Kr. Schr., II
Le livre sur le théâtre espagnol 107
mes '. Shakespeare est exempt du conventionnel du théâtre espagnol'; il n'a pas non plus de ces récits qui n'en finissent plus et qui sont souvent presque indépendants du reste. Il y a là une dififérence de races : ce qui est le plus essentiel aux yeux de l'Allemand ou de l'Anglais est considéré par l'Espagnol comme secondaire; par contre, ce qui est pour l'Espagnol vraie poésie et vrai drame est pour l'Allemand irrévocablement étranger. C'est dans le comique que l'Espagnol reprend l'avantage : l'Anglais, qui ne sépare pas le comique et le sérieux, a souvent, au plus fort de la passion, quelque chose de bizarre qui fait presque rire; le drame espagnol au contraire isole le tragique et le comique, et quoique l'ironie du poète plane parfois sur les scènes farouches et violentes, ses figures n'en gardent pas moins leur sublime et pure poésie ".
Quoi qu'il en soit, et quelques réserves qu'il fasse au sujet de la Comédie espagnole, Tieck professa pour elle une admiration soutenue et enthousiaste. Ce fut pendant longtemps Calderon qui lui sembla le plus pur représentant de ce drame ; aussi est-ce à Calderon qu'allèrent d'abord ses hommages passionnés. Pourtant, Tieck ne méconnut pas Lope;il posséda, chose rare de nos jours, la collection complète de ses comédies, et s'intéressa vivement à cette œuvre immense et hétérogène. Lope de Vega est-il plus grand que Calderon? Dès 1818, dans sa correspondance avec Solger * se manifestent des incertitudes. « Lope, dit notre poète, est peut-être supérieur à Calderon, mais il n'a fait presque aucune, peut-être aucune œuvre parfaite. » Dès lors, il