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ron, soit dans El mèdico de su honra ou dans Gustos y disgustos. Si la Lisarda de Manos hlancas no ofenden se déguise en homme pour s'assurer de la fidélité de son amant (Cf. la princesse Troila de Las Burlas y enredos de Bcnito de Lope, qui suit, à titre de page, celui qu'elle aime), nous retrouvons le souvenir de cette ruse dans la nouvelle intitulée Abendgesprdche où GaBcilie prend le costume de j ockey pour se rendre compte de la constance de son prétendant. Dans la pièce El maestro de Danzar, don Enrique se donne pour un maître à danser ; de même Franz {Die Geselhchaft auf dem Lande) se fait passer pour un peintre, tout comme El Pintor de su Deshonra. Le thème des amours entre un jeune homme pauvre et roturier et une jeune fille de la plus hautaine aristocratie, qui fait le fond de l'action dans Ahnenprobe^ a été traité déjà par Galderon dans Agradecer y no amar.Les astrologues supposés, qui avaient été mis en scène par Galderon dans El astrologo fîngido, se retrouvent dans les nouvelles de Tieck, Der Jahrmarkt et Die Wundersuchtigen. Tandis que les souvenirs de Lope étaient plutôt d'inspiration réaliste, ce sont des éléments plus nettement romantiques que le poète allemand puisa discrètement à l'abondante source calderonienne.

Les autres poètes espagnols lui fournirent quelques motifs. Der Geheininisvolle reprend l'intrigue de la Comedia Entretenida de Gcrvantes, où le héros Gardenio se fait passer pour un parent d'Amérique afin de s'introduire dans la famille de celle qu'il aime ; de même Kronenberg est pris pour un cousin de la maison, ne sait pas à temps expliquer le malentendu, se met dans les bonnes grâces de tout le monde, se fait aimer de Cécile et se trouve tout décontenancé le jour des éclaircissements; la Providence, amie des héros de Tieck, vient au secours du héros confondu et l'histoire finit, contrai-

rement à la comédie espagnole, par un mariage. La première idée du tempérament imaginatif de Kronenberg a pu venir de la Verdad Sospechosa, mais le Menteur allemand se trouve dans une situation différente du Garcia d'Alarcôn et le milieu est tout à fait moderne ; en tout cas le Wehlen de la nouvelle de Tieck est bien l'incorrigible trompeur, qui ment pour le plaisir, pour l'amour de l'art.

11 y a dans Eigensinn und Laune une vieille entremetteuse, qui rappelle en quelque mesure la Gelestina et la Gabrina de Gepeda ' ; comme Gelestina en effet, la veuve Blanchard a ouvert une maison de rendez-vous ; elle mène son monde avec beaucoup d'habileté, elle sait ce qu'elle est et ce qu'elle peut. Mais la Gélestine de Tieck a conscience de son indignité ; et ses sentiments maternels ont survécu à la ruine de son ancienne et heureuse nature ; elle n'accepte pas de bon cœur la honte de son métier et ne jouit pas de la débauche qu'elle organise, mais, au contraire, elle aspire à refaire son existence, elle veut arracher sa fille aux dangers qui l'entourent. Pour en finir avec cette vie sans issue, elle n'a d'autre ressource que le suicide.

El infamador de Juan de la Gueva exposait déjà le motif développé par Tieck dans son Hexensahbath, et qui est du reste devenu courant dans la littérature : la colère de l'amant rebuté, qui se tourne en haine, et conduit le jeune homme à accuser Eliodora de sorcellerie et la faire condamner à mort.

Ge ne sont donc pas seulement les sujets des comédies espagnoles qui inspirent l'imagination lassée de

1. On la retrouve du reste, sous des traits sensiblement parents, dans le roman picaresque des Espagnols, Gusmân de A Z/arac/ic, par exemple ou le Bachelier de Salamanqne.

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Tieck ; Tieck emprunte à Lope et Galderon leur art même et leurs caractères. Ne soyons pas trop surpris de cette influence. Lope s'est bien souvent contenté de mettre en scène des nouvelles, en particulier des nouvelles de Boccace et de Bandello ; sa comédie a donc aussi quelque chose de nouvellistique. « Les nouvelles ont, disait déjà Lope, les mêmes préceptes que les comédies*. «Tieck établissait une différence, et ne croyait guère possible de tirer un drame d'une nouvelle ; ses définitions cherchent à embrasser autant que possible le genre de Boccace et celui de Cervantes ; mais sa propre pratique s'éloigne des modèles donnés, et sa nouvelle ressemble beaucoup à la comedia.

La nouvelle de Tieck se développe comme une action dramatique, non pas comme un drame classique, mais à la façon nonchalante ou cavalière des pièces espagnoles. L'aspect extérieur de la nouvelle est significatif, car les diverses scènes y sont nettement tranchées et séparées par des tirets. Volontiers, Tieck nous transporte d'un lieu à un autre, d'un groupe de personnages à un autre groupe. Volontiers, il supprime tout récit et donne directement la parole à ses héros. Une nouvelle même a un caractère particulièrement dramatique ; c'est Die Vogelscheuche^ qui est divisée en actes et scènes, et que Tieck lui-même appelle une comédie-nouvelle fantastique ^ C'est l'exagération d'une tendance commune à tous ses ouvrages du même genre. Et c'est parce que la nouvelle de Tieck a quelque chose

1. Obras saellas, t. VIII, p. 70. On trouve des ressemblances analogues avec les comédies de Shakespeare ou des autres poètes dramatiques d'Angleterre, qui ont souvent extrait leurs pièces de nouvelles ou de chroniques ; mon dessein est, dans la présente étude, de limiter ma recherche à la poésie espagnole.

2. Ges. Novellen, t. XIV, p. 255 (ou encore ibid., t. XIII, p. 7 : « Ma nouvelle dramatique »),

de dramatique qu'elle a pu garder tan4; d'éléments empruntés au drame espagnol.

Ce sont partout les déguisements les plus romantiques ; aussi sa Gaecilie des A hendgesprâche prend-elle le costume d'un homme ; par contre le jeune enseigne de la même nouvelle se laisse faire, sous un costume féminin, une cour terriblement pressante par son propre rival *. C'est ailleurs [Die Gcmâlde) un prince qui voyage incognito * ; tel personnage {Die Gesellschaft auf dem Lande) se donne pour un peintre, tel autre [Eine Sommerreise) prend un faux nom ; l'un [Die Wimdersi'ichtigen) s'impose comme un mage célèbre, l'autre [Der Jahrmarkt) se fait une réputation comme astrologue ; rares sont les nouvelles de Tieck où l'un des héros principaux ne porte pas un masque qui se lève au dénouement. C'est certainement au théâtre de Lope et de Calderon qu'il a pris ce procédé romanesque. La plupart des comédies de cape et d'épée reposent sur des confusions issues elles-mêmes de déguisements, et que terminent presque toujours heureusement des reconnaissances opportunes.

Une des péripéties coutumières du théâtre espagnol du xvr siècle est le duel ; les mémoires du temps nous rapportent toutes sortes d'aventures de ce genre ; ni Lope, ni Calderon ne sont ménagers de la vie de leurs héros, et leurs cavaliers sont toujours prêts à dégainer. Tieck fait du duel un usage plus fréquent que ne le

1. Ibid., p. 48. Cf. les déguisements de jeunes filles dans Shakespeare, Viola (La Douzième Nuit ou ce que vous voudrez), Rosalinde {Comme il vous plaira), etc.

2. Cf. Los locos de Valencia (cl caballero portugués). Autant de procédés chers aussi aux poètes anglais, comme à Boccace. Je n'ai ici d'autre ambition que de rassembler les motifs qui ressemblent le plus aux motifs espagnols. Une étude analogue devrait être faite pour les autres littératures familières à Tieck.

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permettaient les mœurs de son époque. La rencontre de la Sommerreise se dénoue pacifiquement ; mais le faux comte de Wiinderlichkeiten tue son adversaire ; le Kronenberg (dans Der Geheimnisvolle) a aussi une affaire ' ; Ludwig Licht {Der Mondsïichtige) inflige à un impertinent une sanglante correction. Les jeunes gens de Tieck ont certainement du sang espagnol dans les veines.

Un autre procédé, familier surtout à Lope, consiste à dénouer les intrigues les plus enchevêtrées par des mariages ; mariages improvisés le plus souvent, entre les personnages les moins accordés, et que justifie le seul désir de faire un sort à toutes les héroïnes. La mode en était si répandue que Cervantes pouvait se rendre cet hommage à la fin de la Entretenida .

Pido me den tesiimonio Que acaba sin matrimonio La Comedia Entretenida.

La contagion a gagné Tieck : la plupart de ses nouvelles se dénouent par un* ou généralement par plusieurs mariages. Dans Der Gelehrle, nous avons à la fin, outre les noces du professeur et d'Helena, celles de Jenny avec un inconnu, d'Antoinette elle-même avec Adrian, et de Werner avec Gertrud. Die Verlobung se termine par le mariage de Dorothée, de sa mère et de M"° Erhardt. Liebeswerben unit une aimable et un peu audacieuse jeune fille à l'aventurier le plus inquiétant ; Die Vogelscheuche^ Die Ahnenprobe, Die Klausenburg ont des conclusions analogues.

Les motifs de l'intrigue espagnole se retrouvent donc

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