‹ L. Tieck et le Théatre espagnolChapitre 8 sur 108 · Cf. Kopke, L. Tieck, etc., I · texte numérisé non relu

Cf. Kopke, L. Tieck, etc., I

2. Voiries éléments de cette controverse dana.U. Kopke, L. Ttecft,etc., II, p. 283 sq. et Raich, Dorothea, Schle^el, etc., I, p. 158.

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Tieck n'eut point le sens spéculatif, l'amour de la recherche métaphysique et de la vérité abstraite qui caractérise les Schlegel. L'idée n'eut accès dans sa conscience que sous des formes concrètes et vivantes. Aussi préfère-t-il les poètes aux philosophes, aussi étudiet-il Galderon plutôt que Fichte. Galderon lui présentait les problèmes transcendantaux sous l'aspect de la vie ; l'aspiration à l'idéal, la lutte entre les passions humaines et le rêve de la foi, le sacrifice du croyant, les triomphes de la Croix, tout prenait la forme de conflits passionnés et dramatiques. Tout vit et palpite dans son œuvre : la nature humaine, comme le monde des choses, les sentiments les plus purs et les images les plus profondes. Galderon est avant tout un poète, qui a aimé, vécu puissamment, ouvert ses sens aux beautés de la nature comme aux charmes de la vie. La pensée ne l'attire que si elle s'entoure de toutes les grâces de la réalité. Tous ses héros baignent dans une poésie lumineuse et mystérieuse, pénétrante et irrésistible. G'est là ce qui conquit le délicat poète que fut L. Tieck. Plus que tout autre romantique, il sentit ce que cette œuvre avait de musical et d'artiste. Il sentit la correspondance secrète entre les splendeurs de la vision et la richesse de la forme, l'harmonie des vers, et l'inspiration lyrique de toute cette poésie. Tieck considéra le poète espagnol moins comme un auteur dramatique que comme l'artiste suprême du romantisme, qui est à la fois créateur et prophète, musicien et modeleur de formes plastiques, poète et philosophe, homme et Dieu.

Ge qui allait attirer les romantiques vers Galderon, ce sont précisément les qualités qui distinguent Galderon de Lope, ce sont ses qualités romantiques. Tieck ne connut guère alors l'œuvre de Lope et des autres poètes dramatiques de l'Espagne ; mais l'eût-il connue, il

Louis Tieck. — Son évolution vers Calderon 19

n'aurait sans doute point compris son admirable réalisme, la vie et la puissance de cette œuvre. Calderon domina désormais sa conscience, éclipsa Cervantes et Shakespeare, et, pendant de longues années, imprima à ses œuvres poétiques les marques profondes de son génie et de son art.

Première période romantique de Tieck.

LE premier contact date de 1798, probablement ; mais la conversion définitive ne s'opéra qu'au cours de l'année suivante. ïieck nous conte comment il fut amené au théâtre espagnol. « J'avais alors entrepris la traduction de Don Quichotte. Ce travail me conduisit à Lope et à Galderon dont j'avais quelques tomes... J'appris à connaître Boscàn et Garcilaso et ces études, commencées dès 1793 à Gœttingue, furent reprises, mais non sans peine, ni efforts, car je n'avais à ma disposition que fort peu de ressources bibliographiques » *. G. Schlegel se laisse peu à peu gagner; c'est ainsi que les deux amis s'engagent, dans la polémique contre Soltau (1798), à traduire toutes les œuvres de Cervantes, même ses comédies, tout au moins celles qui sont encore acceptables pour le goût moderne. Mais, si nous en croyons Kopke, qui tient les renseignements de Tieck, G. Schlegel se laissa plus difficilement convertir à Calderon : « Tieck venait de recevoir le volume de Calderon, où se trouvait la Dévotion à la Croix, qui

1. Lndwig Tieck's Schriften, I Bd., Berlin, G. Reimer, 1828. Vorbericht, p. XXVIII.

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lui plaisait plus que toute autre pièce. Il conta l'impression qu'elle avait faite sur lui et invita Schlegel à la lire à son tour. C'est ce qui eut lieu : le lendemain, on échangea les opinions. Schlegel ne put partager l'enthousiasme (le son ami. Beaucoup de choses lui semblaient, dit-il, insuffisamment motivées, les longs discours, peu naturels ;la pièce était, pour son goût, trop catholique ; ce n'est qu'à force de coupures et de remaniements qu'on pouvait la rendre agréable au goût allemand *. Vers la fin de sa vie, Tieck insiste volontiers sur sou rôle et les initiatives qu'il avait eues dans les mouvements littéraires auxquels il avait pris part; et l'on peut craindre ici que sa mémoire ne farde un peu l'histoire. Pourtant, la scène paraît assez vraisemblable. G. Schlegel ne s'est point spontanément intéressé à l'Espagne ; il ne s'occupe de Cervantes que sur les instances de Frédéric. 11 est probable, de même, que le mérite d'avoir découvert Calderon ne lui revient pas. Il en restait, dans sa critique, au point de vue strictement littéraire, et, conquis par l'art de Shakespeare qu'il traduisait à cette époque, il jugeait Calderon à travers Shakespeare. Les objections étaient déjà ce que devaient être les critiques de Tieck vingt ans plus tard. Mais Tieck était, en 1798, tout à la joie et à la passion des découvertes, aussi rompit-il une lance en l'honneur de son nouveau poète. « Il faut, répliquaitil à Schlegel, acquérir lafaculté de croire à la légende... pour cela, il n'est pas nécessaire de croire la légende même. » Tieck ne va donc pas jusqu'à se faire une conscience catholique, la naïveté d'un croyant espagnol du XVII* siècle, mais il a le sens du mystérieux et de la poésie religieuse ; et c'est ce côté de son inspira-

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