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MÉTHODE ET THÉORIE DE BATAILLON

traités, démontre qu’ils n'ont pas été fécondés du tout. Les spermatozoïdes de Triton n'ont fait que toucher leur surface ; dans de rares cas on en trouve qui ont pénétré, mais ils restent inertes dans les couches corticales de l'œuf.

L'activation est donc, ici, d’origine parthénogénétique et paraît due à l’irritation de l'œuf par le contact d'un spermatozoïde étranger.

C'est à la suite de ces observations, nous dit BarTarL£Low, qu'il fut amené à tenter la parlthénogénèse par piqûre. Elle consiste, comme son nom l'indique, à piquer, avec un très fin stylet (20 à /o u) en verre ou en platine, des œufs mûrs de grenouille. (Rana fusca se prête très bien à l'expérience.)

La technique est des plus simples et facile ; comme on opère sur des œufs volumineux, l'expérience est faisable à l'œil nu. Les résultats ont dépassé lous les espoirs. Dès ses premiers essais, BATAILLON obtint un certain nombre de petits têtards, dont quelques-uns allèrent même jusqu’à la métamorphose. Dans les mois qui suivirent la publication de sa méthode, celle-ci fut essayée de différents côtés et les résultats en furent confirmés, notamment par Hexxecuyx, Deuorxe et BracHErT auxquels vinrent bientôt se joindre Mac GCcexpon, HerLanr, Loss, etc.

4 Il n'avait pas échappé à BaraizLox, que parmi les œufs piqués, un nombre relativement restreint seulement se segmentent et se développent; les autres, c'est-à-dire la grande majorité (90 °/, en moyenne) ne se divisent pas ou le font mal et tardivement, sans aboutir jamais à une forme larvaire quelconque, et cependant tous se contractent et expulsent leur liquide périvitellin ; tous, ainsi

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142 PROPRIÉTÉS PIHYSIOLOGIQUES ÉT ONTOGÉNÉTIQUES, ETC.

qu'il fut montré plus tard (Bracuer, HerLanr), réagissent à la piqüre par la totalité des manifestations qui caractérisent l'activation. Cela prouve que pour obtenir un développement complet, un facteur supplémentaire est indispensable que le stylet ne réalise que rarement.

C'est alors que Baraizcon découvrit que <e facteur inconnu consiste dans l'introduction dans l'œuf, par l’aiguille, d'éléments figurés du sang ou de la lymphe, qui ne doivent pas nécessairement provenir de l'espèce animale sur laquelle on expérimente; on peut les emprunter à des Mammifères ou des Poissons : ils n’ont donc rien de spécifique.

La parthénogénèse par piqûre devenait ainsi un procédé en deux temps, comme ceux de Los et de Drcaces. Mais il avait sur ceux-ci l'avantage d'apporter des précisions sur le rôle physiologique respectif de chacun de ces temps. Puisque l'introduction du stylet provoque l'activation totale de l'œuf (et nous verrons au chapitre V qu'on

sait très exactement ce qu'il faut entendre par là dans

l'œuf de grenouille), le second temps — pénétration de

sang ou de lymphe — ne peut avoir d'autre effet que de permettre une première mitose de segmentation bien équilibrée. BaraizLon fait jouer aux corpuscules sanguins ou lymphatiques le rôle de catalyseurs, tendant à renforcer le système des irradiations astériennes qui dirigent la division cellulaire et lui permettent ainsi d'aboutir. Nous verrons plus tard que cette interprétation est probablement inexacte, mais que néanmoins le second temps consiste bien en un réglage des conditions de la division du cytoplasme ovulaire.

Ajoutons enfin que Baraizrox a réussi À activer les œufs d'Amphibiens, sans embryogénèse consécutive, en

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MÉTHODE ET THÉORIE DE BATAILLON 1/43 les soumettant à des vapeurs de chloroforme ou d’éther, à des chocs d’induction, etc. L’activation est donc une réaction constante, caractéristique. C'est la « réaction propre de l'œuf » de BaraiLzcox, toujours identique sous les excitants les plus divers, qu'ils soient d'ordre chimique, physique ou mécanique ; mais pour conduire à une embryogénèse, elle doit être renforcée, ou si l’on veut améliorée.

On ne manquera pas d’objecter que les expressions « réaction propre de l'œuf », « irritabilité » sont vagues et dépourvues encore d'une valeur physico-chimique. C’est exact ; elles sont simplement, nous allions dire « prudemment » physiologiques, mais elles ne comportent ni plus ni moins de vitalisme que celles de contraction musculaire ou de sécrétion glandulaire. Chacune d'elles, en réalité, n’est pas représentative d’un fait, mais d’un complexe de faits, et il appartient à la recherche objective de le dissocier et d'en soumettre les éléments à une nouvelle analyse. On verra que celle-ci, pour ce qui concerne la réaction propre de l'œuf, est déjà largement ébauchée.

Nous nous sommes longuement arrêtés, et pour une double raison, aux travaux de Barairrox, Outre qu'ils offrent au point de vue des idées générales développées dans ce livre un intérêt dont on appréciera plus loin toute la valeur, il nous a paru qu'ils méritaient, pour des motifs d'un autre ordre, qu'on y insistät quelque peu. L'œuvre de Bararzcon est moins connue, même du public scientifique, que celle des autres pionniers de la parthénogénèse expérimentale et c'est regrettable, car elle à un cachet très personnel et témoigne d'un labeur continu et persévérant dans la poursuite d’un but bien défini. Derace et Gozpsuirx, puis Goprewskr, en ont bien souligné l’im-

portance, mais Lors, par exemple, en fait à peine mention et pourtant il serait fort souhaitable qu'il indiquât comment la parthénogénèse par piqûre peut se concilier avec sa théorie chimique de la fécondation.

Abstraction faite des théories discutées et discutables qui s'efforcent d'expliquer la parthénogénèse expérimentale, celle-ci apparaît aujourd'hui comme un fait positif qui a pris rang dans la science. Elle prouve, comme nous le disions au début de ce chapitre, qu’à l'inverse du spermatlozoïde, l'œuf possède en lui-même, dans sa propre substance et sans qu'aucune adjonction de matière ou d'énergie ne lui soit nécessaire, toutes les potentialités pour former, par leur déroulement, un organisme nouveau.

Le problème de la sexualité se délimite et s’éclaircit, en même temps que se dégage une des raisons d'être de la fécondation : le spermatozoïde (entre autres choses) fait sortir l'œuf vierge de son état d'inertie.

Nous savons aussi, maintenant, puisque l'œuf est susceptible de se développer seul, que l’amphimixie nucléaire n'est pas indispensable, car le pronucleus femelle peut

suffire à la seumentation, et que le centrosome femelle qui

disparaît dans la fécondation, est capable de persister et de rentrer en activité pour jouer, complètement ou incomplètement — ce point sera examiné plus tard —, le rôle normalement dévolu au centrosome mâle.

Cet aperçu des propriétés ontogénétiques de l'œuf mûr terminé, on se demandera tout naturellement si elles font

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