Ibid., II, p
2. Les idées de Solger sur l'allégorie sont exposées dans Erwin, 1907, p. 218.
3. Une lettre de la même époque est plus précise encore. L'abstraction, écrit Solger à ïieck (Nachyel. Schr., I, 706, 1" janvier 1819) est
Influences nouvelles ^3
Par quoi le théâtre de Galderons'clève-t-il au-dessus des autres œuvres espagnoles? Par le contenu profond, par l'idée métaphysique qu'il exprime. Das Leben ein Traum, Der icunderkUige MaguSy Die Andacht zum Kreiize, partent d'une conception essentielle du monde, et représentent le néant dans lequel la vie réelle se résout par ses contradictions. C'est d'une pensée véritablement profonde que de découvrir que la vie et le rêve ont même valeur ; que la vie n'a de sens et de valeur que si elle est considérée comme rêve ; la sagesse et la prudence du vieux roi sont en définitive le véritable rêve. De cette philosophie se dégage une morale ; et c'est précisément cette morale qui a valu au poète tant d'admirateurs en Allemagne.
Mais on admire à faux la religion de Galderon. La religion ne tient chez lui pas plus de place que les autres grands sentiments de l'honneur, de l'amour, de la chevalerie, et appartient toujours strictement au sujet. C'est faire tort à l'artiste que de considérer son œuvre comme un document théologique. La Dévotion à la Croix aurait une conclusion assez fade si on voulait en tirer tout simplement comme leçon que Dieu, mû par une merveilleuse miséricorde, prend pitié même du plus grand criminel ; il y aurait là une thèse dangereuse pour toute religion si on voulait interpréter la pièce de façon plus littérale. C'est parce que cette pièce a été mal comprise qu'elle a trouvé des détracteurs et qu'elle a enthousiasmé à ce point les mystiques. La Dévotion à la Croix est une pièce allégorique et point mystique. Il y a plus de mysticisme dans Shakespeare
devenue allégorie, le conventionnel est devenu le maniéré ; de là la pauvreté habilement masquée de la matière et la monotonie des thèmes ; c'est pourquoi ses pièces ont toujours Taspect de mosaïques, il peut reprendre indéfiniment les mêmes matériaux.
que dans Galderon. Et Schlegel a eu tort de tant vanter « l'enthousiasme religieux du poète espagnol » *.
Cette critique devait dans la pensée de Solger servir d'introduction à une étude plus générale et plus approfondie de la littérature espagnole. Mais il mourut cette même année à l'âge de 39 ans, laissant une œuvre incomplète et, depuis, bien des fois calomniée. L'esprit de sa doctrine ne périt pas cependant tout entier ; Tieck pour sa part garda tout ce qu'il put d'une influence qui avait été féconde et définitive.
Dès 1816, il pouvait écrire à son ami : « Vous êtes l'interprète de mes idées et de mes pressentiments *. » Et quelque temps après : « J'ai en votre jugement sur l'art et surtout sur la poésie une confiance presque absolue '. »
Jusqu'alors, Tieck avait poursuivi un idéal exclusif. C'était l'art inspiré de J. Bœhme et de Calderon, ou plutôt ce qu'il appelait art, c'était le mysticisme. Solger lui dessilla les yeux ; et presque soudain, Tieck retrouva les conceptions esthétiques de sa jeunesse :«Me voici, s'écrie-t-il, revenu en cercle où j'en étais en 1798* ! » On aurait tort de croire à un revirement total de tout son être ; ses idées continuent leur évolution régulière ; les théories qu'il émettait en 1811 au sujet de Calderon reparaissent plus tard sous d'autres formes ; mais c'est le point de vue qui a changé ; au lieu de considérer l'art du haut de quelques sommets, de Calderon en particulier, il étudiera Galderon du point de vue de l'art ; il reprand désormais contact
i. Nachffel.Schr., Il, 610. Solger se promettait de revenir plus tard sur ce sujet.