Ibii., II
io6 L. Tieck et le Théâtre espagnol
pagne forment en quelque sorte le pendant de l'antiquité grecque, car ils cherchent comme elle à réunir des éléments qui semblent s'opposer *. »
Tieck fut surtout un fervent admirateur du drame anglais; il étudia passionnément Shakespeare, ses prédécesseurs et contemporains, et dédia à leur souvenir traductions, études et nouvelles. 11 eut bien des fois l'occasion de comparer le théâtre anglais au théâtre espagnol, et s'appliqua à comprendre mieux l'un par l'autre. Le parallèle qu'il avait à peine ébauché en 1811 se développe et s'agrandit ; Tieck se préoccupe surtout de noter les divergences. Le drame anglais, dit-il, vise avant tout à la vérité individuelle des caractères, à la logique dans le développement de l'action, à la minutie de l'explication psychologique, à l'ingéniosité du plan et de l'architecture ; au contraire le drame espagnol est remarquable par la finesse dialectique, poussée souvent à l'extrême, par lallégorisme et révocation des forces les plus secrètes de la fantaisie *. Où est l'art suprême ? 11 semble que les préférences du critique aillent à l'art de Shakespeare : « Ce qui peut, dit-il, faire paraître l'anglais prosaïque, c'est précisément ce qui fait vraiment sa poésie '. » Shakespeare crée sans cesse des œuvres également originales; Galderon et tous les poètes de sa nation au contraire se repètent indéfiniment. Le drame anglais n'a pas cette galanterie et ce point d'honneur artificiel, ces mœurs et ces sentiments du monde de la cour, qui sont des préjugés du moment, mais heurtent à la fois la vérité et la poésie et blessent nos sentiments humains eux-mê-