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gnage de fanatisme souleva l’indignation des députés français, et déplut même à plusieurs députés anglais.
M. Papineau succéda au bouillant colonel, et fit en termes éloquents l’éloge du gouverneur, le félicit:i d’avoir eu le courage de rendre à la langue française l’honreur et les droits qui lui appartenaient ; mais il dénonça l’Union, se prononça pour la représentation basée sur le chiffre de la population, et reprocha vivement aux ministres de paraître antipathiques aux sentiments de liberté et d’émancipation qui agitaient les peuples de l’Europe, d’avoir une politique aussi rétrograde et aussi arriérée que celle de leurs prédécesseurs.
M. Papineau fut diffus, vague et souvent exagéré ; maïs il se montra, comme de coutume, sarcastique, véhément, entraînant, “Il avait, dit M. Gérin-Lajoie, dans l’attitude, dans le geste et dans la voix quelque chose de fier, de solennel qui commandait l’attention.”
Son discours était un défi, un cartel à l’adresse du chef du cabinet. Lafontaine releva le gant, et se leva aux applaudissements de ses amis, pour répondre à Papineau.
Le duel fut émouvant.
D'un côté, le tribun puissant, à l’imagination ardente, à la parole chaude ; de l’autre l’homme d’Etat, à la raison calme, à la parole froide, mais logique et pratique.
M. Lafontaine ressentait vivement depuis longtemps les attaques de M. Papineau, et le reproche qu’on lui faisait d’avoir entrepris de faire fonctionner le nouveau régime.
“ Si, dit-il, au lieu d’accepter les offres qui leur donnaient les moyens de faire disparaître de l’acte d'Union la clause honteuse
qui proscrivait la langue française, les Canadiens n’avaient ja-
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mais pris part à l’administration, ils auraient été méconnus. Auriez-vous obtenu, avec ce système d’opposition à outrance, le rappel de cette clause de l’acte d'Union? Non, vous ne l’auriez jamais obtenu, et mes compatriotes seraient aujourd’hui écrasés...
“Si, en 1842, nous avions adopté la politique de l’honorable député, aurions-nous été dans une position à solliciter, à presser, comme nous l’avons fait, le retour au pays de nos compatriotes exilés ? Si nous n’avions pas accepté une place dans le cabinet, en 1842, aurions-nous pu obtenir, pour l’honorable député lui-même, la permission de rentrer dans sa patrie ? Ne sait-il pas que pour vaincre les résistances de sir James Metcalfe, je n’ai pas Fésité à offrir ma démission ? Voilà cependant l’homme qui, obéissant à son ancienne habitude de déverser l’injure et l’outrage, ose m’accuser, ainsi que mes collègues, de vénalité, d’amour sordide des emplois, de servilité devant le pouvoir ! ”
M. Lafontaine s’éleva fermement contre les opinions émises par M. Papineau au sujet du remaniement de la représentation.
M. Papineau, dit-il, trouve injuste la clause de l’acte d'Union qui veut que l’une des provinces ne puisse pas avoir un plus grand nombre de députés que l’autre. Je dis moi que la seule clause dans l’acte d'Union qui puisse nous sauver, est celle qui déclare qu’il faudra les deux tiers de la Chambre, à la deuxième et à la troisième lecture d’un bill tendant à changer la représentation, pour le faire passer. Je déclare ici, que jamais je ne consentirai, quelle que soit la population respective des deux provinces, à ce que le Haut-Canada ait une représentation plus forte que la nôtre, de même que je n’en demanderai jamais une
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plus forte pour le Bas-Canada. Je ne dirai pas, moi, pour jeter de la poudre aux yeux du pays : “ Périsse la patrie plutôt qu'un principe ” (paroles qu’il attribuait à M. Papineau), je dirai au contraire : “ Que je périsse moi, s’il le faut, mais que ma patrie soit sauvée ! ”
M. Lafontaine répondit avec la même vigueur à toutes les accusations portées par M. Papineau.
Les discours de ces deux illustres rivaux soulevèrent dans tout le pays les discussions les plus animées ; mais on préféra généralement les raisonnements solides du grand ministre aux théories brillantes du grand tribun, et les hommes sages et bien pensants furent d'opinion que M. Lafontaine avait pris depuis l’Union la position que lui conseillaient la sagesse, la prudence et l’intérêt de ses compatriotes.
MM. Cauchon et Chauveau se distinguèrent dans la défense du gouvernement ; le premier surtout déploya une force d’argumentation vraiment remarquable, dans un discours qui contribua beaucoup à assurer son avenir politique.
Bref, les amendements proposés par M. Papineau ne rallièrent que deux ou trois voix, et l’Adresse elle-même fut votée par une grande majorité. Le ministère proposa et fit adopter tous les projets de loi qu’il avait promis dans l'intérêt de la colonisation, de la navigation, des chemins de fer, de la Justice et de l’'Education. La session marchait glorieusement pour le ministère «t rien ne faisait prévoir la tempête qui grondait sourdement.
Cependant un œil observateur aurait pu remarquer, dans certaines sphères, des ferments de discorde, des éléments de pertur-
bation susceptibles de développements dangereux.
Le parti des Thompson et des Metcalfe, composé de riches
marchands, d’Anglais et de protestants actifs, intelligents, n’était pas désarmé ; il était mécontent, irrité, jaloux d’être supplanté par des hommes qu’il s'était habitué à regarder, du haut de sa grandeur, comme des rebelles, des ennemis de la Couronne.
Le patronage, les faveurs ministérielles et les honneurs leur échappaient, et les affaires étaient mauvaises, le commerce souffrait des changements intervenus dans le tarif, de la privation des privilèges accordés aux céréales des colonies sur le marché anglais. En sorte que le mécontentement allait des ministres jusqu’au gouverneur, jusqu’au gouvernement impérial lui-même. Les préjugés vaincus, les ambitions déçues et les intérêts froissés formaient une coalition de passions inflammables, d'éléments explosibles.
Le bill d’Indemnité précipita l’explosion, détermina l'incendie.
Les troubles de 1837-1838 étaient à peine éteints, que dans le Haut comme dans le Bas-Canada les citoyens restés fidèles à la Couronne demandaient d’être indemnisés des pertes provenant de l’insurrection. La législature du Haut-Canada avait voté deux lois à ce sujet, l’une en 1838 et l’autre en 1840 ; ct après l’Union le parlement avait ratifié cette législation et en avait étendu les effets non seulement aux pertes causées par les rebelles, mais encore par les troupes de Sa Majesté. Cette loi resta cependant sans résultat pratique jusqu’en 1845, lorsque le ministère Draper résolut de pourvoir au paiement de l’indemnité accordée à ceux qui avaient subi ces pertes dans le Haut-Canada. Pour donner satisfaction au Bas-Canada, le gouvernement proposa et fit adopter par la Chambre une adresse au gouverneur le priant d’aviser aux moyens d’indemniser ceux qui, dans cette province, avaient souffert des dommages.