‹ L'uf et les facteurs de l'ontogénèseChapitre 9 sur 141 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES CELLULES SEXUELLES ET LA CONTINUITÉ es DE LA VIE

Sommaire. — Ce que doit renfermer le germe de tout être vivant. — La reproduction agame et la reproduction sexuée, — Formes principales de la reproduction agame : division, bourgeonnement et sporulation végétative. — Définition du problème fondamental de la génération agame. — Notion des corrélations fonctionnelles. — Son importance dans une tentative d'explication des deux modes de reproduction. — L’isolement physiologique ou expérimental des parties de l’organisme. — Analogies et différences entre la reproduction sexuée et la reproduction agame. — La fécondation comme facteur essentiel de la persistance de la vie sur le globe.

Dans les conditions normales, tout organisme vivant disparaît après avoir donné naissance à un ou plusieurs descendants dont l’organisation est identique à la sienne, ou n'en diffère que par de minimes détails. Ainsi formulé, le fait peut paraître banal, et cependant il exprime intégralement le grand principe de la continuité de la vie sur le globe. En effet, jamais la génération spontanée n’a été observée dans la nature actuelle et, dès lors, tous les individus ‘ présentement vivants ne sont que le dernier terme d’une longue lignée, dont l’origine remonte à l'apparition même de la vie et qui se prolongera dans

- l'avenir tant que le permettront les conditions extérieures.

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Mais l’idée de continuité étant.inséparable pour la science

1 Le mot individu est pris ici dans son sens usuel.

moderne de celle d'évolution, on peut dire que depuis les origines jusqu'à nos Jours, les individus successifs d'une lignée donnée, au lieu de revêtir toujours exactement les mêmes formes et la même image, se sont progressivement transformés. Au cours des temps, ils ont ainsi acquis des propriétés et des {caractères nouveaux, lesquels seront d’autant plus nombreux et plus complexes que l'évolution aura eu plus de prise sur la lignée et, par conséquent, l'aura poussée-plus loin. | L'évolution en elle-même, pas plus que les mécanismes qu'elle met en œuvre, ne rentre dans le cadre de notre sujet ; ilnous suffit de constater qu'elle s'est produite, qu'elle a la valeur d'un fait scientifiquement établi, dont toutes les conséquences s'étalent sous nos yeux dans la nature actuelle et s'offrent à notre analyse. Pour le moment, une seule d’entre elles retiendra notre attention : quand, aujourd'hui, un organisme se reproduit, il doit transmettre à ses descendants, pour que ceux-ci soient identiques à lui-même, non pas seulement les propriétés initiales de la lignée à laquelle il appartient, mais encore et surtout celles qui ont été acquises au cours des temps et qui se sont conservées. Îl faut. pour mieux préciser, que le germe d'où le descendant naîtra possède tout ce qui contribuera à réaliser son développement complet dans les conditions de milieu actuelles. Il s’ensuit que ce germe, si simple soit-il, n'est nullement semblable à celui qui fut à la souche de la lignée ances- : trale de l'individu qui l’a formé ; certes, il pourra présenter avec lui une certaine analogie extérieure, mais il possède, en outre, à l’état réel ou à l’état potentiel, tout un dynamisme nouveau, lequel n'est autre que ce qu'on appelle communément le patrimoine héréditaire. |

REPRODUCTION AGAME ET REPRODUCTION SEXUÉE [Ex

Lorsque au cours de ce chapitre et des suivants nous étudierons les propriétés ontogénétiques ou les potentialités de l'œuf, du bourgeon, de la gemmule, etc., nous ferons, en réalité, l'analyse de l’origine et des sources de l'Hérédité. Si ce mot à signification vague et obscure ne vient que rarement sous notre plume, la notior qu il exprime n’en fera pas moins la substance de tout notre exposé.

Lorsqu'on jette un coup d'œil d'ensemble sur l'allure qu'affecte la reproduction dans le règne animal — et les faits sont essentiellement les mêmes dans le règne végétal — on est d’abord quelque peu dérouté par la multiplicité apparente des aspects qu'elle revêt. Bientôt pourtant on distingue, comme l'ont fait depuis longtemps les biologistes, deux modalités suivant lesquelles les organismes donnent naissance à des descendants : ce sont la reproduction asexuée, ou agame, ou encore végélative d'une part, la reproduction sexuée d'autre part.

Le caractère par lequel elles diffèrent suffit à les définir ; la première se fait aux dépens d’un individu quelconque, qui, à lui seul et par ses propres forces, engendre d'autres individus ; dans la seconde, intervient un facteur nouveau et fort énigmatique, la disjonction sexuelle : pour constituer un germe capable d'entrer en développement, il faut le concours de mâles et de femelles, produisant respectivement des gefmes spécifiques appelés gamèles ; un gamète mâle s’unit à un gamète femelle et la fécondation ainsi réalisée met en marche les mécanismes de l'ontogénèse. |

Entre ces deux grands modes de reproduction, il ne semble pas qu'il y ait d'intermédiaires, du moins au point de vue morphologique ; la parthénogénèse naturelle, c’està-dire le développement d'un gamète femelle sans fécondation par un mâle n'est, en effet, qu'une dégradation, ou si l’on préfère, un perfectionnement de la reproduction sexuée dont elle dérive en tout cas. Nous montrerons toutefois, au cours de notre exposé, qu'au point de vue physiologique la parthénogénèse, envisagée sous un cer-

tain angle, offre avec la reproduction asexuée des points.

de comparaison intéressants.

À la différence fondamentale qui existe entre les repro— ductions sexuée et asexuée s'en ajoutent d autres, moins importantes, mais qui permettent cependant d'apprécier la part qui revient à chacune d'elles dans la persistance actuelle et la continuité dans l'avenir de tous les êtres vivanis.

La reproduction asexuée, on le verra par la suite de ce chapitre, affecte une grande variété de formes, d'aspects, et aussi de degrés ‘ ; on ne l'observe dans la nature, que chez des animaux relativement peu élevés en organisation ; partout ailleurs, elle est rudimentaire ou complètement absente. Souvent, elle revêt l'allure d’une propagation plutôt que d'une véritable reproduction, c'est-à-dire qu'elle aboutit à la formation de colonies ou d'associalions d'individus issus d’une mênie souche. Au contraire, la reproduction sexuée existe dans le règne ani-

‘ Les diverses modalités de la reproduction asexuée sont décrites en détail dans le livre de Korscnezr et Hriper (Allgem. Teil) où les groupes animaux sont successivement passés en revue. On les trouvera aussi clairement résumées dans Gopcewskt (1913).

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