‹ L'semne devant ses œuvresChapitre 23 sur 28 · L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION

faudrait consacrer tous ses instants; puis, c'est si ennuyeux d'entendre crier autour de soi, etc., etc. — Allons, avouez-le franchement : vous préférez vos aises à ce qui devrait vous importer le plus au monde, à cet ineffaçable pli que donne aux enfants la première éducation. Quelle imprévoyance !

Il y a des gradations qui montrent combien le mal nous enlace et nous élreint. Les nouveau-nés, que les mères devraient garder auprès d'elles, sont envoyés en nourrice, souvent très-loin de leurs parents. Ils reviennent, la plupart, viciés au physique — ce qui serait relativement peu de chose — et viciés au moral — ce qui est beaucoup plus grave. Puis, au sein de leurs familles quels tristes modèles peuvent s'offrir à leur instinct imitatif ! Lorsque la discorde ou la débauche est assise au foyer domestique, que voulez-vous que deviennent les enfants?

Pour régénérer une nation, il faudra donc commencer par réformer l'éducation de la femme. De tout temps on s'est accordé sur la nécessité d'élever les jeunes filles de manière à les initier à leurs futurs devoirs, à combattre dès le principe le penchant inné de la coquetterie et de la frivolité. Pendant la décadence de Rome, tous les écrivains stigmatisaient les femmes qui se déchargeaient sur des mercenaires

ITft POUVOIR KT DEVUlfi.

des sûJDS de leurs enfants pour s'occuper toilette et sq livrer sans gène à la dépraTatioq mœun. L'idée que la ntire doit alle-mèmi fies enfants s'est reproduite avec vivacité à te époques de l'histoire. Elle est dooc, depuis clés, pour ainsi dire dan; l'air. 8era-t^«l réalisée aujourd'hui ?

Ce n'est guère probable. La volooté h lorsqu'elle o'a af^ire qu'il eUerméme^ oon arrive dans l'ordre moral, n'est aucuneme sée de se corriger ; ca n'est que dans l'ordr que qu'elle est, comme nous l'avons dit, foi rectifier. Cette considération ne doit pas ce nous arrêter à poursuivre notre sujet.

Deux camps opposés se disputent l'enseigi De quel c6té sera l'avantage? C'esi une ques ne pourra et ne devra être tranchée qu'au p la famille et de la société. Si vous croyea qui rieuce soit encore k faire, vous laisserez &u] et aux congrégaqistes le champ Hbre, et voi drez les résultats. S'il est, su contraire, d^ preuves en mains, que tes femmes qui mé sent leurs devoirs d'épouses et de mères, so plus grand nombre de certaines maisons d'é* que d'autres, tout gouven)ement, jaloux di

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dre les intérêts de la famille et de la société, aufa son devoir tout tracé : il procédera fésolûttient à la fermeture de ces maisons, bied plus dangei'eusês que des maisons de prostitution.

La femme, dressée à Taccomplissement de Ses devoirs, he songera qu'à élever elle-même ses enfants. Depuis leui^ naissance elle les entourera dé tous les soins nécessaires. Elle ne les perdra pas un seyl instant de vue dans la première année de la vie ; car c'est à ce moment surtout que la mortalité fait les plus terribles ravages, et cela précisément par suite de cet abandon, alors que lés enfeints ont le plus besoin de l'assistance et de la tendresse de leurs tnèrës.

Dans la première année, l'enfant doit être entouré de tous les soins physiques que réclament la conservation delà vie et la santé du corps. Dans les trois années qui suivent, le terrain devra être soigneusement préparé pour recevoir les semences de la culture morale et intellectuelle. C'est le moment de surveiller et de diriger les premières explosions de la volonté libre. L'avenir de l'enfant dépendra, en grande partie, de cette éducation initiale, à laquelle remontent nos premiers souvenirs. Continuant, àU moral, ce que, dans la première atttiée, elle avait commencé au physique, cette éducation est seule apte à réaliser le programme

des anciens, souvent répété depuis : « Conserver un esprit sain dans un corps sain, sanam mentem servandam in corpore sano. » Mais ce programme attend encore, comme tant d'autres programmes, son exécution.

Sachant que les mauvais instincts, qui troublent la société, ne se coiTigent point avec le Gode pénal, les hommes auraient dû depuis longtemps porter toute leur attention sur le moment solennel de Tenfance où la volonté flotte, encore incertaine, entre les sentiments faciles qui rabaissent et les sentiments qui rélèvent* Ils ne l'ont pas fait. Aussi cette incurable négligence est-elle un des traits les plus caractéristiques de rinfériorité de notre espèce.

L'Instruction. — Le point de départ de l'éducation ayant été manqué, il était facile d'en prévoiries conséquences. Demandez aux instituteurs combien il y a d'élèves qui aiment le travail et obéissent à leur maître? Us vous répondront qu'il n'y en a pas, en moyenne, un sur dix. Les autres composent l'immense majorité des incorrigibles. Ceux-ci n'aiment que le jeu et font volontiers école buisson nière. Aussi qu'arrive-t-il? C'est que les maîtres, à force de répéter vainement les mêmes admonitions, finissent

par se lasser et par ne concentrer leurs efforts que sur quelques élèves vraiment studieux. Puis, les parents des retardataires viendront se plaindre que leurs enfants n'apprennent rien, et, au lieu de ne s*en prendre qu'à eux-mêmes, ils en rejetteront la faute sur les maîtres. Et ce qui se passe dans les écoles primaires se reproduit pour tous les degrés de l'enseignement. Voilà comment s'expie le défaut de la première éducation.

D'autre part, les méthodes d'enseignement sontelles irréprochables?

Commencer par mettre les enfants en rapport avec les objets qu'il leur importe le plus de connaître et au milieu desquels ils sont appelés à vivre, les faire passer graduellement des choses d'une compréhension facile et attrayante à d'autres plus difficiles à saisir, leur apprendre à être bons et à raisonner juste, insister pour le moins autant sur le développement du cœur et de l'intelligence que sur l'exercice de la mémoire, voilà incontestablement la meilleure méthode àsuivre. L'a-t-on suivie? non; et c'était à prévoir. Le genre humain aurait ici, pour la première fois, fait preuve d'un bon sens qu'il ne montre dans aucune de ses questions vitales. Aussi les méthodes actuelles d'enseignement consistent-elles presque toutes à faire le

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coDt]^aire de ce qu'il faudrait polir faire le meilleur emploi d'un temps si précieux . Charger la inémoire de choses souvent inutiles, mettre de jeunes intelligences, à peine entr'ou vertes, tout à coup en rapport avec ce qui est absolument aU-dessus de leur portée, faire de l'accessoire le principal et du principal l'accessoire, telle est l'essence des méthodes suivies jusqu'à ce jour. C'est le véritable monde à l'envers. Là donc évidemment tout est à refaire.

Mais l'édifice même dés coniiaissaneës qui forment la matière de l'enseignement doit être reconstruit sur de nouvelles bkSes. Le tableau de l'activité humaine, eticastrée dans un espace de trois mille ans, est-il une base d'opération stiffisàtite pour faire sortir de V Histoire universelle, prise daiis le sens le plus étendu, ùii pointlumineùx, propre à nous guider dans la reconstruction de Cet édifice? Oui ; et ce point lumineux se trouve dans ce que je proposerai d'appeler la science de terreur, ou, s'il faut donner à l'enfant ùnnotn grec, la sp^halhiatique.

Nous avons montré plus haut que les sens qui nous trompent, que les sentiments qui nous égarent, doivent être rectifiés , et que ce travail de rectification, qui s'effectue sûrement dans l'ordre physique, est incertain dans Tordre moral ; nous avons

ajouté que Hdtelligenct^, sédilite pûf rimdgiuâtion créatrice, avait besôîti d'êtfé surveillée et contrôlée; que ilds facultés ascendantes ^out toutes sotis la dét)èndânce de là volonté, tandis que les fonctioil^ vitales du corps lui échappent; qUe, darls Timniense majorité des cas, lei {)remièrès sont détourhées de leur emploi légitime par Une volonté ignorante ou avéUgle, etc. TdUt cela forme pour ainsi dire la trdttie de la sphdlrriatique^ ddnt l'histoire, telle qu'elle dev^a être présentée bu enseignée, fournira les matériaux.

L'hUiiiânité, dont l'histoire eUfegistre lés actes, à, répétods-le, débuté par Tefl'eûr.La même reinarque peut ^'appliquer à la rtianiète ddUt l'histoire a été présentée ou enseignée. Seulement, si l'humatilté persiste dans son impulsion initiale, si elle se refuse à fectifler tiè qui Id trotnpe oU l'égaré, nous n'y potilTonS HeU; tandis que nous pouvons changer la fausse lïiaîiièté d'écrire l'histoire, dottt nous âVôns hérité des G^ecs.

Côttlttiënt nos maîtres entendaient-ils là iilàniërë d'écrite l'histoire? Denysj d'flàlîeàrttalsSë Va ùoiis l'apprendre. Voici ce qu'il dit dans sa lèltfë a Pottlpéê : « Le premier et le plus impoHatlt dëvoii* de tdul historieil, c'est de choisit' Un èujët fiôblè et propre à plaifé àUi lecteurs. »

Ainsi rhistoire n'était pour les Grecs qu*uDe affaire d'esthétique littéraire ; elle se confondait avec Tart de plaire. Nous n'imaginons rien. Écoutez ce même historien. « Hérodote me parait, continue Denys d'Halicarnasse, préférable à Thucydide. » — Savez-vous pourquoi?— « Parce que, ajoute-t-il, Thucydide a choisi une seule guerre, qui ne fut ni honorable ni heureuse, et telle enfin qu'il serait à souhaiter qu'elle ne fût pas arrivée, ou du moins qu'un éternel oubli l'eût dérobée à la connaissance de la postérité... Autant l'histoire des belles actions des Grecs et des Barbares est préférable au tableau lugubre de leurs désastres, autant Hérodote est supérieur à Thucydide pour le choix du sujet. »

Nous voilà édifiés sur Tesprit de nos modèles. Avec un tel amour du beau, il était impossible de faire de l'histoire un enseignement utile et véridique.

« Souvenez-vous, disait Lucien, de ne pas écrire pour le moment présent, de ne pas ambitionner les louanges et l'estime de vos contemporains. Fixez vos regards sur les siècles à venir; écrivez pour la postérité, forcez-la à vous donner la récompense de vos travaux, à dire de vous : cet historien est vraiment sincère, on ne voit dans ses écrits aucun mot de

flatterie, rien de bas, ni de servile ; la vérité y brille de tout soD éclata »

Ce précepte était sage. Mais quels sont les historiens qui l'ont suivi? Pas de fausse honte. Ayons le courage d'avouer qu'il en est de la manière d'écrire l'histoire comme de la manière de se conduire : chacun sait ce qu'il doit faire; mais si l'on voulait savoir quels sont ceux qui le font, ils mtyiqueraient presque tous à l'appel.

Si nous considérons, au point de vue de la vérité, l'histoire, telle qu'elle est présentée, nous rencontrerons bien d'autres mécomptes. Par exemple, il est rare de voir tous les historiens s'accorder sur un même fait, et plus le fait est important, plus l'accord devient illusoire. Us ne s'accordent que lorsqu'ils se copient les uns les autres. La divergence commence dès qu'ils se livrent à leurs sentiments personnels pour la mise en scène des événements qu'ils racontent. Le groupement des faits est une préoccupation d'artiste : chacun s'attache à la faco qui l'intéresse. Encore s'il n'y avait là qu'une question de sentiment, le mal ne serait pas irréparable. Mais quand à Tamour de la forme vient se mêler l'orgueil

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