Cf. Breymann, op. cit., p
4. Mais Hoffmann tarde à se mettre au travail, puis meurt avant d'avoir rien fait. La pièce est alors confiée à J. P. Schmidt. Voir les E. W. Contessa's Schriften, t. 1. Préface de Houwald, p. VU.
5. Dans son article : Ueber die Auffûhrung der Schauspiele des Cal-
jo L. Tieck et le Théâtre espagnol
« Lorsque les pièces de Galderon, dit-il en 1812, furent popularisées en Allemagne par la traduction de Schlegel, elles ne firent pas peu d'effet ; cependant rares sont les gens qui ont pu comprendre leur profond romantisme, qui se sont convertis d'une âme véritablement poétique à l'Eglise invisible, qui combat avec une divine puissance contre la vulgarité, l'ennemie héréditaire, et qui sera et restera l'Eglise triomphante. » La plupart considérèrent les drames de Galderon comme une curiosité de l'époque où l'art dramatique naissait à peine ; aussi pas un théâtre n'osa-t-il s'attaquer à ces pièces. Seule la scène de Weimar voulut donner l'exemple; Bamberg suivit, non sans hésitation; on se demanda, autour de Hoffmann, si on pouvait compter sur la faveur du public et quel drame avait le plus de chances d'être bien accueilli. C'est VAndacht ziim Kreuze qui eut alors le moins de suffrages, et c'est pourtant elle qui séduisit le plus le grand public. « Un public, qui comprend des drames comme ceux de Galderon dans leur pleine beauté et toute leur force, qui pénètre à la fois profondément l'ensemble et le détail, ne serait sans doute pas facile à trouver ; mais il fallait de plus qu'il fût capable plus que d'autres de saisir l'idée, la tendance de la pièce, et de se laisser em-
deron de la Barca, auf dem Theaier in Bamberg (dans Mnsen, de Fouqué, 1812, III, VI, 128 sq. Hoffmanns Werke, t. XV, p. 195 sq.) Cf. les déclarations de Hoffmann relatives à Galderon dans les Seltsame Leiden eines Theater-Direktors, 1818 (Werke, t. IV, p. 76). « La Dévotion à la Croix excita un enthousiasme universel... Des pièces, comme la Dévotion à la Croix, le Prince Constant, le Magicien prodigieux, qui reposent sur le plus profond principe catholique, sur une idée absolument étrangère à toute autre église, ne peuvent être jouées avec vérité et leur effet que par des acteurs catholiques devant un public catholique... Si on veut jouer des pièces de Galderon en des lieux non catholiques, que l'on prenne La grande Zénohie, le Pont de Mantible... »
Evolution de Tieck. — Mysticisme et inaction 7»
porter par la puissance de la langue et l'élan de ses hardies et fantastiques métaphores. » Le public de Bamberg, dont le goût n'était point perverti, et dont la foi catholique était entière, comprit admirablement l'inspiration catholique de la Dévotion à la Croix. Le dénouement, conte Hoffmann, fut truqué : Eusebio rentra dans son tombeau, Julia apparut sous ses habits de nonne, et dans le ciel glorieux, Eusebio l'appelait d'un geste muet. Aussi le théâtre fut-il considéré par beaucoup comme un lieu de pieuse édification, où se donnèrent rendez-vous dévots et prêtres. Le Prince Constant fut, malgré les innovations du décor, moins goûté : beaucoup ne comprirent pas l'idée de l'œuvre, qui est de représenter le martyre chrétien de don Fernand. Le Pont de Mantible intéressa moins encore, car il ne convient qu'à une grande scène. Hofi&nann est donc obligé de constater que le public de son théâtre se préoccupa moins de la valeur esthétique ou de l'originalité littéraire de Calderon que de l'inspiration religieuse de quelques-unes de ses pièces.
Quoi qu'il en soit, l'intérêt s'éveille. La librairie ellemême vient encourager cette popularité. Norwich publie en 1809-1810 son Teatro espanol ', qui est trouvé trop cher ' ; il promet 12 volumes au moins ; de Calderon paraissent La Devociôn, La Vida es sueno, El principe constante, Los empenos de un ocaso. Mais l'entreprise est tout de suite à bout de souffle.
1. Teatro espanol dado à luz... Brema, Heyse, vol. I, 1809. II, 1810. Annoncé déjà dans 1' J. A. L. Z. Inlellicfenzbl du 21 janv. 1809, n" 7, p. 53. L'annonce est datée du 14 nov. 1808. Norwich se vante dans la même revue, n" 27,8 avril 1809, de l'appui « de savants espagnols». Contre le Théâtre de Norwich se dressent les éditeurs de la Biblioteca espanola-italiana, Stendel et Keil. Allff. Anz. der Deutschen, n" 31 (1" fév. 1809) et un anonyme {Berl. Zeit. 20, du 16 fév. 1809).
2. Zeit. fiir deiitsche Philologie, 1904 {Briefw. mit E. v. der Mal»bvrg), p. 222,
Calderon envahit donc tous les domaines : la librairie, le théâtre, la critique, la poésie. Il est amusant de voir l'indignation d'un Allemand constatant les résistances françaises ; Rehfues, le voyageur, revenant d'Espagne, prend en termes très vifs le parti de Calderon contre Leconteu de Gantelu qui l'avait maltraité S En peu d'années la gloire de Calderon s'impose en Allemagne et s'établit solidement.
Tieck ne pouvait rester absolument en arrière d'un mouvement qu'il avait tant contribué à déclancher. Pendant de longues années, il avait eu à lutter contre la maladie et sa paresse naturelle. En 1811, il recouvre ses énergies et revient à Calderon. Après G. Schlegel, il croit devoir exposer tout au long sa conception du poète espagnol et contrairement à ses habitudes, il organise son étude en une dissertation à peu près suivie, qu'il insère dans la préface de son Alt-Englisches Theater (1811) ^
Déjà s'affirment les progrès de sa culture scientifique. Son intelligence avisée se refuse à voir dans les phénomènes littéraires du passé des éclairs mystérieux et soudains. Le drame espagnol, comme le drame anglais, lui apparaît comme un moment remarquable, mais explicable de l'histoire littéraire du monde, et qui a sa place dans l'évolution de la vie sociale.
Les romantiques avaient, depuis Novalis, évoqué volontiers l'image de l'Europe médiévale, où toutes les nations, unies par une même foi, ne formaient qu'un