‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 19 sur 44 · PAPER · texte numérisé non relu

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était à donner son témoignage, lorsque les cris de “Au feu ! au feu ! ” retentirent. Quelques minutes après, la maison était enveloppée dans un tourbillon de feu et de fumée. M. Lafontaine put s'échapper, grâce à la protection et au sang-froid de M. Coursol.

Au milieu de ces désordres coupables, de ces scènes révoltantes, lord Elgin et son premier ministre, M. Lafontaine, restaient calmes, impassibles. Malgré les conseils de leurs amis, ils refusaient d’avoir recours à la force pour se protéger, ou de sévir contre les émeutiers. Lord Elgin écrivait en Angleterre qu’il sou{frirait les reproches de ses amis et toutes les avanies de ses adversaires, plutôt que de voir ses mains tachées de sang. Il ajoutait qu’il ne voulait pas assumer la responsabilité des conséquences graves que pourrait produire un conflit entre les troupes et la populace.

Plus tard, dans une autre lettre au ministre des Colonies, il se réjouissait d’avoir empêché le sang de couler et d’avoir vaincu l’émeute par la patience. Il disait qu’on finirait par lui rendre justice.

IRne craint pas, le noble et généreux lord, de dire au gouvernement anglais que le fanatisme national, l’amour du pouvoir et la haine des Canadiens-français, inspiraient les chefs des émeutiers de 1819,—les MeNab, les Sherwood, les Macdonald, les Prince, les Moffatt et leurs satellites, les marchands fanatiques et ruinés de Montréal.

Quand on compare les révoltés de 1849 aux Patriotes de 1837- 1838, on trouve les premiers bien petits, bien misérables.

Quelle différence dans les motifs, dans les sentiments, la na-

ture des griefs, la manière d’agir !

Les Canadiens-français avaient bien raison de dire en 1849 : “ Ah ! si c'était nous qui aurions commis ces outrages et ces crimes, il y a longtemps que les troupes auraient tiré sur nous ou qu’on nous aurait jetés dans les cachots.”

Lord Elgin rapportait ces paroles, dans une de ses lettres au gouvernement anglais, de manière à laisser entendre qu’il les trouvait justes, et pour signaler les difficultés de sa situation, il ajoutait, il est vrai, qu’il ne savait pas s’il pouvait compter sur les troupes ; il se demandait de quel côté elles se tourneraient dans un conflit dont le caractère serait, en grande partie, national.

Lord Elgin avait raison d’espérer qu’on finirait par lui rendre justice. En Angleterre comme au Canada, les voix les plus autorisées firent l'éloge de sa conduite, et reconnurent que sa sagesse et sa modération avaient probablement conjuré les dangers d’une guerre civile. Il n’y a pas de doute que les Canadiens-français n’attendaient qu’un mot, un signal, pour accourir de partout à la défense du gouvernement.

Comme les désordres continuaient, les citoyens de Montréal se décidèrent à s’organiser pour y mettre fin, pour protéger leurs propriétés et leurs vies. Mais il n’y eut pas de conflits, heureusement ; les émeutiers abandonnés par leurs chefs, dont quelquesuns avaient été emprisonnés, et condamnés par l’opinion de tous les honnêtes gens, cessèrent leurs actes de vandalisme.

Après l’incendie du palais législatif, les députés se réunirent au marché Bonsecours, où ils siégèrent sous la protection des autorités militaires.

Leur première pensée fut de voter une adresse au gouverneur

pour protester contre les outrages dont il avait été victime. La

discussion de cette proposition provoqua encore des violences de

langage. Les MeNab, les Cayley, les Boulton et les Gugy continuérent d’être agressifs, arrogants et insulteurs à l'égard du gouverneur et de la population canadienne-française, et ils allèrent jusqu’à excuser les émeutiers. Le bouillant Gugy, qui commandait une compagnie de Volontaires, au combat de Saint-Eustache, s’écria que dans le cas où la Reine sanctionnerait le bill d’indemnité, les habitants du Canada se trouveraient déliés de leur allégeance.

M. Papineau profita des circonstances pour réaffirmer la nfcessité du rappel de l'Union et son hostilité au ministère, auquel il reprocha d'avoir manqué de prévoyance et d'énergie.

Sa critique acerbe et injuste des ministres froissa la majorité de la Chambre et de la population canadienne-française ; on l’accusa de se laisser dominer par ses rancunes, et de fournir des armes aux ennemis acharnés de ses compatriotes. Il eut pourtant de beaux mouvements d’éloquence, surtout quand, répondant aux attaques injustes, violentes, contre ses compatriotes, il s’écria :

‘“ On calomnie les Canadiens-français ; ils n’ont aucune haine contre leurs concitoyens anglais ; ils reçoivent sous leur toit sans distinction l’étranger, quelles que soient son origine et sa religion ; ils ne lui demandent pas compte de ses croyances ni de sa nationalité.”

L'adresse fut votée par une grande majorité, mais lorsque le gouverneur se rendit à l’hôtel du gouvernement pour la recevoir, et lorsqu'il retourna chez lui, il fut encore insulté, hué, assailli même, par une foule enragée que la force armée eut de la peine à contenir.

Ces désordres eurent pour effet de faire perdre à Montréal son

titre de capitale ; les députés des autres villes en profitèrent pour

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