Kr. Schr., IV
iî8 L. Tieck et le Théâtre espagnol
Schiller n'est pas étranger à ce renouveau de la tragédie fataliste. « Le destin, cette grande providence divine, que chantèrent en termes grandioses Eschyle et Sophocle, dont Shakespeare a fait un tableau si doux et si profond, n'est, chez ces poètes comme dans la réalité, visible qu'à certains yeux. » C'est Schiller qui l'a personnifié ; après lui, on a exigé plus encore : on en a fait un dieu terrible et mystérieux. Mais les poètes modernes n'ont pris à Galderon que ce personnage extérieur de son drame. Werner ne sait pas, comme Calderon, unir ce qui est absurde aux yeux de la raison avec les sentiments les plus profonds de notre âme, mais il le donne tel qu'il est, et se passionne pour cette absurdité même ^
Ce drame fataliste est aussi drame catholique : et ce sont précisément des protestants qui s'y sont montrés plus catholiques que les catholiques eux-mêmes *. En cela encore l'imitation de Galderon a été superficielle et inintelligente. « Galderon et ses contemporains étaient retenus par leur génie, la critique ou la raison et la conscience dans certaines limites, et n'offusquaient point les croyants, les gens à la fois poètes et pieux, ni la foule. Gelui qui se meut dans ces limites, les connaît et les respecte, celui-là trouvera dans cette gêne un accroissement de sa liberté '. ^) Le miracle et la légende doivent se libérer de la lettre pour s'élever jusqu'aux régions qu'ils ont créées eux-mêmes, appeler de nouvelles interprétations, mais ramener de nouveau cette explication audacieuse au thème fondamental et rendre ainsi à ce dernier une vie nouvelle *. Ge rema-