‹ L'uf et les facteurs de l'ontogénèseChapitre 17 sur 141 · LA REPRODUCTION SEXUÉE A · texte numérisé non relu

LA REPRODUCTION SEXUÉE A

que les variations sont les plus marquées, et pourtant, même dans les formes les plus simples, elles n'ont rien d'essentiel.

La sexualité, il est à peine besoin de le dire, est basée sur la disjonction des organismes en deux catégories d'individus : les mâles et les femelles. Dans chacun des deux sexes, les éléments générateurs sont des cellules spéciales qui se différencient toujours très tôt, parfois même aux tout premiers stades du développement ontogénétique (Ascaris. certains Crustacés).

Ces cellules sexuelles, habituellement groupées en organes, subissent, avant de pouvoir accomplir leur fonction, une longue série de transformations, qui n'ont pas leur équivalent dans la reproduction asexuée et qu'on désigne sous le nom de maturation ; celle-ci aboutit à la formation d'œufs mürs dans le sexe femelle et de spermatozoïdes dans le sexe mâle. Enfin, et ceci nous met en présence d'une des énigmes les plus troublantes de la biologie, il faut, pour qu’une ontogénèse puisse commencer et aboutir à un individu nouveau, qu'un œuf et un spermatozoïde conjuguent entre eux et fusionnent leur substance totalement ou partiellement dans l’acte de la fécondation.

Les exceptions à cette loi générale sont rares, secondaires par leur origine et, dans toutes, c’est la cellule sexuelle femelle qui est mise à même de se développer seule.

On voit par cet énoncé que deux grands faits dominent l'ensemble du phénomène de la reproduction sexuelle ; ce sont : 1° la formation dans un organisme de cellules sexuelles, c’est à-dire de cellules à potentialités spéciales, qui très tôt se distinguent des autres par un facies parti-

cuber, et qui ne proviennent pas, comme les germes de la génération agame, d'une dédifférenciation d'éléments préalablement adaptés à d’autres fonctions. En effet, Îles travaux récents confirment «de jour en jour l’idée que les cellules-mères des œufs et des spermatozoïdes procèdent directement des premiers blastomères ! de l'œuf segmenté. 2° Leur nature «sexuelle », c’est-à-dire leur disjonction en éléments mâles et femelles, qui entraîne la nécessité d'une fécondation. Nous envisagerons successivement chacun de ces points.

La notion du principe des corrélations fonctionnelles et de l'isolement physiologique des parties que nous avons

développée à propos de la reproduction agame, permet de !

concevoir sans trop de difficultés que des groupes de cellules, soustraites d'emblée ou très tôt au réseau des

associalions qui enserre le reste du corps, persistent pen- «

dant toute l'ontogénèse, en conservant l'intégrité de leurs propriétés primaires. Cette interprétation ne jétte évidem-

ment aucune lumière sur la nature réelle de ces propriétés, :

c'est-à-dire sur leur aptitude à devenir le point de départ d’une ontogénèse d'où résultera un individu nouveau. Qu'il nous suffise en ce moment de souligner de fait ; l'explication qu'on peut provisoirement en donner se dégagera des derniers chapitres de ce livre.

Mais en ce qui concerne les causes immédiates de l'existence dans un organisme de cellules sexuelles mâles ou fe-

melles, nous ne savons encore rien de précis. Certes, on

1 On donne le nom de blastomères aux cellules qui proviennent

de la segmentation de l'œuf et dont la taille, de ce chef, se réduit » de stade en stade, jusqu’à ce que la blastula soit constituée (Voir :

plus loin).

LA REPRODUCTION SEXUÉE 43 les voit bien, sous le microscope, apparaître et évoluer ; l'expérience semble démontrer, dès les stades les plus précoces, leur capacité exclusive à devenir sexuelles, mais la raison primaire qui les isole du reste .et fixe leur destinée a échappé jusqu'ici à la recherche analytique. En d'autres termes nous ignorons le mécanisme de leur isolement physiologique ; nous savons seulement, grâce aux nombreux travaux publiés sur ce sujet, que sous l’influence de certaines conditions de milieu, ainsi que de modificalions internes qu'il est encore impossible de préciser, un organisme jusqu'alors inactif ou capable seulement de reproduction asexuelle peut se mettre à former des œufs ou. des spermatozoïdes ; mais le problème biologique que nous avons soulevé reste entier, car les cellules-mères des éléments sexuels ne doivent pas à ces conditions spéciales les propriétés qu'elles manifestent : elles les possédaient déjà à l’état latent.

Le second des deux grands faits dominant la reproduction sexuée, c'est-à-dire la sexualité elle-même, est extrèmement complexe. L'existence de gamèles de sexe différent soulève des questions d'un intérêt primordial qui ne se posaient pas pour la génération asexuée : quelles sont les propriétés respectives des œufs el des sperma-

tozoïdes ? Et comme corollaires tout aussi importants : à quel:moment de leur évolution acquièrent-ils ces propriétés ? Quelles sont les conséquences de la fécondation ? ‘Pourquoi, sans celte dernière, les gamètes sont-ils voués à

la mort? Les chapitres suivants seront précisément consacrés, sinon à résoudre ces questions, du moins à serrer de près leur analyse.

Les Métazoaires seront l’objet exclusif de notre étude, car c'est chez eux que les problèmes de la reproduction

hh LES CELÉULES SEXUELLES ET LA CONTINUITÉ DE LA VIE

sexuelle acquièrent toute lsur ampleur, toute leur com plexité et s’offrent le plus complètement à la recherche descriptive etexpérimentale. Que cette restriction ne fasse pas méconnaître l'importance des phénomènes analogues chez les Protozoaires, ni leur valeur dans un essai d’interprétation générale ; d’ailleurs beaucoup de ces êtres unicellu-. laires ont des gamètes très semblables aux œufs et aux spermatozoïdes des Métazoaires et s'ils ne donnent pas de prise à l'analyse physiologique, il faut en voir la raison dans leur petitesse, dans les détails de leur formation et dans la simplicité excessive des résultats de leur union. Comment. rechercher fructueusement chez ces organismes élémentairesles causes et les origines de l’organisationet dela forme animales ? Il ne faut pas oublier, d'autre part, que chez beaucoup de Protozoaires la reproduction sexuée présente des caractères très aberrants qui nécessiteraient une expli-” cation spéciale ; outre que celle-ci serait forcément incomplète, elle nous obligerait à des digressions qui élargiraient sans avantage appréciable le cadre de notre sujet. Ces écarts peuvent, il est vrai, servir de point de départ à des considérations sur l'histoire phylogénétique de la sexualité; ainsi que nous l’avons déjà dit, nous pensons que s’il est utile que cette histoire soit exactement tracée, 1l est beaucoup plus profitable pour l’avancement des sciences biologiques de rechercher les causes actuelles du phénomène; celui-ci se passe sous nos yeux et il est plus intéressant de: savoir comment il se réalise que de s’efforcer de découvrir quand et comment, au cours des temps, 1l a pu apparaître. .

PREPEU TS: Mots

cr

À un autre point de vue, les nombreux travaux dont les Protozoaires ont été l’objet, ont conduit à des consta-.

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