‹ L. Tieck et le Théatre espagnolChapitre 27 sur 108 · Schriflen. Vorbericht zur drilten Lieferung, \l, p. LXIV · texte numérisé non relu

Schriflen. Vorbericht zur drilten Lieferung, \l, p. LXIV

3. En 1804-1805, Tieck conçut le plan d'une tragédie de Balduin à la manière espagnole : c'est une nouvelle qui fut écrite, mais beaucoup plus tard (Der griechische Kaiser, 1830).

Evolution de Tieck. — Mysticisme et inaction.

T^ENDANT le long silence de Tieck, Calderon poursuit '^ sa marche envahissante. Les hommages affluent, et c'est G. Schlegel qui les reçoit au nom du poète qu'il vient de traduire et de commenter. La traduction et le commentaire donnent de Calderon une idée assez diverse ; c'est le Calderon religieux, mythologique et comique, en somme le Calderon romantique, et qui vient à son heure.

Le public l'accueille avec ferveur ; la revue Jenaisclie Allgemeine Literaturzeitung publie un compte rendu très enthousiaste. Calderon fut, dit-elle, « le plus grand poète dramatique de sa nation et l'un des plus grands que le monde ait jamais vus. 11 est aussi unique, aussi inaccessible que Shakespeare. Mais pour autant qu'ils se ressemblent par leur universalité romantique et leur infini génie créateur, ils sont, par leurs conceptions générales et leur art, complètement opposés... Les figures de Calderon apparaissent comme derrière un voile ténu et transparent, enveloppées dans une clarté magique, qui est soit un sens caché et allégorique, soit un symbole mystique, le fantastique d'un état d'âme aventureux ou l'effet secret de la sympathie. » Les traductions espagnoles réjouissent le critique, car elles

apportent à l'Allemagne de nouvelles sources de jouissances, de nouvelles sources d'inspiration. L'Espagnol, vivant sous des cieux plus cléments, acquiert à un degré plus puissant que les races du Nord, le sentiment de la vie réelle, la passion ardente, le libre essor de la fantaisie ; il est moins renfermé en lui-même, et vit pleinement la vie de ses sens ; aussi le drame espagnol n'est-il point une minutieuse analyse de caractères, mais un monde véritable de poésie. Il peut animer, rafraîchir, féconder le génie allemand. Mais il faut se garder « des imitations dans le genre de celles qui sont essayées depuis quelque temps » *.

La Neue Leipziger Zeitung, qui n'avait pourtant pas de sympathie pour la nouvelle école, se félicitait aussi d'avoir enfin un exemple de ce théâtre espagnol dont on parle tant, disait-elle, sans compétence '.

Parmi les auteurs eux-mêmes, peu résistèrent à la contagion. Les philosophes, dont la voix écoutée ralliait encore les initiatives les plus diverses, donnèrent l'exemple. Schelling, de qui la culture littéraire était rudimentaire, s'enthousiasme sans réserves. On le voit en 1802 ardent à se procurer une œuvre de Galderon ; il la demande à G. Schlegel, il la demande à Gœthe ; et quand il a lu la Dévotion à la Croix, quels transports ! « La pièce de Galderon m'a jeté dans un grand ravissement. Gest une conception absolument nouvelle, et qui ouvre, plus qu'on ne saurait dire, des perspectives sur les grandeurs dont est capable la poésie romantique... Ce retour de la pièce tout entière vers une doctrine première, le dénouement religieux, tout cela touche à l'antique, sans cesser d'être romantique et

1. /. A. L. Z., 1806, n" 106, p. 233 sq. (3 mai), signé C. f. v. Z.

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