I. — La mer. — Son UTILITÉ SOCIALE ET COMMERCIALE
La mer est un vaste champ de communication et d'échange offert à l’aclivité humaine. La civilisation la plus élevée étant celle où les échanges sont le plus intenses, la mer doit être considérée comme un des éléments les plus importants du développement des peuples civilisés.
L'histoire est là d'ailleurs pour nous l'apprendre. La barbarie, qui existe encore au centre de certains continents, n'a jamais été de longue durée sur les côtes ; et les pays les moins massifs, c'est-à-dire aux rivages les plus découpés, ont été les premiers imprégnés de civilisation.
Aujourd'hui, plus que jamais, le libre accès à la mer est une condition indispensable de la vie d’un grand peuple. Le commerce national ne se contente plus du trafic avec les marchés voisins : il lui faut les lointains débouchés vers des régions, aux besoins et aux productions différents des siens, avec lesquelles l'importation et l'exportation peuvent être assez considérables pour satisfaire son activité.
C'est ce qui explique la ruée de toutes les nations vers
la mer. Chacune veut y avoir les ports les plus grands, les mieux aménagés, c'est-à-dire les points de contact les plus parfaits avec tout le reste du monde. Ilne faut pas chercher ailleurs le goût universel pour les colonies : ce sont, avant tout, de merveilleux marchés, ouverts au trafic métropolitain.
L'importance de la mer a toujours été comprise Navium exercitio reipublicæ interest, disaient les Romains, comme nous, modernes, nous nous plaisons à répéter la maxime d'origine allemande : « Un pays sans marine est
un oiseau sans ailes. »
Et cette importance est aussi grande pour la puissance militaire d’une nation que pour la prospérité de son commerce. La maîtrise de la mer est le meilleur moyen pour un peuple de s'assurer la crainte et le respect de ses rivaux. La parole, attribuée à Richelieu, est toujours aussi exacte : « On ne peut, sans la mer, ni profiter de la paix, ni soutenir la guerre (1). »
Quant au négoce national, 1} lui faut également, pour transporter ses marchandises, des navires battant son pavillon. Le commerce, en effet, suit le pavillon. Trade follows flag, disent les Anglais; et ils ont su meltre à profit cette règle, en inondant les marchés du monde de leurs
produits apportés par leurs navires.
(1) C'est cette Lhèse qui a été développée par le vicomte Melchior de Vogüé, dans son livre Le Maitre de la Mer ; thèse, à laquelle il a su donner la vie en empruntant la forme du roman.
Pas de commerce sans marine. Le transporteur, en relations suivies avec l'étranger, finit par lui imposer ses produits, qu'il substitue à ceux du transporté : « Une « nation, qui se décharge sur le pavillon étranger du soin « d'exporter sa marchandise, est dans la situation d’une « maison de commerce, dont le service de livraison est « eonfié à une maison rivale (1). »
Et récemment (2) le vice-amiral Besson en faisait la pénible constatation : « Depuis que la France a supprimé « ses lignes du Pacifique, son commerce dans ces régions « a presque complètement disparu : celui de l'Allemagne « a grandi de tout ce que nous perdions et cela pour une « raison inverse : ses paquebots ont remplacé les nôtres ;
« son commerce s’est substitué au commerce français. »
Le rôle prépondérant joué par la mer dans la vie des nations est l'évidence mème.
Au point de vue économique, il apparaît tout entier dans le mot de Sir Walter Raleigh, le ministre de la reine Élisabeth : « Qui tient la mer tient le commerce, disait-il, « qui tient le commerce tient la richesse au monde, et qui « tient la richesse du monde tient le moude lui-même. »
Au point de vue social? C’est encore l'Angleterre qui nous répond par un de ses proverbes : The seas but join the nations they divide. Les mers ne font qu'unir les.nations
qu’elles séparent.
(1} Louis Fraissingea, Le problème de la marine marchande, p. 10. (2; Ligue maritime, numéro du 11 août 1911,
Ce proverbe est en Angleterre d’origine récente : car
endant longtemps, les jurisconsultes anglais ont eu de la O ) U [e)
mer une autre conception.