Ibid., p
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Frédéric Schlegel, sous la double pression des événements politiques et de son évolution religieuse, était arrivé à la conception d'un art véritablement national et chrétien, dont il chercha les illustrations dans l'histoire de la littérature et dont la plus parfaite expression fut à ses yeux l'art espagnol en général, le théâtre de Galderon surtout \
Le théâtre espagnol est, dit-il, le premier fruit de la poésie chevaleresque ; il est absolument indépendant de toute influence extérieure, et c'est pourquoi il exprime si admirablement l'âme nationale. Son premier maître, Lope de Vega, ne nous donne de ses mérites qu'une idée confuse car ses innombrables pièces sont superficielles et peu soignées ; il y règne une certaine uniformité qui explique cette fécondité extraordinaire ; toutes les pièces d'un poète, d'une époque, d'une nation reposent sur une idée générale et commune, qui est la même chez toutes, et dont chaque pièce est une manifestation. C'est d'après cette idée fondamentale que Lope improvise. Parmi les improvisateurs de toutes les nations et de tous les temps, Lope est le premier, et celui qui a le plus de talent poétique : il a la richesse de l'invention, l'éclat du style, une langue poétique et une ardente imagination, toutes qualités qui sont du reste fort communes en Espagne ; mais le théâtre ne comporte pas de négligence. Il y a des pièces qui nous
1. Fr. Sch\egc\, Geschichte der allen und neuen Lilleraiur. Vorlesitngen gehalten zu Wien imJahre ISIS, Vienne, 1815. Voir surtout p. 116, sq.Dans VAnzeige von Gœlhe's Werken, 1808 (Voir les Sâmmll.Werke, 2''éd.,1846, t. VUI, p. 119 , Frédéric Schlegel se félicitait déjà des progrès faits par la littérature allemande : « Tieck et ce que A. G. Schlegel a traduit de l'espagnol ont trouvé des imitateurs et on ne saurait dénier à tous ceux-ci le talent poétique ; le malheur est qu'ils nous aient reproduit la beauté romantique du drame espagnol sous une forme bien trop diminutive. »
Evolution de Tieck. — Mysticisme et inaction 65
montrent l'apparence fugitive de la vie, ses complications, sa surface brillante, sans profondeur et sans portée : c'est le théâtre de Lope et de beaucoup d'autres auteurs espagnols ; et c'est le genre dramatique le plus bas. Le deuxième stade montre avec les passions et les réalités pittoresques leur sens profond, l'idée qui les domine, derrière les actes, les caractères, dans la vie, l'âme : le plus grand de ce groupe est Shakespeare. Mais la poésie dramatique a un autre but plus haut : c'est non seulement d'exposer, mais encore de résoudre l'énigme de l'existence, dégager la vie des confusions de la réalité et parvenir jusqu'à sa forme et son évolution suprêmes ; elle s'élance vers l'avenir et éclaire les mystères de l'homme intérieur : c'est l'art chrétien, c'est l'art de Galderon. Schlegel cite les œuvres les plus connues : la Dévotion à la Croix et le Prince Constant. Le christianisme n'est pas tant dans les sujets de ces pièces, mais dans le sentiment et l'art original ; même quand la matière s'y prêtait le moins, Galderon apparaît comme poète croyant. « C'est, dans toutes les situations et sur tous les rapports, le poète chrétien par excellence et c'est pourquoi il est le poète le plus romantique'. » Cependant, Calderon a un défaut : il précipite le dénouement, et perd le meilleur de ses eflEets dramatiques. Mais tout est enveloppé par le charme merveilleux de l'art caldéronien, la réalité devient romantique, et le romantisme est toute poésie. Cependant, et précisément parce que ce théâtre est national, on ne saurait sans danger en introduire l'imitation en Allemagne. « Cette abondance de fleurs et
1. Geschichte, etc., p. 128. « Le romantisme repose sur le sentiment d'amour qui règne en poésie avec le christianisme et par le christianisme... Le romantique désigne seulement la beauté et la poésie spécifiquement chrétiennes, etc. »
d'images qu'engendre une fantaisie méridionale peut être trouvée belle quand cet excès fait partie de la nature elle-même, mais aucun artifice ne peut la reproduire'. » Mais on devrait tout au moins chercher, d'après l'exemple de Galderon, à entourer de poésie nos drames' modernes.
C'est encore au poète que vont les adorations poétiques de Fr. Schlegel.
Ein Zauber liegt im Meeresgrunde ; Kein Garten, nein, aus kùnstlichen Krystallea Ein Wunderschloss, wo, blitzend von Metallen, Die Baeumchen sprossen aus dem lichten Grande.
Kein Meer, wo oben, seitwaerts, in die Runde Farbige F'iammenwogen uns umwallen, Doch kijhlend, duftend aile Sinne allen Entrauben, sùsz umspielend jede Wunde.
Nicht Zaub'rer blosz von diesen Seeiigkeiten, Bezaubert selbst wohnet, zum schônsten Lohne, Im eignen Garten seelig selbst der Meister ;
Drum sollen aile Feen auch bereiten
Des Dichterhimmels diamantne Krone
Dir, Galderon, du Sonaenstrahl der Geister -.
La propagande nouvelle des Schlegcl eut des conséquences très vastes. Galderon acquit une véritable popularité, et apparut désormais comme un des maîtres les plus incontestables de l'art romantique.
La traduction de G. Schlegel ne recueillit certes pas que des éloges. « Les deux pièces du nouveau volume de Schlegel sont beaucoup plus mauvaises que celles du premier... dans le Pont de Mantible, l'intrigue est