nous est impossible dans Tordre physique, représenté par les sciences d'observation. Là le progrès est évident, et, depuis trois
1 . Les mots de progredi^ progressas^ ne se prenaient, chez le» Anciens, jamais autrement que dans le sens propre d'avancer^ de marche naturelley en mettant un pied devant l'autre. Le progrès, pris dans \% sens moral , est tout moderne.
cents ans à peine il a pris un essor totalement inconnu à Tantiquité et au moyen âge.
Les premiers bégayements de Thomme en fiace de la Nature ont peuplé l'espace d'êtres invisibles, de divinités de tout genre, personnifications d'insaisissables phénomènes ou de forces physiques. A l'intelligence scrutatrice, qui exige beaucoup d'application, s'est d'abord substituée l'imagination, tou* jours prête à prendre la parole, sans demander aucun travail préalable. C'est si aisé, c'est si commode de parler sans s'éclairer ! puis, chacun aime taut à se distinguer ! Et voilà comment l'instinct de la curiosité, cet indice lumineux, a été obscurci dès son début.
Ceux qui se firent les premiers ainsi remarquer de la foule étaient à la fois philosophes^ médecins, pontifes, rois. Réputés dépositaires de la vérité et des secrets de la Nature, ils réunissaient entre leurs mains l'autorité du savoir, le pouvoir politique et religieux. Cela se voyait chez toutes les nations à l'origine de leur histoire, cela devait se voir chez les peuples an té-historiques, comme cela s'observe encore aujourd'hui chez les sauvages.
De ce mélange d'éléments hétérogènes naquit l'autorité, non pas cette autorité qui impose à tous
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le devoir de rectifier ce qui nous égare ou nous trompe, mais Tautorité qui voudrait partout primer et toujours avoir raison. C'est alors que le berceau de notre civilisation, la Grèce, se couvrit d'écoles, bientôt toutes divisées entre elles. La guerre éclate dans tous les camps. Il y a autant de chefs d'école que de philosophes, autant de chefs de parti que de tyrans, les uns sacrifiant à la fausse science la vérité, les autres à la fausse gloire la liberté.
Le pouvoir politique et le pouvoir religieux se séparèrent les premiers de la confusion primitive d'éléments divers. Seule, la philosophie maintint encore quelque temps ses prétentions à l'universalité. C'est que le plan de l'édifice philosophique, tracé par les premiers maîtres, le plus vaste qu'on puisse concevoir, devait embrasser toutes les connaissances humaines. Les sciences d'observation y étaient comprises. Aussi les grands philosophes de la Grèce, qui s'étaient érigés en pontifes de la pensée humaine, continuèrent-ils, pendant des siècles, à parler du ciel et de la Terre, à créer des mondes imaginaires, comme s'ils eussent été initiés aux secrets de la toutepuissance créatrice '•