LE SEL MANGÉ
Cette classification est erronée, car la calebasse vient de la Guyane. A cette même occasion, nous avons montré une petite enveloppe en drap attachée à un pot contenant du sel.
Les Mundurucus et les Mauhés, qui sont du Bas-Amazone, ne connaissent pas Vuiiaêry.
La seule mention exacte de l'étiquette est celle concernant l'antidote, attaché à la calebasse.
Le 1 5 octobre nous avons montré cette étiquette (qu'on ne connaissait pas) à M. Lagos, gardien de la section, à M. Burlamaque, portier du Musée, et à M. le D^ Caminhoâ, qui étudiait ce jour-là dans la salle des collections minéralogiques.
Il est nécessaire de rappeler ces petits points d'histoire, parce que la science ne marche qu'avec le flambeau de la vérité à la main, et que le temps fait oublier ces petits incidents.
Il faut qu'on le sache, ce sont justement ces petits détails qui forment l'histoire de Yuiraêry au Brésil; c'est pourquoi nous sommes obligé de transcrire ici les principales pièces traitant ce sujet (i).
Quelques jours plus tard, le 9 septembre, on lisait dans la Ga{eta de. Noticias, l'article suivant intitulé Dernier mot sur Vantidote, publié sous la rubrique « nouvelles » par MM. Jobert et Lacerda filho, et traitant des expériences faites avec le poison falsifié.
(1) Le Progressa Medico du i«' septembre 1878 (vol. II, p. 561), publia sous le tiire : L* Antidote du curare^ le commencement de l'histoire de ce sujet, mais très succinctement et avec quelque partialité.
Admettant comme parfaitement exactes les expériences de Claude Bernard, Balbiani et Jobert qui prouvent que le sel marin n'est ni un antidote chimique ni antagoniste du curare, .M. le D^ Lacerda fils, avec la coopération de M Jobert, a fait une série d'expériences au Musée National pour vérifier si le sel, comme toute autre substance, pouvait exercer quelque action locale sur les blessures empoisonnées par le curare.
Après expériences, ces expérimentateurs conclurent ce qui suit :
lo Que le sel marin, agissant sur les fibres lisses musculaires de la peau et des vaisseaux qui sont distribués dans le tissu cellulaire, retarde l'absorption du curare ;
2° Que de toutes les substances qui travaillent par action locale, le sel marin est le moins efficace ;
3<> Que l'alun est un excellent remède local qui donne de bons résultats quand le poison n'est pas entré dans la circulation ;
40 Que les résultats apparemment brillants, obtenus dans d'autres expériences avec le sel marin, s'expliquent par un procédé d'opération défectueux et absolument différent de celui qui se pratique dans des conditions naturelles et communes.
Arrivant à ces conclusions, basées sur des faits nombreux, MM. les Drs Lacerda et Jobert considèrent cette question de l'antidotisme du sel marin comme terminée.
Cet article provoqua de la part de M. le D^ Nuno de Andriade, professeur distingué de physiologie à la Faculté de médecine, la remarque suivante insérée dans le J ornai do Commercio du 10 septembre :
Les Expériences sur le curare.
Ayant assisté aux expériences faites par M. le D^J. Bàrbosa Rodrigues pour prouver l'antagonisme entre le sel commun et le curare, je juge comme un devoir d'affirmer, de façon positive et catégorique, que l'antagonisme en question est indiscutable et que les conclusions des D" Jobert et Lacerda fils, publiées dans le journal d'hier, sont sans fondement et insoutenables quant à la partie qui a rapport à l'efficacité du chlorure de sodium.
Et afin d'écarter toute suspicion .de partialité, je déclare que je suis
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disposé à démontrer à ces messieurs que les expériences pratiquées répondent à toutes les exigences de la méthode expérimentée. Si ces messieurs le désirent, nous discuterons sur ce point.
Rio-de-Janeiro, lo septembre 1878.
Dr NUNO De ANDRADE
Le même jour, le Cruieiro^ sous le titre : Sciences, publiait toutes les expériences faites au Musée et qui avaient servi au dernier mot publiée dans la Galette.
Nous appelons seulement l'attention sur ce que nous avons dit dans les premiers chapitres et sur ce que dit cet article, ainsi que sur les rapports de nos expériences qui sont en contradiction avec ce que dit M. le D^ Lacerda qui a assisté aux nôtres et à celles du Musée.
Dans une expérience, nous n'avons jamais employé deux tiers de milligramme de poison (comme on dit) que pour tuer; cela prouve encore que cette quantité était suffisante pour obtenir la mort ; si on devait appliquer le sel pour sauver l'animal intoxiqué, l'expérience tournerait en ma faveur.
Les hommes de science jugeront froidement et impartialement l'article qui va suivre dont n,ous contestons mot par mot chaque allégation, résultat d'expériences superficielles et de connaissances très vagues. Ceci n'est pas un parti pris de notre part, mais le résultat de nos études et le fruit d'un long travail, accompagné de fatigues et de souffrances dont je suis fier au nom de la science et que personne ne contestera.
Les Prétendus Antidotes de TUrâri ou Curare (i).
Selon une vieille tradition indigène, aujourd'hui très propagée dans la République de Venezuela, aux Guyanes et au Brésil, le sel marin (chlorure de sodium) est le meilleur antidote contre les blessures empoisonnées par Turari ou curare.
Cette opinion, combattue par Claude Bernard, après de sévères et nombreuses expériences, trouva dernièrement un ardent défenseur dans un des explorateurs des régions de T Amazone.
On fit à ce sujet des expériences devant un grand nombre de personnes instruites de Rio-de-Janiero et ces expériences furent quelquefois couronnées d'un succès apparent (2).
En fin de compte, tout ce qui a rapport à la conservation de la vie, doit faire l'objet de sérieuses études; pour cette raison, nous avons de suite fait des expériences afin de vérifier celte vieille tradition (3).
Malheureusement pour l'humanité, les conclusions finales de ces expériences sont absolument contraires à celles qui ont été faites autre part.
L'antidote de l'urari n'est pas encore découvert (4).
Admettant qu'il arriverait, une fois sur mille, que le patient se trouve placé dans les mêmes conditions que les cobayes ayant servi aux expériences, celui qui les a faites oublie que les flèches empoisonnées, envoyées avec la sarabatana, pénètrent dans les tissus jusqu'à une profondeur d* au moins 0^,0^, pouvant même aller jusqu'aux viscères!,.. Quelle serait donc la révolution qu'opérerait le sel marin (5)?...
(1) Article du 12 septembre 1878, publié également dans le Progressa Medico (no 22, 15 septembre 1878, p. 596).
(2) Pardon ! Quelquefois, non; elles furent toujours couronnées d'un plein succès.
(3) Pour rendre justice à la vérité, il faut dire que les expériences dont il s'agit ici ont été instiguées par les nôtres et — dussions-nous même être taxé d'immodestie — que nous avons fait les premières.
(4) Que dirait l'indigène de l'Amazone et du Pérou s'il entendait cela?... Ce serait lui qui, quoique non civilisé, nous prendrait non seulement pour des sauvages, mais pour des niais; parce qu'il n'admettrait pas notre ignorance de l'antidote, qui n'est un secret pour aucun voyageur scientifique.
II dirait, comme l'Indien répond toujours, quand on lui demande un renseigne ment: « Cariua mbae quaeyara huicu-età » (Blanc, tu est un ignorant).
(5) Nous n'oublions pas que les flèches pénètrent parfois même jusqu'aux vis
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Il convient de rappeler que le sel marin, dont les effets physiologiques sont aujourd'hui parfaitement étudiés, est absorbé rapidement par le tube digestif et les poumons quand il se trouve liquéfié à l'extrême, comme dans l'atmosphère maritime.
Introduit dans l'organisme, il s'élimine par les reins et les glandes sudoripares en contact avec le sang, il retarde sa coagulation et devient de plus en plus rouge ; en contact avec la fibre musculaire lisse et striée, il travaille comme excitant et produit la contractibilité temporaire de ces fibres.
Grâce à cette propriété il peut en effet, appliqué sur une blessure, retarder l'absorption de n'importe quel poison.
Comme nous le savons, les vaisseaux absorbants sont munis jusqu'à leurs hausses terminales d'une tunique musculaire de fibres lisses qui se trouve au-dessus de la couche épythéliale interne ; en outre, ces vaisseaux se trouvent situés dans le tissus sous-cutané, au milieu d'une véritable trame de fibres musculaires, qui, sous l'action de la réaction, se contractent et par là empêchent la circulation du sang.
Une expérience bien simple servira à démontrer les faits.
On injecte sous la peau d'une grenouille une certaine quantité de solution saline concentrée ; presque au même instant l'effet se produit ; la peau se rétrécit, l'animal s'amincit à vue d'œil, la circulation périphérique est suspendue immédiatement et produit des désordres affreux, des convulsions comme dans le tétanos; en moins d'une heure, tous ces formidables symptômes ont disparu et le sel s'élimine peu à peu par les voies que nous avons indiquées.
Après ces considérations préliminaires, passons à vérifier :
A, Si le sel marin agit sur le poison d'une manière chimique en vertu de quelque réaction qui anéantirait ses produits;
B, Si, introduit dans l'organisme, il agirait sur les parties lésées par Vurari comme un antidote ;
C, S'il possède quelque action locale.
cères ; maïs ce sont seulement celles à bouts de iaquara ou de bois dentés, qui ne sont jamais empoisonnées.
Les flèches empoisonnées ne pénètrent pas à plus de i centimètre.
Le manque d'études ethnologiques du savant D' Lacerda lui fait dire des choses que rindien pratique réfuterait, car si, par fantaisie ou caprice, on empoisonnait le bout d'une taqnara, l'animal ou l'homme mourrait de la large blessure et non du poison ; en outre, suivant l'opinion de ce même savant (?), le flot de sang s'écoulant de la blessure entraînerait une bonne partie du poison, ne laissant qu'une quantité insignifiante pour produire la mort. L'homme transpercé par une épée meurt, quoique Tarme ne soit pas empoisonnée.
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C^est pour arriver à ce but que nous avons fait nos expériences*
A. Il nous paraît impossible d'admettre la première opinion ; car, d'après les expériences de Reynoso, vérifiées par Claude Bernard, Vurari mélangé avec le sel marin commun, en diverses proportions, ne perdit rien de ses propriétés toxiques.
En outre la solution ne présenta aucune effervescence, aucun précipité qui aurait été Tindice d'une action chimique immédiate (i).
B. Il nous sera facile de répondre à la seconde question en nous servant du même argument.
Selon Reynoso, Claude Bernard, Balbiani et Jobert, — ce dernier répéta ces expériences aux Amazones, — Teau salée curarisée introduite directement dans le système circulatoire, n'a pas retardé la mort ; un animal d'abord curarisé et soumis après à une injection d'eau salée dans les veines est mort de la même manière ; l'effet a été aussi absolument nul après une injection considérable d'eau salée dans l'intestin (Jobert) (2).
C En ce qui concerne l'action locale, nous avons fait les expériences suivantes :
1° Inoculation dans la cuisse d'un cobaye de 2 centigrammes de poison; nous couvrîmes immédiatement la blessure avec du sel ;marin.
Les phénomènes furent tardifs et la mort ne survint qu'après seize minutes.
- 20 Après une incision cutanée de o"*,o2 dans la cuisse d'un cobaye, on introduisit dans la blessure la pointe d'une flèche empoisonnée. Après trente secondes on la retira et on couvrit la blessure d'une bonne portion de sel marin.
Cinq minutes après apparurent de légers tremblements dans les muscles cutanés du dos, huit minutes après, l'animal laissa tomber les hanches et resta immobile.
Le cœur continuait à palpiter avec de petites intermittences. Mort au bout de quinze minutes.
30 Inoculation du poison, par le même procédé, à un petit cochon d'Inde; abstention complète de l'emploi du sel marin; plus grande promptitude des phénomènes. Mort après cinq minutes.
(1) Nos expériences publiques ont démontré qu'il se produisait un précipité et que celui-ci était neutre, sans effervescence, c'est vrai. Mais il n'en faut pas pour avoir une réaction chimique.
(2) Nous n'admettons pas les expériences de M. Jobert, car il n'a jamais finit que celles-ci, comme nous le verrons.
Le résultat de ces trois expériences est assez clair et démontre que le sel marin retarde Tabsorption du poison.
Pour savoir si les mêmes substances produisent le même efifet, nous essayâmes le sulfate de soude, Falun, le tanin et le perchlorure de fer.
49 Après avoir fait une incision de o™,o2 dans la cuisse d'un petit cochon d'Inde, on introduisit dans la blessure la pointe d'une flèche empoisonnée.
Après trente secondes, on retira la flèche et on couvrit la blessure de sulfate de soude pulvérisé. Une minute et demie après, Tanimal tomba et au bout de deux minutes et demie, il était mort.
En supposant qu'au cours de cette expérience on eût coupé une veine, accident qui aurait pu activer l'absorption, nous croyons que malgré cela le sulfate de soude, au lieu de retarder, aurait au contraire activé l'absorption du poison.
5** Après avoir fait une incision cutanée d'un peu plus de o™,2o dans la cuisse d'un cobaye, on introduisit dans la blessure une flèche empoisonnée.
Après trente secondes, on la retira et on couvrit la blessure d'alun pulvérisé.
Absence complète des phénomènes du curarisme.
Pour la contre-épreuve de l'action locale de l'alun, nous fîmes l'expérience suivante :
6° Nous introduisîmes la pointe d'une flèche empoisonnée dans la cuisse d'un pigeon et attendîmes que les premiers phénomènes se manifestassent.
Trois minutes et demie après, les jambes étaient paralysées ; nous retirâmes la flèche, lavâmes la blessure et lui applicâmes une bonne portion d'alun en pots. Six minutes après, le pigeon était mort.
L'action de l'alun est cependant toute locale.
y^ Après avoir fait une incision cutanée d'un peu plus de o",02 à la cuisse d'un petit cochon d'Inde, nous introduisîmes dans la blessure la pointe d'une flèche empoisonnée.
Au bout de trente secondes on la retira et on couvrit la blessure d'une bonne portion de tanin : Difficulté dans les mouvements pendants sept minutes et demie ; légères contractions musculaires des oreilles et du dos.
Dix-huit minutes après, les membres postérieurs étaient paralysés et les antérieurs l'étaient incomplètement.
Peu à peu, l'animal se rétablit, le mouvement des membres posté-
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rieurs revint et la paralysie se concentra complètement dans les membres antérieurs. Au bout de vingt-cinq minutes il se mouvait un peu.
Trente-huit minutes après, Tanimal se traînait; au bout de quarante-deux minutes, il essayait de se lever sur les jambes et prendre sa position naturelle et, après soixante minutes, il se mouvait avec facilité; tous les phénomènes toxiques avaient disparu.
Ce fait prouve que le tanin, par une action aussi toute locale, empêche l'absorption du poison ; néanmoins ses effets sont inférieurs à ceux de Talun.
8° Après avoir fait l'incision cutanée dans la cuisse du même animal qui avait servi pour les expériences à Talun, on introduisit dans la blessure la pointe d'une flèche empoisonnée.
Trente secondes après on retira la flèche et on couvrit la blessure avec des fils imbibés d'une solution de perchlorure de fer.
Quelques minutes après apparurent les premiers symptômes du curarisme, les membres antérieurs et postérieurs restèrent paralysés, il se présenta des contractions dans les muscles cutanés et la respiration devint difficile.
Dix huit minutes après, les mouvements volontaires commencèrent à revenir dans les membres postérieurs.
Soixante minutes après, les mouvements étaient plus libres et tout paraissait indiquer que l'animal se rétablirait. *
Au bout de quatre-vingt-sept minutes, les contractions augmentèrent, la tête tomba sur le côté et l'animal succomba.
Grâce à l'action locale du perchlorure de fer, la vie de cet animal se prolongea presque une heure et demie.
Il nous restait à faire une expérience se rapprochant des conditions de l'animal blessé, dans la forêt, par la flèche de l'Indien.
Pour cette expérience nous avons préféré un chien.
90 Un chien vigoureux, de haute taille, fut blessé par la flèche d'une sarabatane ; elle pénétra presque de oni,o5 dans la partie externe et supérieure de la cuisse.
Deux minutes après, nous arrachâmes la flèche et ouvrîmes largement la blessure pour y appliquer le sel marin. En exécutant cette opération, nous coupâmes deux artères, ce qui amena une abondante hémorragie qui exigea l'emploi de deux ligatures.
Au bout de quinze minutes apparurent les premiers symptômes de l'empoisonnement; l'animal était paralysé et les mouvements respiratoires se réduisirent jusqu'à douze par minute.
Cependant, au bout de trente -cinq minutes, il allait mieux et après
cinquante-cinq minutes il avait recouvert la liberté de tous ses mouvements.
Cette expérience se tourne contre le sel marin, car, malgré son application sur la blessure, le curarisme se manifesta (i).
La mort ne parvint pas à la suite d'insuffisance de dose, car pour tuer un chien de cette taille il faut lo centigrammes de poison au moins ; ceci est la quantité double que contient communément la pointe d'une flèche.
Il faut croire que l'hémorragie a dû éliminer une bonne partie du poison et que l'autre resta adhérente à la flèche.
\Qp Le même chien de l'expérience antérieure fut blessé le lendemain par deux flèches envoyées par la sarabatane. L'une pénétra dans
(i) Cette expérience, malgré qu'elle ait été faite avec une flèche falsifiée, est tout en ma faveur et non, comme le dit l'illustre D' Lacerda, « contre le sel ».
D'après ce que nous avons expliqué dans les chapitres précédents, on voit que la flèche du Musée ne possédait pas Tincision nécessaire pour se briser dans la blessure; sinon, elle serait entrée de plus de 01^,01 et cette partie empoisonnée est considérée par rindien comme suffisante pour tuer le tapir aussi bien que Toiseaumouche (*).
En effet, la quantité n'était pas petite pour tuer, comme le dit l'illustre médecin et si cette quantité de 10 centigrammes, qu'il admet pour cela, eût été appliquée sur le bout de la flèche, il est clair qu'elle n'aurait servi qu'à en masquer la pointe, de manière qu'elle ne puisse plus pénétrer dans le cuir dur d'un animal.
La perte de sang par hémorragie et la partie de venin qui reste dans la flèche n'empêchèrent pas la mort; nous avons fait des expériences à cet égard. L'animal curarisé par une blessure faite avec une flèche, quoique perdant une grande quantité de sang, meurt toujours si on n'applique pas le sel; quant à la quantité qui est restée sur la flèche, celle-ci est encore abondante et, comme nous l'avons vu, tant qu'elle contient un centième de milligramme, une flèche appliquée dans une blessure sanglante produit inévitablement la mort.
Nous avons vu précédemment dans nos expériences chez nous et à l'École de Médecine qu'avec une seule flèche usée, nous avons tué des animaux et nous aurions pu les, tuer tous si nous l'avions voulu.
(^ Dans une polémique que nous avons eue, dans la Gas^^eta de NoHcias, avec le D' Lacerda, celui-ci a toujours soutenu que la flèche traversait l'individu et que nous disions une absurdité en affirmant que la flèche curariséene pénétrait que de 334 millimètres. Le 10 octobre 1880, nous avons fait à ce sujet une conférence, honorée de la présence de S. M. l'Empereur j d'une partie du ministère et de plus de quatre cents personnes: nous y avons présenté des flèches et des kurabys de plusieurs tribus, qui, employées contre un animal, n'ont toutes laissé dans les blessures que 2 à 3 millimètres de leur bout, quoique lancées avec force et à petite distance; nous y avons prouvé théoriquement et pratiquement que M. le D' Lacerda ne connaissait pas les flèches indiennes.
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un des espaces de l'entre-côtc, l'autre dans la partie supérieure et externe de la cuisse.
Nous laissâmes les flèches jusqu'à lapparition des premiers symptômes. Au bout de sept minutes, les membres postérieurs commencèrent à être paralysés. Immédiatement, nous arrachâmes les flèches, nous fîmes une large incision aux tissus dans lesquels elles avaient pénétré et applicâmes sur les blessures une bonne portion de sel.
Malgré cela, les phénomènes toxiques suivirent leur marche et six minutes après, l'animal succombait (i).
D'après ces faits, nous concluons comme suit :
lo II est évident que le chlorure de sodium, mis en contact avec la blessure, quelques secondes après l'inoculation, retarde l'absorption du poison. Cependant, de tous les remèdes à action locale, c'est le moins actif (2);
20 De toutes les substances, l'alun est celle qui travaille le mieux dans l'action locale et celle qui mérite le plus de confiance (3).
Les résultats apparemment brillants obtenus dans d'autres expériences par l'application locale du chlorure de sodium s'expliquent par un procédé d'opération très défectueux (4).
(1) Voilà une expérience c< défectueuse », pour employer le mot que rilliistre docteur applique aux miennes.
Croyez-vous -qu'un animal, gardant pendant longtemps deux flèches profondément enfoncées dans le corps et y laissant une grande quantité de poison, se guérisse au moyen du sel, si ce poison a envahi tout l'organisme?
Quelle que fût la quantité de poison restée dans la blessure, si vous aviez mis sur-le-champ une quantité de sel correspondante à la quantité de poison, Tanimal se serait guéri : mais vous avez laissé passer plus de temps qu'il n'en failait pour qu'il restât complètement empoisonné. Comment voulez-vous que le sel détruise le poison si le temps pour son absorption est passé ?. .
Si nous prenons une bonne dose d'arsenic, que nous laissions tous les symptômes du poison se présenter nettement et que nous appelions ensuite un médecin, que nous dira-t-il?... « Il est trop tard, il fallait m'appeler plus tôt.» Cependant l'arsenic possède un antidote, mais il faut l'appliquer à temps, sinon nous vous défions de vous sauver.
(2) Nous avons rendu un petit service à notre compétiteur. Dans son article Le Strychnos Triplinervis, — en me défiant, — il assura (d'après le Magister dixit et non d'après ses expériences) que/e sel ne retardait pas les effets du poison. Maintenant il assure qu'il en retarde les effets. Donc l'affirmation de Claude Bernard est nulle. Il a appris tout cela grâce à mes expériences, qui ont éveillé en lui le goût les études physiologiques.
(3) En voilà une découverte; quelle gloire pour la science officielle 1...
(4) Le procédé d'opérer que nous avons employé a été celui appliqué très minutieusement au Musée; s'il était défectueux, les expériences faites au Musée le;
Dès qu'on emploie par injection une quantité minime de poison, comme deux tiers de milligramme par exemple, ou qu'on expose au contact de la flèche une petite superficie absorbante et, avant que l'absorption ait commencé, qu'on applique sur la blessure un agent qui a la propriété de resserrer les fibres musculaires lisses des vaisseaux absorbants, il n'y a rien à admirer que la quantité infiniment petite de poison entrant dans la circulation dont les effets deviennent imperceptibles, le poison étant promptement éliminé (i).
Mais nous, nous demandons si ces conditions entièrement artificielles peuvent servir de base à des conclusions applicables aux faits qui se produisent dans des conditions naturelles et ordinaires (2)?...
Quelle comparaison y a-t il entre une petite incision dans une région choisie de l'animal, en contact avec le poison pendant un temps très court, et les blessures profondes et pénétrantes que peuvent faire dans le corps humain les flèches lancées par l'arc ou la sarabatane (3)?
Quelques moments de réflexion suffisent à anéantir toutes ces illusions.
Pour qu'un poison, par Vurari, manifeste ses effets par symptômes,
seraient également. En comparant son procédé d*opérer au nôtre, on verra quec*est le même. Comment se base-t-on alors sur ces opérations?...
(1) M. le Dr Lacerda a signé le rapport de mes expériences; il en a fait une chez moi ; il a vu qu'on attendait que le train postérieur soit paralysé pour employer le sel. Pourquoi alors vient-il nous dire que j'applique avant que l'absorption soft faite. Si j avais écrit cela, on dirait que c'est une mystification.
(2) Comme nous Tavons déjà dit, nous avons tâché d'entourer nos opérations des mêmes circonstances qui se produisent dans les conditions naturelles; c'està-dire, voulant imiter la blessure faite par une flèche indienne, nous avons toujours fait une incision profonde qui cachait et enveloppait tout le bout de la flèche, comme si elle avait été lancée par la sarabatane.
Il est incontestable que, dans nos expériences, l'animal blessé absorbait plus de poison que s'il était blessé par l'Indien, car cette dernière blessure n'a que o™,oi de long sur o™,ooi de diamètre, tandis que la nôtre présentait o*»,o3-o™,04 de longueur sur o",oo5-6"»,oio de diamètre.
(3) Nous ne donnerions pas d'explication, si nous ne nous adressions qu'à ceux qui ont fait des études ethnographiques.
L'Indien n'emploie le poison que pour la petite flèche de la sarabatane ou pour le kuraby; aucune de ces armes ne fait de larges ni profondes blessures, mais au contraire de petits trous. L'Indien n'est pas si arriéré pour ne pas savoir qu'un homme blessé par une taquara ou flèche à long et large bout, si elle pénètre dans les viscères, meurt; c'est pour cette raison qu'il n'emploie jamais le poison. En outre, les flèches empoisonnées ne sont pas lancées au moyen de l'arc, mais par le souffle ou par la main.
il faut que, dans un temps donné, une quantité certaine et déterminée de poison reste dans les veines en circulation avec celles artériennes.
Il convient de dire que Vurari est un des poisons qui s'éliminent le plus vite de l'organisme.
Si cependant, par un moyen quelconque, on empêche que toute la quantité de poison déposé dans la blessure passe entièrement dans la circulation, les quantités fractionnées qui entrent dans le sang et sont vite chassées peuvent être si petites qu'elles passent inaperçues (i).
Claude Bernard obtint ce résultat avec une simple ligature inoculant à l'animal une bonne dose de poison ; le même résultat peut s'obtenir avec le sel marin appliqué localement avec de petites doses de poison.
Cependant, en augmentant la dose de Vuriar, l'action du sel marin ne consiste qu'à retarder à peine l'apparition des symptômes toxiques et la mort (2).
Observer un fait dans des conditions particulières, et sans tenir compte de la valeur de ces conditions dans la manifestation du phénomène, en tirer une conclusion absolue et vouloir couvrir une erreur du manteau de la vérité, c'est être victime d'une illusion des sens (3).
(i) Si Vuiraêry s'élimine facilement de l'organisme et s'il y a moyen de l'y faire entrer doucement, nous arriverons à ces résultats avec le sel. Celui-ci, absorbé rapidement, stimule les réseaux nerveux, modifie le sang, bouche les artérioles comme le veut M. Lacerda, recompose le sang curarisé et détruit le poison; la petite quantité que le sel n'a pu modifier, et qui fait se continuer les symptômes, s'élimine plus tard par elle-même. L'individu ne meurt pas! Voilà ce que j'afl&rme et ce que je soutiens.
(2) Cela se constate pour tout autre poison ; augmentez la dose toxique et non l'antidote et il est certain que l'individu mourra. La science conseille (quand on connaît le poison) d'administrer l'antidote immédiatement et à doses beaucoup plus grandes que celles du poison.
Comment pourrait-on, après l'apparition des symptômes de l'empoisonnement, sauver un individu avec une petite dose d'antidote ?
(3) Nous n'avons à répondre que nos expériences n'étaient que la reproduction de plus d'une centaine d'autres que nous avions faites auparavant; avant les nôtres on n'en avait fait aucune, dans ce sens, au Musée; après que les nôtres furent annoncées, on en fit une qui a servi plutôt de «provocation»; c'est pourquoi nous répétons ici. La négation était résolue d'avance et nous croyons que les expériences du Musée ne furent dirigées que dans ce sens. Nous nous en doutions bien. Plus tard nos sens ont été illusionnés en présence de l'autorité du Musée national.
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Avant de terminer cet article, il me reste à remercier, au nom du Musée National et en mon nom aussi, le vaillant et intelligent collaborateur, M. le professeur Clément Jobert, pour ces expériences.
Rio Janeiro, 6 septembre 1878.
Dr LACERDA FILHO
M. le D^ Nuno de Andrade a publié, dans le Journal du Commerce du 14 septembre, les nouvelles remarques qui suivent sur le résultat des expériences du Musée.
Les Expériences sur le curare.
L'article publié par M. le D^ Lacerda fils, dans le Cru{eiro d'aujourd'hui, m'autorise à présenter la synthèse de la question et la déclarer terminée.
Le motif et le but qui m'ont déterminé à intervenir dans cette polémique peut être avoué franchement et j'espère que mon collègue conviendra que je fais mon devoir et que j'use de mon plein droit.
Parlant (à l'improviste) du curare, je fis part à mes élèves de la Faculté de médecine que les expériences faites par M. le D"^ Barbosa Rodrigues m'avaient satisfait.
Cependant, j'émis une affirmation décisive et, implicitement, je me mis à la soutenir.
Les conclusions de M. le D"^ Lacerda fils considéraient la façon d'expérimenter comme défectueuse et sans résultat et niaient l'antagonisme du curare et du sel commun.
Je lui demandai donc pour quelles raisons il avait été amené à réfuter l'exactitude des expériences faites en ma présence ; il me répondit en me priant d assister, au Musée, à ses recherches.
Il ne peut exister d'accord entre les deux intentions. Je raisonne ainsi : Si le curare du D^ Barbosa Rodrigues a les propriétés du curare du Musée, tous les deux sont des curares, ce qui met fin au point capital du désaccord.
Cependant, si le chlorure de sodium agit sur l'un et est sans effet sur l'autre, alors les curares différent.
On ne peut pas déduire immédiatement des faits l'allégation de M. le D'^ Lacerda : Le chlorure de sodium n'est pas l'antagoniste du curare.
En logique on appelle cet argument de mon collègue : Transitus a dicto secundum quid ad dictum simplicer.
Donc : i<* M. le D^ Lacerda filho n*a pas prouvé que les expériences de M. le D^ Barbosa Rodrigues fussent mal faites et il a éludé la question par une invitation à assister aux siennes.
Sans offenser ce monsieur, pour qui j*ai beaucoup d'estime, je considère sa conclusion relative à la méthode comme ti^ès légère;
2^ M. le D*" Lacerda ne démontre pas que les effets du curare du D*" Barbosa Rodrigues persistent, malgré le chlorure de sodium; au contraire, il confirme par son silence l'efficacité que^^ soutiens ^ me basant sur sa conclusion que le sel n*est pas l'antidote du curare et que c* est faux, c'est trop absolu.
Maintenant ce monsieur veut-il que je démontre quelle est la différence entre les curares employés ?
J'ose croire que personne, aujourd'hui, ne pourrait le satisfaire.
Cependant, comme ce monsieur assure, dans le Cru^eiro d'aujourd'hui, que les deux produisent les mêmes symptômes, j'ai conclu que le chlorure de sodium est antagoniste du curare du D^ Rodrigues et non de celui du Musée, parce que, ou dans celui-ci il manque quelque chose, ou dans celui-là il existe une chose en plus.
Serail-ce par différence d'activité?... Mais, si les deux produisent les mêmes symptômes, si les deux tuent?... Comme curares, alors, ils sont égaux ; comme mélange, cependant, celui du Musée vaut mieux.
Je n'admets pas l'objection du retard dans les effets respectifs, parce que le temps qui s'est écoulé entre l'application du toxique et la mort a été (avec les mêmes curares) le même.
Par conséquent il ne manque rien dans le curare du D' Rodrigues, vu qu'il produit les mêmes symptômes que celui du Musée, réputé excellent.
Avec cet argument je contredis le 3° émis par ce monsieur.
Quant à la valeur du terme antagonisme, il me reste à rappeler à mon collègue que je suis étonné qu'il confonde substance antagoniste avec antidote.
Je termine une question que j avais le devoir de discuter.
Je n'ai pas cherché les autres faits y relatifs et n'ai, en outre, pas le temps de m'en occuper.
Rio-dC'Janeiro, 13 septembre 1880.
D' NUNO DE ANDRADE
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Pendant qu'on discutait, nous nous sommes adressé en ces termes à TAcadémie impériale de médecine, comme la seule compétente pour résoudre la question :
(( Étant certain que le sel de cuisine, par le chlorure de sodium, est un vrai neutralisateur du terrible poison ïuiraêry, connu vulgairement sous le nom de curare, dont on ne connaissait pas le contrepoison ; me basant sur les nombreuses expériences que j'ai faites pendant cinq ans, sur ce que j'ai vu chez les Indiens et sur ce que j'ai également prouvé par des expériences dans deux séances, dont le compte rendu est certifié par plusieurs médecins, comme on le verra pas les rapports ci-joints ; je viens respectueusement soumettre à la savante appréciation de cette Académie impériale mes expériences, en demandant son avis, puisqu'elle est la seule compétente. »
L'Académie impériale de médecine, dans sa séance du 9 septembre, nomma des commissions pour étudier les faits d'après de nouvelles expériences et faire des rapports pour donner ultérieurement une opinion suprême,
A cette époque, M. le D^ Souza Lima, professeur de médecine légale à la Faculté de médecine, et qui n'avait pas assisté à nos expériences, nous invita, par une lettre datée du 1 6, à en faire d'autres au cours de ses leçons, pendant qu'il étudiait Viiiraêry avec ses élèves.
Le 17 septembre, devant quelques professeurs de la faculté et plus de cent élèves, en négligeant les curieux, nous avons fait deux expériences avec le chloiure de sodium chimiquemet pu?\
Ces deux expériences furent couronnées des meilleurs résultats : les animaux furent sauvés. Mais le jour suivant ils furent sacrifiés avec l'emploi du chlorure de potassium.
Le 19, au cours de la leçon donnée devant un nombre beaucoup plus grand d'assistants, et après quelques réac-
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tions faites avec ïuiraêry, traité par le carbonate de potassium, l'acide sulfurique, l'acide nitrique, etc., commencèrent les expériences en faisant deux injections, de quarante gouttes chacune, d'une solution de chlorure de sodium, Tune dans le bras gauche, l'autre dans la jambe du même côté, d'un cobaye, suivies d'une injection de dix gouttes d'une solution d*uiraêry, contenant presque 3 milligrammes de poison.
L'animal ne présenta aucun signe de paralysie ; il avait seulement l'aspect triste.
Puis, nous avons fait la même injection de dix gouttes de la même solution curarisée à un autre cobaye; dix minutes après, il était mort.
Ces expériences furent faites avec Vuiraêty d'un petit pot de la faculté, qui me semble provenir des Indiens Mayurunas du Pérou, importé de l'Amazone par feu le D^ Gonçalves Dias, et offert à la même faculté par M. le D^ baron de Maceiô.
Nous avons fait ensuite une petite incision dans la jambe droite d'un autre cobaye, en appliquant dans la blessure le poison de la flèche ayant servi aux expériences du 17; puis on lâcha l'animal qui, vingt minutes plus tard, marchait encore et ne présentait aucun signe d'intoxication.
On croyait déjà que le poison avait perdu son énergie, quand tout à coup il tomba, présentant un phénomène* que je n'avais jamais observé : le train antérieur ainsi que la tête et les mâchoires étaient tout paralysés, tandis que le train postérieur était indemne et faisait avancer le train antérieur.
On appliqua sur la blessure du chrome, ce qui n'empêcha pas que quelques minutes après la paralysie envahissait aussi le train postérieur.
Dans cet état, le corps se mouvait en se contractant.