CAUSES DE L’INERTIE DE L'ŒUF MUR
à-dire l’élimination est constant : à Baraizcox revient le mérite de l'avoir reconnu ‘.
Il n'échappera à personne que l'interprétation de Ba- TAILLON, élargie comme nous l'avons fait pour la rendre applicable à l’Ascaris et aux cas similaires qui pourraient surgir à l'avenir, complète plutôt qu'elle ne contredit celle de Lire et de Ci. Tenant compte de ces diverses théories, nous pourrons résumer la raison physiologique de l'inertie de l'œuf vierge dans l’énoncé suivant : il est partiellement ou totalement imperméable vis-à-vis de son milieu, par suite sans doute de l'état physique des constituants de son cytoplasme au moment où s'établit l’équilibre de maturation ; les dernières phases de son métabolisme s'accomplissent en vase clos, et de ce chef il se trouve intoxiqué par des produits de déchet ou encombré de substances accessoires qui le paralysent et le conduisent à la mort s'il ne peut s'en libérer.
Cette définition, bien que reposant sur des faits, est forcément \ague encore ; si imparfaite qu'elle soit, elle a une valeur infiniment plus grande que toutes les considérations basées sur des comparaisons ou sur des raisonnements phylogénétiques. Elle laisse entrevoir ce qu'il faudra réaliser pour faire sortir l'œuf de son état d'inertie et nous met, par conséquent, sur la voie d'une explication rationnelle du résultat le plus typique de la fécondation ; enfin, grâce à elle, nous comprenons dans certaines limites, pourquoi les mitoses de maturation ne donnent
1 Une expulsion de substances hors de l'œuf après la fécondation a été observée chez les Mammifères, il y a de longues années, par Ed. Van Bexepex. Plus récemment, O. Vaxper Srricur l'a décrite très soigneusement sous le nom de deutoplasmolyse.
que des globules polaires rudimentaires et abortifs et pourquoi, dans la plupart des cas, leur achèvement: n’est possible que pour autant que l’épuration ait déjà commencé: car nous avons vu plus haut, en effet, qu'au moment où l'œuf est fécondé, il est rarement mûr au point de vue cytologique et n'est souvent qu'à l'état d'oocyte de premier ordre ou à la métaphase de la première ou de la seconde cinèse maturative.
L'étude que nous venons de faire de l'inertie de l'œuf mür indique combien est féconde pour la biologie la recherche « des causes actuelles », comme dit Yves DELAGE, des états de la matière vivante. En fouillant dans son intimilé, l’analyse expérimentale permet de ramener à des notions compréhensibles, généralement très simples, des phénomènes que les spéculations stériles jointes à une admiration naïve de la nature FnvelOppBiGE de mystérieuses ténèbres.
Nous voici arrivés maintenant au seuil du chapitre le plus important de la physiologie de l'œuf mür: l'étude de ses propriétés ontogénétiques et des potentialités évolutives qu’il possède ; notons en passant, que ce que nous
appelons potentialités n’est autre chose que ce qu'on dé-
signe habituellement sous le nom de tendances héréditaires ; nous n'emploierons pas cette expression parce que le mot hérédité est indissolublement”associé dans l'esprit à celui d'évolution, de lente acquisition ; les potentialités évolu-tives, au contraire, impliquent l'idée d'actualité : c’est, si l'on veut, l’état actuel de l’hérédité. Nous avons à en étudier le mécanisme et les manifestations, abstraction faite de la façon dont elles furent acquises au cours des temps.
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Pour aborder ces questions avec quelque profit, il est bon d'en tracer tout d’abord les limites et de bien définir les points sur lesquels l'effort d'analyse promet d'être fructueux.
Il était universellement admis, il y a quelques années, et cette opinion est encore partagée par beaucoup de savants, que les gamèles mâle et femelle sont potentiellement équivalents, c'est-à-dire que la diversité de leur structure n’est qu'une adaptation aux conditions dans lesquelles la fécondation doit s’accomplir et le développement se dérouler. Cette dissemblance serait donc tout à fait accessoire au regard de leurs propriétés fondamentales qui resteraient identiques. Pour les partisans de cette opinion, la masse volumineuse de l'œuf est essentiellement une réserve alimentaire, qui n'a en elle-même aucune potentialité ontogénétique etqui fournit simplement à l'embryon la substance de son corps; le cytoplasme ne serait donc pas à proprement parler la source des énergies mises en œuvre au cours du développement ; celles-ci auraient pour origine probablement exclusive le noyau et comme les noyaux mâle et femelle sont incontestablement équivalents, l'égalité des gamètes en découle nécessairement.
L'idée a évidemment la logique pour elle ; à la simple réflexion, la disjonction sexuelle se présente à l'esprit comme une subdivision, tendant à répartir également sur deux facteurs les charges de la fécondation. De multiples faits d'observation lui ont donné une consécration apparente; tels sont : l'identité manifeste et assurément très remarquable de l’évolution de la chromatine dans les cellules sexuelles des deux sexes ; les modalités de certaines formes de la conjugaison chez les [nfusoires, où les gamètes se ressemblent au point qu'il est impos-
sible de les différencier en mâles et femelles ; les expériences de mérotomie d'où l’on a pu conclure qu'un fragment de cytoplasme, dépourvu de noyau, est incapable de vie active et surtout de régénéralion, etc. Enfin, il est indéniable que cette idée s’est renforcée sous l'empire de certaines conceptions théoriques qui, après avoir exercé sur l'orientation des recherches et sur l'interprétation des résultats acquis une influence heureuse à maints points de vue, ont fini par devenir quelque peu tyran-
niques, et par menacer d’enfermer la pensée scientifique.
dans un cercle vicieux. Nous voulons parler des théories de Niceur, de Weismanx et d'O. Herrwic !, qui ont le point commun de vouloir localiser les tendances héréditaires dans des particules matérielles figurées ou tout au moins spécifiques, indépendantes du protoplasme banal.
Nous laisserons de côté, pour le moment du moins, tous ces systèmes, qui sont bien moins des théories scientifiques véritables que des représentations schématiques de l’un ou de l’autre des mécanismes possibles de l'hérédité; fidèle à la méthode que nous avons adoptée jusqu'ici, nous ne demanderons au raisonnement que de nous guider dans l’analyse des faits.
Nous considérons comme très probable, qu’à l'origine
du phylum des Métazoaires, les produits sexuels étaient
équivalents et leur différenciation peu profonde. Mais il s’agit là du passé, et si, pour en avoir une représentalion satisfaisante, il est légitime de suppléer par l'hypothèse à l’absence irrémédiable de documents objectits, il en va
1 Nous ne faisons que citer ces théories en passant. Le lecteur en:
trouvera l'exposé et la critique dans le livre de Derace (1908) et dans un article récent de Prexaxr (tgr1).
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