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Voy. M. Flammarion^ les Mondes imaginaires

i74 VOULOIR ET FAIRE.

Les théories des philosophes, se posant comme interprètes de la Nature, à laquelle ils ne faisaient que prêter leurs idées, étaient des roues tourqant à \ide : elles ne s'engrenaient point avec la réalité. Le règne de ces théories, impatientes de toute contradiction et de toute innovation, occupe une large place dans Thistoire. Leurs prétentions, leurs revendications de la vérité, Tautorité dont elles s'entouraient, paralysèrent le travail et la liberté, les vr^i^ leviers de la science et du progrès.

Durant ce lopg règne des conceptions imaginaires et intolérantes, la volonté humaine fut plus d'une fois avertie qu'elle s'était fourvoyée ; les indices ne manquèrent pas pour la faire changer de direction. Mais ces indices, — l'action des petites quantités, — ne frappent point les esprits prévenus ou vulgaires. C'est qu'il faut des hommes da génie pour saisir et féconder des germes latents ; et les hommes de génie sont rares. D'ailleurs, quand il leur arrive, çà et là, de prendre la parole, c^est à peine si on les écoute : ils ne sont pas compris des ténèbres où ils apparaissaient. Heureux encore si l'autorité régnante ne leur ferme pas la bouche, s'ils ne §ont pas persécutés et traînés aux gémonies.

Aux aveftissements i«4irQPl;s étoiônt venus 8'a-

LES ACTES. Ho

jouter des conseils donnés directement par les horomes mêmes devant Tautorité desquels les philosophes avaient Thabitude de s'incliner. Deux mille ans avant François Bacon , qu'on regarde à tort comme le promoteur de la méthode expérimentale, Aristote avait déjà conseillé de préférer Tobservalion aux hypothèses, et de recourir àTexpérience pour contrôler les idées. Plus tard, d'autres philosophes, tels que Albert le Grand et Roger Bacon, répétèrent le même conseil. Mais il faut venir jusqu'au seizième siècle de notre ère, pour voir suivre le conseil d'Aristote et de ses échos lointains. A cette étrange époque, l'intelligence, la raison, toutes nos forces ascendantes, jusqu'alors plus ou moins mal contenues sous le joug des écoles, firent explosion dans toutes les directions à la fois.

L'humanité a débuté par l'erreur : son passé le démontre. Libre de choisir entre les instincts de l'animalité qui l'abajëse et le développement des facultés qui relèvent, elle aurait pu, par un effort suprême, modifier son impulsion initiale. Mais ce qu'elle n'a pas voulu faire librement, dans l'ordre moral, elle a été entraînée à le faire forcément, dans l'ordre physique.

Le progrès, longtemps inconnu comme il l'est

ne VOULOIR kt faire.

encore dans l'ordre moral, commença à se dessiner dans l'ordre physique, non point par les efforts de toute une génération d'hommes de bonne volonté réunis, — de pareilles apparitions n'ont été signalées à aucune époque de l'histoire, — mais par le travail de rectification de quelques hommes d'élite, apparaissant çà et là pour se donner la main à travers les siècles dans l'accomplissement de l'œuvre commune. En broyant les individus, la plupart réfractaires à toute impulsion nouvelle, la roue du temps explique à merveille la nécessité de la mort des passants pour le bénéfice de l'humanité qui reste. Car ce n'est qu'à cette condition-là que le progrès peut s'effectuer; il s'effectue forcément, sans toucher en aucune façon à la liberté individuelle, sans nuire au droit naturel de chacun de se mouvoir dans sa sphère comme il l'entend. Il faut que beaucoup d'hommes disparaissent pour que la science avance, — multi pereant^ et augebiiur scientia, — pour qu'elle marche, entraînée par la lecture attentive du livre de la Nature, par l'engrenage de la volonté humaine avec ce qui n'est pas de sa création. Cette imposante marche du progrès, sur les scories des populations éteintes, montre d'une façon éclatante que le temps est l'espace que la pensée doit parcourir pour se perfectionner.

Nous ifenoDs d'indiquer en quelques mots la nécessité d'introduire Thistoire des sciences dans Thistoire universelle, dont le mode d'exposition exige une réforme radicale. C'est ce qui ressortira mieux encore de ce qui va suivre.

Progrès i périodes dèterminaUes [ordre phy^

sique). — Lorsque, aux aberrations des sens se trouvent associés les penchants innés dont nous avons plus haut signalé l'action retardatrice \ la correction des erreurs s'opère avec une lenteur extrême. Des hommes qui étaient dans le vrai, mais qui parlaient trop tôt, sont réduits au silence bien plus souvent par l'abus de la force, par le droit abusif de l'autorité régnante, que par le légitime usage de la raison, que par la libre réfutation des arguments mis au service d'une fausse idée^ qui platt à l'imagination et caresse certains dogmes. Bien des générations s'en vont avant qu'on arrive à distinguer le point lumineux, qui annonce l'avènement d'une vérité longtemps méconnue. C'est ce qui est, par exemple, très-bien mis en relief par l'histoire du développement de l'idée que les hommes se sont

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