Dramatische Blâlter, III, p
Le livre sur le théâtre espagnol io3
plus reculée, même la solitude des montagnes, les terribles bandes de brigands, est rapproché de nous, transporté dans le temps présent et mis en harmonie avec ce qui nous entoure : tout se passe sur un même plan, tout près des spectateurs '. Aucune règle aristotélicienne, ni de lieu, ni de temps : il se moque des pédantesques exigences des faux savants. C'est une fâcheuse doctrine que l'illusion dramatique ; les Espagnols s'en désintéressent. En Espagne, le spectateur voit toutes sortes de peuples, d'événements étrangers, des effets extraordinaires, sans oublier un instant ni lui-même, ni son pays, ni ses mœurs '. Ainsi la vie et l'âme de l'Espagne absorbent même les éléments les plus divers et donnent à tous la marque caractéristique de la race. C'est le résultat combiné du double principe, convention et liberté, sur lequel repose tout le théâtre espagnol.
Aussi le poète n'a-t-il pas besoin d'analyser et de justifier longuement les motifs ; les événements sont acceptés comme ils sont donnés, la logique de l'action est souvent un défi à la raison, le dénouement n'est pas moins arbitraire que le reste *. Le rythme de l'action dramatique n'est pas chez les Espagnols le rythme ordinaire du drame et de la vie : la pièce espagnole s'ordonne en antithèses symétriques ; la trame et le style même sont tout en contrastes *. Voilà ce qui donne à ce drame son caractère artificiel : il est l'œuvre surtout d'une subtile dialectique, d'une raison artiste \ et du bon sens.