Ges. Novellen, t. V (p. 102), Eine Sommerreise
Le théâtre espagnol et les Nouvelles de Tieck 147
directeur de l'erreur commise. Les fous de Lope ne le sont, presque tous, qu'en apparence et de bon gré; mais Erilila est arrêtée sur une simple présomption et considérée tout aussitôt comme dangereuse. Chez le poète espagnol, nous ne voyons pas les malades véritables ; Tieck' au contraire nous présente diverses catégories d'idées fixes et de démences partielles. De toutes façons, l'établissement où ils nous font entrer est une des curiosités du pays : car il est, chez nos deux poètes, le rendez-vous des visiteurs.
L'action des deux ouvrages est différente : Lope n'a d'autre but que de nouer les fils d'une intrigue d'amour compliquée et romanesque; Tieck, au contraire, laisse au second plan les aventures d'amour et s'intéresse surtout à la situation du pseudo-fou ; aussi son hôpital est-il résolument fermé aux entreprises de l'autre sexe, comme l'exige du reste l'organisation moderne. Cependant divers détails trahissent l'influence lopesque ; de même qu'Erifîla a été abandonnée par Leonato, Franziska, séduite, est dédaignée par Adlerfels ; s'il y a une mésalliance chez Tieck entre le comte et la fille du pasteur, c'est peut-être un souvenir de l'amour entre le valet et la maîtresse dans les Fous de Valence. Le mariage simulé de Fedra et de Floriano a failli avoir sa contrepartie dans la nouvelle allemande ; il y a en tout cas chez Tieck une mort simulée, celle deBlanka. Les deux ouvrages se terminent également par le mariage de tous les amoureux et la délivrance de tous nos fous. Quant aux héros, ils ont, chez le poète allemand comme dans son modèle espagnol, une curieuse propension à se déguiser et à dissimuler leur nom. C'est ainsi que Wolfsberg, pris pour le baron Linden, le comte Birken et Raimund, n'est autre que le séducteur de Franziska, Adlerfels ; c'est ainsi que Floriano prend le nom de
Beltrân et Erifila, celui d'Elvira. Les rôles secondaires de Tieck rappellent ceux de Lope. De même que Tomâs et Martin, les domestiques de l'asile, sont d'anciens fous libérés, Friedrich est un des pensionnaires de l'hôpital à qui sa bonne tenue a valu quelque indépendance et certaines prérogatives, mais qui revient volontiers à son dada. 11 y a trop de ces ressemblances partielles pour qu'on puisse mettre en doute l'influence du poète espagnol, La nouvelle de Tieck est une véritable comédie, une comédie de Lope, avec sa division en scènes, ses libres évolutions, son romanesque, le dédale de ses complications et l'élégant sans-gêne du dénouement. « Gela se passe presque comme dans la comédie » ',dit un des personnages ; l'imitation n'est donc pas absolument inconsciente.
Die Verlolmng ' (1822, publiée en 1823) conte l'histoire d'une jeune fille méprisée des siens, traitée par tous en Gendrillon ; n'est-ce pas le cas du Carlos de La obediencia laureada qui est moins aimé par son père que son mauvais frère et qui est cependant élu comme époux par une reine, et ne sait pas se venger.
C'est un problème très moderne que Tieck a emprunté à Lope de Vega dans sa nouvelle : Die Ahnenm'ohe (1832) '. Le thème général du récit est la mésalliance d'une jeune fille de la plus haute société : c'était le sujet même du Perro del hortelano *. La comtesse de Belflor, Diana, aime son secrétaire Teodoro, mais hésite à l'épouser à cause de son origine plébéienne ; au moment où Teodoro va partir, il est re-