Ibid., p. 340 note, sq
Calderon et l'Allemagne préromantique 9
tout embelli et a rendu le vice dangereux. Blas Nasarre admire cependant le naturel et la légèreté du style de Lope, et la noblesse gracieuse du style de Calderon. Il reconnaît aussi le savoir-faire dramatique avec lequel le poète excite et ranime l'intérêt de ses intrigues. Dieze trouve la critique espagnole amère et excessive • ; si on se place, dit-il, au point de vue de la poétique aristotélicienne, on n'y saurait trop contredire. Mais Calderon est encore populaire en Espagne ; il a autant de génie que Lope de Vega, qu'il dépasse souvent de beaucoup, non par le nombre de ses pièces, mais par l'invention, l'exécution soignée de ses drames et son art. Les plans sont souvent très heureux, et toujours construits avec un art surprenant. 11 y a dans ses comédies des caractères excellemment dessinés ; il fait parler à ses personnages un langage trop choisi. Sa langue est belle, gracieuse, noble, sublime, parfois ampoulée et peu naturelle. « La grande irrégularité qui règne dans ses pièces et qu'on blâme avec raison, n'empêche pourtant pas qu'il ne soit un poète dramatique dont on puisse beaucoup apprendre *. » Le théâtre espagnol est pour la littérature allemande une mine précieuse et inépuisable. Les Français y ont pris à pleines mains ; les Allemands peuvent à leur tour en retirer des trésors.
Pour faciliter cette enquête, il fallait mettre son théâtre à la portée de tout le monde. Aussi Dieze annoncet-il un livre qui traduira les meilleures et les plus remarquables des pièces de Lope, les unes tout entières, les autres en fragments '. La critique de Dieze eût pu