SESSION DE 1859-1860. — AGITATION DE LA QUESTION
DE REPRÉSENTATION. — VISITE DU PRINCE DE GALLES. — SYSTÈME DE LA DOUBLE MAJORITÉ. — ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 1861.— NOUVEAUX DÉ-
PUTÉS. — BILL DES ÉCOLES SÉPARÉES. — BILL DE MILICE. — MINISTÈRE MACDONALD-SICOTTE.
Après la session de 1858, M. Sicotte sortit du cabinet ; il était d'opinion que le vote de la Chambre rejetant le choix de la Reine relativement au siège du gouvernement, devait être respecté.
Les motifs de sa retraite le rendirent populaire dans le Bas- Canada, que le choix d'Ottawa mécontentait. T1 devint le chef d’un petit groupe de conservateurs et de libéraux modérés auxquels le joug de M. Cartier pesait, mais que l’alliance des chefs libéraux avec George Brown et leurs idées trop démocratiques efrayaient justement.
Ce fut la première tentative faite pour calmer les fureurs de l'esprit de parti et forcer le parti libéral à entrer dans une : oie plus sage, plus prudente.
Malheureusement, M. Sicotte n’avait pas l’activité, l’éloqence
‘et surtout l'esprit d’intrigue nécessaires pour jouer un pareil
rôle, pour lutter contre des hommes si aguerris, si habiles.
On verra ce qui advint de cette généreuse tentative.
La question du siège du gouvernement revint encore devant la Chambre, à la session de 1859, mais, malgré les efforts faits par M. Sicotte, M. Langevin et quelques autres conservateurs du Bas-Canada, le choix de la Reine fut définitivement ratifié, grâce au vote d’un grand nombre de libéraux du Haut-Canada qui préférèrent le siège du gouvernement au pouvoir. Le ministère aurait été battu sans leur appui, car il n’obtint qu’une majorité de cinq voix.
M. Sicotte fut désappointé, et le ministère Cartier-Macdonald heureux d’avoir enfin réglé l’épineuse question qui depuis plusieurs années le tenait entre la vie et la mort.
fa question de la tenure seigneuriale fut l’objet d’un débat intéressant. Pour compléter la législation de 1854 et donner effet aux décisions de la Cour seigneuriale, M. Cartier demanda à ’. Chambre de voter une somme additionnelle de £500,000 et d'appliquer les dispositions de la loi aux seigneuries de Saint- Sulpice, du lac des Deux-Montagnes et de Montréal. Il proposa que la somme requise fût prise sur le fonds consolidé d’emprunt municipal, et qu’une compensation fût accordée aux municipalités de la province d’Ontario qui n’étaient pas endettées.
Mais ces concessions ne calmèrent pas le mécontentement des députés du Haut-Canada, de George Brown surtout et de ses amis, qui se séparèrent de leurs alliés bas-canadiens sur cette question et crièrent à la tyrannie, au vol.
En vain, on leur rappela la libéralité du Bas-Canada, lors du règlement de la question des réserves du clergé qui intéressait surtout le Haut-Canada, en vain on leur mit sous les yeux les sommes considérables qu’ils avaient tirées du fonds d’emprun£
municipal et tous les avantages qu’ils avaient obtenus depuis
l'Union, ils ne voulurent rien entendre et profitèrent de cette question pour ameuter le Haut-Canada. Ils allèrent encore jusqu’à menacer de briser l'Ur:on.
Pourquoi les représentants du Bas-Canada ne les prirent-ils pas au mot ?
La discussion sur cette question fut marquée par un incident qui fit sensation et faillit amener une rupture contre les cleargrits et les libéraux du Bas-Canada.
M. Brown ayant été sommé de dire comment son ministère aurait réglé la questjon de la tenure seigneuriale, il répondit que l’irgent nécessaire aurait été fourni par le Bas-Canada au moyen d’un fonds local formé on ne sait comment.
M. Laberge, l’un des chefs libéraux que le fanatisme de George Brown fatiguait depuis longtemps, contredit formellement M. Brown et affirma que le rachat des droits seigneuriaux devait se faire au moyen des fonds publics. I] s’ensuivit une discussion épicée au cours de laquelle MM. Drummond et Thibaudeau confirmèrent les dires de M. Laberge.
M. Cartier réussit toutefois à faire voter cette loi, grâce à Vappui d’un bon nombre de libéraux et de ses alliés politiques du Haut-Canada.
Le ministère avait à peine échappé à ce danger qu’il lui fallut faire face à une autre crise.
Cette fois, c’est le Conseil législatif qui en fut la cause en refusant de voter le budget, parce qu’il contenait une allocation pour les frais de translation du siège du gouvernement de Toronto à Québec. Les membres du Conseil prétendaient qu’il valait mieux rester à Toronto jusqu’à ce que les édifices publics
fussent construits à Ottawa.
Le ministère était d'opinion que Toronto ayant eu le siège du gouvernement pendant quatre ans, Québec avait droit de le posséder en vertu de l'alternative fixée par la loi jusqu'à ce que la nouvelle capitale fût en état de recevoir le gouvernement,
La presse et la députation conservatrices s'élevèrent contre les prétentions du Conseil législatif avec une énergie qui l’engagea à se soumettre pour éviter un conflit dangereux.
La Chambre s'était serieusement occupée de remanier le tarif, pendant la session de 1858, de manière à augmenter le revenu et à favoriser l’industrie nationale ; elle continua ce travail pendant la session de 1859, et remplaca le droit spécifique, savoir le droit basé sur la quantité, par le droit ad valorem basé sur la valeur.
Cette question donna lieu à une discussion animée et l’on vit encore George Brown et &°s amis du Haut-Carada combattre énergiquement une politique qui devait d’après eux favoriser le
Bas-Canada au détriment de leur province.
L'esprit de parti et le point de vue provincial ou national dominaient toutes ies questions, envenimaient les esprits : c'était
toujours le Haut contre le Bas-Canada.
Après Ja session, George Brown organisa contre le ministère et le Bas-Canada une campagne alarmante, et dans le mois de novembre eut lieu, à Toronto, une immense convention dans le buë d'apporter un remède à la situation. Les résolutions adoptées à cette convention déclaraient que l’Union n’avait pas produit les résultats prévus et espérés, qu’elle n'avait plus de raison d’être, qu’il fallait la remplacer par une fédération quelconque
qui permettrait à chaque province de se gouverner à sa guise,
et laisserait à un parlement ou congrès général le contrôie des matières d’un intérêt commun.
C'était le temps pour les chefs du Bas-Canada de s'unir pour accepter l'offre qu’on leur faisait, de rompre l’Union, pour rendre à chaque province son indépendance et sa liberté d'action et accepter l’idée d’une simple union douanière.
Mais non, les conservateurs se contentèrent de protester contre les projets de George Brown, et les libéraux réunis en convention mais divisés, acceptèrent en principe les résolutions de la convention de Toronto.
La session de 1860 fut bien remplie ; les projets de loi Îles plus utiles furent étudiés et adoptés. Citons entre sutres l’acte municipal de la province de Québec, l’œuvre de , afatigable Cartier, l’acte des Statuts Refondus du Bas-Canada, l’acte concernant les bureaux d'enregistrement aussi préparé par Cartier, l'acte réduisant les droits sur les vins de trente à vingt pour cent afin de favoriser les relations commerciales avec la France, et plusieurs autres lois dans l'intérêt du commerce, ©: la navigation et de l’agriculture.
Vers la fin de la session, George Brown agita encore la Chainbre cn proposant à sa considération les résolutions de la convention de Toronto. Il obtint une majorité dans le Haut- Canada, mais fut écrasé dans le Bas-Canada par le vote uni des conservateurs et des libéraux.
MM. Dorion, Drummond et MeGee furent les seuls libéraux qui votèrent pour le projet de fédération de M. Brown. Ce vote fut un coup sérieux porté à l'influence du grand chef clear grit et une preuve éclatante de son impopularité dans le Bas-Canada.
Le Canada eut l'honneur d’être visité en 1860 j;ax des person-
nages illustres, entre autres, le prince de Galles. Le parlement avait voté, en 1859, une adresse invitant la famille royale à assister à l’inauguration du pont Victoria. La reine heureuse de donner à ses fidèles sujets du Canada un témoignage éclatant de ses sympathies et de sa confiance, avait chargé son fils aîné de la représenter.
Le passage du pince à travers le pays provoqua partout les ovations les plus enthousiastes, les manifestations les plus grandioses.
Le prince avait dix-neuf ans, une jolie figure, une taille moyenne mais élégante, une physionomie agréable et bienveillante, des manières affables. C’était un beau prince qui n’aurait pas été déplacé dans un conte de fée.
Le voir, l’entrevoir, fut le désir ardent de toute la population, depuis l’enfant jusqu’au ieiilard. Le gouvernement, les corporations municipales, les associations nationales e: reiirieuses rivalisèrent de zèle et d’enthousiasme.
Un seul incident désagréable marqua le voyage du prince. Les vrangistes de Kingston ayant voulu le recevoir avec leurs bannières, leurs insignes et leurs emblêmes odieux aux catholiques, et ayant refusé de modifier leur programme, le duc de Newcastle, qui accompagnait le prince, refusa de le laisser entrer dans cette ville. Les orangistes, furieux, promirent de venger sur le gouvernement canadien l’affront qu’ils avaient reçu.
La visite du prince de Galles contribua beaucoup à resserrer les liens qui unissaient le Canada à l’Angleterre, et à faire connaître et apprécier ce pays dans le grand monde européen.
Ta famille royale fut si contente de la conduite des Canadiens enxers le prince de Galles, que le prince Alfred, deuxième
fils de la Reine, venait, l’année suivante, au Canada recueillir les mêmes hommages.
Les Canadiens-français eurent le plaisir de recevoir aussi, en 1860, le prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe, et
M. Rameau, l’auteur de Za France aux Colonies.
M. Rameau fut partout salué, reçu et acclamé comme un ami, un bienfaiteur, un représentant de la France, de cette France au moins qui connaît notre histoire, et apprécie nos luttes et nos sacrifices pour l'honneur de son nom et la conservation de sa
langue et de ses institutions.
Les animosités nationales et politiques que la présence de ces grands personnages avait un moment calmées, reprirent, plus ardentes que jamais, à la session de 1861. Les députés libéraux du Haut-Canada ouvrirent le feu en voulant tenir le ministère responsable de la déconvenue ües orangistes de Kingston, et proposèrent des résolutions de blâme qui furent rejetées par de grandes majorités. Les ministres n’eurent pas de peine à établir que le gouvernement impérial avait seul la responsabilité de la conduite du duc de Newcastle, dans cette affaire. Puis vint encore la question de la représentation avec ses orages, et celle de la double majorité. Quelques libéraux du Haut-Canada, à la tête desquels était John-Sanfield Macdonald, voulaient mettre fin aux difficultés de la situation en adoptant comme principe et comme règle qu'aucun ministère ne pût rester au pouvoir sans
avoir la majorité dans les deux provinces.
C'était le résultat pratique du travail qui se faisait depuis quelque temps dans les esprits pour mettre de côté George Brown
et former un nouveau parti dont M. Sanfield Macdonald devien-
is Ne
drait le chef dans le Haut-Canada, et M. Sicotte, le chef dans notre province .
L'absence de M. Brown, que la maladie retenait chez lui, favorisait les projets de ceux qui voulaient secouer son joug. Mais il y avait pour le représenter, les l'ergusson, les MacDougall, et plusieurs autres clear gris qui prononcèrent les discours les plus violents contre le Bas-Canada, et allèrent jusqu’à prédire la révolution et l’Annexion, si l’on continuait de ne pas faire droit aux demandes du Haut-Canada. Ils trouvaient le système de la double majorité insuflisant, et réclamaient purement et simplement la représentation répartie d’après la population. Leurs propositions furent repoussées par la députation presque entière du Bas-Canada, mais elles obtinrent une majorité considérable dans l’autre province. Deux ministres et plusieurs conservateurs votèrent avec les clear grils. Les Cartier, les Cauchon, les Loranger, les Sicotte, les Langevin, les Dorion, les Morin et les Laberge s’unirent pour la défense de leur province, et protestèrent dans des discours remplis de force et d’éloquence contre les prétentions du Haut-Canada. Plusieurs affirmèrent énergiquement qu’ils demanderaient la séparation des deux provinces plutôt que de consentir à mettre la leur sous la domination de l’autre.
Pourquoi ne gardèrent-ils pas cette position patriotique ?
D’autres questions mirent plus d’une fois le gouvernement en danger. Il y avait dans les deux partis des hommes forts, énergiques, éloquents, habiles et passionnés, toujours prêts à faire flèche de tout bois. Les chefs libéraux demandèrent à la Chambre de passer condamnation sur le gouvernement pour avoir
gardé depuis deux ans, comme ministre, M. Morisson qui avait
vainement essayé de se faire élire depuis son entrée dans le ministère.
Une majorité de onze voix approuva le gouvernement, qui invoqua les précédents et plaida les circonstances atténuantes. M. Dorion proposa aussi de censurer le ministère pour avoir avancé de l'argent au Grand-Tronc sans l’autorisation de la législature.
Le ministère, dans ce cas comme dans l’autre, s’était écarté des principes du gouvernement responsable ; mais sa faute, eu égard aux circonstances, n’était pas suffisante pour entraîner sa chute. Cependant les ministres eurent de la peine à se justifier devant le peuple.
Les élections générales de 1861 furent favorables au ministère, qui perdit quelques voix dans le Bas-Canada, mais en gagna plusieurs dans le Haut ; elles furent aussi agréables à ceux qui croyaient pouvoir former un nouveau parti, car les deux chefs du parti libéral, MM. Dorion et Brown, furent battus, le premier à Montréal ei le second à Toronto.
M. Siméon Morin, qui faisait partie du ministère depuis 1860, en qualité de solliciteur-général, fut aussi défait à Terrebonne ; mais il se fit élire à Laval, à la place de M. Petrus Labelle, qui lui céda son siège.
Parmi les nouveaux députés, on remarquait Alexander Mac- Kenzie, qui, de simple et pauvre ouvrier, était en train de devenir, par le travail et l’honnêteté, le premier ministre de son pays ; Jean-Baptiste-Eric Dorion, l'Enfant Terrible, réélu à Drummond et Arthabaska, où il était allé s'établir comme colon; Henri-Gustare Joly, destiné à briller au premier rang ; Henri- Elzéar Taschereau, devenu juge dela Cour suprême ; Joseph- Goderic Blanchet, etc.
Peu de temps après les élections, sir Edmund Head remettait l'administration du pays entre les mains de son successeur, Charies Stanley vicomte Monck, né en Irlande, et descendant d’une vieille famille normande du nom de Lemoyne, un hormime sage et modeste. Le nouveau gouverneur était à peine installé que des complications diplomatiques menacèrent de brouiller l'Angleterre avec ses anciennes colonies américaines.
La guerre civile venait d’éclater aux Etats-Unis : la question de l'esclavage avait fini par mettre le Nord et le Sud aux prises.
Le capitaine Wilkes, qui commandait le San Jacinlo, avait arrêté à bord du T'rent, vaisseau anglais naviguant sous le drapeau britannique. deux délégués que le gouvernement du Sud envoyait en Europe.
Le gouvernement britannique protesta contre cette arrestation qui était une violation du droit des neutres et une véritable insulte au pavillon anglais, et exigea la remise des deux délégués. Comme la République américaine refusait d’acquiescer à cette demande, on crut que cet incident allait provoquer une guerre, et l’on s’y prépara au Canada comme en Angleterre. D’un bout du pays à l’autre les Canadiens rivalisèrent de zèle et de loyauté, et tous s’organisèrent pour la défense du pays.
Des corps de volontaires surgirent partout comme par enchantement. Les Américains finirent par se rendre aux demandes du gouvernement anglais, et l’incident n’eut pas de suite ; mais il démontra à l'Angleterre qu’elle pouvait compter sur la loyauté des Canadiens-français comme en 1776 et en 1812. La mort du prince Albert, le digne et noble époux de la Reine, fit encore éclater cette constante loyauté en donnant aux Canadiens l’occasion de manifester leur amour pour leur Souveraine affigée.
Lorsque le ministère convoqua les Chambres, dans le mois de mars 1862, ilavait subi des remaniements assez considérables. Quatre ministres du Haut-Canada avaient donné leur démission et avaient été remplacés par des partisans de la représentation basée sur le chiffre de la population. On remarquait parmi les nouveaux ministres, M. Cauchon qui avait réussi à remplacer M. Ross comme ministre des Travaux publics.
Le parti adverse voulut connaître ses forces, à l’ouverture de la session, en opposant M. Sicotte à M.Turcotte comme président. Le gouvernement eut treize voix de majorité, et traversa sain et sauf les tempêtes que la discussion de l’Adresse et les nombreux amendements qui l’accompagnaient, soulevaient alors. La question de la représentation ne fut pas oubliée dans ces amendements ; mais, comme à l’ordinaire, on vit les députés du Haut- Canada d’un côté, et les députés du Bas-Canada de l’autre.
La question de la colonisation provoqua une discussion intéressante. On se plaignait, depuis plusieurs années, que le gouvernement ne faisait pas assez de sacrifices pour le défrichement des terres nouvelles, pour empêcher l’émigration des Canadiens aux Etats-Unis et pour attirer sur nos bords une immigration catholique.
Le gouvernement avait, pour donner satisfaction au Bas- Canada, confié le portefeuille de l’Agriculture et de la Colonisation à sir Narcisse-Fortunat Belleau, que le prince de Galles venait de créer chevalier de l’ordre du Bain.
La discussion de cette question dévoila des lacunes et des vices sérieux dans la législation et dans l’application des lois à ce sujet; des comités furent nommés à la Chambre et au Conseil législa-
tif, et des amendements utiles proposés. J.-B.-Eric Dorion se
distingua dans ce débat et plaida la cause des colons, des défricheurs du sol, avec une chaleur et une énergie qui impressionnèrent la Chambre. 11 démontra les abus résultant de la vente et de l’exploitation des coupes de bois, qui enrichisscient le marchand et ruinaient le colon. Il demanda des amendements qui furent rejetés alors, mais adoptés plus tard pour protéger le colon contre l’avidité des spéculateurs.
Un projet de loi important {ut proposé par M. Scott, député libéral et catholique du comté d'Ottawa, pour régler la question des écoles séparées ; la majorité de la députation l’accepta et les ministres promirent de le mettre à exécution.
Le coût énorme des édifices publics d'Ottawa fournit à l’opposition des armes dangereuses contre le gouvernement. M. Cauchen qui venait de remplacer M. Ross, fut forcé d’avouer des erreurs et des irrégularités, dont il n’était pas responsable personunellement, mais qui affaiblirent considérablement son parti.
Le projet de loi proposé par John-A. Macdonald pour réorganiser la milice fournit aux conservateurs mécontents l’occasion de s’affirmer.
Ce bill autorisait le gouvernement à établir une force active de trente à cinquante mille hommes, à la soumettre à vingt-huit jours de service militaire, tous les ans, et à créer des arsenaux. Il souleva dans la population, surtout dans le Bas-Canada, les plus énergiques protestations et jeta le désarroi dans les rangs du parti conservateur. On disait que le pays n’était pas en état de faire les sacrifices et de supporter les charges que l’exécution de cette loi entraînerait.
MM. Sicotte et Loranger se firent les interprètes du senti-
ment populaire, et s’élevèrent fortement contre le projet de loi
ministériel, qui obtint une majorité de sept voix dans le Haut- Canada, mais fut rejeté par une majorité de treize voix dans le Bas.
Le gouvernement n’était battu que par une faible majorité, et plusieurs de ceux qui avaient voté contre le bill de la milice seraicnt retournés au bercail, si les ministres avaient demandé un
vote direct de confiance,
Mais M. Cartier, blessé de la conduite de ses partisans, préfé-
rait tomber sur cette question plutôt que sur toute autre.
Il était convaincu que le parti libéral n’était pas en état de former un ministère durable, et que les conservateurs reviendraient bientôt au pouvoir.
Le ministère ayant donné sa démission, lord Monck appela
John-Sanfield Macdonald à former un gouvernement.
M. Sicotte, invité à l’aider, accepta la tâche et s’adressa à M. Dorion qui, mettant de côté tout sentiment de jalousie, consentit
à accepter le modeste portefeuille de secrétaire d'Etat.
Le nouveau ministère fut finalement constitué comme suit : IHaut-Canada.
John-Sanfield Macdonald, procureur-général ; H. Foley, ministre des Postes ;
W.-P. Howland, ministre des Finances ; Wm-P. MacDougall, commissaire des Terres ; John Morris, rereveur-général ;
A. Wilson, solliciteur-général.
Bas-Canada.