‹ L'semne devant ses œuvresChapitre 9 sur 28 · LES ACTES · texte numérisé non relu

LES ACTES

Juger c'est comparer. Cette formule, souvent répétée, est incomplète. Car, pour comparer, il faut savoir; et le savoir ne consiste pas seulement dans la connaissance d'une chose, il implique en même temps la conscience qu'on a de soi-même, de sa Yolonté, de sa situation. Nous allons voir de quelle importance est la formule ainsi complétée.

Tous nos jugements reposent sur les contraires. Les philosophes Font établi depuis longtemps, et chacun a dit là-dessus de fort belles choses. Ainsi, ils n'ont pas eu de peine à montrer que nous ne jugeons du froid que par la sensation de la chaleur, que nous n'avons la sensation de la sécheresse que par celle de l'humidité, que nous n'apprécions la lumière que par l'obscurité, etc., et vice versa. Ils ont reconnu aussi que nous n'avons Tidée du bien que par celle du mal, l'idée du juste que par celle de l'injuste, que la richesse ne nous frappe que par Je contraste de l'indigence, etc., et réciproquement.

Tout cela est relativement incontestable. Mais Test-il absolument?

Constatons d'abord que l'ordre physique et l'ordre moral, en apparence séparés l'un de l'autre par un abîme, se confondent ici, dans le jugement, par les contraires de nos sensations et de nos idées. C'est là un grand fait, qui aurait dû de bonne heure donner à réfléchir : c'était l'indice d'une Toie à suivre.

Si, dès le principe, l'homme avait voulu pénétrer résolument au fond des choses, en surveillant l'usage de ses facultés, en corrigeant ses sensations et ses sentiments, il se serait convaincu que l'ordre physique et l'ordre moral sont, en réalité, utils ; il se serait appliqué à chercher la vérité dans le grand livre de la Nature, et il l'y aurait trouvée dans la sublime association de sa volonté au plan du monde, à l'œuvre de la volonté suprême. Ainsi consciente d'elle-même, de sa situation et de sa valeur, la volonté humaine aurait eu le savoir^ c'est-à-dire le moyen de comparer, déjuger et d'agir, sans se tromper. Mais cette science de soi-niême, Yautognosie par excellence, appartient, comme nous l'avons fait voir, à la plus parfaite des espèces pensantes et perfectibles, à rhumanité-type.

L'humanité à laquelle nous appartenons a procédé autrement. Dès ses premiers pas, elle s'est frayé une voie, suivant ses instincts non rectifiés j en dehors des

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