‹ L. Tieck et le Théatre espagnolChapitre 5 sur 108 · A. û. B., Berlin, 1783, p · texte numérisé non relu

A. û. B., Berlin, 1783, p

€. Spanische Sprachlehre iind Clirestomatliie, 1190, Hclmstedt, pref. p. 2. Galvi donne (p. 135 sq), de Lope, la fin du livre III de la Jérusalem.

Calderon et rAlIemagne préromantique 1 1

Butenschœn, qui se proposait d'adapter à la scène allemande quelques-uns des meilleurs drames espagnols de Lope et de Calderon, espérait qu'ils pouvaient plaire et que ces deux poètes méritaient l'attention du public. Il admirait dans Calderon le feu de sa poésie, la beauté de sa langue, la peinture des caractères, mais l'accusait d'irrégularité ; il accusait de même Lope d'avoir corrompu le goût de ses contemporains. Tous deux, disait-il, sont fils de leur temps, mais on ne saurait leur comparer les « génies » modernes, qui de parti pris appliquent mal les bonnes leçons reçues '.

Un autre et plus sérieux critique, Blankenburg, étudia le théâtre espagnol dans l'esprit de Lcssing. « Les comédias, dit-il, ne sont pas conçues suivant les modèles classiques, mais en revanche elles respirent la vie et la vérité, bien plus que beaucoup de pièces faites suivant ces modèles. On n'y trouve pas de développement de caractères ; tout l'intérêt est dans le comique des situations et la complication de l'intrigue ; la bizarrerie de ce théâtre estjustifiée par l'originalité des mœurs populaires. Le critique se défend de comparer le drame espagnol au drame anglais, ou à celui des autres peuples ; le mélange du comique et du tragique réside dans le tempérament même de la nation. Blankenburg préfère expressément Calderon ; cependant il déclare que Lope est un grand poète, grand créateur et écrivain doué, mais qu'il a corrompu le goût de son temps '^

Tout cet effort de critique suscita des curiosités arden-

1. Lciden siveyer edien Liebenden nach dem Spanischen des Don Miguel de Cervantes Saavedra, etc., von G. F. Butenschœn, Ileidelbcrg, 1789, préf., p. XL sq.

2. Literarische Zuslilze zu Sulzers allgemeiner Théorie der schœnen Kûnste, Leipzig, 1796, t. 1, p. 288 sq. et p. 303 sq.

I î L. Tieck et le Théâtre espagnol

tes. Nombre d'esprits se tournent déjà vers l'Espagne, qui se met à briller, sous la plume de voyageurs enthousiastes, des couleurs les plus romantiques. Les voyageurs eux-mêmes n'ont, il est vrai, que de bien traditionnelles conceptions. Kaufhold conseillait de s'en tenir à l'imitation française ' ; Fischer détestait les autos et toutes les « sottises » de ce genre *. Humboldt ne connaissait que quelques œuvres de Galderon. Pourtant l'opinion littéraire s'émeut. On reconnaît combien la poésie espagnole est étroitement subordonnée au tempérament même de la race et à la vie nationale. « En aucune nation, déclare VAllgemeine Literahirzeilung, on ne trouvera plus qu'en Espagne ce qui doit contribuer à réaliser l'idéal d'une scène comique. Un caractère national bien saillant y donne au génie dramatique un domaine nettement délimité, les mœurs et usages de la vie commune fournissent une riche moisson de comique ; leur climat leur dessèche et ossifie les fibres, et ne laisse point s'épanouir les émotions douces... On voit les poètes espagnols rire volontiers, parce qu'ils ne grimacent pas : pas de subtilité, ni de rancune moqueuse, la gaieté seule retentit dans leur rire \ »

Quelques tentatives furent faites pour vulgariser tout au moins quelques sujets de la comédie espagnole. J. Fr. W. Zachariae et G. Ghr. Gaertner publièrent à partir de 1770 un Spanisches Theatei\ qui est une traduc-

1. Spanien wie es çjegenuolirtig ist. Gotha 1797, t. II, 197. Kaufhold a gardé encore l'orthographe de Lopez.

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