CHAPITRE III
LORD BAGOT. — PREMIER DISCOURS DE LAFONTAINE DANS LE PARLEMENT. — MINISTÈRE LAFONTAINE- BALDWIN. — LÉGISLATION. — MORT DE LORD BAGOT. — LE TRAITÉ ASHBURTON.
Le général Jackson fut chargé d’administrer la province jusqu’à l’arrivée du successeur de lord Sydenham.
Le choix du nouveau gouverneur excita naturellement Ja curiosité publique ; on se demandait s’il allait apporter dans les plis de son manteau la paix ou la guerre.
On sut bientôt que le choix de la Reine était tombé sur sir Charles Bagot ; mais comme on apprit presque en même temps Îa nouvelle de la naissance du premier fils de la Reine, du prince de Galles, ce dernier événement éclipsa l’autre pour quelque temps. Les Canadiens-français, toujours loyaux et fidèles en dépit des injustices, s’associèrent, malgré leurs griefs, à leurs concitoyens anglais pour célébrer la naissance de leur futur souverain.
Ils sont toujours les mêmes.
En 1812, au moment où ils étaient ie plus humiliés, maltraités, ils prenaient les armes pour défendre le drapeau anglais.
Ils luttent contre l’injustice, ils tiennent tête à la tyrannie ; mais, même dans l’ardeur de la lutte, ils gardent respect à l’auto-
rité, ils restent bons et fidèles sujets de leur souverain.
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C’est un fait digne de remarque qui fait honneur à leur caractère et démontre que, chez eux, la fierté du droit s’allie au sentiment du devoir, la haine de la tyrannie au respect de l’autorité religieuse ou civile.
Sir Charles Bagot arriva à Kingston, le 10 janvier 1842.
C'était un homme de soixante ans, de bonne mine, d’une figure agréable, d’un caractère bienveillant, d’un esprit droit.
Son apparence et ses belles manières, ses paroles, ses premiers actes produisirent la meilleure impression, surtout dans le Bas- Canada.
11 ne mit pas de temps à faire voir que les Canadiens-français pouvaient compter sur son esprit de justice, pour occuper dans le nouveau régime la position à laquelle ils avaient droit en vertu de la constitution. Il visita le Bas-Canada pour s’instruire, se renseigner, et partout 1l trouva une population respectueuse mais décidée à revendiquer ses droits.
Le Canadien était alors le principal organe des Canadiensfrançais, l'interprète le plus éloquent de leurs sentiments.
La position indépendante qu’il avait prise en 1837 et 1838 donnait à ses opinions une grande valeur, et son langage énergique, qui rappelait les écrits de la Minerve lors de l'insurrection, agitait profondément l’opinion publique. Il était rédigé par Etienne Parent, dont la plume et les conseils ont exercé durant près d’un demi-siècle une grande influence sur la politique du pays.
Des élections eurent lieu dans quelques comtés du Bas-Canada, et les libéraux triomphèrent presque partout.
I] se passa alors un événement qui eut un grand retentissement
et acheva de cimenter l’union des libéraux du Haut et du Bas-
Canada : M. Baldwin avait été élu dans deux comtés du Haut- Canada ; rempli de respect et d’estime pour M. Lafontaine et comptant sur son aide puissante dans les luttes qui se préparaient, il lui fit offrir le siège du comté de York. Lafontaine accepta aux applaudissements du pays entier ; les électeurs de York sanctionnèrent par leurs votes l’acte de générosité de M. Baldwin, et le chef du Bas-Canada fut élu représentant d’un comté anglais du Haut-Canada.
Lorsque les Chambres se réunirent, le 8 septembre 1842, l'opinion générale était que le ministère ne pourrait résister aux assauts de l’opposition conduite par deux hommes comme Baldwin et Lafontaine. M. Draper qui voyait le danger avait, avant la session, reconstitué son cabinet en y faisant entrer MM. Sherwood et Hincks, et il avait engagé quelques libéraux du Bas- Canada à suivre l'exemple de ce dernier.
Des ouvertures avaient été faites à MM. Lafontaine, Morin et Girouard, mais elles avaient échoué.
La session était à peine ouverte que sir Charles Bagot s’adressait lui-même à M. Lafontaine pour mettre trois portefeuilles à sa disposition. M. Draper offrait de se retirer en faveur de M. Baldwin. Mais Lafontaine et ses amis refusèrent tout arrangement qui ne serait pas agréé par le chef haut-canadien ; or celuici persistait à refuser de siéger à côté de certains hommes en qui il n'avait pas confiance.
Les débats sur l’Adresse furent intéressants.
M. Draper prononça un discours qui était la condamnation de sa politique et la consécration des principes du parti libéral. Il reconnut le droit des Canadiens-français d’être représentés dans le cabinet et chercha à convaincre la Chambre que, s’ils ne
l’étaient pas, c'était leur faute, vu que leurs chefs avaient rejeté toutes ses avances. Il se faisait un plaisir et un devoir de reconnaître qu’il était d’abord prévenu contre les députés du Bas- Canada, mais que ses relations avec eux avaient fait tomber tous ses préjugés, qu’il avait trouvé en eux la courtoisie caractéristique de la nation chevaleresque dont ils étaient les descendants.
M. Baldwin répondit par un discours qui produisit une profonde impression. Il dit que les paroles de M. Draper étaient la justification de sa conduite et du conseil qu’il avait donné à lord Sydenham, dix-huit mois auparavant, puisque le cabinet reconnaissait qu’il ne pouvait gouverner sans les Canadiensfrançais. Il reprocha à M. Draper d’avoir attendu si longtemps pour rendre justice aux Bas-Canadiens et faire droit à leurs demandes et à leurs protestations ; il termina son discours en proposant un amendement qui était une déclaration de non confiance dans le gouvernement. Sa proposition fut secondée par M. J.-G. Barthe, député de Yamaska. Après un discours éloquent de l’honorable Denis-Benjamin Viger, M. Lafontaine prit la parole.
Il y eut un mouvement de curiosité dans la Chambre, et dans les galeries, lorsque M. Lafontaine se leva ; on voulait voir et entendre l’homme dont le nom depuis quelque temps était si puissant. La curiosité fit place à la surprise et au désappointement chez un grand nombre, lorsqu'on l’entendit s’adresser au président de la Chambre en français. M. Dunn lui ayant demandé de parler en anglais, il répondit ainsi :
€ L’honorable député a-t-il oublié que j’appartiens à la nationalité si injustement traitée par l’Acte d'Union ? Il me demande de prononcer dans une autre langue que ma langue maternelle le premier discours que j’aie à prononcer dans cette
Chambre. Je me défie de mon Pabileté à parler la langue anglaise, mais lors même que je la parierais aussi facilement qu’un Anglais, je n’en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français, ne fût-ce que pour protester solennellement contre cette cruelle injustice de cette partie de l’Acte d'Union qui tend à proscrire la langue maternelle d’une moitié de la population du Canada. Je dois cela à mes compatriotes, je le dois à moi-même.”
Parlant ensuite dela part que doivent avoir les Canadiensfrançais dans le gouvernement, il s’exprima ainsi :
“ L’honorable procureur-général reconnaît qu’il faut au gouvernement, pour rétablir la paix et le contentement général, la coopération active des Canadiens-français. Non seulement ce serait là un acte de justice, mais c’est encore un appui que la nécessité appelle. Oui, cette coopération est absolument nécessaire au gouvernement. Oui, il la lui faut et nous ne pouvons la lui refuser, mais dans des conditions qui ne puissent en rien diminuer niaffaiblir notre honneur et notre caractère. T’Acte d'Union, dans la pensée de son auteur, a été voté dans le but d’écraser la population française ; mais l’on s’est trompé, car les moyens employés n’auront pas ce résultat. Les deux populations du Haut et du Bas-Canada ont des intérêts communs, et elles finiront par sympathiser ensemble.
“ Sans notre coopération active, sans notre participation au pouvoir, le gouvernement ne peut fonctionner de manière à rétablir la paix et la confiance qui sont essentielles au succès de toute administration. Placès par l’Acte d'Union dans une situation exceptionnelle d’infériorité politique, si nous devons
succomber, nous succomberons du moins en nous faisant respec-
ter. Je ne recule pas devant la responsabilité que j'ai assumée, puisque dans ma personne le gouverneur-général a choisi celui par lequel il voulait faire connaître ses sentiments de libéralité et de justice envers mes compatriotes, Mais, dans l’état d’asservissement où la main de fer de lord Sydenham a cherché à tenir la population française, je n’avais, comme Canadien, qu’un devoir à remplir, celui de maintenir le caractère honorable qui a distingué nos compatriotes et auquel nos ennemis les plus acharnés sont obligés de rendre hommage. Ce caractère, monsieur le Président, je ne le ternirai jamais !
“ L'absence de tout nom français dans le ministère n’est-elle pas une circonstance qui comporte une injustice, même une insulte préméditée ? Mais, dira-t-on, vous ne voulez pas accep- “ter d'emploi !” Ce n’est pas là une raison ; mes amis et moi, il est vrai, nous ne voulons pas en accepter sans des garanties ; mais puisque vous avez bien trouvé quelques Français pour siéger dans le Conseil, même pour faire partie de la cour martiale, ne pourriez-vous pas en trouver de même force pour siéger dans le cabinet ? ”
Le discours de M. Lafontaine électrisa le Bas-Canada ; partout on loua la noble fierté et le courage avec lesquels il avait plaidé la cause de ses compatriotes et affirmé les droits de la langue française.
Ce discours était un programme, un drapeau, le drapeau de la dignité et de l’égalité des races devant la constitution.
Il acheva de porter le désordre dans les rangs du parti tory et le désarroi dans le gouvernement.
Le lendemain, MM. Lafontaine et Baldwin entraient dans Je
ministère, le premier comme procureur-général du Bas-Canada,
le second comme procureur-général du Haut-Canada. M. Morin, qui venait d’être fait juge, dontiuit sa démission, et était nommé commissaire des terres de la Couronxe, MM. Aylwin et Daly étaient les deux autres représentants du Baï-Canada dans le nouveau cabinet, MM. Hincks, Lbunn, Killaly ec Harrison gardèrent leurs porteieuilles, mais M. Sullivan dut remettre le sien. Tous les ministres étaient réformistes et s’engageaient d’ailleurs à accepter les principes du nouveau gouvernement.
L’avènement du ministère Lafontaine-Baldwin fut partout salué avec enthousiasme, surtout dans le Bas-Canada où il appa-
rut comme l’aurore d’une ère nouvelle.
Les patriotes, qui avaient lutté et souffert pendant les mauvais jours de 1837 et 1838, se réjouirent avec raison du triomphe de la liberté politique et de la revanche de leur nationalité.
Les populations associaient, dans l’expression de leur reconnaissance, le nom de sir Charles Bagot à celui de leurs chefs vénérés,
Le parti tory, tous les vieux fossiles de l’ancien régime seuls furent mécontents, attristés ; ils se demandèrent, en branlant la tête, si les auteurs de l’Union ne s’étaient pas trompés.
Ils avaient à leur tête un hoinme de valeur et d’énergie, Allan MeNab, destiné à jouer un rôle important dans la politique du pays ; ils se rangèrent sous son drapeau et se préparèrent à la lutte,
Déjà, en Angleterre comme au Canada, les esprits prévenus et violents avaient commencé à trouver la politique de sir Charles Baägot trop libérale, surtout trop favorable aux Canadiens-français ; mais on apprit bientôt que le cabinet anglais approuvait
cette politique et la trouvait conforme aux instructions données à sir Charles.
L'élection des nouveaux ministres fournit l’occasion de connaître le sentiment public. Ils furent tous réélus, moins M. Baldwin, qui fut battu, d’abord dans le comté de Hastings, et ensuite dans la seconde division de York.
Les Canadiens-français crurent l’occasion favorable de lui témoigner leur respect et leur reconnaissance, en mettant à sa disposition plusieurs comtés du Bas-Canada. Il accepta la candidature du comté de Rimouski, et fut élu par acclamation.
Alors on vit un spectacle étrange : le chef du Bas-Canada représentant un comté haut-canadien et le chef du Haut-Canada représentant un comté bas-canadien.
Cela donne une idée du respect et de la confiance dont jouissaient, à cette époque, les chefs du parti libéral, et l’on s’explique comment ces hommes remarquables ont pu ramener la paix et la modération dans les esprits bouleversés par plusieurs années de crises et de discordes ardentes.
Les nouveaux ministres se mirent immédiatement à l’œuvre ; mais comme il leur fallait s’occuper de leur réélection et préparer leur législation, la session fut de courte durée, assez longue cependant pour leur permettre de révoquer une bonne partie de la législation impopulaire de lord Sydenham et de faire adopter quelques lois importantes.
Pour mettre fin aux abus commis dans les élections et empêcher le renouvellement d’actes de violences et de ‘raude révoltants, ils firent décréter des lois rigoureuses et des châtiments sévères contre ceux qui les enfreindraient. Par exemple : vingtcinq louis d’amende et trois mois de prison, ou l’une ou l’autre
pénalité contre ceux qui se rendaient coupables de voies de fait pendant une élection dans un rayon de deux milles du husting ; cinquante louis d’amende et six mois d’emprisonnement, ou l’une ou l’autre pénalité, contre ceux qui déploieraient des drapeaux, des insignes, des cocardes ou des affiches le jour de l’élection, ou quinze jours avant ou après ; des peines rigoureuses interdirent aussi en temps d'élection, toute dépense d’argent ordinaire, telle
que le louage de voitures pour transporter les électeurs aux polls.
Quelques-unes de ces dispositions furent amendées et adoucies, mais on fut forcé d’y revenir plus tard et d’en adopter l'esprit sévère. Les lois adoptées sous lord Sydenham pour empêcher, dans certains comtés, la population canadienne-française d’exercer son droit de suffrage, en plaçant les polls aux extrémités des comtés et en changeant les limites des divisions électorales, furent abrogées. Il fut aussi résolu que Kingston n’était pas la
ville la plus convenable pour être le siège du gouvernement.
Lorsque sir Charles Bagot prorogea les Chambres, le 12 octobre 184?, le meilleur esprit régnait dans la population et le vent de la faveur publique gonflait les voiles de la barque ministérielle.
Plus heureux que son prédécesseur, mais aussi plus sage, plus juste et plus modéré, le nouveau gouverneur commençait son règne sous les auspices les plus favorables. Il était mieux portant que jamais et plus jeune d’apparence qu’à son arrivée au Canada ; lorsqu’il prononça le discours de prorogation, on lui prédisait un
long et heureux séjour dans le pays.
Pourtant son administration devait être presque aussi courte que celle de lord Sydenham ; le sort sous ce rapport ne lui fut pas plus favorable. La session était à peine finie que sir Charles
Bagot se sentit frappé d’une maladie mortelle, l’hypertrophie du cœur avec hydropisie.
On a prétendu que sa constitution délicate avait été affectée par des reproches venus du gouvernement anglais, vu que lord Stanley avait critiqué sa conduite à l’égard du ministère Draper. Il est certain que le Times, de Londres, lui reprocha amèrement d’avoir mis sa confiance dans un homme comme Lafontaine, un homine dont la tête avait été mise à prix, disait le puissant journal. Sa libéralité et sa bienveillance à l’égard des Canadiens-français lui avaient aussi fait, parmi les torys, des ennemis Gont les attaques lui furent se sibles.
Les sympathies, les témoignages de respect et de confiance ne lui manquèrent pas, heureusement, de la part de la population
canadienne-française et des membres du gouvernement.
Il aurait voulu aller mourir en Angleterre, mais n'ayant pu obtenir son rappel avant la fin de la saison navigable, il fut forcé de rester dans le pays. Comme sa maladie se prolongeait, ne voulant pas que le pays en souffrît, il suggéra au gouvernement anglais de nommer un nouveau gouverneur. Sir Charles Met-
calfe fut choisi et partit pour le Canada.
Avant de remettre les rênes du pouvoir entre les mains de celui-ci, sir Charles Bagot réunit autour de lui les inembres du ministère pour leur faire ses adieux.
La scène fut touchante, solennelle.
Il remercia ses ministres de la sympathie et de la bienveillance dont ils l’avaient entouré dans sa maladie et ses épreuves, et du zèle avec lequel ils l’avaient aidé à administrer les affaires du
pays. Il dit que ses actes n'étaient pas agréables à tout le monde,
mais qu’il était convaincu d’avoir agi dans l’intérêt du pays et conformément aux principes du gouvernement constitutionnel.
“ Je cesse d’être votre gouverneur, dit-il, mais je vous laisse le soin de défendre ma mémoire, ce que vous ne pourrez mieux faire qu’en complétant l’œuvre que nous avons commencée.”
Parmi les personnes présentes, il y en eut que peu qui purent retenir leurs larmes.
Le noble malade languit encore quelque temps et mourut le 19 mai 1843.
Un an auparavant, c'était le Haut-Canada surtout qui pleurait la mort de lord Sydenham, cette fois, ce fut le Bas-Canada qui pleura le plus sincèrement la mort de sir Charles Bagot. C’était bien naturel ; pour la première fois depuis longtemps, le représentant de l’Angleterre montrait quelque sympathie aux Canadiens-français et les traitait comme les égaux des Anglais., L’histoire est juste pour lui comme il l’a été pour les Canadiensfrançais : elle reconnaît que non seulement il a été bon, bienveil-
lant, franc et loyal, mais que sa conduite a été légale et constitutionnelle,
Le Trailé Ashburton.
C’est pendant l’administration de sir Charles Bagot que fut signé ce fameux traité qui mit fin aux difficultés et aux négociations entre l'Angleterre et les Etats-Unis au sujet des frontières américaines. Depuis longtemps les diplomates anglais et américains se demandaient où était la véritable ligne entre le Nouveau-Brunswick et l'Etat du Maine. Le traité de Paris de 1763
n'était pas clair sur ce point, et ouvrait la porte à la discussion.
Des flots d’encre et de paroles coulèrent, des actes de violence et des escarmouches même eurent lieu entre les colons anglais et américains ; des commissaires furent nommés, à différentes reprises, pour régler la question, mais c'était toujours à recommencer, et la discussion devenait de plus en plus acrimonieuse ; au commencement de l’année 1842, même, on parlait sérieusement de guerre.
C’est alors que lord Ashburton fut envoyé par le gouvernement de sir Robert Peel aux Etats-Unis pour essayer de régler cette délicate et ennuyeuse question. Le fameux Webster, alors secrétaire d'Etat, représentait les Etats-Unis dans les négociations.
C'était un adversaire redoutable, dangereux à cause de sa vigueur d’esprit et de caractère, et de son immense talent d’avocat.
On prétend que lord Ashburton eut le dessous dans ce duel diplomatique, et fit à son puissant rival de sérieuses concessions.
On lui reproche d’avoir cédé aux Etats-Unis, au sud-est comme au nord-ouest, des territoires immenses et fertiles, qui faisaient partie indubitablement des possessions anglaises, pour n’accepter en retour que des terres marécageuses et stériles sur lesquelles les droits des Américains n’étaient pas même établis clairement.
Des calculs ont été faits pour montrer la valeur des avantages que le traité a fait perdre au Canada, pour établir en particulier que les grandes routes de l’Intercolonial et du Pacifique auraient été beaucoup plus courtes et auraient coûté moins cher, si on n'avait pas cédé aux Etats-Unis le territoire où elles auraient dû passer, et qui faisaient partie du domaine de l’Angleterre.
John Bull fronça le sourcil, gronda son commissaire, qu’il
accusa d’avoir fait une capitulation et non pas un traité, dénonça la supercherie des Américains, mais finit par acquiescer, et signer ce traité ; heureusement, plusieurs dispositions étaient populaires, entre autres celles qui concernaient la suppression de l’odieuse traite noire et supprimaient ce trafic dégoûtant de chair humaine.
Une autre clause importante avait trait à l’extradition des criminels, et contenait à ce sujet des dispositions qui mirent fin à une source de difficultés.
Lord Ashburton trouva aussi le moyen de calmer les colères suscitées par l’incendie du Caroline et l’arrestation de McLeod,
en faisant une déclaration qui équivalait à des excuses.