‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 14 sur 44 · ES · texte numérisé non relu

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On s’y attendait ; dès la clôture de la session, les deux partis étaient entrés en campagne et l'agitation populaire était partout considérable. Le Bas-Canada se préparait à affirmer ses droits et sa volonté, à assurer le triomphe des hommes qui l’avaient

représenté avec tant d’honneur et de patriotisme.

M. Papineau avait fini par comprendre, comme M. Viger, la nécessité de céder au sentiment populaire, au désir de ses vérita-

bles amis ; il avait donné sa démission.

Les ministres anglais, convaincus qu’ils ne pouvaient se présenter devant le Bas-Canada avec un ministère où celui-ci ne serait pas représenté, réussirent à faire accepter des portefeuilles à deux Canadiens-français, M. François Bruneau, conseiller législatif, et M. Joseph Turcotte, un homme de talent dont nous aurons occasion de parler plus tard. Leur manœuvre, habile en apparence, n’eut pas l’effet qu’ils en attendaient ; elle déconsidéra les deux nouveaux ministres, et n’ajouta rien à la popularité du ministère.

La lutte fut vive, acharnée, violente même en plusieurs endroits. Le ministère avait pour appui les bandes orangistes, les restes de ce parti tory et bureaucrate de 1837-1838 qui ne voyait dans les chefs du parti que des rebelles, des ennemis de la Reine.

Mais les temps étaient changés ; une nouvelle génération pleine de force et de vitalité se levait ; née à une époque de troubles et de luttes violentes, elle avait grandi au milieu de l’agitation populaire, et s'était préparée, dans les écoles et les collèges, à combattre sous le drapeau des hommes dont les noms avaient

bercé sa jeunesse.

Aux Lafontaine, aux Morin, aux Chauveau et aux Caron, était

venu se joindre Louis-Joseph Papineau, qui s’offrait aux suffrages des électeurs dans le comté de Saint-Maurice.

Les Canadiens-français n’avaient jamais été plus unis, plus capables de se faire respecter et d'obtenir le triomphe de leurs droits politiques.

Lafontaine, non content de briguer les suffrages du comté de Terrebonne, se décida à arborer son drapeau au cœur même du torysme, à Montréal. Cet acte de courage eut un grand effet. Comme Montréal avait le droit d’élire deux députés, le parti libéral choisit, comme collègue de Lafontaine, M. Holmes, ancien bureaucrate et volontaire de 1837-1838, converti à la cause libérale, celui-là même qui avait le courage de dire, un an plus tard, au sein de la Chambre, que les Patriotes avaient toute sou admiration, et que les Canadiens leur devaient la liberté constitutionnelle.

Comme aux élections précédentes, il y eut des rixes, des émeutes ; les torys de Montréal appelèrent à leur secours les bandes orangistes qui s'étaient distinguées dans les comtés du Nord, surtout dans le comté de Terrebonne. On les appelait les Glengary, nom de l’endroit d’où elles venaient en grande partie.

Mais elles trouvèrent, pour leur barrer le chemin et protéger les polls, cette jeunesse énergique dont nous venons de parler, et qui s’était préparée à les recevoir.

A la tête de ces jeunes gens courageux, on remarquait les Papin, les Fortin, les Coursol, les Laviolette, Euclide Roy, etc. ; ils avaient derrière eux les Montferrant, les Viger, les Resther et autres, dont la force est restée légendaire.

Les rencontres furent quelquefois sanglantes ; plusieurs des émeutiers furent tués, et quelques Canadiens-français reçurent

des blessures graves. Mais les bandes orangistes furent chassées de tous les polls, les électeurs purent voter librement et les candidats libéraux, MM. Lafontaine et Holmes, furent élus par plus de huit cents voix de majorité. Le parti libéral triompha presque partout dans le Bas-Canada ; à peine cinq ou six conservateurs purent-ils se faire élire ; même dans le Haut-Canada, il l’emporta par une dizaine de voix de majorité. M. Turcotte, le seul des deux ministres canadiens-français que les électeurs pouvaient atteindre, vu que l’autre, M. Bruneau, faisait partie du Conseil législatif, fut battu dans le comté de Saint-Maurice.

Des réjouissances éclatèrent partout pour célébrer le triomphe du parti libéral ; la joie fut grande, surtout dans le Bas-Canada pour qui cette victoire éclatante était une revanche nationale.

Le ministère continua de se cramponner au pouvoir ; malgré sa défaite incontestable, il voulait que la Chambre lui donnât son congé en bonne et due forme.

Lord Elgin convoqua la troisième législature pour le 25 février

Le parti libéral affirma sa force, dès l’ouverture de la Chambre, à l’occasion du choix de l’orateur.

Lafontaine avait tenu un caucus dans lequel il avait exprimé à ses amis sa satisfaction et ses espérances, et les avait invités à faire le choix d’un orateur. Il n’y eut, à ces dernières paroles, qu’une voix parmi les membres pour crier : “ Morin ! Morin ! ”

Louis-Joseph Papineau, qui venait d’être élu, était là. Il quitta, dit-on, l’assemblée, l’air désappointé, et laissa même échapper quelques paroles de mécontentement.

S’attendait-il que la Chambre d’assemblée saluerait sa réapparition sur la scène publique en lui offrant le fauteuil présidentiel

qu’il avait honoré pendant vingt ans par son patriotisme et son indépendance ? Quelques-uns de ses contemporains l’affirment, et croient que cet acte de déférence et de gratitude aurait empêché une rupture dont les conséquences nous ont été si funestes. Mais M. Morin était adoré de la majorité pour ses vertus, son patriotisme, son abnégation et son dévouement inaltérable à la cause nationale. Il était pauvre, très pauvre, et cependant, malgré les offres les plus brillantes qui lui avaient été faites pour l’engager à se séparer de la majorité, en deux occasions, il avait tout refusé en disant qu’il avait un parti et un chef politiques, qu'il devait leur être fidèle.

M. Morin fut proposé pour la présidence de la Chambre par M. Baldwin et fui élu par cinquante-quatre voix contre dix-neuf.

Le ministère ne broncha pas, on aurait dit qu’il était cloué sur place ; il voulait mourir dans les plis de l’Adresse en réponse au discours du trône.

C’est M. Baldwin qui lui donna le coup de mort en proposant un amendement dans lequel il déclarait que le gouvernement n’avait pas la confiance de la Chambre.

Il prononça, à l’appui de son amendement, un discours où il dénonça l’origine inconstitutionnelle du ministère et sa résistance prolongée au sentiment populaire. Il termina en exprimant l’espoir que la Chambre allait mettre fin à une carrière si mal remplie.

La discussion fut plus courte et plus modérée qu’on ne sy attendait.

Le vote donna le résultat suivant :

Pour l’amendement. — MM. Armstrong, Aylwin, Baldwin, Beaubien, Bell, H.-J. Boulton, Boutillier, Burritt, M. Cameron,

Cauchon, Chabot, Chauveau, Davignon, Drummond, Duchesnay, Dumas, DeWitt, Egan, Flint, Fortier, Fournier, Fourquin, Gugy, Guillet, Hall, Holmes, Hincks, Jobin, Johnson, Lafontaine, La Terrière, Laurin, Lemieux, Leslie, Lyon, J.-S. McDonald, Marquis, McFarland, Merritt, Mongenais, Morrison; Nelson, Notman, Papineau, Price, Richards, Sauvageau, John Scott, James Smith, Hermanus Smith, Taché, Thompson, Watts et Wetenhall. — 54.

Contre. — MM. Badgley, Brooks, Cayley, Christie, Crysler, Daly, J.-A. Macdonald, MeNab, Malloch, McConnell, McLean, Prince, Robinson, Seymour, G. Sherwood, H. Sherwood, Henry Smith, Stevenson, Webster et Wilson.—20.

Cette fois, les ministres lâchèrent prise ; ils remirent leurs commissions entre les mains du gouverneur, qui chargea aussitôt MM. Baldwin et Lafontaine de former un nouveau ministère.

La tâche fut plus dificile qu'on ne pensait ; les talents et les ambitions ne manquaient pas, et il fallait distribuer les portefeuilles de manière à satisfaire les exigences locales, religieuses et nationales.

MM. Baldwin et Lafontaine eurent un avant-goût des difficultés, des jalousies et des complications administratives et législatives auxquelles les gouvernements seraient sujets sous l’Union.

Is réussirent, néanmoins, à former le ministère suivant :

Bas-C'anada.

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