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L'UNION DES DEUX CANADAS Là
çaises, et de passer comme les marques distinctives des Hollandais de New-York.
“Ce n’est que par les mêmes moyens, par un gouvernement populaire, Gans lequel une majorité anglaise prédominera constamment, que le Bas-Canada pourra être gouverné tranquillement, si l’on ne retarde pas trop longtemps d’appliquer un remède à ses maux.”
Aïnsi, c’est clair : l’union du Haut et du Bas-Canada d’abord, ensuite la fédération de toutes les provinces anglaises, — et le Canada aura la paix, la prospérité ; et l’œuvre d’anglification et d'absorption des Canadiens-français s’accomplira fatalement !
Le rapport du noble lord est un décret de mort. Il parle sans colère, il écrit froidement ; mais l’élément français est un obstacle qu’il faut écarter, une source de dissensions, une cause de faiblesse dont l’intérêt anglais exige le sacrifice.
Il est franc, loyal, dans son œuvre d’extermination ; il nous indique clairement le but, les moyens d'action, la manière de procéder, et les résultats qu’il en attend.
Il faisait preuve d’une grande connaissance du cœur humain, quand il] prévoyait les effets de l'ambition, de l'amour du pouvoir et des honneurs.
L'histoire offre, à chaque page, le tableau des vicissitudes et des transformations des peuples placés dans de semblables conditions.
Il est intéressant d'étudier, à la lueur prophétique du célèbre rapport, l’histoire du pays depuis un demi-siècle, de suivre pas à pas les nouvelles destinées du peuple canadien.
Si toutes les prévisions de lord Durham ne se sont pas réalisées, si les Canadiens-français ont montré plus de force de résis-
tance et de conservation qu’il ne le prévoyait, il faut bien avouer, toutefois, que les événements ont souvent rendu hommage à sa clairvoyance, et que l’union des deux Canadas a eu pour effet de faire accepter la Confédération comme une nécessité.
Lord Durham ne put mettre lui-même à exécution son projet d'Union ; son ordonnance du ?8 juin 1838, en vertu de laquelle il condamnait, sans forme de procès, à l’exil et même à la mort, dans le cas de retour au pays, les chefs patriotes, ayant été désavouée en Angleterre, il quitta le pays, le cœur malade, l’esprit abattu, et mourut peu de temps après.
Le gouvernement anglais accepta toutefois les recommandations de lord Durham, et se prépara à les faire adopter par le parlement anglais, mais il chargea l’honorable Poulett Thompson de les soumettre à l’approbation des deux provinces.
Le nouveau gouverneur s’adressa d’abord au Conseil Spécial, la seule autorité législative alors existante dans le pays. La composition de ce corps faisait facilement prévoir le résultat de ses délibérations. Sur dix-huit membres, six étaient Canadiens-français,et sur ces six trois ou quatre sympathisaient avec les Anglais. Les de Rocheblave, les de Léry et les Pothier, comme la plupart des rejetons de l’ancienne noblesse française, penchaient du côté où les portaient leurs intérêts et leurs relations sociales. Trois membres seulement, MM. Quesnel, Neilson et Cuthbert, votèrent contre le projet d'Union ; deux de ces derniers étaient anglais.
Les Haut-Canadiens accueillirent avec faveur le projet d'Union. C’était naturel. Ils étaient endettés, ruinés, incapables de payer même les intérêts de leur dette et de continuer des travaux nécessaires à leur prospérité. Le Bas-Canada ne devait rien,
et ses revenus étaient considérables ; on le condamnait à payer
la dette de l’autre province et à terminer les travaux publics qu’elle avait commencés et qu’elle était trop pauvre pour achever.
La dot était trop belle pour que le Haut-Canada refusât un mariage aussi avantageux.
11 eut bien la hardiesse de demander, quoique sa population fût inférieure à celle du Bas-Canada, une représentation plus considérable dans le parlement de l’Union ; mais il finit par se résigner à son sort, en considération surtout de la clause inique qui proscrivait l’usage officiel de la langue française.
Pendant ce temps-là, le Bas-Canada s’assemblait, protestait et signait des pétitions contre la constitution inique qu’on voulait lui imposer.
C’est tout ce qu’il pouvait faire, car il était encore sous l’empire de la terreur ; les échafauds étaient à peine refroidis, la mort et l’exil avaient décimé ses chefs, une atmosphère de deuil pesait sur les esprits ; on entendait partout les sanglots des familles désolées.
L’Acte d'Union était si injuste pour le Bas-Canada, que bon nombre d’Anglais s’unirent aux Canadiens-français pour signer les pétitions.
Afin de gagner les sympathies du clergé et de récompenser sa loyauté, le Conseil Spécial avait, à la suggestion du gouverneur, confirmé le séminaire de Saint-Sulpice dans ses droits et privilèges, dans ses biens et propriétés.
Cependant un grand nombre de prêtres ne craignirent pas de faire leur devoir, et de signer les requêtes de protestation.
Vains efforts ! inutiles résistances !
Lord Durham devait triompher,au mépris de toute loi,de toute
justice. Les résolutions du Conseil Spécial, composé de créatures du pouvoir, furent considérées comme l’expression de l’opinion dù Bas-Canada. Des voix éloquentes se firent entendre au sein ‘lu parlement anglais pour dénoncer les injustices du projet d'Union, pour empêcher le gouvernement de l’imposer au Bas- Canada,dans un mement où,privé de son parlement, il ne pouvait exprimer librement et officiellement son opinion.Hume,0’Brien, O’Connell, Brougham et lord Gosford lui-même protestèrent en termes éloquents contre les clauses qui imposaient aux deux provinces unies l’obligation de payer la dette du Haut-Canada, donnaient à celui-ci une représentation égale à celle du Bas-Canada, et avaient pour but évident de défranchiser la population canadienne-française, de la mettre à la merci d’une majorité anglaise et protestante composée des Anglais réunis des deux provinces.
Le gouvernement l’emporta toutefois ; l’Acte d'Union fut adopté et reçut la sanction royale, le 23 juillet 1840 ; mais, grâce à une clause suspensive, il n’entra en vigueur que le 10 février
Tout était consommé.
Les deux provinces étaient unies sous le nom de PROVINCE DU CANADA.
L’Acte d'Union décrétait qu’il y aurait un Conseil législatif composé de vingt membres nommés par le gouverneur, et une Assemblée législative où chaque province serait représentée par quarante-deux députés. L’orateur du Conseil législatif devait être nommé par le gouverneur.
L’anglais était seul la langue officielle.