‹ L'semne devant ses œuvresChapitre 22 sur 28 · CULTURE MORALE ET INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

CULTURE MORALE ET INTELLECTUELLES

De quelque côté que nous tournions nos regards, tout nous invite au travail. Une terre, non labourée et non ensemencée, ne rendra rien ; il n'y poussera que de mauvaises herbes, désespoir du cultivateur. Plus on laissera, par une inqualifiable négligence, les mauvaises herbes s'enraciner, plus il sera difficile de les extirper : il y a là un rapport inévitable. C'est ce qui a fait établir en principe que la terre ne rapporte que proportionnellement au travail qu'elle reçoit. Ce principe peut très-bien s'appliquer à la cul-

1 . Les qualificatifs, si souvent employés, de moral et d^inleUeC' tuelj ont, en général, une signification très-vague. Je leur donne ici un sens très-précis. Distinguant l'éducation de l'instruction, j'appelle la première culture morale, et la seconde culture intellec' tuelie.

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ture morale et intellectuelle de rhomme. On a comparé les enfants abandonnés à eux-mêmes à des sauvageons. La comparaison est parfaitement exacte. Mais quelle différence, quand on compare entre eux les résultats de cet abandon! Les pommiers sauvages donnent des fruits qui, quelque acerbes qu'ils soient, ont leur utilité. Quant aux enfants, qui n'ont reçu aucune culture, quels fruits pourront ils donner?

Aussi, pourrait-on, à priori, se refuser à croire qu'il y eût des hommes assez déraisonnables pour oublier les intérêts de la famille et de la société au point de laisser se développer librement les penchants de la paresse, de la gourmandise, du mensonge, de la cruauté, effrayants épanouissements d'une volonté absorbante et égoïste, qui se révèle dès la plus tendre enfance. Cependant, ce qui parait si incroyable, n'est, hélas! que trop réel. L'espèce humaine, qui se prétend raisonnable, oublie son premier devoir. Combien n'y a-t-il pas de parents qui mettent la culture de leurs champs au-dessus de la culture morale et intellectuelle? Partout, dans toute population, prise au hasard, les parents prévoyants sont faciles à compter. Puis, on s'étonne que la société renferme tant de ferments de troubles, que le mal, qu'elle porte dans ses flancs, fasse de

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temps à auii*e explosion par des secousses et des révolutions qui menacem de tout engloutir !

Plus que jamais préoccupé de l'avenir de l'humanité, on s'accorde aujourd'hui à regarder l'enseignement comme notre unique planche de salut. Gela se comprend. Il faut renoncer à corriger les adultes qui occupent la scène : on ne redresse pas de vieux arbres. Mais ici, comme ailleurs, il est à craindre que l'accessoire ne l'emporte sur le principal.

Le sort des instituteurs va être amélioré; c'est bien. L'instruction primaire sera obligatoire pou! tous les enfants ; c'est mieui encore. Ceux qui voudraient s'y opposer ne pourraient avoir que des intentions suspectes. L'enseignement sera-t-il laïque ou congréganiste? Là se montre déjà le bout de l'oreille du « vieil homme, » dont il est si difficile de se dépouiller. Cette question, à moins qu'elle n'ait été soulevée que pour alimenter les passions, ne peut signifier que ceci : l'enseignement donné par les uns est-il préférable à celui donné par les autres? Si, dès le début, on eût posé la question en ces termes, on aurait immédiatement touché le point principal ; car on aurait fait le raisonnement suivant. Pour que les générations changent par l'effet de l'enseignement qu'elles reçoivent, il faudra de toute nécessité com-

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mencer par changer l^enseignement. Oo ne fait pas du neuf avec du vieux. Si renseignement reste le même, si Ton continue à élever et à instruire les enfants comme par le passé, comment poun*a-t-on espérer régénérer la société?

Tout est donc à changer ou à réformer, éducation et instruction. Voilà le principal.

Cela bien compris, nous allons passer sommairement en revue les éléments de cette double réforme fondamentale.

L'Édlcation. — Élever un enfant, c'est, avons-nous dit, une volonté à dresser. Si tout le monde savait avec quelle vigueur ces jeunes volontés s'épanouissent, et combien elles ont besoin, avant de prendre leur pli, d'être soigneusement surveillées, jamais ni pères ni mères ne confieraient leurs enfants à des mercenaires. Celui qui prétend que les enfants naissent naturellement bons et qu'ils ne deviennent méchants que dans le milieu social, celui-là n'en a jamais suivi de près le développement. A peine l'enfant peut-il mouvoir les bras et les mains, qu'il cherche à tout attirer vers lui. C'est le premier indice d'une absorption individuelle, qui augmentera dans une rapide proportion.

Bientôt la volonté, fraîchement éclose, se manifestera par des cris dMmpatience. L'enfant exige que chacun lui cède ; il veut être obéi sur-le-champ, et, si on lui résiste, il renforcera ses cris d'impatience par des trépignements de pieds. Un de ses compagnons de jeux vient-il à le contrarier, il se jettera aussitôt sur lui pour le mordre. Et tout cela il le fait instinctivement, sans que personne le lui ait appris, et à Tàge où il commence à marcher et à parler. Il importe dès lors de dresser la jeune volonté, de lui apprendre à obéir.

C'est le moment où Tenfant, s*il était abandonné à lui- même, pencherait de plus en plus du mauvais^ côté. Voyez comment, à trois ans à peine, il cherche à attirer sur lui les regards des personnes qui 'l'entourent, à les occuper de lui ; comme un serin en cage, il se met à faire du bruit pour couper une conversation et ramener toute l'attention sur sa petite personne. Et lorsque, vers l'âge de cinq ou six ans, l'enfant est conduit à Técole, il a déjà pris ce pli moral qu'il pourra garder toute sa vie.

(ihacun sait cela, me direz-vous. Fort bien. Mais alors pourquoi tous ne font-ils pas ce qu'ils devraient faire? — Ah ! il faut avoir tant de patience avec les enfants ! ils demandent tant de soins ! puis, il leur

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