Krit. Schriflen, II, p
deron ne trouve point de place, bien qu'il s'en approche beaucoup » '. Il semble que ce soit là la conclusion définitive du critique allemand. Calderon est un grand génie, mais qui a eu des défauts considérables, et ne saurait être admiré sans réserves. Pas plus que Lope, on ne peut le comparer à Shakespeare, dont il est tout au plus un cousin « à la mode de Bretagne » *. Mais, plus que Lope, Calderon est le parfait représentant de la scène espagnole, dont il a toutes les grandeurs et les faiblesses. Aussi est-ce à propos de Calderon que Tieck donne les caractéristiques les plus profondes et les plus intéressantes du théâtre espagnol tout entier.
Tieck prend position contre la critique caldéronienne de son temps. On a, dit-il, beaucoup célébré l'ardeur et la violence de ses passions méridionales ; en réalité, ces explosions sont plus calculées qu'on ne croit ; tout, chez lui, même le sentiment, est conçu suivant une certaine norme. Shakespeare et Gœthe ont plus de profondeur et vont davantage au cœur ^
On a de même exagéré l'enthousiasme religieux de Calderon, sa religion n'est ni sereine, ni douce, ni simplement pieuse ; c'est l'effroi mystérieux devant le divin, le frisson d'épouvante qui passe dans le sublime. Il y a en réalité une forme supérieure du christianisme, qui préserve la foi sans anéantir l'homme et sans supprimer la liberté. « Shakespeare n'est pas moins croyant, il l'est même plus, car s'il ne fait pas, comme Calderon, de la religion le sujet apparent de ses drames, elle
1. Ibid., II, 257. Dans Da,s allé Biich (1834), Tieck conte que Tinspiration d'Obéron a salué en Espagne surtout Cervantes, Camoëns, Lope et Calderon, et a touché en Allemagne Tauteur de la Genoveva, et de VOctavianus.