JO
Macuchy, qui le tenait des Mahacus (i), qui le vendent falsifié ; s'il l'avait préparé lui-même, il eût dû connaître aussi l'antidote que tous les Indiens qui préparent le poison connaissent, même ceux des Guyanes ; en outre, il ressort de la composition qu'en donne le même voyageur, qu'il était fait par des spéculateurs, car le vrai poison ne contient ni fourmis, ni crochets, ni serpents etc. (2).
Après mon observation du tucuruchy, je commençai mes expériences et plus tard, avec les Indiens mêmes, je constatai que ceux-ci avaient raison.
Les Indiens qui préparent Vuiraêry ne craignent pas ce poison, car ils portent toujours avec eux du sel comme antidote, pour ne pas en mourir comme TArowack de Waterton. Ceux qui ne le préparent pas ne connaissent pas l'antidote.
Tous les Indiens ont du sel, soit marin, soit natif, soit extrait des plantes.
Ceux qui sont en contact avec les civilisés portent le sel marin; ceux des tribus qui habitent les rivages ont le /yukyra yba, qu'ils préparent avec la cururé ou caiuru, une Podostémacée des genres Lacis et Mourera qui croissent sur les roches des chutes d'eau, ou avec des bourgeons du yarâ açu [Leopoldinia Pulchra Mart. et L. piassava WalL) ; s'ils habitent au milieu des forêts, ils le préparent aussi avec les fruits de Vinayâ [Maximiliana regia Mart.).
Les Indiens du Pérou, comme les Mayurunas, vont le chercher dans les mines de Tocache, Pelluana et Cal-
(1) Les Mahacus sont les marchands du curare falsifié; par leur intermédiaire il va de l'Amazone aux Guyanes. Au Rio-Branco les civilisés en font l'échange avec ces Indiens.
(2) ScMOMBURGK, dans Reisen in Britisch Guiana (I, p. 449), dit que « les Arowaaks ne font pas usage de ce poison et qu'ils méconnaissent les venus des plantes ».
lana-Yucu, dans la rivière Huallaga, et en font un commerce d'échange avec d'autres tribus, jusqu'aux Ticunas et celles du Brésil.
Le sel des plantes sert également à faire la sauce où ils trempent la chasse muqueada (boucanée) quand ils la mangent.
Les Uaupés et les Içanas préparent leur sel avec les Podostémacées et leyarâ :
On emploie le cururé pour manger en salade ou pour faire une bouillie avec du poisson ; mais sa plus grande utilité consiste dans le sel qu'il donne. A cet eflfet on sèche les feuilles au soleil, puis elles sont carbonisées et la cendre dissoute dans l'eau est filtrée dans un entonnoir fait de feuilles sèches de quelque Marantha ou Geonoma. Cette solution évaporée au feu donne un sel pur mais se prêtant aux mêmes usages que le sel marin.
Le sel ainsi préparé a un aspect noirâtre et contient une grande quantité de chlorure de sodium (i), le véritable
(i) Voici ranalyse du sel des Podostémacées qu'ont voit dans le Hooker^s Jouv' nal of Botany and Kew Gard. Mise. (VI. 190, jun. 1854) et que Martius a transcrite dans \a Flora Brajiliensis {yol. IV, impartie, p. 275) :
« The sait is very easily obtained from the ash by treating it with cold water, and evaporating the solution to dryness. Seventy-five per cent of soluble saline matter may thus be extracted, the insoluble residua consisting of carbon, siliceous matter, carbonate of lime and insoluble phosphates, in the foUowing porportions :
Carbonaceous matter 31
Siliceous matter 44.2
Carbonate of lima and insoluble phosphates .... 24.8
The salts soluble in water were found to consist of chorides of potassium and sodium, together with a portion of alkaline-carbonate and a small quantity of sulphate. It was tisted for sodine but there was none found, 100 grains of the dry sait gave :
Sulphuric acid gr. 1.0
Carbonic acid 4.9
Chlorine 45.648
Now assuming the sulphuric and carbonic acids to be in combination with potash, we should hâve 84 grains of the chlorides of potassium and sodium ; and as those
antidote du poison indien, car au cours de diverses expériences que nous avons faites avec le sel chimiquement pur, il présenta toujours des résultats supérieurs à ceux du sel commun.
Les animaux empoisonnés peuvent être sauvés en retirant la flèche et en lavant et appliquant immédiatement sur la blessure et dans la bouche du sel commun ou du chlorure de sodium.
Depuis le moment que l'animal est blessé et jusqu'à l'apparition de la paralysie des membres postérieurs, il est encore temps de le sauver, mais lorsque la paralysie envahit les membres antérieurs, ce qui arrive souvent très rapidement, on peut le sauver encore, mais très rarement, principalement si la paralysie a déjà atteint les nerfs pneumogastriques. Au cours de nos expériences, nous avons obtenu plusieurs fois de bons résultats avec des animaux se trouvant dans cet état-là.
Le voyageur blessé qui connaît l'antidote ne meurt jamais, car immédiatement il applique le sel, qu'afin d'assaisonner ses mets il a toujours avec lui, dans des paniers qu'il porte dans sa pirogue.
L'apparition des symptômes d'empoisonnement chez les animaux dépend de l'idiosyncrasie et de l'âge de l'individu; les uns présentent les signes de l'intoxication
contains 45.648 grains of chlorine, we may deduce the following composition of the sait by calculation :
Sulphate of potash 2.18
Carbonate of potash 13.82
Chloride of potassium 33.6
Chloride of sodium 50.4
From the above results, it will be perceived that the peculiarity of this vcgetable ash consists in the large amount of chlorides contai ned in it, which very well adapt it for the purpose to which it is applied, and render it a tolerably good substitutc for that essential substance common sait. »
quarante secondes après la blessure, tandis que les autres ne les présentent quelquefois qu'après cinq minutes ou un quart d'heure.
Pour les uns, les symptômes se présentent de bonne heure et envahissent peu à peu tout le corps ; au bout de quatre minutes ils sont morts, tandis que d'autres marchent encore pendant cinq minutes et plus, mais quand les symptômes apparaissent, ils tombent comme foudroyés.
Un quadrupède blessé, un chien par exemple, court, marche et mange, ne semblant pas être intoxiqué ; soudainement il s'arrête, flaire, creuse la terre avec les pattes et tourne sur lui-même comme s'il allait se coucher commodément et s'endormir. Il a alors les pupilles quelque peu dilatées et parfois fait de légers mouvements avec les oreilles, comme pour chasser une mouche. On dirait qu'il se repose tranquillement mais, en l'observant de près, on remarque que les poils ondulent régulièrement, comme une vague de la mer courant au rivage ou comme un champ de blé caressé par la brise. C'est le symptôme précurseur de la paralysie des membres postérieurs. Si on soulève l'animal, il marche difficilement, ayant les deux pattes de derrière éclopées, et il cherche à se coucher ; puis la paralysie envahit les membres antérieurs et l'animal ne se lève plus, ne bougeant plus que la tête, ayant les yeux hagards, à cause des pupilles dilatées d'une façon extraordinaire et se contractant. Les pulsations du cœur sont faibles et espacées et la respiration saccadée. La paralysie continue, atteint le pneumogaster et la tête tombe pour ne plus se relever. Cependant dans les yeux, qui quelquefois se ferment, il y a encore de la vie. L'animal comprend et voit tout ce qui se passe autour de lui, mais son regard exprime la tristesse. Si on l'appelle il ouvre les yeux et on voit qu'il reconnaît son maître ; s'il ne voit pas
celui-ci, il le cherche des yeux, desquelles on voit parfois tomber une larme. Signe d'adieu ou de souffrance?
Jusqu'à son dernier souffle l'animal ne présente aucun indice de souffrance ; au contraire, il semble être heureux de dormir tranquillement. Il n'a ni spasmes convulsifs, ni convulsions, ni vomissements; il meurt tranquillement, n'ayant que la vie dans les yeux jusqu'au dernier moment.
La paralysie attaque de bonne heure la langue et, avant d'atteindre le cerveau, celle-ci est déjà paralysée.
Un oiseau blessé vole encore, mais après quelques minutes il s'arrête, lisse ses plumes comme s'il était satisfait, puis, lorsque la paralysie envahit les pattes, il tâche de se coucher. Il tourne sur lui-même, se couche, se lève et tâche de se poser commodément, comme fait la poule pour bien se coucher dans son nid. Depuis ce moment il ne fait plus de mouvements avec les ailes, il retire le cou et ne bouge plus, comme s'il allait dormir. Les yeux restent ouverts, mais sont dilatés. La paralysie atteint les ailes, puis la tête et l'oiseau tombe mort.
Toujours après la mort le cœur continue à battre pendant longtemps.
Ces symptômes apparus, on évite la mort par l'emploi du chlorure de sodium ; cependant, l'animal reste paralysé, ce qui lui donne l'apparence de la mort, mais petit à petit la paralysie disparaît, il se ranime et reste guéri.
Le symptôme de l'empoisonnement continue à se manifester parce que tout le poison n'est pas immédiatement neutralisé ; la petite portion non neutralisée ne le devient qu'à mesure que le chlorure est absorbé.
Nous avons observé qu'une injection d'une solution curarique filtrée n'est pas aussi énergique que la poudre en contact avec une incision humectée de sang ; quand on filtre la solution, la poudre qui reste sur le filtre n'est pas
inoffensive, comme le dit le D'' Voisin ; elle contient des substances actives qui tuent un rat en cinquante secondes, comme nos expériences Tout prouvé.
A Tappui de ce que nous avons déjà dit précédemment de rabsorption et le temps qu'il faut pour qu'apparaissent les premiers symptômes de l'intoxication, nous citerons le fait suivant :
Deux cobayes jumeaux furent empoisonnés avec le même poison en poudre, mis à chacun dans la plaie à là dose de i milligramme; Tun présenta des symptômes lents et mourut au bout de quatre minutes ; quant à l'autre, les symptômes apparurent après cinq minutes et une minute après il tomba foudroyé.
Les Indiens mangent la chair de Tanimal empoisonné, qui n'est pas attaquée par le poison, elle se conserve parfaitement près de vingt-quatre heures. Le sang ne change pas de couleur. Le cœur, les poumons, le foie et la rate ne présentent aucune lésion, mais les viscères intestinaux après une demi-heure deviennent bleuâtres par l'hypérémie et principalement dans l'intestin mince, ils présentent des mouvements péristaltiques ou vermiculaires, qui durent quelquefois encore une demi-heure après la mort.
Les oreillettes du cœur continuent à se mouvoir, même longtemps après qu'ils ont été extirpés du corps.
L'animal blessé par la flèche empoisonnée ne présente aucun signe extérieur de douleur et, quand il est guéri par le chlorure de sodium, la plaie se referme parfaitement après trois ou quatre jours sans s'abcéder.
Dès que le poison est éliminé de l'organisme (ce qui se fait en cinq à dix minutes, rarement en une heure), l'animal se rétablit parfaitement, ne souffre plus, n'a pas de convalescence et commence à manger comme s'il n'avait jamais été empoisonné.
Les expériences faites à l'aide d'injections avec la serin-
gue de Pravaz ont produit de bons résultats; seulement, on a constaté que Tinjection de Vuiraêry, précédée ou suivie d'une autre de solution de sel marin, ne produit pas la mort, mais selon les individus et après un espace de six à douze heures, la solution saturée produit la décomposition du sang ; le ventre se gonfle et la douleur qui survient ne finit qu'avec la mort, vingt-quatre heures après.
Dans ce cas l'autopsie physiologique nous montre la peau détachée des muscles et pleine de cérosités, les muscles corrompus, les viscères jaunâtres, pleines de gaz et le cœur noir, tandis que dans celle du cadavre du curarisé, les muscles se conservent en parfait état pendant plus de vingt-quatre heures et l'hypérémie seule attaque les viscères.
La solution saturée neutralise le poison, mais son absorption rapide décompose souvent le sang et entraîne la mort. Celle-ci est évitée quand on injecte Vuiraêry mélangé à la solution de chlorure de sodium.
Nous ne considérons pas le chlorure de sodium comme un topique mais comme un véritable antidote, car au contact de Vuiraêry il donne une réaction chimique, sa température s'élève et il produit un troisième corps neutre et insoluble.
Vuiraêry, réduit en poudre impalpable, bien dissous dans l'eau et ensuite filtré, donne une solution qui, mise en contact avec une solution de chlorure de sodium sursaturée et filtrée, produit un précipité très abondant, d'une couleur qui varie de celle de la feuille sèche à celle du tabac ou de la terre de Sienne naturelle.
Ce précipité lavé est entièrement neutre, ainsi que nos expériences l'ont prouvé.
Mis en contact avec l'organisme en doses mortelles, soit par incision, soit par injection souscutanée, il ne produit aucun symptôme d'intoxication.
Si la substance n'est pas très bien précipitée, le liquide jaunâtre qu'elle produit a encore des propriétés toxiques et, traité par le chlorure, il neutralise le reste du principe actif du poison.
Le précipité lavé est insoluble dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther, mais soluble dans l'eau à la température d'ébuUition.
Au moment de la réaction, la température du liquide augmente de 3 à 4 degrés.
L'empoisonnement et l'élimination du poison nous semblent se produire comme suit :
Le poison indien appliqué sur une surface dénudée ou injecté hypodermiquement est absorbé par les globules rouges du sang en déplaçant les blancs et porté par les vaisseaux au parenchyme nerveux et aux centres ; d'où l'origine des symptômes ultérieurs de l'empoisonnement.
Les expériences ont prouvé l'exactitude de la croyance indienne ; en effet, les sauvages affirmant que le poison, non mélangé au sang,est inoffensif, semblent vouloir dire que l'absorption n'est faite que par les vaisseaux de la circulation, ce qui est l'avis de quelques physiologistes et d'accord avec nos propres expériences.
Celles d'Emmert et Ghristison les confirment. Ces deux physiologistes ayant tout coupé dans l'extrémité d'un animal excepté le nerf principal, ont inoculé de Yuiraêry dans le morceau inférieur; l'empoisonnement n'a pas eu lieu. Blake a modifié cette expérience en ce sens qu'il a fait la même opération en laissant aussi l'artère et la veine principale ; en blessant celle-ci pour que le sang de la partie empoisonnée n'ait aucune communication avec la partie supérieure de l'animal et ayant ainsi entretenu la la circulation dans l'extrémité dont les nerfs étaient influencés, aucun symptôme toxique ne sep résenta.
Ce même professeur inocula, dans le tissu cellulaire de
l'extrémité d'un animal, une dose à'uiraêry après avoir lié l'aorte; Tempoisonnement ne se manifesta qu'après avoir délié l'aorte.
Si l'on applique à temps le sel commun ou le chlorure de sodium sur une blessure, qu'on doit élargir, produite par une flèche empoisonnée ou par accident, ïuiraêry, dont l'absorption est très rapide et dont l'action sur les globules sanguins est tout à fait spéciale (comme les expériences du D^ Dumas (1) le confirment), ayant la propriété de stimuler les nerfs, mis en contact avec ceux uiraêrisés, ne peut pas excercer son action de décomposition ; car sous l'influence de la chaleur vitale, Yuiraêry se modifie et forme un troisième corps inoffensif, c'est-à-dire que son action toxique reste neutralisée. Le superflu du chlorure de sodium, stimulant les réseaux nerveux paralysés par l'action du poison, active la guérison.
Le poison inoculé et le chlorure de sodium en solution sous-cutanée produisent la précipitation et la neutralisation ; mais nous croyons que l'eau exerce également son action sur le sang en le décomposant, ce qui occasionne la mort non pas par asphyxie, mais par le tétanos, plus de vingt-quatre heures après.
Une solution d^uiraêfy mélangée à une autre de chlorure de sodium ne produit ni la mort ni des symptômes
(1) Rabuteau {Eléments de thérapeutique et de pharmacologie, pp. 99 et suiv.), en parlant du chlorure de sodium, dit : a Introduit dans le tube digestif, le chlorure de sodium est absorbé rapidement. La pénétration de ce médicament par les voies pulmonaires est encore plus rapide.
« Les principaux effets du chlorure de sodium sur le sang et la nutrition sont les suivants : 1° cet agent retarde la coagulation du sang et le rend rutilant ; 20 il augmente le nombre des globules rouges ; 30 il active les oxydations.
« Le sel marin augmente le nombre des globules. Ce résultat remarquable a été signalé pour Plouvier et par Poggiale.
M Puisque le chlorure de sodium conserve les globules sanguins, qu'il en retarde la destruction, il était naturel de penser que, sous Tinfluence de ce médicament, les combustions devaient être plus actives. »
toxiques, parce que le poison, en l'injectant, est déjà décomposé et inoffensif. C'est pour la même raison que l'application du chlorure de sodium sur les blessures provoque une guérison plus rapide sans produire ensuite aucun état morbide ; ce qui n'a pas lieu avec les injections qui, toutes, sont plus ou moins fatales, par suite de l'excès d'eau et de chlorure.
Un mélange de solutions toxiques et saturées ne donne pas la mort, mais produit pendant quelques heures un état morbide, fiévreux; ce qui prouve l'influence de l'eau et du sel non précipité dans l'économie.
Appliqué sur la blessure, le sel, à mesure qu'il est absorbé, est précipité. L'absorption de la substance toxique se fait plus rapidement par les globules circulaires que par les elliptiques et en raison inverse de la grandeur de ceux-ci. Les animaux à sang chaud absorbent plus facilement le poison que ceux à sang froid ; c'est pourquoi les batraciens, les chéloniens, les sauriens et les poissons résistent moins à l'action toxique que les mammifères.
Plus elliptiques et plus grands sont les globules, plus doucement se fait l'intoxication ; comme on le constate pour les oiseaux, quoique à sang chaud. Ceux-ci ayant besoin de plus d'oxygène pour entretenir leur active respiration, ils sont plus facilement asphyxiés que les mammifères et plus rapidement encore que les reptiles; mais, comme ils produisent beaucoup plus de chaleur, l'influence de la température sur l'absorption du poison donne lieu à une élimination, à mesure qu'il est absorbé.
Le mammifère dont le sang, au cœur, est d'une température de 36 à 40 degrés centigrades, absorbe très facilement le poison et en meurt au bout de quelques minutes.
Les oiseaux, dont la température est de 40 à 45 degrés, surtout les rapaces diurnes et les gallinacés, sont empoisonnés très difficilement; ils tombent en présentant les
symptômes de l'absorption, mais presque toujours l'élimination prévient la mort.
Le reptile dont le sang n'a que la température environnante, s'empoisonne plus difficilement, mais meurt très facilement.
La chaleur animale facilite l'absorption et l'élimination, qui se produisent en raison directe des petits globules et en raison inverse des grands.
Immédiatement après son application le poison s'introduit dans le courant circulatoire attachant les nerfs moteurs, mais sans toucher à l'intelligence ni aux actions réflexes.
L'élimination du poison se fait par l'urine et, après l'application de l'antidote, l'expulsion de celle-ci est presque toujours une preuve de prompte guérison complète. Souvent il arrive qu'un animal, qui semble mort, urine et que peu de secondes après il revient à la vie.
Il nous semblait, au début de nos études, que l'expulsion se faisait par la bilis, mais nos expériences postérieures ont prouvé que l'urine s'assimile les mêmes propriétés que le poison.
Un animal empoisonné par l'urine fournit de l'urine pour en empoisonner d'autres et ainsi de suite. Nos expériences sont concordantes avec celles de Voisin et Leonville (i), qui ont prouvé que l'urine d'une grenouille curarisée produit le même effet que Vuiraêry.
Bidder assure aussi que l'urine, en injection sous-cutanée, empoisonne ; il croit que l'élimination ne se fait pas par les transsudations ce reuses, quoique dans les empoisonnements par Vuiraêry il y ait augmentation de sécrétions des glandes sudoripares, salivaires, lacrimales et de la muqueuse nasale.
{]) Études sur le Curare, Paris, 1866.
Pour récolter l'urine, nous avons fait construire un appareil spécial où nous plaçons l'animal après l'application du chlorure de sodium ; cet appareil nous permet de récolter toute l'urine dans un verre. Il peut servir indistinctement pour les animaux de grande et de petite taille.
L'appareil, en bois, sert à attacher l'animal, lié ou non ; il est muni d'un déversoir servant de réceptacle sous lequel on place un flacon muni d'un petit entonnoir.
La guérison de l'animal empoisonné par Vuiraêry présente un phénomène remarquable : Comme nous l'avons dit, les Indiens, surtout les femmes, aiment d'avoir des animaux qui, vivant en communauté, leur rendent service, principalement les oiseaux qui leur fournissent les plumes dont elles ont besoin pour leurs parures. Lorsque ces animaux ont été capturés par le poison ils deviennent si doux après la guérison qu'ils n'aiment que la compagnie des hommes et cherchent à dormir avec eux.
Les singes, entre autres, dont les Indiens utilisent le poil pour faire des cordes pour leurs parures, sont apprivoisés à tel point qu'ils ne dorment qu'avec les Indiens dans leurs hamacs et ne se déplacent que portés sur le dos des chiens.
J'ai vu un jaguar et une capivara capturés au moyen de Vuiraêry, qui étaient tellement doux qu'ils ne se couchaient que sur les jupes des femmes et à mes pieds pendant mes heures de travail. Le capivara me suivait partout.
En cas d'empoisonnement criminel, pour savoir si un individu a été tué par le curare, le médecin doit immédiatement faire l'autopsie. S'il a été appelé dans la première demi-heure, il constatera un phénomène évident, le cœur qui bat, quoique l'individu soit mort. S'il détache le cœur et qu'il le pose sur une table, par exemple, il continuera à battre. Outre cela, il ne rencontrera aucune lésion dans les organes.
Après la première demi-heure un autre symptôme survient immédiatement; les petits intestins, roses auparavant, deviennent violacés par Thypérémie, et, au bout d'une heure, le seront complètement, sans qu'aucun autre signe d'empoisonnement se présente.
Une autre preuve de l'empoisonnement c'est que l'individu mort par le curare a toujours la vessie pleine d'urine. Si l'on extrait cette urine, même deux ou quatre jours après la mort, et qu'on l'injecte à un animal, un cobaye par exemple, il présentera immédiatement tous les indices de l'empoisonnement et succombera.
Ce sont là les seuls symptômes qu'on puisse observer, car l'analyse chimique ne nous donne qu'une réaction très semblable à celle de la strychnine, même lorsque c'est un autre poison qui a agi.
En publiant ces observations prises dans mon carnet, je remplis un devoir de chrétien ; c'est l'amour de l'humanité qui nous fait présenter et vulgariser ce que d'autres ont déjà dit, sans l'avoir expérimenté, mais que nous, en étant convaincu, nous considérerions comme un péché de celer.
Quoique le savant Claude Bernard ait nié le pouvoir antitoxique du chlorure de sodium, mes expériences m'ont prouvé le contraire ; pour l'humanité et pour la science, je l'affirme hautement.
En outre, tous les poisons qui ont servi à nos expériences ont été reçus directement des Indiens et n'ont pas été achetés; ils sont donc authentiques et ne peuvent être comparés avec ceux qu'en général on répand dans le commerce.
Expériences et Documents pour rhistoire '\
Inscription à l'Institut pour faire la lecture des trois premiers chapitres. — Désir de faire une conférence. — Retour de M. Jobert. — Provocation. — Première expérience du D»" Lacerda. — Réunion publique chez l'auteur. — Expériences par incision imitant la blessure de la flèche du sauvage. — Rapport. — Expériences avec injections hypodermiques. — Le D»" Lacerda y assiste et confirme les bons résultats obtenus. — Rapport. — Invitation du Dr Lacerda. — Le Muséum ne connaissait pas le poison avec lequel on allait faire les expériences. — M. Jobert veut m'obliger à faire les expériences.
— Refus. — Attaque aux professeurs. — Expérience et résultat. — Ma prévision. — Triomphe passager de M. Jobert. — Vitrine fermée, quand précisément on avait besoin de tous les poisons indiens.
— La clef emportée par le garde qui était présent à l'expérience qu'on venait de faire. — La flèche choisie. — Confusion des flèches.
— La grande incision. — L'animal est sauvé. — L'égratignure.
— L'animal meurt. — Mon triomphe. — Le Muséum n'expérimenta pas ses poisons. — Découverte que j'ai faite. — Notes pour l'histoire. — Dernier mot de mes compétiteurs. — Il provoque un article du professeur de physiologie de l'Ecole de médecine. — Expériences secrètes au Muséum. — Mes explications. - Nouvelles remarques du professeur de physiologie. — De quelle manière je m'adressai à l'Académie Impériale de médecine. — Expériences
(i) Ce chapitre a été écrit après les autres et sert de document historique à l'appui de ce qui se passa lorsque j*ai voulu vulgariser Vuiraéry et son antidote que personne n'avait encore étudié au Brésil.
à l'Ecole de médecine. — Résultats. — Rapport de la commission de l'Académie en contradiction avec ce que le même rapport a certifié antérieurement. — Discussions inutiles. — L'auteur devant l'Académie. — Le troisième corps. — Procédé de l'Académie en contradiction avec ce qu'on demandait. — Son jugement. — Ma protestation. — Opinion du D^ Mantegazza à mon appui. — Origine de la polémique. — On ne peut affirmer quelle est la composition du poison. — Composition selon Lacondamine. — Les deux plantes de Castelnau. — Fabrication selon Humboldt. — Les plantes. — Le poison de Esequibo, selon Schraeber. — Procédé de Watterton. — Schomburgk. — Ses plantes et son mélange. — Découverte annoncée par M. Jobert. — Ses plantes. — On compose un bouquet aux frais des voyageurs. — La plante qui lui manquait pour embellir ce bouquet. — Quelle est cette plante et ses vertus. — La langue de Toucan. — Les trois poisons. — Article.
— Faeminarum jurgiis deteguntur ver a. — M. Jobert, mystificateur. — Doutes sur l'origine des plantes présentées à la conférence.
— Les études ethnographiques du D^ Lacerda en défaut. — Les plantes de l'herbier d'un Français. — M. Jobert n'avait pas d'installation de travail. — M. Lacerda a laissé croire qu'il avait fait une découverte. — Celui qui parlait de supercherie en avait fait une. — Les loups ne se mangent pas entre eux I
Les trois chapitres précédents étaient écrits depuis 1875 et faisaient partie d'un autre travail, quand je me suis décidé à en faire la lecture devant les membres de r Institut historique et ethnographique du Brésil.
J'étais déjà inscrit et je prétendais commencer cette lecture à la première séance du mois de juin 1878, quand un confrère, avec l'autorisation du président, commença une autre lecture. Voyant que celle-ci prendrait plusieurs séances, je tâchai de faire une conférence publique sur les richesses de la vallée de l'Amazone, de traiter à cette occasion de Vuiraêry et faire des expériences avec son antidote, le chlorure de sodium.
J'étais convaincu — pour avoir fait des centaines d'expériences sur toutes sortes d'animaux — que le chlo-
rure de sodium, appliqué à temps, avait le pouvoir de neutraliser rw/m^ry.
C'était au commencement du mois d'août 1878.
Étant résolu de faire la conférence publique, nous nous adressâmes à l'Académie Impériale de médecine et à la Société médicale de Rio-de-Janeiro, afin qu'elles nommassent des commissions pour assister non seulement à la conférence et aux expériences, mais aussi pour faire un rapport sur les résultats de celles-ci.
Les journaux annoncèrent la conférence.
,A cette époque arriva, de la vallée amazonienne, M. Clément Jobert, qui avait rapidement parcouru cette région, et s'empressa d'annoncer une conférence, avant la mienne, sur le curare.
L'Académie de médecine nomma une commission qui décida qu'auparavant je devais donner une conférence préliminaire amicale et en fixer la date.
Deux membres de la commission seulement y assistèrent.
Alors le 23 août nous nous sommes rendu à la Faculté de médecine afin d'inviter les professeurs à assister à la conférence; mais, en y arrivant, l'école était fermée à cause de la mort de son directeur, le conseiller D^" Jobim. Le jour suivant, quelle ne fut pas notre surprise, en lisant dans le Jomal do Commercio du 24 août 1878 un article intitulé Le Strychnos tiiplinervis de Rio- Janeiro, signé par le D^ J.-B. Lacerda filho, qui finissaitainsi :
(c Nous ne terminerons pas cette note sans toucher à un point qui est en relation immédiate avec le sujet et que sans aucun fondement solide ni juste raison on veut transformer de question résolue en question douteuse : nons^ nous référons à l'emploi du chlorure de sodium comme antidote de Vurâri.
« Claude Bernard, en voulant vérifier si les versions
existant à ce sujet étaient exactes, a fait plusieurs expériences qui le portent à conclure que le chlorure de sodium n'empêche ni ne retarde l'action du poison.
(c Quand Claude Bernard arrive à Taffirmation d'un fait déduit de ses rigoureuses expériences, il ne peut y avoir de contestation possible.
(c Malgré cela, nous avons voulu, par nous-même, confirmer Topinion du maître et procédâmes à Texpérience qui suit en présence de mon illustre collègue, le Dr Alfredo Rego.
(c Nous avons pris i85 milligrammes de rwrin, fabriqué par les Maués (i) et Tavons dissous dans l'alcool, en obtenant 7 1/2 grammes d'une solution. Nous avons ensuite préparé une solution concentrée (2) de chlorure de sodium, en dissolvant 2 grammes de ce sel dans 25 grammes d'eau commune.
« En mélangeant des parties égales de ces solutions, nous les laissâmes reposer.
« Quelque temps après nous injectâmes quarante gouttes de cette solution salihe de Vurâri dans la cuisse d'un pigeon. Au bout de quatre minutes les phénomènes de l'empoisonnement se manifestèrent, et huit minutes et demie après le pigeon était mort.
« Si, par hasard, quelqu'un veut par d'autres expériences démontrer le contraire de ce que nous avons vérifié, nous nous empressons de dire qu'alors la supposée innocuité de l'urâri associé au chlorure de sodium sera sûrement le résultat d'expériences maljaites ou d'une mystification (3). »
Le Musée, connaissant notre délibération, a fait (?) en
(1) Je commence déjà par me trouver en contradiction avec le D' Lacerda filho et je dis : La classification erronée a été faite par le Musée national; les Indiens du Para, les Maués, aujourd'hui civilisés, n'ont jamg^is connu ce poison et ne se sont occupés que de l'industrie du guaranâ,
(2) Concentrée (?).
(^) Cet article a été reproduit dans le Progressa Medico du 25 août, n® 20, p. 542.
toute hâte une seule expérience et, pour prévenir le public, publia l'article ci-dessus.
En réponse à la provocation de cet article émanant d'un établissement officiel, qui nous était alors hostile et qui nous présentait à Topinion publique comme un mystificateur, sans avoir de misons solides pour soutenir que le chlorure de sodium neutralisait les effets de Vuiraêry ; nous décidâmes immédiatement une réunion publique pour le lendemain, où étaient invités plusieurs médecins, parmi lesquels quelques-uns qui nous étaient absolument inconnus.
Donc, le 25 août, à midi, nous fûmes honoré de la présence de onze médecins dont quelques-uns professeurs de la Faculté de médecine et membres de l'Académie. La séance fut présidée par le savant docteur feu M. Gama Lobo. Après une exposition de la question de la composition du poison et son neutralisateur, nous présentâmes à l'assemblée six espèces d'uiraêry, dans des pots et sur des flèches de toutes les tribus amazoniennes, pour qu'on puisse choisir.
Pour nos expériences, nous eûmes comme auxiliaire M. le D^Souza Lobo, membre de l'Académie.
Celles-ci se firent par incisions, imitant la blessure faite par une flèche indienne ; nous leur donnâmes donc une extension et une profondeur correspondant à la grandeur du bout empoisonné des flèches, afin que les bords de la blessure pussent cacher toute cette partie.
Il n'en fallait pas autant, parce que, comme nous l'avons dit, jamais une flèche empoisonnée ne pénètre à plus de 1 centimètre; par conséquent, en cas de blessure par une flèche uiraérisée, une plus petite portion de poison est en contact avec les tissus que dans notre expérience, ce qui donnait lieu à une plus grande absorption.
Six expériences furent faites en employant une petite
flèche de sarabatana préparée par les Indiens Uaupés et qui fut choisie au hasard par le président.
Nous présentons ici le rapport qui fut dressé séance tenante et publié dans le Jomal do Commercio du 3o août, sous le titre Sciences :
Première réunion scientifique pour expérimenter la valeur du sel de cuisine {chlorure de sodium)^ comme neutralisateur de Vempoisonnementpar /'uiraêry, vulgairement appelé curare.
L'an mil huit cent soixante-dix-huit, 25 août, à midi ; présents : MM. les D" Gama-Loho, Costa Ferraz. Domingos Freire, Souza- Lima, Caminhoâ, Souza Lobo, Baptista dos Santos, Samuel Brandâo, Carlos Feldhagem, Belfort, Azevedo Lima, dans la maison n« 43 de la rue Haddock Lobo, la présidence acceptée par le D»" Gama Lobo et secrétaire le Dr Costa Ferraz.
Le président ayant déclaré qu'on pouvait s'occuper de l'objet de la réunion, M. Barbosa Rodrigues demanda la parole.
Après avoir remercié les illustres assistants d'avoir mis tant d'empressement à répondre à son invitation, il déclara que son intention avait été de faire une conférence pouf traiter du sujet important à l'ordre du jour de cette réunion; à cette fin, et par l'intermédiaire de M. le Dr Souza Lobo, il fit part de ce désir à l'Académie impériale de médecine, car il espérait que cette corporation scientifique éluciderait les faits et qu'ils seraient bien accueillis.
Le 10 du mois d'août de cette année devaient avoir lieu les expériences qui, malheureusement, ne s'effectuèrent pas, MM. les D^s Caminhoâ et Souza Lobo seuls étant venus à la séance; ceux-ci résolurent de remettre les expériences à un autre jour à fixer par l'Académie, afin que tous les professeurs y assistassent.
Un article publié dans le Journal du Commerce du 24 du même mois, dans la rubrique Sciences et sous le titre Strychnos triplinervis de RiO'de- Janeiro, contenait des inexactitudes en assurant que le sel de cuisine n'avait aucun effet pour neutraliser et retarder les effets de l'empoisonnement par Vuiraêry\ pourtant, on n'ignore pas que ce même sel s'emploie avec grands avantages, - comme Ta dit le Père José Daniel en 1797; qu'à la suite de nombreuses expériences, couronnées des plus heureux résultats, il l'affirmait.
C'est pour prouver les faits controuvés qu'il a provoqué la présente réunion.
Cependant, avant de commencer les expériences, il demande la permission d'examiner brièvement la préparation indigène vulgairement connue sous le nom diuiraêry.
Sous cette dénomination, on connaît un poison préparé par diverses tribus du Haut-Amazone, du Pérou et des Guyanes; il est composé de plantes de la forêt particulière à la localité habitée par chaque tribu ; on sait que ce poison est composé de quelques plantes du genre Strychnos et qu'en outre son énergie dépend de la manière de le préparer.
Il considère celui des tribus Miranhas, Ticunas et Uaupés (qui habitent les bords du Solimôes et de la rivière Ucayary) comme le plus rapide à produire ses efifets toxiques.
Néanmoins, les effets de chaque uiraêry se manifestent sur les quadrupèdes par la paralysie du train postérieur; puis il envahit l'intérieur et provoque la mort par asphyxie. L'élimination du poison se fait par l'urine qui produit les mêmes efifets que Vuiraêry,
Puis le conférencier présenta à l'assemblée de petits pots en terre contenant de Yuiraêry dont l'un, d'après lui, a été préparé par les Ticunas et l'autre par les Uaupés, ainsi que des kurabys (tous empoisonnés) de différentes longueurs et grosseurs dont différentes tribus se servent pour la chasse et la guerre; ayant demandé qu'on les examine et qu'on choisisse, ce furent les flèches des Uaupés qui furent désignées à servir aux expériences.
Première expérience. — On a pratiqué sur un cobaye adulte une incision de o™,02 d'extension, dans la partie interne delà cuisse gauche, touchant la peau et le tissus cellulaire.
Quelques gouttes de sang de la blessure sont recueillies dans un verre spécial pour être observées au microscope par le Dr Gama Lobo.
Une flèche empoisonnée (de la grosseur d'une baguette de parapluie) avec pointe aiguë est mise en contact avec la blessure pendant l'espace de trente secondes, marquées au chronomètre.
L'animal ayant été lâché, il marche et court; mais après une minute trente-cinq secondes, le train postérieur est paralysé et les pupilles dilatées, il manifeste de légers mouvements convulsifs partiels; à peine si les oreilles accusent de la sensibilité ; la tête tombe d'un côté ; puis on constate la complète cessation de consistance des muscles, l'insensibilité générale et finalement la mort.
Le ventre et le thorax ayant été ouverts par une seule incision, on
a noté Yinjectîon roussâtre dans les intestins qui, en contact avec Tair, devient de plus en plus foncée, jusqu'à prendre la couleur caractéristique de Taubergine.
Quelques minutes après on a observé, pendant plus de trente-cinq minutes, des mouvements vermiculaires très prononcés de la portion déliée qui se soulevait et formait des ailes comme si elles fussent mues par une force extraordinaire.
Les autres organes des deux cavités ne présentaient rient d'anormal ainsi que la vessie, qui contient de Turine couleur de lait, rougissant le papier tournesol et qui a été recueillie au moyen de la seringue de Pravaz.
Deuxième expérience. — A i heure 17 minutes, on a pratiqué Tinjection hypodermique sur un petit cobaye; le liquide employé a été Turine extraite de la vessie de l'animal ayant servi à la première expérience; dix-huit minutes après l'opération, il ne présentait encore aucun symptôme toxique.
Mis dans un lieu réservé, il continua à être observé.
Troisième expérience. — A i heure 35 minutes on a pratiqué à la cuisse droite d'un petit cobaye très jeune une incision de o™,02 touchant le tissu cellulaire et on y a placé une nouvelle flèche empoisonnée, choisie dans le nombre.
Après trente minutes, on a constaté que le petit animal paraissait complètement anesthésié, la résolution musculaire était complète, il ne respirait pas ; à peine percevait-on y de temps en temps, de légers battements de cœur.
On a cru que c'était un résultat d'asphyxie et non d'empoisonnement, le D^ Gama Lobo croyant avoir serré avec une certaine force le cou de l'animal, pendant que M. Barbosa Rodrigues opérait.
Ayant introduit immédiatement du sel commun dissous dans l'eau dans la blessure et dans la bouche, et fait quelques aspersions d'eau froide sur la tête de l'animal, on l'a tourné de côté et d'autre ; peu à peu il donna signe de vie, puis il cria et peu de temps après il courut.
Mis dans un lieu réservé, pour continuer à l'observer, on lui présenta des feuilles de choux, qu'il mangea avec facilité.
Quatrième expérience. — Pour cette expérience, on s'est servi d'un petit cobaye déjà vieux et que M. Barbosa Rodrigues avait soumis à l'épreuve onze jours auparavant.
A 2 heures moins le quart, le même opérateur a incisé une des cuisses, dans les mêmes conditions et avec la même flèche, en la conservant dans la blessure pendant trente secondes. Dès qu'on l'eut
retirée on appliqua du sel de cuisine sur la blessure et on en fit avaler à TanimaL
Aucun symptôme ne s'étant présenté, on garda après dix minutes le sujet en observation.
Cinquième expérience. — M. Barbosa Rodrigues pratiqua sur un jeune cobaye (qui deux mois auparavant avait supporté deux opérations) une incision de la cuisse et appliqua la même flèche sur la blessure pendant une minute.
L'animal ayant été lâché, on constata une minute après des difficultés de mouvements dans les membres postérieurs ; immédiatement on lui appliqua du sel de cuisine et on le força aussi à en boire (délayé).
11 ne se manifesta aucun autre symptôme et en peu de temps l'animal marcha et mangea.
Sixième expérience, — A 2 heures et quart M. Barbosa Rodrigues incisa, dans les mêmes conditions, un autre jeune cobaye, ayant déjà servi aux expériences onze jours auparavant, en appliquant la même flèche dans la blessure pendant trente secondes.
On attendit jusqu'à ce que la complète paralysie des membres antérieurs se manifestât, puis on fit l'application du sel de cuisine sur la blessure et on força l'animal à en boire (délayé). Il mourut peu d'instants après, comme Vavait annoncé M. Barbosa Rodrigues, en ajoutant qu'il est impossible de combattre les efifets du poison après complète paralysie.
Les expériences terminées, les flèches dont on s'était servi furent enveloppées dans une feuille de papier et mises sous scellés par le secrétaire.
Le sel qui avait servi aux expériences avait été acheté chez l'épicier le plus proche.
On résolut que séance tenante il serait fait rapport de tout ce qui s'était passé, rapport que tous les membres présents signeraient.
M. le président leva la séance à 3 heures de relevée et fixa le dimanche suivant pour la continuation des expériences.
Rio-de-Janeiro, 25 août 1878.
[Signe) D" Gama Lobo, président, membre de TAcadémie de médecine; Fernando Francisco da Costa; Ferraz, secrétaire, membre de l'Académie de médecine; Domingos José Freire, professeur à la Faculté; Joaquim Monteiro Caminhoâ, professeur à la Faculté; Joâo Baptista dos Santos, membre de l'Institut; Luis de Souza
Lobo, membre de TAcadémie ; Samuel Dutton Brandâo de Souza- Barros ; Jeronymo de Azevedo Lima ; Théodore Peckolt, chimiste ; Agostinho-José de Souza Lima, professeur à la Faculté de médecine, Henrique Carlos Feldhagen (i).
Huit jours après cette réunion en eut lieu une autre afin de renouveler et compléter les expériences par des injections avec la seringue de Pravaz contenant 880 milligrammes d'eau ou quarante gouttes, ayant en solution i3.3 milligrammes de poison ou trois gouttes par milligramme.
En effet, le i®^ septembre, un grand nombre de médecins et de personnes non professionnelles se réunirent chez moi, pour assister aux nouvelles expériences. Parmi eux figurait le D^ Lacerda filho, qui attesta les expériences, comme on le verra dans le rapport.
Le rapport qui suit, relatant le résultat des expériences, fut dressé séance tenante; il a été publié dans le journal Le Cru{eiro du 6 septembre (édition du soir) et du 9 du même mois (édition du matin).
Rapport de la deuxième réunion scientifique pour reconnaître la valeur du sel de cuisine comme antidote (contrepoison) de Vuiraêry (poison).
L*an mil huit cent soixante-dix-huit, le premier septembre, à midi. Présents : MM. les D" Costa Ferraz, Carlos Frederico, Baptista dos Santos, Schutel, Nicolâu Moreira, Cunha Pinheiro, Lacerda filho, AfFonso Pinheiro, Souza Lobo, Domingos Freire, Joaquim da Rocha, Caminhoâ, Nuno de Andrade, Azevedo Lima, Furquim Werneck, Alfredo Rego, Feldhagen et, en outre, un grand nombre de personnes venues en curieux.
(1) La première expérience a été faite pour démontrer l'énergie du poison, la troisième pour montrer les effets sur un jeune animal et sa guérison, la quatrième pour confirmer la guérison, la cinquième également, quoique le poison reste plus longtemps dans la blessure et que la paralysie se présente, et la sixième, pour montrer jusqu'à quel point on peut se sauver, ainsi que le pouvoir du poison d'une flèche déjà usée.^
M. le Dr Baptista dos Santos prit la présidence et déclara la réunion ouverte.
On reconnut comme intact, le paquet mis sous scellés renfermant les flèches ayant servi à la séance précédente.
M. Barbosa Rodrigues présenta les quatre petits cochons d'Inde ayant servi aux démonstrations précédentes et qui avaient été mis en observation pendant huit jours. On reconnut qu'ils étaient en parfaite santé.
Avant de commencer ses expériences, M. Barbosa Rodrigues demanda la permission de rendre compte de ce qui s'était passé chez M. le conseiller Guilherme Schuch de Capanema et, pour ne pas perdre de temps, que le rapport suivant, signé par le D*" Schutel, fût joint à celui de la présente réunion :
« A 5 heures du soir, le 3o août 1878, dans la maison de M. le conseiller docteur Guillaume Schuch de Capanema, sise rue Saint-Léopold, n*^ I ; M. Barbosa Rodrigues pratiqua à la cuisse gauche d'un cobaye une incision de 0^,014 d'étendue touchant la peau et le tissu cellulaire et appliqua sur la blessure une flèche empoisonnée avec le curare qui y déposa i milligramme de poison.
« Les symptômes de paralysie commencèrent à se manifester quarante secondes après dans le train postérieur et vingt secondes après l'animal eut quelques contractions ; ayant appliqué immédiatement du sel de cuisine dans la blessure, non seulement les effets toxiques ne continuèrent pas, mais les symptômes qui s'étaient manifestés chez Tanimal disparurent complètement.
« Afin de bien prouver l'effet neutralisateur du sel de cuisine, l'opérateur, quinze minutes après, lava la blessure (car l'animal était rétabli), l'élargit avec son bistouri, et appliqua la même flèche empoisonnée qui déposa près de 3 milligrammes de poison. Après trois minutes et cinq secondes l'animal fut atteint de paralysie complète et paraissait mort; à peine notait-on quelques légères pulsations cardiaques.
« M. Barbosa Rodrigues ayant appliqué sur la blessure du sel de cuisine, vingt secondes après l'animal commença à donner signe de vie; après quarante-cinq secondes, il remua la tête et les membres et se retourna et soixante minutes après il marchait.
« (Signé) Dr Schutel. »
M. Barbosa Rodrigues demanda également qu'il fût inséré dans le rapport : « Qu'il ignorait si quelqu'un, au Brésil, avait fait des expériences pour démontrer Tefficacité du sel de cuisine comane contrepoison de Yuiraêry; qu'il se voyait forcé de déclarer que les expériences actuelles n'étaient que la reproduction de celles qu'il avait faites aux Amazones, depuis 1873, dans le but de vulgariser et de proclamer le pouvoir neutralisateur du sel de cuisine; quil ne demanda pas d'être glorifié comme inventeur, attendu qu'en 1797 le missionnaire Joseph Daniel disait que quelques grains de sel dans la bouche sont un contrepoison; qu'en 1847 Edwards, naturaliste américain, dit aussi qu'il était de croyance publique que le sel, dans la bouche, était un contrepoison; qu'en 1864 Bâtes dit qu'une pincée de sel l'était aussi et qu'enfin Chandless, en 1868, disait avoir entendu raconter la même chose. »
On voit, d'après ce bref résumé, qu'après avoir fait ses expériences, il a été le premier vulgarisateur pour démontrer le pouvoir du sel de cuisine, employé sur une blessure ; il avait observé ces faits au cours des voyages qu'il fit au nord du Brésil, où il vécut parmi quelques tribus indigènes qui habitent l'Amazone.
Première expérience, — Au moyen d'une seringue de Pravaz, contenant vingt-quatre gouttes d'eau avec addition de 7 4/5 milligranmies àiuiraêry, on injecta cinq gouttes de cette solution dans la cuisse droite d'un cobaye jeune, qui n'avait jamais supporté d'opérations ; on adapta une autre seringue (contenant du sel de cuisine dissous dans l'eau) et, par le même tube, on injecta vingt gouttes de ce liquide dans la cuisse de l'animal. Après avoir retiré la seringue, on laissa l'animal libre, tout en l'observant. 11 mangea les feuilles de choux qu'on lui présenta et trois heures après les expériences de la présente réunion, aucun symptôme d'empoisonnement ne s'étant manifesté, on le mit en observation dans un lieu réservé. - Seize minutes après l'opération, il urina un liquide laiteux, à reflet jaune, comme l'observa M. le D^ Caminhoâ.
Deuxième expérience, — Au moyen de la seringue de Pravaz on injecta dans la cuisse gauche d un cobaye, qui n'avait subi aucune opération, cinq gouttes de solution à'uiraêrjr mélangées à vingt gouttes de solution de sel de cuisine, puis on lâcha l'animal. Trente-six minutes après, aucun symptôme d'empoisonnement ne s'était encore manifesté; au contraire, l'animal mangea facilement et, placé dans un endroit réservé, on continua à l'observer.
Troisième expérience. — Afin qu'on ne puisse douter de l'emploi
de Yuiraêry dans les expériences précédentes et pour prouver l'énergie du poison, M. Barbosa Rodrigues annonça qu'il injecterait à un autre cobaye le liquide qui était resté des premières expériences dans la seringue de Pravaz; il y en avait à peine deux gouttes et demie contenant un demi-milligramme de poison.
L'injection ayant été faite dans la cuisse de Tanimal, les symptômes de l'empoisonnement se déclarèrent après une demi-heure et eurent la mort pour résultat.
Quatrième expérience, — Un petit cobaye jeune resta, pendant quatre secondes, la cuisse traversée par une fléché empoisonnée. Celle-ci ayant été retirée, on attendit que les premiers symptômes de paralysie se manifestassent, puis on fit une incision à l'endroit blessé et on l'enduit de sel de cuisine.
A 3 heures de relevée, heure à laquelle finit la réunion, la paralysie disparut complètement et l'animal, ne présentant rien d'anormal, fut mis en observation.
Cinquième et dernière expérience, — A 2 h. 20 de relevée, on prit dans la rue Mattoso un jeune chien qu'on perça de part en part, aux tissus mous de la partie interne de la cuisse droite, de deux flèches empoisonnées, qui restèrent pendant trois minutes dans la blessure. Les ayant retirées, on constata une dilatation considérable des pupilles de l'animal et certaines difficultés de mouvoir le train postérieur.
Inunédiatement on ouvrit les endroits traversés par les flèches et on fit l'application du sel de cuisine.
Les symptômes de l'absorption du poison qui s'étaient manifestés une minute et demie après l'extraction des flèches, disparurent peu à peu et l'animal, ne présentant plus rien d'anormal, fut remis à son propriétaire.
M. le docteur Lacerda fils déclara qu'il ne pouvait (yà' attester les expériences auxquelles il venait d'assister et quHl croyait que Vinsucces des expéinences qu'il avait faites au Musée national, en compagnie de collègues, était du à la plus grande énergie du curare que possède le Musée,
M. Barbosa Rodrigues fit observer que la classification des uiraêrj^s du Musée était défectueuse et donna comme preuve que les Indiens Mauhés n'usent pas de poison et s'occupent seulement de l'industrie du guaranâ ; que, naturellement, le Musée employait le même poison dont il s'était servi pour ses expériences, celui des Indiens Uaupés,
M. le docteur AfFonso Pereira Pinheiro déclara avoir assisté au
Collège de France, aux expériences du célèbre professeur Claude Bernard et demanda qu'il fût inséré au procès-verbal : « Qu'il a entendu ce savant déclarer ne pas connaître d'antidotes pour le curare et que, malgré cela, c'était avec le plus grand plaisir qu'il avait assisté aux expériences de M. Barbosa. Rodrigues, prouvant l'efficacité du sel de cuisine dans l'empoisonnement par le curare. »
A 3 heures de relevée, les expériences étant terminées, on leva la séance, dont on dressa le présent rapport.
Rio-de-Janeiro, le»" septembre 1878.
(Signé) D" Joâo Baptista dos Santos, président; F. Francisco da Costa Ferraz, secrétaire; J. -Baptista Lacerda filho; Nicolâo Joaquim Moreira, membre de l'Académie; Henrique Schutel, membre de la Société médicale ; AfFonso Pereira Pinheiro; L. Alves de Souza Lobo, membre de l'Académie; Carlos Frederico, membre de l'Académie; Cunha Pinheiro, membre dé l'Académie; J. Jeronymo de Azevedo Lima ; J . Monteiro Caminhoâ, professeur de la Faculté; Domingos José Freire, professeur de la Faculté; H. Carlos Fildhagen ; Nuno de Andrade, professeur de la Faculté ; Furquim Werneck; Alfredo Magno de Almeida Rego; Joaquim da Rosa
Suivent les signatures des autres personnes, non médecins, ayant assisté à la réunion.
A la fin de la séance, le D^ Lacerda filho invita toutes les personnes présentes à une réunion qui aurait lieu le lendemain au Musée National et demanda avec instance ma présence.
Avant la fin de la réunion le D^ Costa-Ferraz proposa qu'on devait profiter de ces expériences pour en faire d'autres avec d'autres poisons et d'autres substances et qu'on devait également fonder une société de physiologie expérimentale, ce qui a été approuvé par tous. Mais l'idée n'a été poursuivie que par M. le Dr Lacerda qui, peu de temps après, proposa au gouvernement la fondation d'un cabinet de physiologie expé-
rimentale au Musée, ce qui a été réalisé, lui étant nommé directeur de ce cabinet.
Le jour suivant, à l'heure fixée, à midi, nous nous rendîmes au Musée national et nous y rencontrâmes, outre les employés subalternes de l'établissement, huit médecins et MM. lés D^s Lacerda filho et Clément Jobert, dans la salle de la section zoologique, autour d'une petite table sur laquelle se trouvait une seule petite flèche.
En jetant un regard sur cette flèche, je fus stupéfait.
Ayant demandé à M. le D^ Lacerda fils avec quel uiraêiy on allait faire les expériences, il nous répondit qu'elles seraient faites avec la flèche présente, celle-là ayant servi à toutes les expériences au Musée.
Nous nous informons encore du nom de la tribu d'où provenait la flèche? Il nous répondit qu'il l'ignorait, et qu'elle venait de Pernambuco et avait été donnée par M. Buarque de Macedo.
Notons en passant qu'à Pernambuco il n'y a ni Indiens ni uiraêry.
Alors M. Lacerda fils nous invita à faire les expériences; nous nous sommes excusé en disant qu'ayant déjà fait les nôtres, nous ne répondions à son invitation qu'en simple témoin des siennes.
A la suite de cette excuse très courtoise, M. Clément Jobert, que nous n'avions pas l'honneur de connaître, d'un ton rageur et arrogant voulut nous obliger à faire les expériences. Nous avons cru, malgré son insistance, maintenir notre réponse.
Il persista à prétendre que personne que nous ne devait faire les expériences, parce que nous devions prouver la valeur du sel comme antidote; qu'il ne croyait pas aux résultats que nous avions obtenus, « quoique certifiés par des professeurs émérites ».
Voyant que cette soi-disant réunion scientifique dégéné-
fait en une discussion triviale et ne voulant pas, par dignité, continuer à y assister, nous nous disposions à nous retirer, quand quelques amis présents nous retinrent et mirent fin à cet incident regrettable.
M. le D^ Lacerda fils se décida à faire l'expérience et déclara qu'il la ferait exécuter au moyen d'incisions (c'està-dire notre propre procédé pour l'empoisonnement), par un préparateur du Musée.
En effet, l'incision faite et la flèche mise en contact avec la blessure pendant trente secondes, on mit immédiatement le sel de cuisine sur la blessure, ce qui n'empêcha pas que deux minutes après l'animal fut envahi par la paralysie et que dix-huit minutes et demie après il tombait mort.
Cela ne nous étonnait pas, car déjà avant l'application du sel nous avions dit au D^ Caminhoâ que l'animal n'en échapperait pas.
Ce résultat négatif provoqua une nouvelle discussion de la part de M. Clément Jobert, qui croyait avoir triomphé.
Il nous fut donné sur-le-champ de prouver le contraire.
Nous avons demandé à toutes les personnes présentes de nous faire le plaisir de nous accompagner à la salle • ethnologique afin d'y choisir, parmi plus de dix petits pots et des centaines de flèches empoisonnées, celles avec lesquelles nous devions faire l'expérience, en ajoutant qu'^avec la flèche qui se trouvait sur la table nous ne pouvions pas faire l'expérience, mais que nous la ferions avec toute autre qu'on voudrait.
Voudriez-vous dire par là que c'est une supercherie?... me demanda M. Jobert.
Ne lui répondant pas, nous nous sommes rendus à la salle des instruments indiens, accompagné par M. Jobert, le; I)^ Caminhoâ et quelques employés ; nous ayons
demandé d'ouvrir une vitrine contenant tous les pots de poison et toutes les flèches, quoique ceux-ci, habituellement, étaient étalés en trophée au milieu de la salle.
On nous répondit que le garde était sorti, quoique nous venions de le laisser dans la salle servant aux expériences. Ayant demandé la clef, on nous répondit qu'elle avait été emportée par le garde conservateur!...
Comme il s'agissait pour nous d'une question d'honneur et d'amour propre, il ne nous restait qu'à faire forcer la porte afin d'obtenir un poison contenu dans la vitrine.
La vitrine ouverte, nous avons demandé qu'on choisisse, mais notre ami le D^ Caminhoâ nous autorisa à le faire nous-même. Alors, prenant au hasard un carquois, nous en avons retiré une flèche. Quel ne fut pas notre étonnement de voir que celle-ci, une véritable flèche des Içanas, était classée dans un carquois Ticuna (i).
Muni de cette flèche et revenant à la salle d'expériences, on nous a, à notre demande, apporté un cobaye.
Faisant une grande incision, nous avons mis la flèche sur la blessure. Une minute après, l'animal avait le train postérieur tout paralysé (reconnu par tous, dans cet état), signe de l'absorption du poison; alors nous fîmes
(i) Pour ceux qui ont étudié l'ethnographie sur l'objet même, dans son lieu de production, il suffit d'un seul regard pour voir s'il est ou non falsifié.
On reconnaît la falsification du carquois du Musée national à la manière grossière de fabrication du tissu, ainsi qu'à la couture de la poix, aux flèches qui sont toutes empoisonnées quand les Ticunas ne les portent pas empoisonnées, au défaut des corps pour la cassure qu'elle devait avoir, au luisant du poison qui, comme les vrais curares, perd cette caractéristique et devient opaque et moisi à cause de l'humidité, ainsi qu'à la manière d'attacher la corde qui suspend le carquois.
C'est un produit des civilisés des Tunantins et dont le poison contient une grande quantité de nicotine et de menisperamine, comme celui de Mayobamba et d'autres.
Ce carquois est très mal fait et, en le comparant avec celui d'autres Indiens, que possède le Musée de la tribu des Ticunas, on constate au premier abord les différences.
— lOO —
une application de sel sur la blessure. Une minute après, la paralysie diminuait et cinq minutes plus tard l'animal marchait et était rétabli.
ce C'est une flèche qui se trouve au Musée depuis plus de vingt ans », s'exclama un employé. Comme nous nous attendions à cette interruption, nous avons répondu tout simplement que nous allions prouver que le poison de cette flèche était plus énergique encore que celui qui était sur la table, qu'il tuerait plus vite que celui de la flèche du D^ Lacerda.
Prenant un autre animal, nous avons, au lieu de faire une grande incision, égratigné seulement la peau sans attaquer les tissus ; y ayant maintenu la flèche pendant trente secondes, nous avons lâché le petit cobaye ; deux minutes après il était paralysé et huit minutes plus tard entièrement mort.
Oi\ ne dressa pas de rapport de ces expériences qui n'avaiant pas convaincu M. Jobert, qui continua à nier le pouvoir du chlorure de sodium.
Nous avions espéré que les expériences du Musée se feraient sur toutes les espèces de curare ; car, quoiqu'ils n'y soient pas classifiés et qufe l'on croit qu'ils proviennent tous de l'Amazone brésilien, le Musée possède plus de cinq espèces de différentes provenances.
Les expériences se firent avec la seule flèche mentionnée, avec un faux curare, quand ils auraient dû se faire avec les différents poisons que possède le Musée pour constater leur énergie. En outre, les expériences du Musée ont été faites en secret, car jamais on n'en fit rapport.
Malgré que la question fut soulevée, ni M. le D^ Lacerda fils ni M. le D'* Jobert n'eurent la curiosité d'examiner les pots de poison ; s'ils l'avaient fait, ils auraient rencontré une calebasse de la Guyane, depuis très long-
— loi —
temps au Musée, portant une étiquette qui les aurait renseignés et ainsi conçue : « Urary, poison préparé par les tribus Munduiucus et Mauhés du Haut-Atnaione, avec lequel ils empoisonnent leurs flèches. Son ANTIDOTE EST