CÉRÉMONIE
organisée par le Comité do Bicentenaire de la NouvellerOrléaw et par le Comité « L'Effort de la France et de ses Alliés »
(Sorbome, 25 octokre 1917)
ALLOCUTION
de M. Dawel VINCENT, Ministre de l'Instruction publique.
MxsDAMEs, Msssnims. c
Le Gouvernement de la République a voulu s'associer è
l'heureuse initiative prise dans le but de célébrer le bi-centenaire de la fondation de la Nouvelle-Orléans.
^ son nom, je salue avec une fraternelle émotion les fils lointains et fidèles de ceux qui, suivant aux bords mystérieux du monde occidental les grands navigateurs dés xv et xvi« siècles, jetèrent sur les rives du « Père des eaux », les nves grandioses du Mississipi, les fondements des premiers établis-, tements où devaient se mêler et s'unir pendant deux siècles, les anciennes forces de la tradition française et les élans toujours nouveaux et toujours plus vastes de la jeune Amérique.
Votre présence ici, Messieurs les Délégués de la Nouvelle- Orléans, nous ferait aisément croire que, comme l'indiquait tout à rbeure M. Hanotaux, l'histoire n'est qu'un perpétuel
retour. , A vrai dire, l'aventure qui conduisit >dans l'immensité de
vos plaines nos premiers colons, portait en elle la force impétueuse d'un rêve héroïque et brutal ; mais quand on quitte une patrie comme la France, on emporte avec soi son âme et, son âme, vous l'avez gardée toujours faite d'un vif souci d'indépendance personnelle, de courtoisie dans les rapports sociaux et d'horreur du despotisme.
Ces sentiments constitutifs de toute démocratie, vous êtes
l6 BICBNTBHAIRS Wt JJL MOUVBLI.S-OBLiAMS
venus les défendre avec nous et^ eu venant les défendre^ vous étiez assurés de leur donner une portée et une valeur uni* versdles.
Mais déjà, je me permettrai de dire, reprenant une vue émise par M. Hanotaux, que vous vous en étiez souvenus. Lorsque Chateaubriand confondait la solitude de son cœur orgueilleux avec la solitude impénétrée du Mouvea^u Monde, lorsqu'il baignait ses yeux dans l'immensité de vos horizons» dans la profondeur de vos forêts et la virginité de vos eaux, il offrait à la littérature française un courant qui ne s'est jamais tari : la science profonde de la nature et sa iraternité imposante.
Et vous nous reviendrez encore ; lorsque la paix aura rendu rhomme au labeur, les foyers à Tamour et la terre à la fécondité, il y aura sur notre terre de France, des plaines de Flandre aux collines de Champagne et aux crêtes de Meuse, des lieux, sacrés, les < Lieux Saints » de la démocratie où les «ifants des peuples vainqueurs des derniers tyrans viendront apprendre, dans la cruauté des souvenirs de l'histoire» ce qu'il en coûte de vouloir rester libres. {Vifs applaudisse' ments.)
Lorsque nous avons vu se lever à côté de nos drapeaux les drapeaux de la République américaine, nous avons pensé. que les étoiles nouvelles qui avaient frappé les yeux des premiers navigateurs, vous les aviez dérobées au sol et les aviez mises sur vos étendards.
Btendards et étoiles sont avec nous comme des lumières d'action ; ils s'unissent à tout ce que nous défendons, et je suis assuré d'exprimer ici, en un mot qui terminera cette noble cérémonie, un voeu qui est dans tous nos cœurs, c'est que Tunion de nos démocraties, de toutes les démocraties, cimentée dans le sang, reste indissoluble dans la société des nations libres (Applaudissements) y et qu'ainsi, nos deux patries restent ce qu'elles sont à l'heure actuelle, étemdlement sœurs, car elles sont filles de ce qui ne peut périr : le droit et la liberté. (Vifs applaudissements).
ALLOCUTION
de M. Emile HOVELAQUE
^ Monsieur im Ministre,
Monsieur le Présidï;nx du Conseil MunicipaLj
Messieurs les. Délégué de la Nouvelle-Orléans^
Mesdames^ Messieurs,
Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer le deuxième centenaire de la fondation de la Nouvelle-Orléans. •
C'est une grande date française, une date non moins grande dans Pliistoire des Etats-Unis, et digne certes d'être glorifiée à son retour. Mais quel moment pourrait être plus propice à cette célébration que celui où les destinées des deux pays» Si longtemps séparées, se mêlent de nouveau comme au temps de Lafayette et de Rochambeau? cette fois pour assurer la libération, non d'un pays, mais du monde, et pour défendre la plus sacrée des causes, celle de Thumanité contre toutes les forces coalisées de la barbarie»
Cette célébration n'est plus une ' fête ; il ne peut y avoir de ' fêtes en ce moment ; elle est la commémoration religieuse d'un passé qui fut grand, et comme la consécration d'un avenir plus grandiose encore. Elle emprunte aux circonstances tragiques de Theure présente une solennité auguste ; aux souvenirs et aux espoirs qu'elle éveille, une in,comparable noolesse. Car dans ce passé, il n'y a que de pures et fières mémoires, dans le présent et dans Tavenir qu'il promet, que de nobles émotions et d'exaltantes espérances ; et partout la figure éternelle de la France raj^onne des mêmes vertus : courage, constance héroïque, désintéressement, dévouement, le plus haut idéalisme que la terre ait vu.
De ce passé, je ne vous parlerai pas. Je cède à d'autres la parole.
Avec toute l'autorité de l'historien et du grand patriote, notre président d'honneur, M. Hanotaux, vous dira la signii^cation profonde et la portée du grand événement que nous célébrons ; il vous en retracera l'histoire.
Ma tâche est plus humble, Elle consiste à rendre hommage
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à ceux qui, les premiers, ont pen.. H- P"-"' f
r eÎnôuteL:" eut à la N^velle-O^l^r^^^*»^^ Biété S'est manifestée daus le passé sous tant de 1»™^ Jé»* Srais tonchairtes j à M. Marc de VilUers qui a consacré ^ TuTest^Tés d.érudit.et d'historien à faire toire Que nul ne possède mieux que lui, et a qui nous ae^ ons
"admïle uiouograpWe que ""n'"»-/;^"^'^^ d'imprimer, et que M. G„,mu,nc a oruee de ses b^^ d« «iua • à d'autres que je ne nomme pas, — Us sont trop uoiireux - « qui ce lointain passé revit avec d'autant plus 4- quelques-uns descendent des vaillants explorateurs oui ont donné la Louisiane à la France. 7e Xr^e enfin tous ceux qui nous ont mis à même de
''^"^^^uT^us sommes adressés à le .«nistre v"uo. Publique d'alors, M. Painlevé. ^^^^^^^l .Uatement promis l'aide matérielle qui nous a permis de iaire tp^Vlne médaille ccmn,énK„.a,vo <i„e nous devons au- S de M. Lafleur. d'imprimer di«i.eme«t la brochure de M de Villiers et d'organiser cette réunion. Ses successeurs MM Viviani Steeg et Daniel Vinceixt, nous ont continue la mL bieuvemance': M. le Ministre des A«aires -
nous a pas témoigné une sollicitude -;^°]^'\''- ^ fZ^n Miris dans la persoime de son éminent Frcsident, M. Adrien Mi "houari et S l'éminent ftHet de la Seine. M. Delauney, a tenu à s'associer à notre efEort.
T tous nous adressons nos remerciements émus comme à toutes^les Associations qui travaillent à resserrer les lieui. l^ Z deux pays et qui nous ont prête le plus généreux
""""irr aurait ingratitude à ne pas nommer aussi le dévoué secrétaire -vénérai Je TEffort de la France et de ses All^s M. Paul Labbé, dont je n ai pas à faire Veloge ici. Il a m s à notre service son inlassable dévouement et son esprit fertile en combinaisons ingénieuses.
Et d^ailleurs, tous ces concours ne nous étaient-ils pas assures d avance? puisqu e! Vagissait de célébrer une gloire fran^^i^^^^ et de vous recevoir, Messieurs les Délégués de la Nouvelle- Orléans et de la Louisiane, vous qui êtes deux fois les bienvenus parmi nous, puisque vous êtes les représentants d une ville entre toutes chère à tous les cœurs français, et d uu pavs auquel nous rattachent les plus émouvants souvenirs dans le passti, et, dans le présent, la plus tendre, la plus effi^
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cace et la plus désintéressée des collaborations pour faire triompher la cause^de la France, panser ses . blessures et les
venger.
Messieurs les Délégués de la ville de la Nouvelle-Orléans, soyez les bienvenus- C'est fraternellement que nous vous saluons, car vous êtes pour nous des frères, les uns par le sang, tous par le cœur. Votre présence ici n'est pas un vain
rappel de lointaines gloires et dt ^^randeurs périmées ; elle ne nous parle pas seulement des jours où la France héroïque et charmante rayonnait sur toute la terrje et semait négligemment sur votre sol une fleur de beauté et de grâce dont le par;
fum demeure encore ; elle n'est pas seulement comme Tincar-
nation panni nous de ce passé dont les nobles prestiges mélaneoliques émeuvent nos cœurs dans le vieux quarti.u- français de votre ville ; votre présence témoigne que les vertus de ce passé survivent encore ; que, pas plus que nous, vous n'avez oublié, et qu'à la sûre amitié de votre grand pays pour le nôtre, se mêle chez vous une plus ancienne, une plus profonde et plus secrète tendresse, celle des enfants pour leur mère.
Vous ne représentez pas seulement votre ville qui, si longtemps fut en Amérique le symbole de la France, un peu de sa présence et de son charme parmi vous, mais un sentiment ; Aous ne nous apportez pas seulement des souvenirs, mais des promesses. Vous êtes ici TAmérique qui se souvient du long, ■de Ijhéroïque effort dont votre ville fut répanouissement suprême et de Taide fraternelle prêtée autrefois ; vous êtes aussi l'Amérique qui agit, qui aide déjà, et qui, demain frappera de toute sa force gigantesque et vierge.
Saluons-en Tauspice en ce jour mémorable, avec une émotion religieuse, car l'avenir qu'elles nous promettent est plus émouvant encore que les gloires que nous célébrons.
Car c'est la plus grande date de Thistoire que celle où votre noble pays a décidé de prendre part à cette lutte qui est le point culminant de l'éternel combat de l'homme contre les forces de l'asservissement, et sur cette assemblée plane aujourd'hui une émotion sacrée.
Four la première fois, depuis que la terre existe, la \ne de tout un hémisphère se mêle à la vie du vieux monde qui, jusqu'ici, avait le monopole de l'histoire.
Qui pourra jamais mesurer les conséquences de l'irruption de votre jeune force incalculable dans notre vieille Europe?
A partir de maintenant, vos destinées sont liées aux nôtres. Le monde entier a une conscience commune, et sous ses ordres, poursuit les mêmes fins, les plus hautes, puis qu'elles sont celles de l'humanité. Et c'est pourquoi, Messieurs les Délégués de la Nouvelle-Orléans, je salue, en vos
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personnes, votre admirable ville d'abord n.ais aus votre roble pays tout entier et l'immense espérance qu 1 nou^ apporte. En vous souhaitant la bienvenue ici, c est cette espérance que nous acclamons, c'est la sûre V^omes^ à. U victoire, réparatrice de nos souffrances, sauvegarde de la dei^^atii dans le monde, libératrice de l'^urnan.te^ Par nos faibles voix et dans nos personnes périssables, la France im- ..ortelle vous accueille, vous qui êtes les premiers representants de la grande République sœur à nous apporter son. salut officiel. Ce moment sacré nous fait communier dans une même pensée, dans un même serment : jusqu'au bout, fraternellement, nous poursuivrons ensemble les fins inspiratrices de nos deux démocraties : la défense du droit, de la justice,
de la dignité humaine.
Messieurs les Délégués de la Nouvelle-Orléans, nos alliés d'autrefois, et d'aujourd'hui, et de demain, après bien des détours vous revenez à notre mère commune, et c'est en ireres que les enfants de la France vous saluant et vous reçoivent
ALLOCUTION
de M. Ambroise RENDU, Vice-président du Conseil Municipal :
Monsieur le Ministre, Monsieur l' Ambassadeur, Mesdames, Messieurs,
Je me lève au nom de la Ville de Paris et c'est déjà une déception pour vous. Sur la foi d'une carte verte ou blanche, vous espériez entendre mon grand* ami M. Mithouard, dont la chaude et élégante parole a souvent retenti dans cette enceinte.
C'est ma voix, c'est la voix d'un vieux Parisien que je vous apporte au Ueu de celle que vous attendiez. La maladie, bientôt vaincue ■ d'ailleurs, éloigne notre Président de votre assemblée et le bénéfice peu enviable de l'âge m'amène aujourd'hui devant vous comme suppléant.
Le rôle serait ingrat, je le sens, si le sujet lui-même ne devait porter l'orateur, quelque modeste qu'il fût. L'expression crrandit avec la pensée et votre sympathie est acquise d'avance à tous ceux qui parlent -de notre passé et de nos amitiés.
Quel thème merveilleux pour le conférencier comme pour ceux qui ont à le féliciter l '
Ce sont, en efiet, de grands souvenirs que nous évoquons ici ce sont de grandes espérances que nous affirmons, puisque c'est l'histoire de deux siècles, pleins de beautés et de tristesses, que nous écrivons. Avec quelle émotion et quel respect. Messieurs, car la Nouvelle-Orléans est une fille de France! Elle est née de notre sang aventureux et de nos enthousiasmes de cette fièvre féconde qui nous avait donné un si magnifique domaine dans toutes-^Tes parties du globe terrestre, tes événements l'ont séparée de nous, depuis un Siècle et, comme elle était .de bonne race, elle a grandi. Mais void qu'elle nous revient, apportant dans le ciel orageux du vieux monde les étoiles du drapeau des Etate-Unis et le rayonnement de la plus noble des inspirations. Saluions cette cité lointaine qui porte un nom doublement cher à la France et
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qui lui rappelle de glorieuses épopées : Jeanne, la bonne Lorraine, arrachant Orléans aux envahisseurs et Jean de Bienville plantant le drapeau fleurdelysé sur le territoire par lux -conquis et qui devait devenir la Louisiane.
Je n'ai donc pas travesti nos annales en disant que la Nouvelle-Orléan® était bien une fille de France quand elle est née. Elle l'est encore, disent tous ceux qui l'ont visitée. Elle n'a pas renié ses origines. C'est une enfant qui se souvient et dont k cœur n'a pas changé. J'en ai pour preuve le voyage de ces délégués que nous venons saluer ici et qui nous apportent les vœux de tant de familles françaises, dont le langage A conservé la saveur et l'originalité du terroir, dont les sentiments sont ceux d'une vraie fraternité et qui, pour perpétuer le souvenir du pays d'origine, ont donné à leurs rues et aux •édifices de leur Ville les noms bien français dont nos oreilles «ont charmées.
Ce sont là les impérissables vestiges de ce glorieux passé dont nous pouvons être fiers, car c'est la civilisation et les
qualités natives de la France que nous avons portées en Amérique au début du dix-huitième siècle, quand nos pères ont lancé leurs essaims.
Aujourd'hui, ces croisés des temps modernes sont représentés par leurs fils, qui viennent défendre la mère-patrie, attaquée par un rival barbare, qui accourent pour sauver l'œuvre des siècles mise en péril par l'invasion teutonne, qui sont dans nos rangs parce que notre patrimoine est menacé et que c'est leur bien" qu'ils conservent en combattant pour la France.
Nous tendons nos bras à ces nobles descendants des héros qui fondèrent la belle colonie devenue u;i des riches fleurons - -de la couronne américaine ; nous leur ouvrons nos cœurs, non seulement comme à des compagnons d'armes, mais comme à -des frères de par le sang, de par les traditions, et nous sommes ici dans la vieille Sorbonne, le temple du génie français, pour célébrer avec eux une fête de famille.
Je les salue au nom de la grande sceur parisienne, au nom -de la vieille cité dont l'âme vibre à tous les souvenirs, à tous les sentiments géiiéreux, et dont les affections ne changent pas.
Ne puis-je pas, malgré les tristesses de l'heure présente, où la gloire est voilée de crêpe, considérer comme un jour heureux, entre tous, ce jour où les membres de la famille française, éloignés par les événements, se groupent sous les auspices de la grande nation américaine pour associer leurs «fiorts et, comme on dit au régiment, serrer les coudes, unis 4ans une patriotique étreinte?
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La guerre a fait des fils de la Nouvelle-Orléans, comme des enfants de Paris, les soldats de la même cause, les champions du même droit. Comme autrefois, avec Lafayctte et Rochambeau, c'est pour la liberté qu'ils se battent.
Moment subli^ie qui devrait durer toujours :
Oh! temps, suspends ton vol Et vous, heures propices.
Arrêtez votre cours!
La France a retrouvé tous ses enfants, c^est l'Amérique
qui les lui rend. . .
Hx,nneur à cette noble et généreuse nation qui se souvient et qui veut venger avec nous la cause même de Ihumamte!
Messieurs de la Nouvelle-Orléans, la Ville de Pans vous offretout son cœur.
Vivent les cités amies!
Vivent les nations alliées \