II PRÉFACE
sans égale, serait assurément très-hardie ; mais elle ne me parait point impossible.
Tout dépend de la manière de poser la question. Or, pour bien la poser, il faudrait commencer par tout ramener à une exacte connaissance de soi-même, en projetant tous les mouvements de l'activité humaine comme sur un tableau. Ce tableau, embrassant le passé et le présent, représenterait les actes, les effets de la volonté, tant individuelle que collective, libre d'avancer ou de reculer, de s'élever ou de s'abaisser, suivant l'usage qu'elle fera de ses facultés. Il permettrait de saisir d'un coup d'œil l'écart ou la différence qui existe entre la force dépensée et le résultat obtenu, entre Tidéal qui attire et le travail employé
pour l'atteindre.
Au milieu des pénibles oscillations individuelles, déterminées par la formidable pondération des besoins du corps et de l'âme, deux centres d'attraction d'inégale puissance, on pourrait parvenir peut-être à distinguer la véritable cause de nos agitations contradictoires, de nos inquié^ tantes misères, de toutes ces fermentations tu-
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multueuses, qui composent la marche chancelante de l'humanité.
Les plus grandes découvertes sont restées, pendant des siècles, à l'état latent, le plus souvent contenues dans quelques mots bien simples, jetés comme des semences, sur la voie des générations inattentives. Cette remarque s'appliquera sans doute aussi à la solution de la redoutable énigme qui ne cesse dé se dresser, depuis l'origine de l'histoire, devant l'emploi ou plutôt devant le gaspillage permanent des forces humaines.
Comme il s'agit ici d'un problème à nul autre pareil, je me fais de celui qui pourrait être appelé à le résoudre une idée toute particulière. Voici les conditions qu'il devra, je suppose, remplir.
Pour simplifier le choix, je commence par éliminer du concours, comme entachés d'une incapacité radicale, d'abord ceux dont la vie est trop activement mêlée aux luttes des intérêts et des passions qui rapetissent l'intelligence et oblitèrent le cœur ; puis ceux qui ne jugent ou ne voient les choses qu'à travers le prisme de leurs