Epigramme. Span. Theater, ibid., t. II, p
3. Holtei, ibid., p. 201 (Lettre du 29 déc. 1844, et suivante).
de rindiiférence du public, et décide d'abandonner définitivement la traduction du poète.
G. Schlegel renie ses sympathies religieuses, ses goûts littéraires et ses amitiés personnelles des temps romantiques. « Galderon, écrit-il à G. de Humboldt (1824), fut autrefois mon poète préféré, que j'ai tellement perdu de vue depuis longtemps que je n'ai même pas lu les traductions de mes successeurs, MM. Gries et von Malsburg. Le public semble être d'avis qu'ils s'en tirent tout au moins aussi bien que moi, et je n'ai rien à y objecter '. » Schlegel n'entend pas les hommages de Gries et de Bœhl von Faber, qui tentent de le rappeler dans le camp caldéronien. Aussi bien tout son enthousiasme est-il tombé. Les conversions catholiques de ses amis le révoltent. Il s'efforce encore de rendre justice au poète espagnol : « De grands poètes, qui ont en tableaux inspirés magnifié la foi catholique, un Dante, un Galderon, je les ai admirés et aimés ; je les aime et les admire encore. » Mais Galderon ne lui apparaît plus que comme un savant espagnol, un homme de bonne compagnie *. Schlegel ne revient plus au théâtre espagnol.
Gontessa demandait que le théâtre allemand ne fût pas semblable au théâtre étranger et surtout point au théâtre espagnol ou français '.
1. Briefwechsel zwischen W. von Humboldt und A. W. Schlegel. Hrgg von A. Leitzmann, Halle, Niemeyer, 1908. Lettre du 20 au 26 juin 1824, p. 175.
2. Berichtigung einiger Missdeutangen. S. Werke (Ed. Bœcking), t. VIII, p. 220 (1828). Quand parut la Tochter der Luft de Raupach, 1829 (jouée à Vienne dès 1826), G. Schlegel s'écriait :
Am Galderon ein schlimmer Raub ! ach !
Wer konnte ihn wohl begehn als Raupach. (Werke, t. I, p. 214).
Z. Aus Bulthasairs Leben (1821-1823) dans les Sc/»ri/<en,. Leipzig, 1826, t. VIII, p. 190.
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Les romantiques eux-mêmes maudissaient les funestes résultats d'une trop servile imitation et reprenaient leur liberté d'appréciation en face du poète espagnol. L'admiration enflammée des premiers temps devenait peu à peu de l'indifférence '. Calderon garda sans doute et a gardé, jusqu'à nos jours, des amitiés fidèles. Mais des protestations s'élèvent, Riickert raille les « remanicurs » de Calderon :
Calderon mît seiner steifen Formenpracht kann ich begreifen, Auch an seinem immer neuen Farbenschmelz mein Auj^' erfreuen, Selbst Phantome seiner krassen Kloster-Holluft gelten lassen.
Aber wer ihn heut nocli gelten Machen will, den mtiss ich schelten.
Wo er stehn will auf den Brettern, Wird die Zeit herab ihn schmettern Die mit Furstenknecht und Pfaffen Kû iftig nichts mehr hat zu schafi'en \
La Jeune Allemagne dont le règne s'affirmait de plus en plus dépouilla délibérément ces influences de l'Espagne romantique ; Heine poursuivit d'une satire mordante les tendances réactionnaires et catholiques du culte caldéronien : « Calderon, dit-il, dans son Ecole romantique, fut élevé au-dessus de Shakespeare, car c'est en lui que l'on trouva, plus purement gravée, toute la poésie du moyen âge, sous ses formes principales :
1. Sur cette désaffection, voir C. PitoUet, \ propôsito de unas car- * las inéditas de J.-G. Keil à N. H. Julias, Madrid, 1909, qui signale p. 33 sq. les raisons de l'échec de l'édition calderonienne.
2. Rûckert, éd. Cotta en 6 vol., t. III, p. 173 : Kritik. Calderon und 8eine Bearbeiter.
chevalerie et monachisme. Les pieuses comédies du poète-prêtre castillan dont les fleurs poétiques avaient été aspergées d'eau bénite et baignées dans les fumées de l'encens, furent dès lors imitées avec toute leur folie sacrée ; en Allemagne fleurirent alors ces poèmes aux croyances disparates, et d'une inepte profondeur, dans lesquels on aimait mystiquement, comme la Dévotion à la Croix, où on souffrait en l'honneur de la mère de Dieu comme le Prince Constant ; Zacharias Werner alla aussi loin qu'on pouvait aller sans être enfermé dans un asile d'aliénés '. »
C'est donc au nom d'un idéal moderne, protestant ou tout au moins anticatholique, au nom aussi de l'esprit national que les nouveaux poètes déclarent la guerre à Calderon. Galderon, accaparé par un parti d'ultras, allait désormais partager les défaites de son parti.
La leçon de Tieck avait porté ses fruits. Un des premiers, il s'était délivré de cette emprise obsédante et dangereuse à laquelle ses années romantiques avaient été soumises. D'autres, Grillparzer par exemple, qui avaient pris part aux folies caldéroniennes et qui s'affranchirent à leur tour de cette tyrannique influence, eurent, par le recueillement de leur existence et leur mépris des tâches critiques, moins d'action sur le développement de la pensée allemande. C'est bien à Tieck que revient en majeure partie l'honneur d'avoir révélé à sa nation, et, indirectement, à l'Europe et à l'Espagne elle-même, l'art de Calderon, et d'autre part d'avoir montré les limites de cet art et son irréductible originalité. Comme il avait découvert Calderon, il décou-
l.Die roma.niische Schule, éd. Elster. Bibl. Inst., t. V, p. 233. Cf. ibid., III, p. 125, épigramme sur G. Schlegel :
Erst in England, dann in Spanien, jetzt in Brahmas Finsternissen, Ûberall umhergestrichen, deutschen Rock und Schuh zerrissen.
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vrit Lope de Vega. Mais le point de vue était changé. Tieck se détachait de ses premières théories romantiques. Ce qui l'avait jadis ravi dans Galderon lui semblait maintenant contestable ou tout au moins peu conforme au génie allemand. Même les innovations lyriques qu'il avait essayées ne l'enthousiasmaient plus ; il se demanda si l'assonance peut devenir allemande, et laissa au temps seul le soin de décider '.
Ce n'est pas une palinodie : Tieck ne se sentait plus guère le droit de blâmer sa jeunesse et de condamner des initiatives qui, somme toute, avaient été vigoureuses et eussent pu être fécondes. Mais les excès des faux disciples l'avaient mis en garde contre les conséquences de ses premiers enthousiasmes. La leçon de Solger lui avait ouvert le monde de la spéculation philosophique, et transmis des lois générales, qui justifiaient dans une certaine mesure le romantisme de jadis, comme le romantisme de tous les temps.
De ces principes nouveaux, Tieck tire les conséquences les plus instantes, et les applique aux œuvres et aux poètes les plus remarquables de l'histoire universelle, comme à ses œuvres personnelles. Le théâtre espagnol s'éclaire dès lors, et tout y apparaît mieux organisé et plus vivant. Au nom de ses idées théoriques, Tieck pouvait encore admirer Galderon, mais non sans poser les restrictions nécessaires ; il devait se rapprocher de Lope, et accepter à son tour le réalisme dans l'art. Et c'est au nom de ses idées qu'il accueillit dans ses- propres rêves poétiques les héroç et les formes mêmes du théâtre espagnol.