IMPORTANCE DE LA FÉCONDATION
tations précieuses et d’une portée très générale. C'est une grande date dans la science que le jour où Maupas (1888) découvrit que les Infusoires ne peuvent se multiplier indéfiniment par division, qu'au bout d'un certain nombre de générations agames ils vieillissent, montrent, comme on dit, les signes d’une « dépression » (Maupas, . 1888-1889) dont ils ne peuvent se guérir qu’en se conjuguant deux à deux. Or, on retrouve incontestablement dans cette conjugaison les phénomènes essentiels qui caractérisent la fécondation des Métazoaires. Il est à peine nécessaire de souligner l'importance capitale de cette découverte ; elle démontre que la continuité de la vie n'est pas assurée par la reproduction agame, et qu'elle aurait un terme si, à un moment donné, un facteur nouveau n'intervenait : ce facteur, c’est la sexualité dont la conséquence la plus remarquable est la fécondation. Nous n’ignorons pas que des recherches plus récentes, dues surtout à Gazxins et à Wooprurr, ont bien établi qu'il est possible, chez les Infusoires, de retarder plus que ne le croyait Maupas l'apparition de la dépression et même de maintenir indéfiniment, selon toute probabilité, la reproduction agame. Si par des artifices de culture ou des soins appropriés d'élevage combinés à une sélection artificielle de « races » spéciales, on parvient à perpétuer la division des Infusoires pendant des milliers de générations, on ne peut pas en inférer cependant que la dépression et la conjugaison ultérieure ne sont pas des phénomènes inévitables de la vie normale. Les travaux de Gazxixs, de Wooprurr. de EnriquÈs sont d’un intérêt considérable ; ils démontrent combien l'étude attentive du milieu, c’està-dire des conditions extérieures, est un mode d'analyse pénétrant et fructueux des manifestations vitales des orga-
nismes, mais ils laissent intact le fait que, dans les conditions normales et naturelles de leur vie, l'immense majorité des Protozoaires auraient, sans la conjugaison, disparu depuis longtemps de la surface du globe. Tout ceci s'applique intégralement, mulalis mutandis, aux Métazoaires : les mieux adaptés d’entre eux à la reproduction agame, gardent en réserve le pouvoir d'une génération sexuéc qui sauvera un jour l'espèce de l'extinction définitive ".
Dès lors, la reproduction agame apparaît plutôt dans la vie d’un animal, comme un épisode lié à certaines con-
ditions éthologiques et physiologiques, tandis que la
reproduction sexuée en est la conclusion normale. C'est donc celle-ci que nous devons étudier avant tout, si nous voulons comprendre comment se constituent les organismes qui naissent tous les jours sous nos yeux. Nous exposerons, dans les chapitres suivants, l'étape atteinte par la Science dans cette recherche, et l’on verra que les conclusions que nous dégagerons dansles dernières pages de ce livre, se rattacheront très naturellement aux considérations qui ont été développées dans les premières.
1 Rappelons notamment l’exemple, plusieurs fois («cité par Caurrery (1913), de l’Annélide Ctenodrilus chez lequel, pendant quarante ans, on n a connu que la reproduction agame. On croyait qu’il avait perdu définitivement tout pouvoir de former des œufs
et des spermatozoïdes quand un’jour Moxricezu trouva par hasard «
un grand nombre d'individus en pleine maturité sexuelle.