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LES CORRÉLATIONS FONCTIONNELLES

Nous envisagerons d’abord les'animaux pluricellu-laires ou Métazoaires et nous verrons ultérieurement dans quelle limite nos conclusions sont valables pour les Protozoaires.

Dans un organisme adulte, élevé dans la série animale, compliqué dans son organisation et puissamment différencié, les millions de cellules qui le composent, groupées en organes et en tissus, sont synergiquement associées dans Sue de ces groupements , bien plus, ceux-ci sont eux-mêmes, les uns vis-à-vis des autres, dans un état d'étroite ie fonctionnelle. Cette notion capitale ressort avec une évidence de plus en plus convaincante des recherches de la physiologie moderne. Depuis que CLaune BErnarDp et BrowN-SéQuaRD ont découvert l’action des sécrétions internes, celles-ci, qu'on leur donne le nom d'hormones ou tout autre, se sont révélées à nos yeux comme des agents de corrélations organiques d'une précision et d’une délicatesse parfois étonnantes.

Si nous descendons maintenant dans la série animale, nous devons nous attendre, a priort, à trouver en même temps qu'une arahon anatomique moins accusée, une rigidité et une complexité moindres des corrélations physiologiques. Des faits bien établis témoignent d'unc dégradation de même ordre dans la vie embryonnaire à mesure quon remonte à des stades de plus en plus reculés, dégradation d'autant plus manifeste que l'animal envisagé sera plus compliqué dans son état adulte.

L'étroitesse des corrélations nous apparaît donc, dans un organisme donné, comme un symptôme de vieillissement, essentiellement caractérisé par le fait qu'à partir du

germe, le métabolisme primilivement total dans ses diverses parties est remplacé peu à peu par un métabolisme plus spécialisé, en rapport avec la fonction principale des divers organes et avec l'apparition de structures diflérenciées dans leurs cellules constitutives. C'est ainsi qu'il faut entendre le principe de la division du travail formulé. il y a déja bien longtemps, par H. Mizxe-Enwanrps.

Ceci étant admis, il importe de pousser plus avant l'analyse. Dans le jeu des corrélations, toutes les fonctions, et par conséquent tous les organes et toutes les régions du corps ne sont pas équivalentes. [l est des corrélations dominantes (Cuip) qui, bénéficiant d'un rayon d'action plus étendu, en tiennent d’autres sous leur dépendance ‘. En réalité et pour peu qu ‘on y réfléchisse, c ‘est bien or que nous exprimons quand nous Fe que tous les organismes sont « polarisés », c'est-à-dire que leurs différencialions ontogénétiques et leur croissance se font dans des sens déterminés; dans son expression la plus simple, cette polarilé se reconnaît, chez l'adulte, à l'existence d'une extrémité céphalique et d'une extrémité caudale, ou dun pôle oral et d’un pôle aboral: Ajoutons enfin, que la fonction dominante n'est pas forcément la même pendant toute la durée de la vie individuelle, cette durée étant prise dans son acceplion véritable, c'est-àdire commençant avec l’œuf fécondé.

Ces prémisses étant établies, supposons que chez un

animal de structure assez simple, ou chez un animal plus

t Cuicp dans un article tout récent (mars 1915) a donné un bon résumé de ses vues sur la gradation de l’intensité du métabolisme, sur la dominance des zones d'activité intense et sur leur localisation.

ET

Pire

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hautement organisé, mais non vieilli — au sens où nous avons défini ce terme plus haut — l'étroitesse des corrélations vienne à se relâcher ou que l'intensité de la fonction dominante faiblisse ; dans ces conditions, une ou des parties du corps cesseront complètement ou incomplètement d être subjuguées par les autres’; elles pourront reprendre une autonomie puissante dans ses manifestations, si le métabolisme spécial auquel elles étaient

astreintes jusqu alors ne les a pas encore marquées de traces indélébiles. Dans les cas où cette autonomie devient complète, les parties isolées récupéreront l'aptitude au métabolisme total qu'elles avaient perdue et leurs potentialités, de ce fait, redeviendront totales aussi ; il leur suffra de vivre et de se nourrir pour développer ces potentialités etsubir les différenciations nécessaires à l'édification d'un organisme nouveau.

Etre ces cas parfaits, et la corrélation nie absolue et définitive des parties, on conçoit qu'il y ait place pour une infinité d'intermédiaires ; ainsi s’expliquent les mulliples degrés du pouvoir de régénération des animaux et les aspects non moins variés de la reproduction asexuée.

On nous accusera peut-être de développer ici des considérations plus théoriques qu'objectives. Si on ne peut encore les élever au rang de vérités scientifiques, on reconnaîtra, néanmoins, quelles ont bien plus qu'une valeur spéculative. Il n’y a rien, dans ce que nous avons énoncé, qui ne soit accessible à l'observation et à la vérification expérimentale, et lorsque nous aurons exposé dans les chapitres suivants l’état actuel de la science sur

les propriétés de l'œuf et la signification de la segmenta- tion, le lecteur verra bien que la conclusion générale qui

s'en dégage pose comme des faits acquis l'existence de corrélations fonctionnelles dans le germe et de changements possibles dans leur degré de fixité ou de labilité. Or, n’estce pas là l'essentiel ?

Quoique l'analyse de la reproduction asexuée soit moins r y è 4 > avancée que celle de l’œuf et dela fécondation, nous vou-

drions montrer combien les faits connus corroborent les

idées que nous venons d'exposer.

Dans un organisme adulte, tout se passe, avons-nous vu, comme si les différentes parties du corps avaient plusieurs de leurs potentialités inhibées par leurs corrélations mutuelles. [Il y a évidemment différents moyens de diminuer ou de supprimer l'influence de ces corrélations et deux d’entre eux, bien mis en relief par Cuir, nous seront particulièrement précieux.

C'est d'abord l'éloignement d’un organe ou d'une ré- »

gion dominante — au sens que nous avons donné à ce terme plus haut — ; les parties éloignées sortiront de sa sphère d'action et si elles ne sont ni trop vieillies, ni trop spécialisées, elles pourront, ainsi rajeunies, ré-

cupérer des propriétés suffisantes pour subir des différen- :

clations nouvelles.

On voit immédiatement lout le parti à tirer de cette conclusion pour l'explication de la reproduction par divi-

sion et même par bourgeonnement, quand elle se produit « sous l'influence de conditions de milieu favorables, per-

mettant un accroissement rapide et considérable de l’in- »

dividu. Il ne faut pas oublier, en effet, que ce qu'on ap-

pelle la « taille normale » d’un animal, n'est autre chose «

qu'un état d'équilibre, qui ne peut être dépassé sans entrainer des conséquences inévitables, telle par exemple la division, chez les organismes simples.

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