‹ L. Tieck et le Théatre espagnolChapitre 12 sur 108 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Première période romantique de Tieck aS

1798, notre critique n'avait donc pour l'Espagne qu'une sympathie bien tiède etpeu éclairée. La part qu'il prit à la traduction du Don Quichotte et à la polémique entre Tieck et Soltau aviva ses curiosités hispaniques. L'enthousiasme de Tieck fit le reste. En 1801,G. Schlegel se met à l'étude du drame espagnol; il projette de publier un recueil de traductions dramatiques, et commence par le début de la Nmnance et quelques pièces de Galderon ; il y travaille toute l'année 1802 ; sa traduction de Galderon contenant : Die Andacht zwn Kreuze^ tîber allen Zauber Liebe, die Schœrpe und die Blume^ parut à Pâques 1803 ».

En même temps, Guillaume commençait sa propagande critique. Ses conférences de Berlin (1801-1804) firent sans doute une place importante à Galderon. A Lope * elles reprochèrent sa prolixité, son excessive abondance, son manque de plan. Galderon au contraire apparut comme un exemple d'une poésie tout à fait différente de Shakespeare, mais pas moins parfaite. Gomme Dante, Galderon fut consacré véritable théologien.'

En 1803 parut YAufsatz ûber das spanische Theater, qui était une sorte de préface à la traduction du théâtre. G. Schlegel réservait cet article à la Zeitung fur

1. L'étude des rapports de G. Schlegel avec le drame espagnol a été faite par E. Miinnig, Calderôn und die altère deuische Romantik, Mayer et Mûller, Berlin, 1912, p. 7 sq. C'est de beaucoup l'article le mieux soigné et le plus complet de l'ouvrage qui, du reste, se borne aux protagonistes de l'école, Guillaume et Frédéric Schlegel, et L. Tieck, se désintéressant à peu près de leur milieu et des idées romantiques où ils ont évolué.

2. Les notes qu'il prit en vue de ces cours et qui ont été éditées par J. Minor dans les Deutsche Literatur-Denkmalen, des 18. und. 19. Jh. vol. 17-19, ont gardé peu de traces de ces critiques caldéroniennes, mais il est assez vraisemblable que G. Schlegel dut, dans ses développements oraux, remplir de nombreuses lacunes. Voir pour Galderon, I, 110, III, 192, pour Lope, II, p. 205.

die élégante Weit, mais la fit paraître dans VEuropa '. Dans cette dissertation, notre critique rendait hommage aux mérites de Lope, à la vérité de la peinture, qui atteint parfois à la grossièreté, mais ne manque pas de vigueur, qui joint à l'élégante mondanité et à un comique incomparable, des situations intéressantes et beaucoup d'action dramatique. Il confesse qu'on ne connaît pas assez Lope, par suite surtout du manque de livres, mais déclare qu'une douzaine de pièces suffit à éclairer le lecteur sur sa manière. Lope ne surprend point par des élans vers des hauteurs extraordinaires, ni par la découverte de profondeurs inconnues. Dans ses drames historiques, il faut noter la barbarie de la forme, mais admirer la peinture des caractères ; les pièces à sujets modernes, par exemple, renferment beaucoup d'esprit de bonne compagnie. 11 est peu de ces pièces qui, remaniées et mises au point, ne pussent faire grand effet sur la scène allemande.

Lope de Vega ^ n'est donc pas condamné sans appel et sans réserves ; mais il apparaît bien petit à côté de Calderon. Galderonest un poète, digne plus que personne de ce nom. Schlegel reconnaît l'avoir pris d'abord pour un maniériste ; mais depuis il a découvert le romantisme de son style et l'essor de sa poésie. Calderon n'a pas écrit une ligne négligée ; tout est au contraire achevé, calculé d'après des principes très conséquents et selon les intentions artistiques les plus profondes : tout est d'un maître parfait. Il faut distinguer dans son œuvre quatre classes de comédies, les pièces bibliques et légendaires,les pièces historiques, les drames mytholo-

Page 1