Ibid., II
Cependant le ton fondamental de ce drame espagnol est romantique : c'est un conte et c'est de la vie réelle '. Chacune des bonnes pièces de Lope est conduite comme un conte plein d'une haute poésie ; même les choses les plus ordinaires de la vie y sont enveloppées de poésie, d'idéal, de féerie et d'enthousiasme*. Tieck voit dans le théâtre de Lope et de Calderon cette dualité singulière qui montrait dans l'âme romantique les exigences d'une raison puissante et subtile en conflit avec les essors les plus insensés d'une imagination insatiable et d'une irrésistible sensibilité. Sa critique reste donc, malgré le ton objectif qu'elle recherche, inspirée par les thèses personnelles et les sentiments littéraires du poète.
Comment cet antagonisme profond peut-il être dénoué ? L'art espagnol est un art allégorique. Ce qui caractérise son théâtre, c'est précisément cet allégorisme poétique, qui résout en rêve et en vision la vie tout entière au lieu de lui donner une expression exacte et précise ; il conduit notre imagination au bord de l'abîme, où se reflètent mystérieusement l'éternité et le néant ; parfois aussi, il produit des choses insipides et ineptes '.
Par là les drames de TEspagne, ses autos en particulier, rappellent étrangement les mystères *. Miracles, légendes, messes, services religieux, apparitions du Christ ou de sa mère ne sont pas rares ; tout est au ser-