‹ L. Tieck et le Théatre espagnolChapitre 74 sur 108 · Ibid., II, 197 sq · texte numérisé non relu

Ibid., II, 197 sq

Le livre sur le théâtre espagnol 117

est ce qui fait par ailleurs le meilleur de sa puissance : son inspiration lyrique, la poésie subjective dé son drame.

Ce lyrisme du théâtre caldéronien s'exprime particulièrement dans ses descriptions de la nature. Une lettre de Tieck à Alexandre de Humboldt note les procédés habituels et quelques réussites du poète espagnol, et c'est toujours le même ton d'admiration restrictive et de critique défiante ^ « A l'époque la plus florissante de la comédie espagnole, on rencontre fréquemment chez Calderon et chez ses contemporains des descriptions éblouissantes de la mer, des montagnes, des jardins et des vallons couverts de forêts, composées dans le mètre des romances et des canzone ; mais presque toujours ces tableaux sont semés de traits allégoriques et chargés de couleurs artificielles, qui nous empêchent de respirer l'air libre, de voir les montagnes, de sentir la fraîcheur des vallées. Leurs vers harmonieux et sonores nous mettent toujours sous les yeux une description ingénieuse qui revient uniformément, à quelques nuances près, et non la nature elle-même. Dans la comédie de Calderon intitulée La Vie est un Songe, le prince Sigismond déplore sa captivité et l'oppose, par de gracieux contrastes, à la liberté dont jouit toute la nature organique. Il dépeint les mœurs des oiseaux « qui dirigent leur vol rapide à travers les vastes espaces du ciel » ; les poissons « qui à peine sortis du frai et dégagés de la vase, cherchent

1. Voir Cosmos. Essai d'une Description physique du Monde, par Alexandre de Humboldt. Traduit par Gh. Galusky. Paris, 1855, t. Il, pp. 69-70, et la note 100, p. 464. « Tout ce qui, dans le jugement sur Calderon et Shakespeare, est entre guillemets, est tiré d'une lettre inédite adressée à l'auteur par M. Louis Tieck. » Le Cosmos parut de 1845 à 1862. La préface de la traduction du deuxième tome est de juillet 1848. La lettre de Tieck est de 1847 (Holtei, op. cit., II, p. 27).

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déjà la mer, dont l'immensité semble ne pouvoir suffire à leurs courses aventureuses. Il n'est pas jusqu'au ruisseau dont les détours sinueux serpentent à travers les fleurs, devant lequel les plaines n'ouvrent un libre chemin ; et moi, s'écrie Sigismond désolé, moi chez qui la vie est plus active et l'esprit plus libre, je ne puis avoir la môme liberté. » C'est de cette manière, et souvent même en appelant à son aide les antithèses, les comparaisons subtiles et tous les raffinements de l'école de Gongora, que Don Fernand s'adresse au roi de Fez, dans la comédie du Prince Constant. Si, comme on ne saurait le contester, la littérature dramatique doit surtout s'occuper des événements, des passions et des caractères et les descriptions de la nature ne peuvent être qu'un reflet extérieur des sentiments des personnages, Shakespeare l'emporte sur Galderon par cette parfaite adaptation de ses élans lyriques ; bien que Tieck n'établisse pas formellement ce parallèle *, il est évident qu'il préfère l'atmosphère poétique dont le poète anglais se plaît à envelopper ses figures, aux tableaux fantastiques et trop ornés des Espagnols. Le lyrisme de Galderon lui apparaît comme artificiel, conventionnel, excessif et précieux, en somme trop distinct et trop nettement extérieur à l'action dramatique.

L'intérêt que Tieck avait, dès le début de sa carrière romantique, porté aux questions de la métrique et en particulier aux rythmes variés du théâtre espagnol ne se dément pas dans son âge mûr. « Ghez tout vrai poète, la forme sous laquelle il s'exprime se confond avec son esprit et son génie ^ » Le pied qui répond le mieux

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