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Suivant nous, la question se pose dans les termes suivants :
4° En acceptant, dans l'alliance avec M. Brown, la confédération soit des deux Canadas, soit de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord, nos ministres étaient-ils mus par le sentiment du devoir ou par le seul désir de se maintenir au pouvoir?
2 Etait-il possible de maintenir toujours l’Union dans ses conditions actuelles?
3° L'époque favorable pour retoucher la constitution et la replacer sur d’autres bases était-elle arrivée ?
4 En supposant qu’il nous fût possible de maintenir intacte l'Union actuelle, devrions-nous y persister ou rechercher, dans un ordre de chose différent, des destinées plus grandes ?
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# Pourquoi l’Union, une ou fédérale, de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord ?
6° Laquelle doit-on préférer ? L'Union une ou fédérale ?
7° Où se trouverait le plus de protection pour le catholicisme, la nationalité française et généralement les institutions et les intérêts matériels du Bas-Canada ? Dans le projet de constitution de la convention de Québec? Dans l’Union fédérale des deux Canadas? Ou dans l’Union actuelle ?
8 Si l'époque favorable, pour retoucher la constitution était arrivée, ceux qui se sont chargés de ce travail ont-ils donné à la question la meilleure solution possible, dans les circonstances ?
« 1° En acceptant, dans l'alliance avec M. Brown, la confédération soit des deux Canadas, soit de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord, nos ministres étaient-ils mus par un sentiment du devoir ou par le seul désir de se maintenir au pouvoir ?»
Lorsque le gouvernement venait annoncer qu'il était en communication avec M. Brown et, plus tard, qu’il avait contracté, avec lui, une alliance sur la base de la confédération, nous eûmes, on le sait, nos craintes et nos hésitations, et nous fimes nos réserves. Après avoir raconté toutes les circonstances difficiles où se trouvait le cabimet et tous les motifs qui pouvaient le rapprocher d’un ancien ennemi, dans les conditions proposées, nous ajoutions : « Et pourtant, à la place de nos amis, nous eussions hésité devant l'épreuve. »
Mais ce n’était pas manque de foi dans les hommes, c'était doute sur le résultat de l’épreuve ; car nous disions, dans notre article du 2 juillet, écrit tout au long, sous l'impression pénible du même sentiment :
« Le Cabinet, à la suite de plusieurs conférences avec M. Brown, s’est engagé à soumettre, aux Chambres, un projet de constitution qui, dans la Législature fédérale, aura pour fondement l'Etat et le nombre, L’raT en haut, le NoMBRE en bas.
» Ce système complexe de constitutions, qu’il ne eonnaît pas encore plus que nous-même, dans ses grandes lignes et
ses détails essentiels, ses rapports entre les diverses légisfatures, les attributs divers de ces législatures, et, en un mot, dans tout ce qui peut affecter, en quelque chose, notre situation politique et sociale ; ce projet, il l’élaborera soigneusement, prudemment et patriotiquement, pour le bien de tous, et puis, il le soumettra aux épreuves les plus rigoureuses de la discussion dans la presse et dans les chambres. »
Si nous n'avions pas cru au patriotisme et au désintéressement des hommes, nous eussions tenu un tout autre langage, car, à côté de nos craintes, se trouvait, pour nous, tout un passé qui les fortifiait et qui se dressait debout contre l’idée nouvelle surgie spontanément d’une crise politique. Cependant, ainsi que nous l’avons répété aussi souvent que l’occasion s’en est présentée, cette foi dans les hommes ne devait aller pour nous que jusqu’à permettre l’épreuve, car, celle-ci, nous nous réservions de la juger dans la plus parfaite indépendance, sans regarder ni à droite, ni à gauche, nien haut, ni en bas.
« 2 Etait-il possible de maintenir toujours l’Union dans ses conditions actuelles ? » à Si nous acceptions l'opinion de M. Dorion, la réponse serait
facile ; nous dirions : non. Mais, comme, à toutes les époques, nous avons énergiquement protesté contre tout change-
ment et que, par un sentiment presque superstitieux de crainte, nous en avons systématiquement chassé jusqu'à l’idée de notre esprit, aujourd'hui, qu’il nous faut regarder la chose en face, nous avons besoin de méditer et d'examiner soigneusement autour de nous pour arriver à la solution que nous cherchons.
Nous repoussions les changements constitutionnels quand ils nous étaient offerts par des Bas-Canadiens, dans la représentation basée sur la population, en 1848 ; nous les repoussions, dans l’annexion offerte par les républicains et les mar-
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chands banqueroutiers, en 1849 ; nous les repoussions, en 1851 et en 1854, quand c’étaient les radicaux du Haut-Canada qui nous les offraient ; nous les refusions en 1857, des mains de M. Galt, le ministre des finances d’aujourd’hui ; nous les rejetiors avec indignation, en 1858, quand MM. Brown et Dorion voulaient nous imposer la représentation basée sur la population ; nous les refusions, avec le même dédain, de la main des mêmes hommes, en 1859, 60, 61, 62 et 63. « To be or not to be, » c’est là la question, disions-nous alors aux Haut-Canadiens, dans le langage puissant de Shakespeare. C’est pour nous la question de vie et de mort ! Vous dites : « Vous ne serez pas, » et nous répondons : « Nous serons ! »: Nous serons inoffensifs, justes, tolérants, généreux, mais nous serons !
« Ne nous demandez pas la représentation basée sur la po-
pulation, car, nous la demander, c’est nous demander la vie, et nous ne voulons pas mourir ! »
Quand nous parlions ainsi, nous étions une phalange serrée et profonde, Adossés à la représentation britannique du Bas- Canada, nous avions, pour nous protéger, sur le devant et sur les côtés, des auxiliaires puissants, en Haut-Canada. Pour le Bas-Canada, c'était un combat pour la vie, et pour le Haut- Canada, une lutte de partis. Pendant que la phalange bascanadienne restait intacte, nos amis haut-canadiens s’amoindrissaient, chaque jour, en combattant pour nous, parce qu’on les accusait de sacrifier les intérêts des leurs au profit de ceux des nôtres.
Durant tout ce temps, la population du Haut-Canada, favorisée par la double immigration Européenne et Américaine, augmentait dans des proportions propres à y faire grandir le désir d’une représentation proportionnelle. Ce désir, se changeant en hostilité et presqu’en haine contre nous, avait fini par nous enlever la: plupart des Haut-Canadiens, qui nous avaient toujours été fidèles, et par constituer le Haut-Canada
en un camp ennemi,
D'un autre côté, les représentants bas-canadiens d’origine Britannique, qui ne pouvaient pas avoir le même attachement que nous pour nos institutions, notre langue et notre nationalité, et qui avaient des idées différentes sur la question de la représentation, se fatiguaient de cette lutte incessante et systématique entre les deux provinces et menaçaient de lâcher prise. Dans ces derniers temps, ils ne cachaïent leur sentiment à cet égard, ni dans les causeries intimes ni même dans les discours publics. Ces hommes tenaient dans leurs mains la balance entre le Haut-Canada et nous, et ils pouvaient, au moment donné, changer l'équilibre représentatif, si non par un acte législatif, du moins par un appel au Parlement de l’Empire.
Tout cela se sentait, se voyait, à tous les moments du jour, dans l'impuissance de l'administration et dans la paralysie presque complète de la législation. L'équilibre entre les haines et les antipathies opposées était tel qu’il suffisait, le plus souvent, du déplacement d’une voix pour opérer le jeu de bascule, jeter le pouvoir à terre et arrêter court, au détriment de la chose publique, le fonctionnement du système parlementaire.
Cet état de choses déplorable mettait en jeu toutes les passions, toutes les ambitions, petites et grandes, et faisait naître, en bas et en haut, des exigences injustes, souvent absurdes. Comme elles élaient nombreuses et qu’elles ne pouvaient toute être satisfaites, elles réagissaient sur le pouvoir, presque toujours trop faible pour leur résister, et l’écrasaient sous leur poids. Aussi voyez: il y eût deux crises ministérielles en 1854, une en 1856, une en 1857, deux en 1858, une en 1862, une en 1863, et deux en 1864 !
C'était sous la forte impression de toutes ces choses et sous le coup même de la dernière crise ministérielle et des expli- <alions, qui laissaient entrevoir la coalition et ses conséquences, que nous disions, ému, le 18 juin: «Il y a tant et de si hauts enseignements dans ces quelques explications, tant et de si sévères leçons données à l’ambition sans entrailles et sans patriotisme, tant et de si grandes espérances soudainement et
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à jamais brisées, tant de calculs déçus, tant d’intrigues et de manœuvres sans profit, des revers de fortune si subits et si inattendus et des transformations si étranges, que députés et public en furent comme étourdis !
» Mais on aurait dit que c’était la solution désirée ou nécessaire, car elle fut accueillie avec enthousiasme par la grande majorité de la chambre, qui applaudit avec frénésie, et par les galeries, qui étaient littéralement *ncombrées et qui exprimèrent leur approbation le plus bruya:ament qu’elles le purent.»
Pouvions-nous donc persister à vouloir perpétuer un état de choses qui durait, déjà depuis dix ans, dans des conditions progressivement aggravantes, et auquel nous ne pouvions prévoir d’autre terme qu’une funeste collision où, avec des forces de résistance inégales, nous pouvions difficilement compter sur la victoire ?
Devant ces faits, devant cette perspective évidente, devant cette nécessité absolue et dominante, devions-nous toujours dire: «Non/ Jamais / » comme par le passé? Et, si nous sentions le besoin comme le devoir de résisier toujours aux changements constitutionnels, qui nous étaient présentés par MM. Brown et Dorion, pouvions-nous, consciencieusement, devions-nous refuser de rechercher, puisque nous ne pouvions garder le nôtre, un autre mode de constitution qui pût abriter en sûreté nos institutions, notre langue et nos lois ?
Nous concluons donc en disant: il n’était pas possible de maintenir toujours l’union dans ses conditions actuelles.
« 3° L'époque favorable pour retoucher la constitution et la replacer sur d'autres bases était-elle arrivée ? »
S'il est vrai, ainsi que nous pensons l'avoir prouvé dans notre dernier article, que le moment approchait où tout gouvernement et toute législation allaient être impossibles, nous pourrions répondre de suite : Si ce n'était pas l’époque favorable c'était au moins l'époque nécessaire.
Mais il y a d’autres considérations qui devaient nous porter à décider que le temps favorable était venu et que, retarder la solution d’une chose aussi importante, c'était rourir un risque sérieux et accepter une grave responsabilité.
Les hommes publics des deux partis étaient épuisés par la lutte et découragés par la triste perspective de nos tiraillements éternels. Dans la lassitude, ils soupiraient après une solution quelconque. Ils n’aimaient pas à s’avouer tout-à-fait épuisés et vaincus et à admettre qu'ils avaient fait fausse route ; mais ils offraient de se rencontrer à mi-chemin, pour sauver leur dignité personnelle et échapper à l’humiliation des aveux. Ils étaient donc mûrs pour les compromis et disposés à entrer larsement dans la voie des concessions, qu’en d’autres temps ils eussent repoussées avec dédain et même avec indignation.
Pour s’en convaincre, que l’on se rappelle les circonstances dans lesquelles avait lieu la coalition Taché-Macdonald- Brown. Après le vote du 14 juin, la crise ministérielle se prolongeait sans issue apparente. Le cabinet avait demandé, le matin du 45, le pouvoir de dissoudre les chambres ; mais Ja réponse du gouverneur-général, qui se faisait attendre, inquiétait les esprits et donnait lieu à toutes les conjectures.
Les espérances des chefs ou de eeux qui ambitionnaient de l'être montaient et baissaient, d'heure en heure, comme les cottes à la Bourse. Les aspirations, surgissant sur tous les points, se gourmaient et se cabraient commedes coursiers impatients du frein et prestes à la course, et les exigences de tous poussaient fatalement vers une dissolution dont le résultat, incertain pour tous, n’était désiré par personne. Au moment, où l’on venait de sortir d’une épreuve électorale coùteuse, qui n'avait rien décidé, l’on craignait que la seconde épreuve, plus difficile et plus coûteuse peut-être, ne füt pas plus décisive que la première. |
Ce fut dans ces circonstances que M. Brown, s'adressant sans détour à deux des amis du Cabinet, leur dit qu'il était prêt à
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donner main-forte à ce dernier, dans la crise actuelle, pourvu qu’on lui promiît quelques changements constitutionnels :
« Je n’insisterai pas, disait-il, sur la représentation basée sur la population, je me contenterai ‘le la promesse que l’on s’occupera sincèrement de la confédération des deux Canadas ou de celle de toutes les provinces de l'Amérique du Nord. »
Les ministres, qui ne pouvaient prévoir l'issue du conseil donné au chef de l’Etat, deux jours auparavant, ni celle de l'élection générale, qui pouvait en sortir, et qui n’apercevaient, dans l'avenir, aucune solution aux difficultés existantes, accuerllirent volontiers ces offres de conciliation et d’entente, et se mirent de suite à l'œuvre. :
Nous avons déjà cité les paroles de M. le procureur-général Macdonald, où il nous expliquait la situation et le motif de la dernière initiative ministérielle. Nous allons maintenant faire parler M. Brown, comme au jour où il acceptait l'alliance qu'il avait lui-même provoquée, c’est-à-dire, le 17 juin dernier.
«Je suis persuadé que tous les membres de cette chambre comprendront que les honorables ministres, que j'ai comhattus si énergiquement, pendant tant d'années, ne sont venus me demander mon concours, dans lg formation d’un nouveau cabinet, que parce qu’ils y étaient amenés par la force de circonstances extraordinaires, et que ces circonstances seules ont pu m’engager, pour ma part, à les écouter.
« Rien n’eût pu m’engager à entrer en communication avec eux, si ce n’est la position où se trouve la chambre, la connaissance des efforts tentés infructueusement pour former un gouvernement durable, celle de l’état du sentiment publie, en Haut et en Bas-Canada, et la certitude à peu près qu’une dissolution ne saurait y porter remède.
« Je dois dire que les honorables ministres s'occupent de cette question avec une franchise et une sincérité dignes de tout éloge. (Ecoutez! écoutez! et vives approbations.)
« J'espère qu’on n’aura pas recours aux récriminations à cause du passé, et, qu'au contraire, nous sentirons le besoin d'approcher les questions politiques dans le sérieux et dans la sincérité; que nous prendrons en considération les intérêts des deux parties de la province et que nous nous efforcerons de trouver la solution la plus acceptable aux difficultés actuelles. J'espère qu'ainsi nous rendrons impossibles ees scènes de discorde si fréquentes en ces derniers temps. (Ecoutez? écoutez.) »
Devant ces dispositions universelles des esprits, qui done
osera prétendre que l’époque favorable pour retoucher la constitution n’était pas encore venue?
On a dit, dans le temps, qu'il y avait, entre les députés de l'opposition, course aux portefeuilles et que M. Brown, se voyant refouler au dernier plan par ceux qu'il avait fait naître à la vie politique, avait voulu, par cette démarche extraordinaire et inattendue, reconquérir sa position perdue et punir des ingrats dédaigneux.
Supposons tout cela et que l'ambition d’un seul ait précipité la crise constitutionnelle; en est-il moins vrai, n’en est-il pas, au contraire, plus vrai que le moment de régler la question était arrivé, puisque cette ambition, pour en frustrer d’autres, senlirait la nécessité des accommodements et le besoin de la conciliation ?
Après avoir admis l'impossibilité du statu quo perpétuel et l'obligation de refondre, quelque jour, le pacte constitutionnel, eût-il été sage de reculer l'heure de l'entente, d’irriter davantage les passions par une résistance obstinée, et de livrer l'avenir au hasard des éventualités ?
M. Dorion nous a dit, dans un discours que nous avons déjà reproduit dans le cours de cette discussion, que «le Haut-Canada finirait par obtenir la représentation basée sur la population avec le concours des représentants des townships de l'Est,» et nous avons déjà vu que ces derniers, harassés et ahuris, commencçaient à murmurer, menaçaient de céder et demandaient, dans une solution quelconque, une fin à cette lutte continuelle et sans profit pour le pays. Si nous élions déjà si faibles pour résister ; si déjà nous n’étions plus maîtres de la position, que par des alliances qui menaçaient de nous échapper, d’un moment à l’autre, et si, par l'abandon des uns ct l'augmentation progressive des autres, l'isolement devait naturellement se faire de plus en plus autour de nous, est-ce que la raison, la sagessé et le patriolisme ne nous commandaient pas d'agir énergiquement, spontanément et de ne pas livrer un si grand intérêt aux chances de l'avenir ?
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« 4° En supposant qu'il nous fût possible de maintenir intacte l'union acs tuelle, devrions-nous y persister ou rechercher, dans un ordre de choses différent, des destinées plus grandes ? »
Tous les peuples aspirent naturellement à de grandes destinées et à une grande place dans la famille des nations, parce que, en dehors du légitime sentiment d’orgueil qui les porte à occuper le premier rang, ils savent qu'on est plus respecté, plus favorisé et plus capable d’être prospère à proportion qu’on est plus fort.
Tous sont d'accord sur ce point, tous comprennent, tous savent, presque d'intuition, que l’état colonial n’est qu’une transition, un passage de l'enfance à la virilité des peuples. Pour se convaincre de l'existence de cette loi sociale, à toutes les époques du monde, il suffit de lire l’histoire des colonies anciennes de la Phénicie, de la Grèce et de l'Asie, et des colonies modernes fondées par l'Europe sur le continent d'Amérique : notamment celles des Etats-Unis, du Mexique, du Brésil et de toutes les républiques Espagnoles et Portugaises de l'Amérique Centrale et de l'Amérique du Sud. Nulle part, il n'existe d'exception à cette loi universelle, à laquelle résista en vain, pendant sept ans, l'Angleterre avec toute la puissance de ses flottes et de ses armées.
Aujourd'hui, elle est devenue un axiome d'économie politique et la profession de foi de tous les hommes d'Etat de la Grande-Bretagne, qui nous avertissent incessamment de nous préparer, par une forte organisation politiqne et militaire, à l'émancipation qui approche. |
Nous sommes incontestablement d’heureux colons, libres, : à l'ombre du pavillon britannique, comme le poisson dans l'océan et l'oiseau dans l’espace ; et, cependant, vous, Anglais, vous, Français, vous, Ecossais, vous, Irlandais, c'est-àdire vous, Canadiens, ne voulez-vous pas, tous tant que vous êtes, devenir, si vous le pouvez, un grand peuple? Ce qui nous arrête seulement dans nos aspirations, ce sont nos
difficultés locales ; c’est la crainte de perdre, dans l’élargissement de nos destinées, des choses qui nous sont chères et que nous ne sacrifierions ni à la grandeur, ni à la puissance, ni à la gloire, ni au titre de nation.
En est-il un parmi nous qui voulût rester ce qu'il est, s’il était sûr que rien de cela ne serait en danger de périr dans l'ordre de choses nouveau ? Et si les colonies de l'Amérique Britannique du Nord étaient semblables par leurs lois, leurs constitutions, leurs mœurs, le langage et la religion, est-ce que nous ne dirions pas tous, d’une voix, à l’époque de maturité de notre existence coloniale : Soyons nation ? »
Le titre de colon n’a rien en soi de criminel ou de déshonorant, et, cependant, nous sentons en nous-mêmes qu'il nous humilie, parce qu’il signifie enfance, assujettissement, tutelle, Le citoyen de la mère-patrie nous appelle : «Nos colons, nos colonies, nos dépendances, » tout comme il dirait: « Nos flottes, nos arsenaux, nos machines de guerre ; » tandis que, comme citoyens d’un peuple indépendant, nous serions nousmêmes et à nous-mêmes !
Le colon n’a pas d'histoire et, eût-il autant de génie que Shakespeare, Bossuet, Leibnitz ou Pascal ; füt-il aussi grand homme d'Etat que les Richelieu, les Pitt, les Fox, les Colbert, les Carnot, les Thiers et les Guizot, qu'il serait comme s’il n'existait pas pour le monde des intelligences. Ce n’est pas un sentiment individuel que nous exprimonsici ; c’est quelque chose de plus large et de plus noble, c'est une aspiration nationale, un quelque chose qui agit sur tous les esprits et qui a sa place dans tous les cœurs.
Maintenant, si nous sortons de cet ordre d'idées, n'oublions pas que si nous avons notre autonomie de mœurs, de religion, de lois, de langue, nous ne possédons plus, au même degré, dans le sens vrai du mot, notre autonomie politique. Dans l'ordre de choses actuel, nous ne comptons déjà que pour guère plus d'un tiers, et, en Bas-Canada même, près d'un quart de la population constitue une nationalité différente et
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qu'il est, s’il périr dans l'Amérique s lois, leurs sion, est-ce l'époque de ion ? »
de déshonos qu’il nous ent, tutelle, colons, nos ait: «Nos tandis que, erions nous-
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Quand donc nous disons que nous voulons rester ce que nous sommes, nous ne pouvons parler que comme Bas-Canadiens, et, si nous parlons comme Bas-Canadiens la voix de près d'un quart de million d’âmes nous criera : « Rappelez-vous que nous aussi nous sommes habitants du Bas-Canada et que nous aspirons, nous, à d’autres et de plus grandes destinées : nous y aspirons avec le Haut-Canada et tous les hommes de notre origine qui nous environnent de toutes parts! Nous offrons, avec eux, protection à votre religion, à vos institutions, aipsi qu'à vos lois civiles, que nous avons même adoptées} parce que, malgré nos préjugés d'éducation, que nous avons apportés avec nous de la mère-patrie, nous y trouvons la plémitude de la protection pour nos biens ; et, si tout ce que vous aimez ne doit courir aucun danger, dans cette marche vers l'avenir, pourquoi vous arrêteriez-vous et nous arrêteriez-nous avec vous, lorsque tout nous commande d'avancer pour aller prendre place au banquet des nations ? »
Un autre motif encore doit nous déterminer. Il est évident, pour tout homme qui réfléchit, que s’il nous faut marcher en avant, bon gré mal gré, il n’y a, dans notre position exceptionnelle, que deux routes par où nous pouvons passer : la confédération ou l'annexion. Si nous avons pu dormir en paix, jusqu'à ces derniers temps, sur notre sort, les combats de géant que se livrent, depuis trois ans et demi, le Nord et le Sud des Etats, ont dû nous réveiller au sentiment de la réalité, et, aujourd'hui, nous devons comprendre que, à moins de nous hâter de voguer à toutes voiles vers la Confédération, le courant nous entraînera rapidement vers l'annexion. Or, l’annexion ne nous sourit pas plus qu’en 1849 et aux jours de 1858, lorsque nous disions :
» Dans l'Union des provinces, nous pourrions trouver des combinaisons, moins fatales les unes que les autres ; tandis que nul choix ne nous serait laissé dans l’annexion, qu'il nous
faudrait accepter avec ses conditions d’être sans pouvoir les modifier.
» Dans la meilleure condition que pourrait nous faire l’Union, nous serions au moins un sur trois ; nous serions à peine un sur trente dans l’annexion.
» Dans l’Union coloniale, nous pourrions avoir peut-être une part du revenu actuel, sous la forme d'améliorations générales ; dans l'annexion américaine, le revenu tomberait, jusqu’au dernier sou, dans le trésor fédéral, d’où il ne sortirait que pour payer les dépenses de la marine et de l’armée.
» Dans l’Union coloniale, comme Français ou comme Catholiques, quoiqu'affaiblis, nous pourrions encore, au besoin, présenter un front redoutable ; dans l'annexion, ue. se-
rions envahis de toutes parts par cet océan formidable, et nous disparaîtrions, comme nos frères de la Louisiane qui, bientôt, parlant une langue étrangère, iront, humiliés, demander à l'histoire leur origine et les noms oubliés de leurs pères.
» Pourtant ils sont, comme nous, les descendants de ces quelques héros qui luttèrent, durant un siècle et demi, contre une race puissante, dans les déserts du Nouveau-Monde.
» Si l'identité nationale ne pouvait être dans l'Union coloniale, comment la trouveriez-vous dans l'annexion ? Les mêmes sentiments, les mêmes préjugés, les mêmes lois, les mêmes institutions, les mêmes langues, les mêmes ingrédients religieux et sociaux s'y trouveraient, dans des rapports bien autrement disproportionnés et bien autrement dangereux pour nous. L'Union coloniale serait donc préférable, s’il nous fallait choisir, si nous avions, un jour, pour une cause quelconque, à prendre place parmi les nations.
» Il n'a tenu qu’à la France que nous fussions aujourd'hui huit millions de Français sur les bords du Saint-Laurent; pour cela il n’eût fallu, à la conquête, que le recensement de 1850. Mais elle ne l’a pas voulu, et, lorsque nous sentirons tomber autour de nous la dépouille coloniale, trop faibles pour fonder
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ir peut-être ations généberait, jusne sortirait rmée.
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