PARTHÉNOGÉNÈSE NATURELLE
relle, ressortit de causes très simples : changement d'état du milieu maternel au moment de la ponte ou, après celle-ci, influence pure et simple du milieu extérieur nouveau dans lequel l'œuf se trouve placé. Le problème se pose donc à nos yeux sous une forme telle, que l'expérience qui chercherait à le résoudre apparaïîtrait a priori, comme la vérification élémentaire d'une idée presque évidente par elle-même *.
L'étude des potentialités de l'œuf parthénogénétique, des causes et du mécanisme de sa réaction, etc., ne semble donc pas devoir être très féconde. En revanche, l'explication du cycle dans lequel, en général, il est intercalé, la recherche des facteurs qui ont permis l'établissement de ce cycle et de ceux qui peuvent le modifier est beaucoup plus captivante.
IL serait fort intéressant de connaître l’ensemble des conditions qui assurent l'alternance régulière des générations sexuées et des générations parthénogénétiques, chez les organismes à sexualité cyclique, comme les Rotifères et beaucoup d'Insectes.
Ces questions, malgré leur importance biologique, n'ont avec celles que nous traitons ici que des rapports lointains, et 1l faudrait de longs chapitres pour les exposer avec l'ampleur qu'elles méritent. Le lecteur qui voudrait se familiariser avec elles trouvera dans le livre d'HENxEGux (1904) une excellente description de la biologie sexuelle d'un certain nombre d'Insectes, et dans le volume que CauULLERY (1913) a consacré aux problèmes de la sexualité, un exposé clair des recherches dont elles ont été l'objet, appuyé sur une critique Judicieuse.
1 Il est vrai que la vérification d'idées soi-disant évidentes pa elles-mêmes a été bien souvent l’occasion de déçouvertes inattendues
L'œuf 19
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æ * . Ce L2 “ Ld 294 FÉCONDATION ET PARTHÉNOGÉNÈSE
Un point seulement retiendra notre attention. L œuf normalement parthénogénétique, avons nous dit, est un œuf qui n’a plus besoin d'être fécondé. Cela peut être un = perfectionnement, mais on peut, avec autant de raison, le considérer comme une dégradation. Peu importe d’ailleurs, car ce qui nous intéresse avant tout, c'est de savoir si la reproduction parthénogénélique peut assurer mdéfiniment la continuité de l'espèce.
Bien que certains faits positifs tendent à accréditer celte manière de voir, on peut formuler en principe qu'une fécondation doil être la conclusion naturelle d’une série de développements qui se sont faits sans elle. On se rappelle, soit dit en passant, que le même principe s'applique strictement aux divers modes de reproduction agame.
Telle est aussi la conclusion à laquelle a été amené Mar- CHAL à la suite de ses belles recherches sur les Chermès.
Le cycle de ces Insectes est très compliqué : une série de quatre générations parthénogénétiques successives, hétéromorphes, s’intercalent entre une génération sexuée mitiale et une autre, terminale.
Or, chez le Chermès du pin, les individus issus de formes sexuées, c’est-à-dire les fondatrices, ont une des- “ cendance parthénogénétique très abondante ; cette fécon= « dité diminue progressivement dans les générations sui- « vantes et les représentants de la dernière d’entre elles, Jes ailés sexupares, n'arrivent plus qu'à pondre un petit nombre d'œufs d’où sortiront les individus sexués qui re- . commenceront le cycle; etencore faut-il, pour cela, qu'ils aient accompli une migration active sur l’Epicea oriental, La fécondation est donc l’aboutissant final d'une série qui. se dégrade peu à peu et elle semble vraiment sauver l'espèce de l'extinction totale.
PARTHÉNOGÉNÈSE NATURELLE 259 Mais il faut apporter à celle conclusion une restriction importante. S'il est exact qu'une fécondation soit indispensable pour que l'espèce se maintienne complète, c'est. à-dire successivement représentée par les individus hétéromorphes des diverses générations, les formes parthénogénétiques peuvent cependant se perpétuer indéfiniment quand les conditions nécessaires à l'apparition de la forme sexuée viennent à faire défaut. Ainsi le Chermes pini doit accomplir sa migration sur l'Epicea oriental, et comme celui-ci fait défaut dans les forêts de France, la forme sexuée avorte ou reste sans descendance !. La race française du Chermes pini se reproduit exclusivement par - parithénogénèse. Elle ne parait pourtant pas près de s'éteindre | La reproduction parthénogénétique peut donc devenir indéfinie sous l'influence de certaines conditions de milieu, mais Marcaz a clairement montré que ce faciès biologique nouveau est tout à fait secondaire.
Il n'est pas inutile de rappeler à ce point de vue, que chez les Protozoaires aussi, on a pu prolonger pendant des milliers de générations la propagation par division - (Wooprure); il n’en est pas moins vrai que c’est la conju- - gaison qui sauvera l'espèce de l'extinction, le jour où elle en sera menacée. | * * *# Nous nous sommes efforcé dans les deux chapitres pré- cédents et dans celui-ci, de montrer la succession des - changements que subit la cellule sexuelle primordiale
à 4 Marcxaz en voit la cause dans ce qu’il appelle la spanandrie, c’est-à-dire l'absence ou la rareté excessive des mâles. «
296 FÉCONDATION ET PARTHÉNOGÉNÈSE ; dans sa forme, sa composition et ses propriétés apparentes, jusqu'au moment où elle est prête à inaugurer l'ontogénèse d’un nouvel organisme. La possibilité même de rattacher les uns aux autres un très grand nombre den faits, et de pouvoir les ranger dans un ordre compréhensif" et satisfaisant notre logique, met sur la trace des lois qui. en dirigent la manifestation.
Nous avons pu énoncer quelques-unes de ces lois, et" même si leur formule actuelle ne doit être considérée que comme provisoire, elles jalonnent néanmoins utilement la route qu'a suivie la science dans ces vingt ou vingtcinq dernières années.
Nous avons étudié l'œuf au cours de son oogénèse jusqu’au moment où, ayant atteint son équilibre de ma = turation, il devient inerte, son métabolisme s’arrêtant. Nous savons, partiellement, ce que cache cet état d'inertie qui, s’il perdure trop longtemps, n'a d'autre issue que la. mort. L'analyse de la fécondation a montré par quelle série d’actes le spermatozoïde, en sauvant la vie de l'œuf, remanie les substances qui le composent et rassemble dans. un ordre déterminé les pièces d’un mécanisme qui Va pouvoir se mettre en marche.
Alors, le développement commence. Nous savons dé qu'il ne se fera pas au hasard: il y à des localisations dans l’œuf et elles joueront, dans toutes les différencia= tions ontogénétiques, un rôle essentiel.
À ce moment s'ouvre un nouveau chapitre de l'embryo= logie. Aux questions d'ordre tout à fait général que nous avons examinées jusqu ici, vont s'en bat d’autres, de plus en plus spéciales au te et à mesure que l'œuf avan= cera dans son évolution. C’est à l’étude de nent d’entre elles que seront consacrées les pages qui vontsuivres