‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 20 sur 44 · ES IE · texte numérisé non relu

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déclarer que le parlement ne pouvait plus s’exposer aux mêmes outrages, et après une longue discussion sur le mérite respectif des différentes villes, et plusieurs votes sur la question, la Chainbre décida qu’elle siégerait alternativement à Québec et à Toronto.

La ville d'Ottawa, alors connue sous le nom de Bytown, fut proposée mais n’obtint que treize voix.

Enfin les Chambres furent prorogées, le 30 mai, par le major général Rowan, lord Elgin ayant jugé prudent, pour éviter de nouveaux désordres, de se faire remplacer.

La prorogation ne mit aucunement fin à l'agitation. Des pétitions demandant le rappel de lord £lgin, le désaveu de l’acte d’indemnité etla dissolution de la législature avaient été adressées au gouvernement impérial. Mais les agitateurs eurent la réponse qu’ils méritaient : le ministre des colonies refusa d’acquiescer à leur demande, et leur conseilla de respecter la loi et l'autorité du gouvernement de Sa Majesté.

Ils répondirent à ces sages conseils, en publiant dans leurs journaux des articles pleins d’amertume, et en organisant La lique Britannique de l'Amérique du Nord, dont le programme demandait le rétablissement de la protection des produits canadiens sur le marché anglais, un tarif protecteur pour l’industrie nationale, la fédération des provinces anglaises et leur indépendance sous forme de république.

Le spectacle de ces défenseurs enthousiastes du trône et de

l’autel, de ces prédicants de loyauté reniant leur passé et brisant

leurs idoles, est vraiment réjouissant.

Les Patriotes de 1837-1838 étaient bien vengés.

Ce n’est pas tout : un bon nombre de ces hommes dévoyés ne

craignirent pas de se joindre à leurs adversaires les plus acharnés, les démocrates de l’époque, pour demander l’annexion du pays

aux Etats-Unis.

Du moment que l’Union ne leur procurait pas la suprématie et la prospérité qu’ils avaient espérées, ils n’en voulaient plus, et l’Annexion, dont la pensée seule leur avait paru jusqu'alors un

crime de lèse-majesté, devenait un remède à tous leurs maux.

D'un autre côté, Papineau et ses partisans, les libéraux avancés de l’époque, étaient heureux de profiter des circonstances pour briser l’Union et acquérir des avantages politiques et matériels que l’Annexion paraissait offrir.

Les partis subissaient une transformation remarquable ; pendant que les conservateurs attachés à la Couronne se rapprochaient des libéraux modérés, M. Papineau et ses partisans s’en éloignaient.

Jusqu’en 1848, le parti libéral, dans le Bas-Canada, s’était contenté de demander des réformes politiques, de conquérir le gouvernement constitutionnel ; mais, à cette époque mémorable, les esprits, entraînés par le mouvement général, demandent des réformes sociales, et cherchent dans les institutions républicaines la satisfaction de leurs aspirations.

La république américaine était l’idéal que tous les peuples, fatigués de la monarchie, poursuivaient dans leurs rêves de bonheur et de progrès.

La génération de 1848, vu les circonstances, ne pouvait échapper à la fascination générale ; après les troubles de 1837-1838 et de 1849, elle devait être naturellement portée à se soustraire au

joug anglais, à considérer les Etats-Unis comme la terre promise

où elle trouverait toutes les libertés, tous les droits qu’elle enviait, ainsi que la prospérité matérielle.

Un manifeste annexioniste fut préparé et adressé au peuple canadien. Il était habilement rédigé et fortement charpenté. Il faisait contraster la prospérité commerciale et industrielle des Etats-Unis avec la dépression générale des affaires ax Canada, {l énumérait les avantages que le marché américain nous procurerait, démontrait que l’Annexion ferait de nos fleuves et de nos canaux la grande voie commerciale des produits de lOuest, et du Bas-Canada, un pays manufacturier comme les Etats du nord, en y attirant les capitaux américains, détruirait une source de conflits entre l’Angleterre et les Etats-Unis, nous arracherait à l’état d'infériorité inhérent à une colonie, et mettrait fin à des dissensions désastreuses.

Le manifeste proclamait que l’Indépendance ne nous procurerait qu’à demi les avantages de l’Annexion.

Ce manifeste était signé par trois cents citoyens appartenant à tous les partis, à toutes les classes et natioualités de la population de Montréal. On y voyait les noms des Papineau, des Dorion, des Papin, des Doutre, des Laflamme, à côté de ceux des Torrance, des de Bleury, des Redpath, des Johnson, des Molson, des Rose et des Holton.

Il fit sensation, mais en dehors de Montréal, des townships de

l'Est et de Québec, il recruta peu d’adhérents. Comme en 1776

(ll et en 1812, les Canadiens restèrent froids et défiants ; ils suivi- LU rent les conseils du clergé, des Lafontaine et des Morin. a Grâce à l'esprit libéral de lord Elgin et du gouvernement an- L glais, ils venaient d’obtenir la consécration de leurs droits politib ques, de faire la conquête définitive du gouvernement constituqu À

Cr

tionnel, ils pensèrent que le moment était mal choisi pour donner le coup de pied à l'Angleterre, et se séparer des chefs vénérés qui les avaient conduits à la victoire.

Ils ne pouvaient voir sans défiance, à la tête du mouvement annexioniste, parmi les Anglais, leurs ennemis les plus acharnés, et, parmi leurs compatriotes, M. Papineau et son école dont les idées avancées les effrayaient.

ls préféraient la politique de Lafontaine à celle de Papineau, le certain à l’incertain, le connu à l’inconnu, les conseils du clergé à ceux de l'Avenir.

Le clergé s'était d’abord rangé du éôté de M. Lafontaine par esprit politique ; mais plus tard le zèle religieux se mit de la partie.

Les théories démocratiques de l'Avenir, l’organe de M. Papineau et de la jeunesse libérale du temps, en faveur du suffrage universel, de l’abolition du pouvoir temporel du pape et des dîmes, de l’éligibilité des magistrats et des fonctionnaires publics, son hostilité agressive et radicale à l’égard de l’Angleterre et de l’Union, son acceptation du principe de la représentation basée sur le chiffre de la population, avaient, au point de vue religieux comme au point de vue politique, aliéné au nouveau parti les sympathies du clergé.

Le manifeste annexioniste acheva de convaincre les évêques et les prêtres que leur devoir était de s’opposer de toutes leurs forces au progrès de ce parti.

C’est le commencement d’une lutte malheureuse, dont les abus et les excès ont été funestes au parti libéral et au pays, funestes

au clergé et à la religion.

Les premiers torts ont été du côté des libéraux ; ayant perdu

la confiance du clergé, ils n’ont pu la regagner ; leur nom même est devenu un épouvantail, et on a cru pendant longtemps qu’on ne pouvait être catholique et libéral en même temps.

Pendant près d’un Gemi-siècle on verra les meilleurs hommes de ce parti lutter contre ce sentiment de défiance et d’hostilité dont les chefs conservateurs sauront profiter, quelquefois au détriment des véritables intérêts du pays, et lorsque ce sentiment n'avait plus sa raison d’être.

La campagne de l’Annexion n’eut pas plus de succès que celle de l’Indépendance ; la politique nationale et pratique du gouvernement donnait satisfaction à la partie sage et modérée de la population.

On essaya, pendant la session de 1850, d’entretenir l’agitation publique en provoquant les discussions sur ces questions brûlantes ainsi que sur le bill d’indemnité, l’incendie du palais législatif et la destitrtion des officiers de milice et des magistrats qui avaient signé le manifeste annexioniste. Le colonel Prince, M. Holmes, deux anciens bureaucrates, dont la loyauté ne paraissait pas avoir de bornes autrefois, proposèrent des résolutions, le premier en faveur de l’indépendance du pays, le second en faveur de V'Annexion.

Un seul Canadien-français, M. Papineau, vota pour ces résolutions.

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