Krit. Schr., IV
2, Kr. Schr., II, p. 124 (1827). La querelle caldéronienne de Bôhl de Faber avait attiré l'attention des romantiques allemands. « H est remarquable, disait déjà Solger, que les déclarations de M. de Schlegel sur Galderon et l'Espagne aient déjà provoqué une querelle. Un Allemand qui vit dans ce pays les a fait connaître en leur langue aux Espagnols, pour leur rappeler quels héros ils possèdent dans leurs grands poètes. Mais un Espagnol s'est insurgé, et du plus terne des points de vue modernes, a pris parti contre son grand compatriote et les admirateurs étrangers de celui-ci, de sorte que c'est l'Allemand qui a été obligé de défendre le poète contre son propre peuple. » (Nachgel. Schriften, II, 612.) Voir sur cette affaire l'étude très documentée de G. Pitollet, La Querelle Caldéronienne de J. N . Bôhl von Faber et de J.-J. de Mora, reconstituée d'après les documents originaux, Paris, Alcan, 1909.
Le livre sur le théâtre espagnol 127
tèrent avec elles leur répertoire, qui était en partie espagnol*. Les troupes d'acteurs qui parcourent l'Allemagne, dès avant 1600, jouent des pièces inspirées de Shakespeare, de Lope et de ses disciples *. Au XVIII' siècle, on trouve encore des souvenirs de Galderon, VA?nf marin Graiimann vient de VAlcalde de Zalamea, sans doute à travers Linguet ; la comparaison entre la pièce espagnole et la pièce allemande ne manque pas d'intérêt, car on y voit comment la trivialité et le prosaïsme, les conventions étriquées du théâtre et une morale mal entendue peuvent faire tort à la vraie et grande poésie '.
Malgré ces premières tentatives, Galderon et l'Espagne restèrent longtemps pour les Allemands des mondes inconnus. « Galderon n'a-t-il pas été découvert de notre temps en quelque sorte comme une île perdue * ? » Les Allemands s'appliquent désormais à comprendre les littératures étrangères : Shakespeare est plus vénéré chez eux qu'en Angleterre, et Galderon qu'en Espagne '\ Grâce à la révolution littéraire du début du siècle, on a retrouvé les génies poétiques du passé et on sait leur rendre les hommages qui leur sont dus : on joue désormais du Galderon authentique sur les scènes allemandes '. 11 faut se réjouir sans réserve de ces progrès du goût.
Mais on est allé plus loin : on a voulu incorporer Galderon à la littérature allemande, et transformer la poésie allemande à son image : c'est ainsi qu'on a fabriqué le drame fataliste, catholique et lyrique.