‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 22 sur 44 · ES · texte numérisé non relu

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fiait pour lui qu’il avait perdu la confiance du parti libéral du Haut-Canada, et qu’il ne pouvait plus compter sur l’appui de ses partisans. Sans poser comme principe qu’un ministère, pour rester au pouvoir, devait commander, dans tous les cas, la majorité dans les deux provinces, il crut que sur une question comme celle dont il s'agissait, ilne pouvait ignorer la volonté de la sienne. Riche, indépendant, d’une santé délicate, n’ayant pas d’ambition personnelle, il ne tenait pas à rester au pouvoir aux dépens de sa dignité et de ses principes. Il donna sa démission et lPannonça à la Chambre dans quelques paroles qui produisirent une profonde sensation, et provoquèrent chez les députés comme

dans le pays une explosion de regrets unanimes.

En vain l’on chercha à le faire revenir sur sa décision, en vain les libéraux du Haut-Canada lui exprimèrent leur regret

d’être la cause involontaire de sa détermination, tout fut inutile.

M. Lafontaine fit, en termes émus, l’éloge de son illustre et digne ami, et termina ses remarques en annonçant à la Chambre consternée qu’il se proposait lui-même de se retirer de la vie publique après la session. Comme M. Baldwin, Lafontaine avait été blessé par les impatiences et les murmures de quelques-uns de ses amis ; comme lui, il restait au pouvoir par devoir, pour servir son pays dans la glorieuse indépendance de son caractère et de son esprit, dans l’auréole du respect et de la confiance de ses com-

patriotes.

Il était libéral, partisan des bonnes et saines réformes, maïs il voulait procéder lentement, sagement, sans secousses, sans désordre, en tenant compte des droits acquis, des traditions du passé.

Il avait assuré à son pays les bienfaits du gouvernement cons-

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titutionnel et lui avait donné les lois nécessaires à son développement moral et matériel.

Il crut qu’il avait fait sa part, que sa mission était remplie, son règne fini.

Au mois d'octobre 1851, il mit sa démission entre les mains de lord Elgin qui l’accepta avec regret, fit ses adieux à ses collègues affligés et retourna tranquillement à Montréal pour exercer sa profession d'avocat, En 1853, il était nommé juge en chef de la Cour d'appel, et, l’année suivante, la Keine lui conférait le titre de baronnet.

Il fut comme magistrat ce qu’il avait été comme premier ministre de son pays, irréprochable, inattaquable, an modèle pour les générations futures, une gloire nationale.

M. Baldwin se présenta aux élections de 1851 dans le comté d’'York, et — il faut le dire, à la honte de ce comté — fut battu par un homme médiocre ; l’une des principales causes de sa défaite : it son esprit de justice, son impartialité à l’égard des Canadiens-français. Il rentra dans la vie privée pour ne plus jamais en sortir.

On verra plus tard d’autres hommes d’Etat anglais, entre autres Edward Blake, souffrir de leur esprit de justice envers les Canadiens-français, et malheureusement ceux-ci ne leur en ont pas toujours tenu compte.

Le grand ministère était brisé, le parti libéral décapité, l’opi-

nion publique déconcertée, les hommes sages inquiets et affligés.

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