Ibid
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demi-oriental qu'est l'Espagnol. Le culte exalté de la forme groupe les enthousiasmes auprès des artistes du vers, autour de Galderon, en particulier.
L'hommage de Tieck est double : il exprime son admiration dans un article de critique qui salue la traduction de G. Schlegel, et d'autre part, il s'efforce à son tour de créer un drame romantique dont la forme tout au moins s'inspirera des modèles caldéroniens et tâchera de les acclimater définitivement dans la poésie allemande.
L'article parut anonyme le 7 juin 1803, dans la Zeitung fur die élégante Welt ', et soutint franchement les points de vue de l'école. Le Spanisches Theater, dit l'auteur, est le pendant du Shakespeare ; il est même plus important que la traduction du poète anglais, car celui-ci est devenu depuis trente ans assez familier aux Allemands, qui connaissent sa langue, possèdent des traductions bien prosaïques, mais fidèles de son œuvre, et ont même vu certaines de ses pièces sur le théâtre. La scène espagnole au contraire a été jusqu'à maintenant comme une terre lointaine, soupçonnée seulement d'après les descriptions de quelques rares voyageurs.
1. N° 68. L'article, signé T., ne saurait être que de Tieck. Les idées, entièrement conquises à G. Schlegel, les remarques relatives aux mètres ou à la forme, et qui sont familières aux amis immédiats de Schlegel, le style qui est à la fois d'un poète et d'un critique, les rapprochements avec le théâtre anglais et Shakespeare, qui est courant dans la critique de Tieck, enfin la note, de la rédaction qui attribue le compterendu à « l'un des connaisseurs les plus parfaitement au courant de la littérature dramatique de l'Espagne », tout contribue à affermir cette conviction que c'est bien Tieck qui a voulu profiter de cette occasion pour rendre hommage au poète espagnol dans une revue considérable et dont il était déjà collaborateur. S'il n'a pas recueilli le compte-rendu dans ses Kritische Schriften, c'est qu'il le trouva sans doute trop superficiel et que du reste son point de vue s'était, depuis, très modifié.
3o L. Tieck et le Théâtre espagnol
Les traductions qu'on en avait n'étaient que des extraits remaniés et défiguraient en particulier Galderon. Le travail de G. Schlegel a mis fin à ces misères et nous fait connaître enfin la véritable physionomie de l'auteur espagnol.
L'article respire la plus enthousiaste admiration pour l'Espagne : « Le lecteur se trouve transporté comme par un enchantement parmi les fleurs printanières d'une lointaine zone. » Galderon lui apparaît comme l'esprit le plus remarquable et l'artiste le plus consommé de la littérature dramatique de l'Espagne. Le critique note l'originalité de ses formes, la splendeur de sa poésie et l'ingéniosité de ses intrigues. La Dévotion à la Croix passionne irrésistiblement par le pathétique de ses situations, en même temps qu'elle évoque dans notre âme les sentiments les plus profonds ; L Amour plus fort que tous les charmes se ioMe parmi la plus riche magie de couleurs du fantastique et du merveilleux ; LEcharpe et la Fleur combine les intrigues les plus ingénieuses de la vie mondaine et de la galanterie pour en tirer les aventures les plus compliquées et les plus amusantes. « Cette belle variété n'est qu'un échantillon des infinies richesses d'un poète dont le nom sera bientôt chez nous aussi célèbre et vénéré que celui de Shakespeare. » Le parallèle s'impose à notre auteur ; mais il en conclut tout de suite à un antagonisme insoluble, qui est « l'antithèse même du Nord et du Midi, la profondeur du génie qui pénètre jusqu'aux plus secrets mystères de l'âme et l'ardente fantaisie qui répand ses rayons sur la nature entière ». Les deux poètes sont également grands ; mais Galderon l'emporte sur Shakespeare pour ce qui est de la clarté et de l'elFet dramatique ; son théâtre agit sur des couches plus larges que celui de Shakespeare ; le poète anglais frappe tous
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ceux qui ne sont pas fermés absolument à toute émotion d'art, les conquiert avec une puissance merveilleuse, et pose devant leur esprit des problèmes singuliers, mais il n'est vraiment et parfaitement compris que de ceux qui savent à la fois jouir de la poésie et philosopher. Calderon au contraire conçoit la vie d'un point de vue plus simple et plus immédiat ; il joue avec elle, et représente ce jeu souriant dans la structure tout entière de ses drames et dans les formes poétiques soigneusement travaillées qui donnent tant de grâce à son style. Shakespeare lui semble donc un plus grand penseur, Calderon un plus brillant poète.
La même année, Tieck affirmait encore sa foi caldéronienne. « Nous sommes en un temps où s'éveille à nouveau l'amour et l'intelligence du beau, dit-il dans sa préface aux Altdeutschen Minnesânger (1803) ; on lit et étudie les poètes espagnols avec tout le zèle qui est possible en Allemagne ; la traduction de Calderon promet d'exercer la meilleure influence S »
Tieck est donc tout acquis à la religion de Calderon ; mais il se tient à l'écart de la propagande critique ; la seule passe que l'on puisse lui attribuer est anonyme. Aussi n'agit-il pas directement sur le développement de la légende caldéronienne ; tout l'honneur de la découverte et de la lutte resta à G. Schlegel. Tieck se consacre tout entier, vers cette époque, à la création poétique ; ce sont dès lors surtout des qualités de forme qu'il admire chez Calderon ; au lieu de s'intéresser, comme les Schlegel, au symbolisme de son œuvre, il en regarde de préférence les côtés extérieurs, les voiles brillants et l'incomparable richesse. Et lui-même va tâcher de tirer parti, dans ses créations originales, des
1. Kril. Schr., I, p. 189. (Voir aussi éd. Witkowski, IV, p. 3.)
3 a L. Tieck et le Théâtre espagnol
leçons de style et de versification qu'il a trouvées auprès de l'artiste espagnol.
Avant ses grands drames romantiques, Tieck' était déjà partisan d'une métrique plus souple et plus délicate, qui laisse seulement apparaître Tharmonie profonde du sentiment, qui soit une musique discrète et enveloppante ; les modèles du moyen âge avaient largement contribué à étendre son goût. Le spectacle du lyrisme méridional confirma ses idées et ses préférences. La forme prend dans son œuvre un rôle essentiel ; il n'est pas poussé, comme Gœthe, à la production poétique par les irrésistibles élans de son cœur, ni par la fécondité créatrice de son imagination, mais son âme est toute musique et toute poésie ; et toutes les ombres qui passent emportent des chants et des rythmes qui se pressaient dans la fantaisie du poète *.
Peu importe dès lors la vérité de l'action, la logique des caractères et la régularité du dessin ; tous les personnages sont des reflets de l'âme du poète, l'inspiration tout entière est proprement lyrique, d'un lyrisme nébuleux et détourné. Tout est une occasion à de belles chansons et de belles strophes. Aussi Tieck se préoccupa-t-il surtout d'étendre les ressources de sa langue et de sa métrique, et son imitation de Galderon resta toute formelle.
La même fée qui avait guidé ses pas vers l'Espagne romantique le mena vers les contes charmants et aventureux de la littérature populaire. A Galderon pas plus qu'à Shakespeare, Tieck ne prit aucune figure, aucune