‹ L'semne devant ses œuvresChapitre 27 sur 28 · LA MISE EN DEMEURE · texte numérisé non relu

LA MISE EN DEMEURE

nouspouvonsensuivretoutes les manifestâtioDs, mais nous pouvons, nous devons même en surveiller et en diriger tous les mouvements pour parvenir enfin à intégrer la volonté humaine dans le grand Tout, dont Tunité de plan atteste une pensée unique, une Volonté suprême. L'accomplissement de ce grand devoir, conformément aux principes de l'enseignement nouveau, ci- dessus esquissé, pourra seul nous faire sortir de Tinerlie morale où croupit notre espèce. A partir de ce moment, les discussions mêmes sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme n'auront plus d'objet, elles n'auront même plus de sens. Les hommes seront devenus, librement et consciemment, les coopérateurs, les associés de la Volonté suprême. Ces paroles : « que Ta Volonté se fasse sur la Terre comme au ciel, » ne seront plus une simple formule de prière ; elles seront l'expression vivante de l'activité humaine.

UTfiE TROISIÈME LA CONCLUSION

Arguet mondum de judicio.

Pour conclure, les hommes, que sont-ils?

Celui qui apporta aux hommes la loi universelle de la fraternité, s'écria sur la croix : « Père, pardonnezleur ; car ils ne savent pas ce qu'ils font, d

Ces paroles nous apprennent que les hommes sont des enfants.

Nous ajouterons, que ce sont de méchants en fafits, parce qu'ils savent ce qu'ils doivent faire, et qu'ils ne le font point.

Afin de ne plus laisser le moindre doute à cet égard, nous allons compléter la démonstration.

L'imprévoyance, l'étourderie, l'inconséquence, la contradiction, le manque de bon sens, l'obstination de chacun de tout rapporter à soi, l'égoïsme passionné, les sentiments exclusifs, bref, tous les défauts, tous les mauvais instincts de Tenfance se

manifestent, non-seulement dans la conduite privée des adultes, mais à chaque page de leur histoire universelle.

Pris isolément, les hommes ne font pas la moindre difficulté à reconnaître leurs aberrations : ils en ont la conscience. Mais, pris en masse ou par groupes compactes, dans \wx% rapports de nation à nation, de race à race, ils ne semblent plus en avoir la conscience, ils ne paraissent pas même s'en apercevoir, tant ils sont aveuglés par leurs mouvements instinctifs, par leurs vices héréditaires, non reotifiés. C'est ainsi que Tillubion de la vue, corrigée dans Tordre physique par la soienee, persiste encore tout entière, incorrecte, dans Tordre moral,

Les historiens eux-mêmes partagent TillusioQ commune. Pour eux les sauvages seuls ne sont que de grands enfants; puis ils nous parlent de Tenfaqce, de Vê^e virile et de la vieillesse des nations, sans s'apercevoir que les générations qui passent ne sont, en dernière analyse, que des groupes moléculaires transitoires qui, en se renouvelant sans cesse, font vivre le corps de Thumanité.

La vie turbulente, désordonnée, que les hommes mènent à la surface de la Terre, n'est que la continuation, sur une plus grande éçbeUa> de la vie qu'ils

menaient quand ils étaient enfants. C'est i'applica* tion la plus éclatante de la loi dinvolution^ qui est, dans toute Tacception du mot, une loi universelle.

Ainsi, dès Torigine des Ëtats, les hommes s'in-^ quiétaient de savoir à qui il faudrait confier le pouvoir souverain. Quoique tous divisés entre eux, ils ont toujours fini par s'accorder sur la nécessité de confier ce pouvoir aux meilleurs. Mais, qu'est-il arrivé?

Il est arrivé, pour les Ëtata monarchiques ou républicains, ce qui se passe en tout temps, sous nos yeux, dans la société des écoliers.

Les enfants ont aussi leurs chefs. Ces chefs se sont, pour la plupart, imposés eux-mêmes. Et ce ne sont pas, il s'en faut de beaucoup, les meilleurs qui s'arrogent le commandement ; ce sont, en général, les plus paresseux et les plus tapageurs qui prétendent exercer sur les autres une autorité absolue. Hautains envers les petits, dont ils sont l'épouvante, les grands s'associent volontiers avec les plus robustes, avec les meilleures poignes pour s'en faire une cohorte prétorienne, qui leur serve à se maintenir au pouvoir et à châtier les rebelles. La paix n'est pas de leur goût; iis aiment à faire naître des désordres, ne serait-ce que pour se donner de l'importance en les réprimant.

Les écoliers sont divisés par sections, *— ' j'allais

36i LA CONCLUSION.

dire par nations^ — et les différentes sections sont séparées les unes des autres par des barrières, plus ou moins infranchissables, pour prévenir des conflits fâcheux, que le commun esprit de domination ne manquerait pas de provoquer. La tranquillité se maintient ainsi, tant bien que mal, temporairement. Supposons les différentes sections réunies dans le même préau ; il y aura autant de chefs que de sections. Gare alors la mêlée ! les chefs, tous jaloux de l'agrandissement de leur autorité, ne feront guère entre eux des alliances sincères. Il est rare qu'ils ne viennent pas à se brouiller, pour des raisons souvent très-futiles, presque toujours personnelles, ou pour des motifs qui n'intéressent aucunement leurs sections respectives. Ils se livreront alors, non pas, — ce qui serait plus raisonnable, — à des combats singuliers ; mais ils entraîneront dans leurs querelles leurs sections mêmes, ils les lanceront, — ce qui est absolument déraisonnable, — les unes contre les autres; la mêlée devient générale. C'est le spectacle de la grande guerre. Les troupes compactes sont lesépées avec lesquelles leurs chefs se battent en duel. Ce sont les petits sujets, vainqueurs ou vaincus, qui reçoivent tous les horions, pour la plus grande gloire de ceux qui les commandent.

LA CONCLUSION. 3Gr>

Changeons l*âge et le terrain, transformons les sabres de bois en armes meurtrières, et nous aurons les ruineuses et sanglantes scènes de carnage, dont les récits remplissent les pages de Thistoire du genre humain ; mettons enfin le monde des écoliers à côté de notre monde politique et social ; comparons, et avouons, une fois pour toutes, franchement, sans détour, que nous ne sommes que des enfants, que de méchants enfants.

Mais, pour faire cet aveu, il faut avoir l'esprit libre, indépendant, et connaître surtout à fond Thomme et l'histoire. C'est|ainsique les observateurs, exempts de tout esprit systématique, sont les premiers à reconnaître que nous commençons à peine d'épeler dans le livre de la Nature, tandis que ceux, qui se prétendent capables d'en lire couramment les pages, ne sont que de présomptueux ignorants : ils ressemblent à ces petits enfants qui bégayent en tenant un livre ouvert à rebours.

Quand on examine notre espèce sous toutes ses faces, on est surtout frappé d'un défaut complet de jugement dans les choses les plus essentielles. Ainsi, la société étant une commune mise de fonds, chaque participant a intérêt à ce que la gestion en soit confiée à des hommes tout à la fois capables, in-

tègres et jusles. Eh bien, ouvrez le livre d'histoire : tous ces gérants de société, connus sous le nom de chefs d'États, de rois ou d'empereurs, sont, sauf quelques rares exceptions, non-seulement profondément incapables; mus, comme ils n'ont tous qu'une idée fixe, la perpétuité de leur pouvoir, ils sacrifient à celte idée la justice, la sincérité, la morattié, jiMqu'à la sécurité même d'une nation. Soit parvenus ou aventuriers, soit sortis d'une race où l'on est habitué à se considérer comme d'une pâte différente de celle des autres mortels, tous ces pasteurs des peuples ^ 7c([ji£vsç Xaûv, disparaîtraient bien vite de la scène, s'ils étaient isolés au milieu de leur immense orgueil. Mais ils se maintiennent, protégés par l'épais mur des courtisans ou des intéressés, parasites de la sottise humaine; et s'ils tombent, c'est le plus souvent par leur propre faute, en faisant déborder le vase d'iniquités. La société entière en tressaille alors; ses membres s'irritent comme des abeilles dont la ruche a reçu une forte secousse ; ils s'agitent, s'en prennent les uns aux autres de leur propre imprévoyance, de leurnégligence de la chose publique, puis ils aboutissent à confier de nouveau la gestion de leur bien commun à des mains également inhabiles ou coupables. Et le renouvellement des mêmes catastrophes ne les

Ca conclusion. 367

corrige pas, ne les rappelle point à la raison; ils ne s'aperçoivent pas qu'ils tournent dans un cercle vicieux et qu'ils fournissent à la théorie des peuples mineurs, exploitée par le despotisme, son plus redoutable argument.

Mais pourquoi les hommes, vraiment capables et honnêtes, se tiennent-ils à Técart? Par une raison très-simple, c^est qu'ils sont systématiquement tenus à l'écart par la calomnie, par le dénigrement et le dédain calculés de ceux mêmes qui veulent dominer, et qui ne reculent devant aucun acte de scélératesse pour arriver au pouvoir ou le conserver. A ceux-là l'homme juste d'Horace, a que ni le grondement populaire, ni le menaçant regard du tyran ne détournera jamais de son dessein, » est particulièrement odieux. C'est ainsi que les écoliers studieux, les mieux appliqués à leurs devoirs, sont les véritables souffredouleurs de ces présomptueux et turbulents retardataires, qui tiennent à jouer au commandement.

Quand viendra le tour de ceux qui devront prendre la parole et mériter d'être écoutés? Quand la société humaine aura la conscience d'elle-même, quand elle aura acquis l'âge de discernement* D'ici là elle pourra encore, pendant des siècles, continuer ses honteuses saturnales.

3t>8 LA CONCLUSION.-

C est par une yéritable erreur optique de Tintelligence que les individus nomment âge de raison ce qui n*est que la continuation de t enfance. Voyez plutôt.

Les enfants aiment le jeu; ils ne pensent qu'à jouer; le jeu remporte, etc.: ce sont là des locutions, en quelque sorte stéréotypées, qui caractérisent, en peu de mots, le jeune âge. Au lieu de jeux, mettez plaisirs^ au lieu d'enfance, mettez âge de raison^ et vous n'aurez changé que l'étendue du spectacle. Les enfants passeraient, si on les laissait faire, tout leur temps à s'amuser. Le travail, l'exercice de l'intelligence surtout, leur répugne profondément. Aussi y en a-t-il bien peu qui s'y livrent de bon cœur. A mesure qu'ils grandissent, leurs jeux deviennent moins innocents : ils vont à la maraude, ils commettent des larcins pour satisfaire leur gourmandise, ils font le mal en cachette et mentent ouvertement pour échapper à une correction. Après l'âge de la puberté, l'amour des jeux se trouve définitivement transformé en amour des plaisirs. L'horreur du travail intellectuel persiste.

Sans doute, les hommes, devenus raisonnables ^hq s'amusent plus avec des jouets d'enfant, ils ne jouent plus aux soldats de plomb. Mais ils ont aussi leurs

hochets; le bruit du tambour et de la trompette a pour eux beaucoup de charme; la vue deTuniforme ou d'un costume doré les attire ; tous aiment les distinctions; enfin le paraître continue toujours à remporter sur Yêtre.

Mettre en regard les uns des autres les discours d'hier et les discours d'aujourd'hui de ces hommes qui , tourmentés par l'insatiable désir d'attirer les regards, d'occuper l'attention publique, de se faire remarquer n'importe comment; montrer par un tableau comparatif du passé et du présent de leur vie, combien ces hommes-là méritent le mépris, cela n'empêchera point les innombrables badauds de continuer à les admirer. Non. Pour que le public s'émeuve efficacement, de manière à faire sur lui-môme un retour salutaire, il faudra qu'il soit directement lésé dans ses intérêts par ces ambitieux débitants de recettes, qui se moquent complètement de lui. Que des enfants marchent sur des échasses, pour paraître plus grands que les autres, c'est un jeu qui ne trompe personne. Mais ceux qui se jouent de la morale, ceux qui mentent au moment même où ils protestent de leur sincérité, ceux enfin qui ne semblent avoir appris à manier la parole que pour escamoter, par des sophismes, la vérité qui les gêne, que

pour masquer, par des arguments de presttdigita*iion, réclat de la lumière, ceux-là sont, au pre*mier chef, des malfaiteurs publics, dont la société a le plus grand intérêt à se débarrasser. Car ce qui ne paraissait autrefois que des jeux de rhétorique ou de dialectique, entraînerait aujourd'hui les plus graves conséquences.

Dans cet âge de raison, qu*on oppose à Tenfanoe^ tout va au rebours du bon sens ; le faux et Tartifl^ ciel remportent. Au lieu d'écouter laToix de la raison et de la conscience, qui ne nous trompe jamais, nous nous laissons facilement étourdir par tout ce qui éblouit : le cliquetis et le clinquant, voilà ce qui nous amuse et nous empêche de réfléchir, d*6tre sensés. Au lieu d'apprendre à marcher droit, nous voulons tout de suite, comme de vrais enfants, sauter à pieds joints sur les obstacles qui nous font trébucher. Aussi que de chutes !

Ces hommes « providentiels » qui s'annoncent, et, au besoin, s'imposent, « pour faire le bonheur d'une nation, » comme on les écoute! On sait cependant que leur science n'est qu'un jeu de marionnettes, et on en connaît les ficelles. Si du moins le jeu était varié ; mais il est toujours le môme : c'est toujours la même mise en scène, ce sont toujours les

LA CONCLUSION. 37i

même passions qui apparaissent sur le théâtre : il n*y a de changé, suivant les temps et les lieux, que le costume et le langage. Ceux qui personnifient ces passions sont les héros, les idoles du moment. Leurs discours ne sont guère plus variés. Ils débitent tous les mêmes refrains, tous protestent de leur inaltérable attachement à la chose publique, tous s^exclament, avec des gestes pathétiques, qu'ils n*ont <c d*autre ambition que celle de faire le bonheur de leurs concitoyens. » Mais, encore une fois, ils sont si nombreux les badauds qui les écoutent! Enfin tout cela passe si vite, les mouvements d'élévation et d'abaissement — mouvements de polichinelle — sont si rapides, que le même spectacle peut se représenter plus d'une fois sous les yeux des mêmes contemporains. Ce n'est qu'après que le jeu est terminé que les spectateurs s'aperçoivent, àleura dépens, que les acteurs n'étaient que d'ûffreux comédiens. Passons à un autre sujet.

Nous arrachons des mains d'un enfant une lame de fer avec laquelleil pourrait se blesser. C'est de la prévoyance. Mais combien y a-t-îl d'hommes, dans les mains desquels un autre métal, Targent, fait plus de mal que le couteau entre les mains d'un enfant? On pourrait les compter ces hommes vraiment rai-

sonnables pour lesquels Targent n*est qu'un instrument de travail et de perfectionnement. Pour tous les autres — et ceux-là composent Timmense majorité — Targent est un but d'ostentation, d'étalage, de vaines jouissances.

Regardez ce monde affairé. Que fait«il? Il travaille. Il travaille sans doute à ce qui donne à Thommo toute sa valeur, à ce qui l'élève à ses propres yeux, quand il parle de progrès et de dignité humaine. Oui, cela devrait être : la raison est ici d'accord avec la conscience. Mais il y a, dans l'homme, quelque chose de plus fort que l'accord de la raison avec la conscience : c'est l'amour des plaisirs, au'sommet desquels trônent la vanité et l'orgueil. Cet égoîsme sensuel et irréfléchi, qui fait que les membres d'une même société sont toujours brouillés entre eux, est, comme nous l'avons vu, un des traits les plus caractéristiques de l'enfance.

Pour la rapide acquisition des richesses, les plus nobles facultés sont dressées de manière à fonctionner tout au rebours de leur emploi légitime ; on néglige la culture de l'esprit et du cœur, on délaisse les occupations qui élèvent l'âme, pour se jeter avec ardeur dans les transactions industrielles et commerciales, où toute l'habileté consiste le plus souvent

à se tenir en équilibre sur le tranchant du Code pénal. Les voilà donc ces habiles équilibristes au comble de leurs vœux. Ils sont riches ! Voyez pourtant comme ils ont Tair inquiet, tourmenté. L'ennui les ronge. C'est que les jouissances matérielles ont des bornes, et leurs excès, presque inévitables, sont souverainement désastreux pour la sauté du corps, une de leurs plus vives préoccupations ; puis, aux souffrances physiques — commencement de Texpiation — viennent se joindre d'autres inquiétudes. Riches seulement de tout ce que l'homme peut perdre dans un cataclysme social, ils se cramponnent avec un lâche désespoir à ce qu'ils possèdent. Conservateurs par sentiment plutôt que par conviction, ils sont, en général peu braves à se défendre contre ceux qui n'ont rien à perdre et tout à gagner; ils deviennent rétrogrades d'avancés qu'ils étaient, quand ils avaient leur fortune à faire; puis, acculés par les événements, qu'ils ont en grande partie provoqués par leur démoralisante soif de richesse, ils sont toujours prêts à se jeter dans les bras du premier venu qui promet de les délivrer de leur frayeur en leur donnant une trompeuse sécurité. Leurs enfants leur causent d'autres tourments. Sachant qu'ils seront un jour riches et qu'ils pourront se dispenser

de travailler, ces dignes héritiers suivront le penchant naturel de Toisiveté, mère de tous les vices. Les parents, ainsi atteints dans leurs affections, troublés dans leur intérieur, n'ont, pour comble de malheur, aucune consolation à tirer d'eux-mêmes ; car ils ont, par leur propre faute, l'esprit non meublé et le cœur vide. Us s'avancent ainsi, dévorés de chagrins et sous le poids de leurs infirmités, rapidement vers le tombeau. L'expiation commencée continue. En face de la mort, ils pourront, s'il leur reste un fonds d'idées, réfléchir sur « la vanité de toutes les vanités. i> La redoutable question, jusqu'alors toujours différée ou ajournée, « d'être ou de n'être pas, » se présentera alors inévitablement d'elle-même. Et si, à l'approche de l'agonie, ils demandent, dévots in extremis, « à faire leur paix avec le ciel, » la conscience endormie se réveillera pour leur apprendre que s'ils ont pu, sous le masque de la probité et de belles paroles, tromper leur prochain, ils ne tromperont point le juge suprême. Voilà pourquoi l'Évangile dit, a qu'il est aussi difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un câble [camelus) de passer par le trou d'une aiguille. » Enfin chacun emportera avec soi-même son œuvre, le règlement de son propre compte. Ainsi le vent la justice éternelle.

LA CONCLUSION. 37ii

Telle est, eu peu de mots, Thistoire de ces hommes à courte vue, qui s'imaginaient trouver le bonheur dans ce qui fait leur malheur, et qui, chose plus grave, contribuent souvent à rabaissement moral d'une nation entière. Quels méchants enfants!

Tout cela, sans doute, est bien connu; personne ne l'ignore. Mais pourquoi alors ne profitez-vous pas de la leçon ? Pourquoi vous la faut-il répéter sans cesse? Incorrigibles écoliers !

En somme, tout bien considéré et mûrement pesé, la société humaine est une véritable école, un champ d'exercice. Les bons, qui sont en minorité, sont honnis par les mauvais qui forment la majorité.

Mais, si les hommes ne sont que des enfants, cela ne veut point dire qu'ils soient irresponsables de leurs actes, et que le code de justice leur soit inapplicable. En ne corrigeant pas les instincts qui les portent au mal, ils savent parfaitement ce qu'ils font, ils le savent tout aussi bien que les enfants qui font l'école buissonnière. Donc, les premiers comme les derniers sont également coupables.

Les mauvais écoliers sont punis* Mais les maîtres n'ignorent pas combien les punitions qu'ils leur infligent sont insuffisantes quand une fois le pli est pris par suite du défaut de l'éducation première. La même

remarque s*applique, a /Î9r/(/ri, aux mauvais citoyens, ladépendammeni de ce que leurs actes, reconnus répréhensibies, ne tombent pas tous sous l'application de la loi, le système de répression est ici bien autrement insuffisant. Non-seulement il détourne bien peu de personnes de la mauvaise voie, mais il va tout à rencontre du but proposé: les repris de justice sont là pour en témoigner. Quant au châtiment et à la récompense que la religion tient en perspective, c'est un système au moins tout aussi impuissant à rendre les hommes meilleurs. La preuve ? Elle est surabondamment fournie par ceux-là même qui font montre de religion, et qui se conduisent — leurs actes l'attestent — comme s'ils ne croyaient qu'à la matière, qu'à leur corps.

Restent les bons. Ceux-là souffrent de voir leurs semblables aller à la dérive, entraînés par des penchants incorrects, et de se sentir en même temps impuissants à les retenir dans leur chute. Mais ils sont en si petit nombre! Puis ils sont toujours refoulés au dernier plan par ceux qui font de la vie une désordonnée course au clocher. Que les bons cependant ne se laissent point abattre ; qu'ilsretrempent leur courage dans cette universelle loi de la Nature, d'après laquelle une petite quantité peut devenir la cause d'un

grand changement ^ C*est à eux d'arborer la bannière du progrès dans Tordre moral.

A quoi reconnattrons-nous nos chefs de file ? A leur modestie, à Tamour du travail, à Thorreur de Toisiveté, à la haine de Thypocrisie et de toute vaine ostentation. Inconnus ou dédaignés de l'ignorante multitude, ils passent leur vie à faire le bien ; ils ont pour amie et conseillère la conscience, seule capable de donner à tous le calme de Tàme, la vraie liberté, le vrai bonheur^.

Nos modestes inconnus, phalange de Tavenir, sont les antipodes de ces spéculateurs du libéralisme, qui, suivant les errements de la civilisation classique, passent leur temps à conspirer, non point pour mieux faire que ceux qui sont au pouvoir, mais pour se mettre à leur place. Ils n'ont rien de commun avec cette foule dorée qui occupe les antichambres des puissants du jour, en attendant qu'elle les déserte pour se tourner du côté du soleil levant. Ils repoussent enfm toute solidarité avec ces faiseurs de phrases

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